Dom Juan

Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 07:41
        ELVIRE (IV,6) SI HORS-LISTE : son “APPARITION”

intro:
    -générale
    -particulière : à vous (où sommes-nous? Cette visite vient après d’autres, lesquelles?LA LOGIQUE ÉCONOMIQUE; LA LOGIQUE FAMILiALE ET CELLE DE LA LOI ). Dire deux mots, pas plus, sur la venue d’Elvire à l’acte I: qui est-elle?

-je fais toute la scène : on risque de vous interroger plutôt à partir de “C’EST CE PARFAIT ET PUR AMOUR”. Les commentaires sont les mêmes.

Lecture.

Enjeu de la lecture : quel est le sens de la démarche d’Elvire dans cette scène tragique, le sens de ses derniers mots avant le silence d’une retraite? Dire que cette tirade n’a aucun équivalent dans l’œuvre de Molière.


Annonce du plan.

* Rappelez que DJ emploie souvent deux tactiques : le silence ou l’éloquence. Voyons aussi quel sera son choix.


1)UN  DISCOURS
(mot employé par El-citez) ÉMOUVANT  qui veut convaincre et persuader en se fondant sur trois moments du Temps:

    a) convaincre:
•une tirade ample (beaucoup de phrases binaires ou ternaires, elles -mêmes construites sur des éléments binaires et ternaires; faites rapidement une analyse du mot TOUT dans :



Le Ciel a banni de mon âme toutes (adjectif) ces indignes ardeurs que je sentais pour vous, tous( id) ces transports tumultueux d'un attachement criminel, tous ces honteux emportements d'un amour terrestre et grossier, et il n'a laissé dans mon cœur pour vous qu'une flamme épurée de tout le commerce des sens, une tendresse toute sainte, un amour détaché de tout (pronom indéfini), qui n'agit point pour soi, et ne se met en peine que de votre intérêt.
)

Deux totalités  (qui prouvent le caractère entier, extrême  d'El) ont été opposées: l'une l'a emporté.



• une tirade  très articulée (1- ce n’est plus..cette Done Elvire.... c’est 2- ce parfait et pur amour..; 3-MAIS...;4: envoi : de grâce,.... ),

• tirade dominée par de constantes antithèses (à vous : terrestre / pur etc.).

   b) persuader :

-elle cherche à faire deviner (voir) en imagination ce qui attend DJ: précipice où vous courez.

-voulues ou vécues malgré elle, elle met en valeur ses ...larmes. Jouvet qui voit en elle une envoyée céleste, une apparition divine, parle de suavité de la phrase d’Elvire.

-plus la tirade avance (j'y reviens) plus elle parle d'elle.

    c)comme moyen de pression (citez pressant), à la fois pour convaincre et persuader, une utilisation évidente des axes  du Temps :

-le passé est révolu.Citez vite fait.
-le présent est urgent: citez “ prête de tomber sur vous, prompt repentir “
-l’avenir qui se dessine : elle entre à nouveau au couvent (retraite) et Dj est menacé de mort (citez les périphrases qui désignent la mort= par exemple "supplices éternels..".).

        Elvire cherche à presser (pas encore un jour) DJ en l'effrayant. Au nom d’une mue ultra-rapide =>


2)UNE  ELVIRE MÉTAMORPHOSÉE:”vous me voyez bien changée de ce que j’étais ce matin”.

    De la nuit du corps et de la passion à la Lumière spirituelle...

    •  transformation extérieure: cet équipage: on la vêt souvent en religieuse à cause de la phrase de Ragotin (dame voilée) alors que DJ parle en IV,7 de négligé...

    •intérieure : il y a eu passage éclair d’une Elvire à l’autre:

-celle du passé récent (dont elle parle à la troisième personne):

        *rappel du premier acte. Celle qui “NE RESPIRAIT QUE VENGEANCE” (citez quelques phrases du premier acte, scène 3)

        * elle évoque ce qu’était son attachement pour DJ: terrestre, sensuel (“commerce des sens”), grossier, agité (“tumultueux”, emporte);

-celle de l’Instant : celle qui a entendu le Ciel (m’a INSPIRÉ), a reçu une sorte de Grâce (citez le mot et ses occurrences) et n’éprouve qu’un amour divin avec seulement UNE FLAMME ÉPURÉE.

        *le vocabulaire moral et religieux de la condamnation  domine :

-criminel; honteux; folles pensées; veut expier; aveuglement ; passion condamnable.

    #l’antithèse qui domine ce discours sur ce plan est celle de l’ATTACHEMENT (rejeté) et du DÉTACHEMENT (citez).

  Avons-nous affaire à une une transfiguration de l’amour?

3)UNE DÉMARCHE AMBIGUË  QUI NE PEUT ÊTRE ENTENDUE COMME ELLE LE VOUDRAIT :
   
SI CE (a) POSE PROBLÈME VOUS LE JETEZ AUX ORTIES.

 a)Elvire n’est pas sans ambiguïtés (pardon à Louis Jouvet): ce qui n’exclut pas la sincérité.

-elle parle beaucoup d’elle, elle met sans cesse le JE et le MOI en avant;elle répète souvent les mots évoquant  ses erreurs, son passé qui visiblement ne passe pas : elle emploie tout de même le verbe chérir.

-qu’a-t-elle besoin de savoir ce que devient DJ quand sa vie doit se passer en prières? Une retraite dépendant d’une condition, est-ce un bon commencement?

-pourquoi parler de JOIE INCROYABLE (mais on peut défendre ce “cri” par un amour charitable) ?

-commentez l’admirable épiphore*(opposée de l'anaphore) : que vous, pour vous, pour vous et la fin très éloquente : OU POUR L’AMOUR DE VOUS, OU POUR L’AMOUR DE MOI (mais Jouvet verrait en ce moi, un autre moi, transformé radicalement et je reconnais que la dernière phrase de la tirade, JE VOUS EN CONJURE PAR TOUT CE QUI EST CAPABLE DE VOUS TOUCHER, montre El oubliant enfin son cas et  cherchant à influencer Dj sans qu’il ne soit plus question d’elle. Reste son erreur fondamentale : seuls les sens le touchent );

-les (très) mauvais esprits devineraient plutôt un (bon) confesseur (forcément jésuite) qu’une grâce divine...Il s’agit d’aider El à la retraite. Une bonne consolation avant de partir...

DEUX LECTURES SONT POSSIBLES :

ou bien Molière donne une vision réellement mystique et cette ambiguïté n'existe pas, elle est aussi l’expression de tout mysticisme et en particulier d’une Thérèse d’Avila (telle que la représenta le Bernin): cette El mystique s’élève à une union inédite du corps et de l’âme. Le passé a eu lieu, il est épuré et l’élan a changé de nature tout en restant élan. Elle veut vraiment, par charité, le salut de DJ.

Molière aurait ici touché à quelque chose d’inouï, la passion mystique que célébra le baroque.

ou bien (ce que je crois) M a réussi à montrer l’effet du silence et du sarcasme de DJ sur Elvire qui est encore hantée par un désir assez peu épuré. Plus elle parle et plus elle revient à son passé. Elle en prend soudain conscience et se sauve. Alors la dernière phrase de la tirade reviendrait à dire qu’elle oublie enfin sa personne pour le sauver par n’importe quel moyen.

        b) elle ne peut être entendue : son erreur? Elle désire comme tout le monde (dont qui? à vous) impliquer DJ dans un échange où Dieu (et la représentation chrétienne (supplices éternels)) est plus que présent:


        -citez : un exemple funeste de la justice du Ciel;accordez-moi votre salut (!!!); corriger votre vie.

        -elle attend une récompense!!!

=>sauver DJ c’est lui faire devoir tout de Dieu, d’un Dieu miséricordieux et non punisseur - l’impensable.

    c) sa réussite n’est pas ce qu’elle attendait vraiment :

-après sa remarque cynique (tu pleures), DJ est séduit, à sa façon : il voit qu’El est redevenue croyante, qu’elle est “repassée” à Dieu : elle en redevient désirable. Il veut la retenir et avoue à Sg dans la scène suivante (“quelques petits restes d’un feu éteint”).

-à la fin de son intervention, El, comme sortie de son discours de somnambule, d’'”hallucinée” prend sans doute conscience du risque qu’elle a pris par l’affection qu’elle montra encore et devient soudain prompte à fuir.

cl : grande scène pathétique mais digne qui oppose une passionnée et un amateur de “petits restes d’un feu éteint”. Émissaire de dieu, E a souligné l’urgence de la situation: après une scène de farce, le C va venir honorer l’invitation scandaleuse de DJ : tout converge dans cet acte. Après l’argent et la vertu (de vraie noblesse), voici liés, la femme, Dieu. Si El a pu se métamorphoser (sincèrement), Dj retiendra une autre mue, feinte et opportuniste : il deviendra hypocrite en V.



Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 07:37
ELVIRE, UN PERSONNAGE IMPORTANT?

-partir de l’héritage que trouve Molière en reprenant le “mythe” commençant. Tirso mettait sur scène 4 femmes (2 nobles, 2 paysannes): le quatuor fut gardé par certains: Molière se limite à un trio et à deux apparitions très différentes d’Elvire. Point capital: il ne fait aucun lien entre Elvire et le Commandeur (personnage d’Anna qui est là dans nombre de versions)!

-elle est la femme de la pièce avec les deux paysannes.Personnage unique dans le théâtre de Molière.

1/ELLE PARAÎT ASSEZ PEU IMPORTANTE : pourquoi?

    a) présence scénique limitée:

-deux scènes:  à vous

-alors que DJ est présent 25 fois sur 27 et Sg 26/ 27.

    b) DJ ne lui accorde aucune importance - ou presque

-il considère qu’elle appartient à un passé révolu
-il la traite de folle avant son entrée en scène.
-il la regarde à peine la première fois (prouvez-le)
-une exception mais assez perverse : il a un petit reste de son feu éteint et l’invite à rester chez lui (dév quand, où, pourquoi?)...

    c) elle est humiliée, rabaissée, ridiculisée :

-Dj lui fait répondre par son valet (à vous);

-Dj lui oppose le discours de la foi après l’avoir enlevée d’un couvent (à vous);
-évoquez deux interventions de DJ : Sg, le Ciel....en I,3; en IV,6: tu pleures, je pense.

2/SON IMPORTANCE NE SE MESURE PAS À SA SEULE PRÉSENCE SUR SCÈNE :

    a) elle est une synecdoque des femmes: elle condense tout ce qui les attire avec passion vers le burlador.Dire qu’on peut voir un reste de passion dans la belle tirade de la visite de IV. Elvire c’est le regard sur DJ , c’est la passion fulgurante et romanesque  blessée en I  et la passion au cœur du détachement même en IV. Molière enlève une femme de sa pièce mais il crée le personnage de la grande amoureuse. Elle aide ainsi au mythe.

    b)indirectement il est question d’elle du début à la fin :

-scène d’exposition avec Gus.

-par antithèse, elle est présente en II avec les paysannes : l’abandonner pour des paysannes c’est encore plus la déshonorer, la mettre sur une liste...

-en III, on voit et on entend beaucoup ses frères.

-elle une grande scène d’apparition en IV.

-en V le spectre voilé peut la rappeler (“je crois connaître cette voix”)

    c) elle incarne depuis le début bien des défis de DJ, tout ce qu’il bafoue avec cruauté :

-au plan social: la noblesse, la famille
-au plan moral : la fidélité, la bonté
-au plan religieux:
        -arrachée d’un couvent;
        -elle précède l’apparition de la Statue en IV.
        -elle se présente comme une messagère de Dieu.
Elle est la porte-parole du Ciel qui va punir DJ : elle dit clairement que la Grâce l’a illuminée ...ce qui provoque une dernière tentative de DJ.
Notez bien la continuité de DJ: il joue déjà de l’hypocrisie avec elle en I (où?) avant d’en faire une stratégie en V.

Dév aussi (avec mon cours sur la scène de IV) la belle ambiguïté de ce personnage en IV : est-elle mystique ou a-t-elle encore un amour pour DJ, amour qui se cache derrière la religion? En tout cas elle est un personnage d'une grande noblesse et elle donne à la pièce au registres nombreux une dimension pathétique (on comprend les larmes de Sg) pleine de retenue classique.

cl : à vous. Insistez sur la dimension de métamorphose du personnage et... sa constance :
        en I & IV, elle veut le convaincre (avec des arguments différents évidemment)
        en I sa rhétorique est romanesque, en IV elle est dévote.
        en I elle crie, en IV elle pleure.
        Dans tous les cas elle a besoin de lui pour une JOIE INCROYABLE...

Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 17:29
    DON LOUIS IV,4 (simple fiche au cas où l’interrogateur ferait du hors-liste)

SITUATION :

    *générale : à vous

    *particulière : acte IV, acte des visiteurs indésirés, des fâcheux : successivement on lui demande des comptes financiers, ici familiaux ensuite religieux avec El & la statue.

        -Dj a deux tactiques pour renvoyer les gêneurs : la volubilité ou le quasi-silence. Voyons ici sa seconde tactique.
Dire le contraste flagrant avec la scène de Dimanche. À tout point de vue. Nous entrons en principe dans une scène héroïque. Dj ne trahit pas  seulement un homme, Dim mais une généalogie et des Valeurs.

LECTURE

ENJEU : éclairer un autre défi de DJ : le social et le familial.

PLAN : annonce.

1)UNE SCÈNE D’UNE RARE VIOLENCE: L'infamie de DJ éclate. Sa vie est en danger.

    -accueil du fils (enrager) / réponse du père: il regrette la naissance d’un fils qu’il demanda au Ciel..

    -insolence (mot même du père) du fils qui se soucie de la fatigue du père, façon de lui reprocher la lenteur et la longueur de sa tirade.

    -colère du père
passant du VOUS au TU (fin de la scène): sa volonté d’expulser la souillure qu’e représente DJ (fin de son discours): en attendant que Dieu s'en charge, il souhaite qu'on enferme son fils, qu'on l'empêche de nuire..

    -le cri assassin du fils dans la scène suivante: “eh mourrez ...”

Tout semble prouver qu’ils attendent chacun la disparition de l’autre. Le père traite son fils de MONSTRE DANS LA NATURE, il est vain (au sens de fat) mais surtout il descend en vain de ses ancêtres : il est donc de trop...

=cette scène permet d’entendre

2)UN ÉLOGE ET UNE DÉFINITION DE LA NOBLESSE :

    a) une tirade de grande ampleur, un discours très élaboré : ne gardez que quelques points, évidemment, et l’idée dominante.

-signalez les articulations évidentes:mots de liaisons (aussi, ainsi, enfin);

-montrez l’alternance de 3 éléments : des propos généraux sur la noblesse, des remarques personnelles (je,aveu autobiographique), et enfin une argumentation ad hominem : il cherche à impliquer son fils par des questions rhétoriques. Dire lesquelles.

 -montrez les nombreuses antithèses ( chagrin & supplice//joie & consolation; gloire /infâme ou honte; crocheteur/ fils de monarque) etc.);

-indiquez l’ampleur de sa phrase :

        -en particulier DE QUEL ŒIL ...MES AMIS : cet ou cette + relative et même deux relatives à la fin.
        -indiquez des éléments binaires  avec un parallélisme : “et si vous êtes las de me voir // je suis bien las aussi de vos déportements”;
        -indiquez un rythme ternaire, garantie d’ampleur (sinon d’emphase : nous le verrons plus bas) :

- quand, quand, que =>“Hélas, que nous savons peu ce que nous faisons, quand nous ne laissons pas au Ciel le soin des choses qu'il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui, et que nous venons à l'importuner/(suite binaire) par nos souhaits aveugles, et nos demandes inconsidérées!

        -signalez l’alexandrin “je suis aussi bien las de vos déportements”; l'octosyllabe cinglant (ah quelle bassesse est la vôtre!)

        -soulignez l’extrême longueur de sa dernière phrase (clausule):rythme quaternaire=>

    Apprenez enfin qu'un (1) gentilhomme qui vit mal, est un monstre dans la nature, que (2) la vertu est le premier titre de noblesse, que (3) je regarde bien moins au nom qu'on signe, qu'aux actions qu'on fait, et que (4) je ferais plus d'état du fils d'un crocheteur, qui serait honnête homme, que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous.

   
 Voilà un parole grave, aux cadences régulières,  portée aussi vers la sentence : la naissance n’est rien où la vertu n’est pas.

Ce discours très composé se veut



     b)une définition de la noblesse :dimension cornélienne de ce grand noble. Il y a beaucoup de valeurs romaines dans ce discours.

-partez du vocabulaire : mérite, vertu, gloire, honneur;

-c’est un code strict ( s’efforcer; impose) qui exige qu’on lui obéisse  continuellement: une espèce de dette infinie qui indique qu’il faut suivre le modèle des ancêtres et tenter de les imiter. Les ancêtres surplombent les vivants. Ils les ENGAGENT !!!

-pressé par la situation, voulant humilier son fils,  DL va distinguer deux noblesses :

                *celle de "droit", de naissance, la sienne, celle du Nom et des armes  qu’on défenden s’inspirant des normes des prédécesseurs illustres.

                *celle de fait, celle de l’action (de la vertu (en un sens précis) : que Molière emprunte à des auteurs latins (Juvénal, Sénèque) et que le Figaro  de Beaumarchais reformulera, un siècle plus tard. Ici le mot vertu a un sens capital ( virtus en latin / aretè en grec, mots impossibles à traduire !)  c'est en quelque sorte la qualité intrinsèque d'un être ou d'une chose, son "principe" moteur - ainsi un char ou un bandit ont leur propre vertu dans la mesure où ils accomplissent les actions en adéquation parfaite avec leur nature. La vertu du fils du crocheteur c'est peut-être aussi d'être un vrai "fils", agissant en fils de crocheteur, vrai prolongement de son père et donc bon crocheteur. Faire bien ce pour quoi on est fait, quel que soit le niveau social, quelle que soit l’activité, telle est la virtus. Un crocheteur honnête est préférable à un fils de monarque sans honneur. D’où sa question : qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme?

        Dom Louis défend une morale du respect, de l’effort, de la grandeur intransigeante. Il donne une définition extensive de la noblesse. Ce qui paraît généreux...

    3)UNE SCÈNE QUI ÉCLAIRE CRÛMENT PÈRE ET FILS:

    a) le fils est bien cerné :

-il récuse toute dette biologique, familiale (rejet du père), idéologique (la classe sociale qui engage à un rôle déterminé);
-il parasite sa classe d’origine en  instrumentalisant des notions généreuses, en utilisant son prestige mais en  trahissant à chaque fois ses valeurs et en en ridiculisant  les membres.
-il pousse son père à faire l’éloge de la noblesse de fait....un comble tout de même.


    b) le père n’est pas sans ambiguïté :

- ses raisons sont surtout celles du besoin de  tranquillité (obligé sans cesse de rattraper les mauvaises actions du fils), de la réputation, de son crédit auprès du Roi..(obsession du regard : citez le lexique de l’oeil, de la lumière). Après avoir traité d'Idéal dans la noblesse il en appelle à la force...

-avec sa tactique du silence, Dj fait retentir un certaine rhétorique, une certaine boursouflure dans le discours de DL. une emphase qui sonne soudain creux. Le père ne sait que parler, son discours est beau mais vide n’a pas prise sur son fils qui ruine la réputation de sa famille et plus largement celle de la noblesse. Le discours de DL semble usé soudain et n’a plus d’effet sur le fils. Dj ne répond pas : aucun souci de réfutation, de défense.

-paradoxalement cette tirade évoque un "péché" du père : il a trop imploré le Ciel ! La mort du fils viendrait annuler sa faute initiale...Curieux échange...

Comme toujours et en très peu de mots, Dj est parvenu à faire avouer les vraies raisons des mots généreux...

cl:après Dimanche et un DJ comédien, nous avons vu  face à un DJ peu loquace, DL qui critique toute la vie  de son fils et en souhaite la fin grâce au Ciel, annonçant par avance la visite de la statue.




Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 16:18

(Simple cours TGV dans le cas d'une interrogation hors liste)


III,5 LA PREMIÈRE APPARITION DU COMMANDEUR (rappelez ce qu’est un Commandeur : dimension militaire puis religieuse)
  [de : mais quel est le superbe édifice....=> à la fin]


                Question:INTÉRÊT DE LA SCÈNE?


INTRODUCTION : à vous.

       

1)ELLE PRÉCISE  LES FONCTIONS DE SG :

    a) fonction comique :

          *celui du poltron :en deux épisodes

-avant notre extrait =la “purgation” : il a fui en fait le combat de son maître;

-il a peur de s’adresser au C qu’il finit par traiter, sous la menace,  comme un vivant. Il prend même à témoin la statue pour dénoncer la responsabilité de son maître.

        *=>sa fonction est évidemment d’introduire de la farce dans un contexte  devenu surnaturel.

    -drôlerie de son incapacité à apprécier l’architecture sans autre mot que beau..;

    -drôlerie de son effroi traduit par son imitation de la pierre (raideur);

    -drôlerie d’introduire le pari, la question de l’argent (fin de la scène) dans un tel contexte(ce qui annonce l’ultime scène de la pièce) et la question économique).

=>en même temps il a trouvé un allié de poids.

    b)  fonction dramatique : il est le provocateur inconscient, l’incitateur involontaire, l’adjuvant que le burlador transforme en opposant  : à vouloir retarder ou empêcher DJ, il crée chez lui un désir de réaction ; plus il l’avertit, plus il provoque son maître à pousser plus loin son défi au Mort. Plus il tremble et plus Dj le pousse à agir et à profaner.


     
2) C’EST L’ENTRÉE EN SCÈNE DU SURNATUREL : dire deux mots sur l’annonce de cet épisode (Sg a déjà fait remarquer que c’est dans ces lieux qu’est mort le Com (tué par DJ) : où? à vous.

    a)scène largement préparée :depuis le début de la pièce les adversaires de DJ ne cessent d’invoquer le Ciel et la possibilité de damnation ; en outre vous rappellerez que l’acte III est fondé sur l’apparition d’êtres qui ont des valeurs et se battent ou résistent pour elles: le Pauvre, Carlos qui renonce à la tentation de la vengeance facile.

    b) entrée reposant sur une scène à machines, relevant plutôt de l’esthétique baroque (qui dominait le théâtre dans les années 20/30) moribonde sur la scène française alors (voir cours sur baroque et classicisme : exception faite pour certaines comédies de Molière justement)

        -insistez sur le mouvement d’ouverture du mausolée. Face à DJ le coureur, le mobile, des éléments se mettent à bouger.  Scénographie complètement abandonnée par les mises en scène modernes.

    c) le surnaturel est apporté par une statue de pierre qui va avoir un mouvement de tête: elle est au croisement de deux traditions :

-on trouve dans tous les folklores européens (plus de 250 versions ont été répertoriées) des invitations profanatrices (outrages au crâne d’un mort par exemple) faites aux morts qui alors reviennent  sous des formes diverses mais proches du  spectre.

-on a dans l’Antiquité de nombreuses statues vengeresses (chez Aristote, chez Plutarque).

C’est Tirso qui inventera le lien entre statue & femmes séduites.

=> il reste à savoir ce que M veut en faire et en fera (attendons la suite). Vous utiliserez, si nécessaire, vos connaissances sur la mort de DJ (V).

Intérêt majeur enfin :

    3)VOIR LA RÉACTION DE DJ qui est peu loquace sur la question de Dieu qu’il défie pourtant cesse.
   
    a)au départ il s’amuse avec le mort : il visite le mausolée sans aucune émotion,  comme un “touriste” (mot anachronique), ne lui accorde aucune pensée charitable et le traite comme un vivant : il met  de la civilité dans un échange avec un double de mort. Agacé par la poltronnerie de Sg, il va se lancer dans une plaisanterie qui doit servir à réduire la peur superstitieuse du valet.

    b)il s’en prend durement aux valeurs du C et donc de la société, au nom de sa seule valeur: le plaisir. Il attaque

-la vanité, non sans raison : la vanité est péché et cette critique aurait pu être émise par  un  moraliste et plus encore par un janséniste*: comment peut-on se prendre pour un empereur romain?Comment peut-on user de cette image pour abuser les visiteurs?


-l’erreur de conception de la vie et la mort : pourquoi sacrifier ses plaisirs pour avoir une belle statue post mortem? DJ préfère l’excès de son vivant, la dilapidation, la dette plutôt que l’investissement dans l’au-delà. Tout sacrifice l’irrite. C’est vivre en pierre que de vivre en pensant à la mort et sa représentation. Dj file comme l’eau ou l’air : la vie du C s’était pétrifiée, bien avant sa mort. La pierre ne peut  séduire DJ. Elle est le comble du dérisoire.


    c)il défie le mort et tout le système de pensée qui s’y rattache :examinons l’invitation à souper. Le DJ de Molière n’insulte pas sa victime comme dans d’autres versions: il fait pire.

-invitation sacrilège redoublée par l’intermédiaire choisi (tactique déjà vue avec Elvire): un valet lance une invitation (mais il est vrai aussi qu’on peut aussi soupçonner DJ de ne pas s’engager directement dans cette invitation: il me semble tout de même qu’il veut donner une leçon à Sg de façon détournée et d’ailleurs il va l’inviter ensuite lui-même).

-comment réagit-il ? En prenant la parole pour humilier Sg. Devant l’évidence du mouvement, fier, hautain il ne parle pas du phénomène et  s’en va ;  en IV devant l’insistance de Sg, il parle en termes rationalistes (vapeur) et passe à une menace de grande violence avec SG (nerf de bœuf = cravache)). Il veut s’en tenir au 2+2=4 comme le dit implicitement Sg dans la dernière réplique..(esprits forts)

cl : à vous. Faites remarquer que DJ va revenir pour la première fois dans son espace familier : le “nomade” DJ  a certes invité une statue. Certains peuvent prendre ce retour comme un refuge, un repli.Qui finalement le rendra vulnérable.La statue viendra chez lui en marchant : Dj sera réduit à une certaine immobilité. Il lui faudra trouver une autre solution. L’hypocrisie.
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 11:14
SITUATION:


•Nous sommes en forêt: après son naufrage ( Dj voulait enlever une jeune femme) après la tentative avancée de séduction de deux paysannes, le burladordoit fuir une troupe de 12 hommes qui le poursuivent. Il avait proposé à Sg de prendre son habit pour si nécessaire, mourir à sa place.Le valet préféra un habit de médecin mis en gage...


•c'est la deuxième partie du dialogue de III,1 : alors que DJ vient de dire franchement et catégoriquement ce qu'il pense de la médecine,( qui ne doit ses succès qu'au hasard et aux forces de la nature),il accepte une dispute où il ne s'engage presque pas  se contentant d'une seule phrase et de railleries.



• LECTURE

• COMPOSITION DU PASSAGE : deux temps dans cette DISPUTE au sens théologique et oratoire que Dj accepte à condition qu'il n'y ait pas de critique, de remontrance en conclusion.

    -interrogatoire de Dj par le valet.

    -réplique longue  de Sg qui tente d'ironiser sur la belle croyance du burlador.

   La scène s'achève sur une chute au sens propre et une malédiction.



ENJEU:QUELLES SONT LES "CROYANCES" EN PRÉSENCE?
Peut-on dire exactement ce que croit DJ? Sous un comique d'apparence, une page capitale touchant à la question centrale (la religion) de la pièce  mais gardant encore ses mystères et ambiguïtés quant à la conviction de l'impie.

•ANNONCE DES AXES DE VOTRE EXPLICATION:

1)LA FOI DE SGANARELLE: nous verrons qu'il interroge assez vite son interlocuteur puis qu'il explique sa position À PARTIR DE LA PHRASE DE DJ: 2+2=4..


    •a•il interroge et se révèle déjà indirectement:

-relisez les répliques jusqu'à "qu'est-ce que vous croyez":

          =>on le voit passer sans gêne  d'articles de foi  fondamentaux à l'expression d'une superstition (moine bourru, fantôme à Noël). On peut trouver que Sg enchaîne vite sur les réponses laconiques de Dj mais, surtout , finir par le moine bourru c'est mettre ce point au plus haut, c'est choquer un public de croyants et c'est se ridiculiser d'emblée.

          -Sg ne quitte pas son rôle comique (ainsi il veut bien être un martyr du moine bourru alors qu'il est un pleutre depuis le début de la pièce) et témoigne d'une foi populaire peu orthodoxe.

          -son désarroi est malgré tout frappant : il ne comprend pas qu'on puisse se passer de croyance. C'est sans doute un des défis  majeurs de DJ.



    •b• deuxième temps de la scène, plus éclairant : après l'énoncé étonnant de DJ (2+2), il va maintenant défendre plus amplement sa position, dans une progression légitime mais qui va tourner au ridicule et au burlesque.

Il entre dans sa stratégie argumentative.

      *Premier temps : tenter de disqualifier l'adversaire.

            -face au savoir des savants (vers la fin)  et de libertins qui ne vivent qu'entre eux ou lisent trop et s'éloignent de la réalité, il va défendre la foi populaire fondée sur le bon sens (pour avoir bien étudié..).. Vieux procès du Savoir qui traverse toute  la tradition religieuse: la sagesse lui est supérieure (cf arbre de la connaissance, serpent). En réalité Sg s'abaisse pour se grandir. Il y aurait une vérité de la nescience. [Il y a là,peut-être, une reformulation de l'Évangile:"heureux les simples d'esprit...."]

        -aux certitudes mathématiques de Dj jugées abstraites, il oppose les évidences du sens commun ([s]on petit jugement). La répétition du verbe voir (où? à vous) montre qu'il veut s'appuyer sur le concret, le tangible. L’immédiat.

       * deuxième temps :conséquence "théorique":

    ◊ il réfute le matérialisme:

          -pour lui, le matérialisme à la façon de Lucrèce ne saurait être un principe explicatif du monde [pour Lucrèce, reprenant Démocrite, il est le fruit du hasard et non de la seule nécessité .L'idée d'un commencement, d'une création du monde, est absurde :il faut le penser comme provenant d'une pluie d'atomes s'écoulant depuis la nuit des temps et qui virent l'un d'entre eux dévier très légèrement sa course (clinamen).)]

           - d'où vient alors le refus de Sg? Le valet tient à une Cause première et aux Causes finales [Concepts venus d’Aristote mais retraduits et repensés par quelqu’un comme Saint Thomas d’Aquin qui pensait Dieu comme ordonnateur de l’univers]. Disons plus platement que Sg a une vision anthropomorphique (QUI a fait ces arbres-là? Dieu est visiblement considéré comme une personne)  & téléologique du monde [nous retrouverons cette question avec Diderot & Spinoza qui refusent les causes finales].

               - Sg ne croit pas à la thèse de certains libertins qui affirment que la matière s'est auto-engendrée (bâti de lui-même, se créer seul (demande-t-il à DJ)) et a avancé par erreurs, essais et options. Il faut  à Sg un commencement, une création n'existe pas sans Créateur : un enfant ne naît pas sans parents, dit-il.

    ◊la preuve par la perfection admirable:

           -la perfection du créé est un autre argument : ce qui existe est merveilleux (citez), provoque l'admiration et ne saurait s'expliquer de façon mécaniste. Pour Sg le corps est une machine mais il est plus qu'un assemblage : il admire une composition qui ne peut rien devoir au hasard..de la matière. Il lui faut, là encore, un Créateur.[À propos du mot machine l'interrogateur risque de vous demander d'où vient ce mot : dire qu'il est employé par Descartes qui voit le corps humain comme une machine mais non la pensée; ce qui l'amène à sa théorie des animaux - machines, privés selon lui de pensée: il y a une parenté entre les deux affirmations sauf que Sg n'est pas vraiment Descartes].

         -plus bas, il énonce une dernière  preuve pour contrer l'attaque ironique de Dj (“raisonnement”): il répète admirable pour s'extasier devant le pouvoir de la pensée qui dirige le corps. Sans doute comme Dieu commande au monde...

     =>Sg a de la bonne volonté et sa position, au fond, n'est pas ridicule (elle est jouée dans un registre pathétique chez Lassale) et elle est encore dominante chez ceux qui place la Foi avant le Savoir (il y a quelque chose...que tous les savants ne sauraient expliquer), parfois même chez les scientifiques (avec moins de sottises). Mais malheureusement la forme du discours qu'il choisit, ses expressions sapent l'autorité de ce qu'il dit. Il devient burlesque (savoir la définition de ce mot: je la donne plus bas).

    •c• nous écoutons une démonstration qui se détruit de l'intérieur:(gardez ce qui vous plaît)

[-par ses excès (je vois les choses mieux que tous les livres): il bénit Dieu de son ignorance et se vante de n'avoir jamais rien appris. Soit mais jamais est comique et on se demande pourquoi il a cité Aristote devant Gus.]

-par sa maladresse : sa démonstration théologique  s'appuie une image triviale (le champignon) et sexuelle (engendrement) pour défendre l'existence de Dieu...

-l'emploi du mot inadéquat ingrédient, terme d'apothicaire rappelle la tenue de médecin de Sg: il y a quelques secondes il a dit croire au séné et s'il croit en Dieu de la même façon, on peut avoir des doutes sur l'existence de  Dieu.

- égaré par ses propres arguments et par le silence de Dj, il a recours par facilité  aux énumérations qui meublent, font durer son temps de parole et lui permettent de chercher d'autres arguments qui ne viennent pas (Oh! dame, interrompez-moi...).

-plus décisif enfin : la preuve ultime de Dieu serait dans l' aptitude à penser du valet  et  dans sa liberté de penser. Sg, modèle de pensée qui grandit Dieu, quelle bouffonnerie! Sg  donnant des ordres à son corps et prouvant sa liberté en agissant comme un pantin, quelle plaisanterie! Il souhaitait prouver sa liberté : il vient de prouver sa double dépendance : il demande la permission de parler et il a besoin qu'on le conteste pour rétorquer et penser.

  => Dj n'a rien à faire, ni à dire : Sg est obligé de se laisser tomber, clairement il abdique, il est à bout d'argument et son raisonnement (ironie de DJ) se casse le nez (vocabulaire bien familier qui a rapport au corps). Sg n'existe que pour répliquer: il n'arrive pas à définir sa position pourtant défendable en elle-même.

       Malgré sa bonne volonté Sg tombe dans la parodie du discours théologique. Il traite de façon comique un sujet élevé. I l relève du burlesque.

Certes Dj l'emporte sans rien faire et presque sans rien dire (beau problème pour un metteur en scène (que doit faire l'acteur pendant ce temps (pensez au DJ de Lassalle qui fourbit son épée)?
 Mais en creux nous pouvons tenter de deviner quelle est


 
2)POSITION DU LIBERTIN :qui se dérobe surtout.

  
Observons tout d'abord qu'on peut parler de


     •a•  refus du débat :
  
Observons tout d'abord

    • le laconisme de DJ, dû en grande partie à Sg et à sa précipitation : il a longuement fréquenté de son maître.

Faites remarquer en passant que les réponses elliptiques de DJ (interjections, monosyllabes) laissent une place immense au metteur en scène et à l’acteur: paradoxalement ces railleries parfois ambiguës engagent toutes la  lecture de la pièce.

    -il passe très vite sur Ciel (impératif, laissons cela),
    -il se moque de l'enfer (interjection)

    -s'amuse

-du diable ( oui oui qui dit aussi bien non, non: ne pas croire en diable est un péché ),

- de l'autre vie (provocation incontestable : refus de l’immortalité de l’âme.. ; observons que  son rire est énigmatique : NB déjà l'importance des ah!ah! qui se multiplieront dans la pièce)

     -et il est ravi de voir (malgré son injure (la peste soit du fat..(=niais, sot, stupide qui se prend au sérieux)) Sg en venir aux sornettes du moine bourru.

    -il faut admettre que le 2+2 peut être conçu aussi comme une façon de fuir le débat comme nous verrons.

On peut parler de refus du débat favorisé par Sg :Dj si éloquent sur l'amour  et qui choisit la raillerie et le laconique!

    •Pourquoi? Sans doute

-par lassitude: il lui faut encore répondre à Sg.

-par mépris pour le valet qu’il connaît si bien qu'il sait qu'il n'ira pas loin et sombrera dans un discours interminable et malgré tout  voué à la remontrance. On constate qu’il a plaisir à moquer Sg sur le mot raisonnement (cassé le nez; tout en raisonnant)

-parce qu’il veut vivre intensément et non perdre son temps à démontrer l'indémontrable;

-parce que pour DJ toutes ces questions portent sur des mots et on sait ce qu'il fait du langage : un moyen de forcer les êtres, rien de plus.

-souvenons-nous aussi qu'il a déjà exclu Sg de son rapport à Dieu : va, va ...c'est une affaire entre le Ciel et moi et nous la démêlerons ensemble, sans que tu t'en mettes en peine.


=>Tentons toutefois de cerner ce que nous savons de DJ en partant d’éléments très limités comme  cet énoncé célèbre 2+2 qui est en réalité un emprunt à Maurice de Nassau, glorieux guerrier hollandais qui refusa l'extrême onction et fit cette déclaration au moment de mourir.

        •b• Mais que comprendre de cette unique proposition qui  provoque nombre d’explications ?

    • on peut la traiter comme une boutade, une façon de se défaire de la théologie : tous les discours l’importunent, rien n’est prouvé ni prouvable que ce qui relève de la science. Que l'on cesse de l'ennuyer.
  Certaines mises en scène montrent même un Dj semblant improviser et jetant à Sg une "sorte d’os à ronger "et à relancer son bavardage. Dj ne serait pas le libertin penseur profond que Sg croit tenir : il préférerait l'indifférence sur la théologie et la provocation au plan quotidien. Cette phrase lui viendrait sans méditation sérieuse.

     Si l'on veut voir une boutade de Dj il faut faire remarquer que l'addition est son domaine : n'est-il pas celui qui additionne les femmes?

    • autre hypothèse : dite avec conviction et non avec dédain ou indifférence glacée il est possible, sur cette seule affirmation d’en faire un athée matérialiste qui ne reconnaîtrait que ce qui relève de la raison: pour lui ne serait réel que ce qui est rationnel et vice-versa. C’est d’ailleurs ce que Sg a compris.

      
 -il refuserait alors toute transcendance, toute explication spiritualiste et avec Sg toute traduction superstitieuse (moine bourru, ordre représentation symbolique du monde (Ciel, Enfer etc.) : il y a aurait une nature et pas de surnature ou de surnaturel. Tout aurait une explication.


    -le libertin selon Dj ne démissionne pas : il appréhende le monde par la raison sans y introduire un dieu réglant âme et esprit: Dj croit à la liberté de l'esprit alors que Sg selon lui est une démission de l'esprit.

         

   • il n’est pas interdit
non plus,  sur cette seule phrase, d’en faire autre chose qu'un athée :on peut croire à la connaissance mathématique universelle sans pour autant se débarrasser de Dieu : c’est la solution de Descartes. Le rationalisme ne donne pas forcément l'athéisme et le matérialiste.

    À ce point de la pièce il est délicat d’en décider.

    [•on verra dans la suite du texte que la question n’est pas vraiment métaphysique pour Dj mais "existentielle" : il passe trop de temps à ridiculiser tout ce qui touche au religieux, à ses formes, à ses dogmes et à ses institutions pour être franchement athée : c’est bien comme il l’a dit une affaire entre le ciel et lui. Le rapport est presque “psychologique” (il y aurait chez lui une perversion de la pensée d’Épicure. "Devenir comme un dieu ": tel sera l'idéal du sage. Mais il n’y aurait aucune sagesse chez DJ : une volonté farouche de défier tout ce qui résume les freins qu'on lui impose).

• on verra qu'en fin dramaturge Molière fige ici Dj dans une formule  apparemment  de rationaliste athée qui devra bientôt réagir devant le manifestation de surnaturel qui surgit en fin de III(statue): il saisira l’occasion de défier personnellement, directement Dieu et non par femmes et institutions interposées.]


cl : un texte bref mais dense, à la fois comique et philosophique. Paradoxalement le défenseur du religieux fait rire et l'autre intrigue car  reste encore mystérieux : et que penser de ce recours final à un passant? Simple besoin de retrouver son chemin ou encore moyen d’éviter de relancer la discussion qui tournait à la remontrance ?

Nous allons vivre une autre provocation de DJ.LE PAUVRE: COURS SUIVANT.


















Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /Août /2008 06:35
[mon I étant un peu long, je vous propose à la fin de ce cours un autre plan plus simple.]


            DON JUAN IV,3 : MONSIEUR DIMANCHE

    SITUATION : VOILÀ LA SCÈNE qui plaisait le plus aux spectateurs du Palais-Royal  Scène qui gêne parfois les metteurs en scène : Chéreau la supprima en 69.

    À la fin de l'acte III, Dj a invité
à venir manger chez lui la statue d’un Commandeur qu’il tua. Pour une fois et dans tout l'acte, le burlador est dans son appartement (DIDASCALIE). Il semble ne pas croire à l’événement troublant qui s’est passé dans le mausolée (soyez capables de le rappeler).

    M. Dim est le premier fâcheux qui retarde le repas tant désiré de DJ (citez IV,1):son arrivée réintroduit une dimension comique et familière qui contraste avec l'animation mystérieuse et angoissante de la statue. Les autres visiteurs seront don Louis, Elvire et enfin, à nouveau, mais comme prévu, la statue.

    LECTURE

    ENJEU: EN QUOI CETTE PETITE COMÉDIE EST-ELLE RÉVÉLATRICE DE DJ?
mesurer la place du langage dans la stratégie de DJ. et dans cette leçon de comédie. On la connaît en amour, on va la voir en "affaires".


   PLAN de la lecture : (1) une scène comique (2) qui en dit long sur DJ et sur la société du XVIIème. Scène que nous ne verrons que dans sa première partie : la seconde montrant Sg incapable de réussir aussi bien que son maître.

1)UNE SCÈNE COMIQUE :  

 Commençons par rappeler

     a) le but de DJ ou plutôt les buts :

    *ne pas honorer ses dettes. Tout faire pour empêcher Dim d’évoquer la raison exacte de sa venue. En limitant les interventions de Dim. ”J’étais venu ...”;”Je n’ai qu’un mot à vous dire..”.


    *faire rire toute la maison avec des laquais figurants & spectateurs.


    * s'amuser à défier socialement un être dont il a besoin mais qu'il méprise. Homme de l'échange simulé, DJ va payer son prêteur en monnaie de singe.

    =>scène reposant essentiellement sur le comique de situation. Éclate le contraste entre ce que prétend faire DJ (visiblement, spectaculairement) et ce que révèle (profondément) son attitude. Cette situation entraînera comique de mot et de gestes. Comique fondamentalement de répétition et de variation sur la répétition (les JE  de Dim..)[PLACER ICI LA VERSION ALLÉGÉE]



     b) les moyens de DJ

     • en jouant sur la rapidité (allons vite etc): la scène dans la scène (les laquais étant figurants spectateurs) est enlevée, fondée qu'elle est sur questions, interjections, impératifs.SOULIGNEZ LA BRIÈVETÉ DES RÉPLIQUES.

    •en jouant en même temps du retard : tout faire pour que Dim ne dise le mot qu'il est venu dire

    • surtout en feignant de le flattant, en l'honorant : regardons provisoirement la progression des marques d'attention :a) accueil, b) le siège, c) familiarité, d) pacte, e) invitation, f) escorte. Voilà un bourgeois qui traverse en deux minutes ce qu'il faudrait à une famille sur au moins un siècle.



       c)voyons et admirons en les détaillant ses marques d’attention qui sont autant d’ éléments tactiques d’obstruction :

•1• accueil avec civilités (il est unique, il a droit à un traitement privilégié (lire)).

•2xième tactique : il élève Dimanche socialement en lui offrant un siège qui fait de lui son égal. Le bourgeois est conscient de l'incongruité et la décline (relevez les dénégations successives (ne, ne)). Mais DJ va porter la distinction jusqu'à l'absurdité: il fait remplacer le pliant par le fauteuil, ce qui revient à le traiter comme un Prince: le XVIIème était très attentif à la hiérarchie des sièges (cf le grand écrivain Saint- Simon) et devait beaucoup rire au moment précis de cette scène. Du reste ces insistances pour faire asseoir Dim sont assorties de considérations égalitaristes, burlesques pour l'époque: contre moi, point de différences entre nous.

     Dj met l'étiquette sans dessus dessous. Profondément, il abaisse en élevant. En simulant l'abolition de la distance matérielle qui les sépare, il redouble la distance sociale :

    -DJ intègre de force Dim à un jeu qui lui échappe totalement. L'honneur qu'il lui fait est le plus odieux des avilissements.

             -le comique est d'autant plus fort  que Dj en se prétendant seulement l'égal de Dim  adopte à son égard un ton péremptoire qui prouve qu'il reste le grand homme. Il a le pouvoir de parler et de priver de parole.

                      -notez les verbes de volonté (relevez) adressés aux domestiques, puis à Dim avec une intensité croissante: asseyez-vous est correct; mettez-vous là est déjà cassant et la fin tourne au chantage (non je ne vous écoute...)

    -------->la première erreur  de Dim: s'asseoir. Il cède au pouvoir de Dj qui aura barre sur lui. Il a été élevé en apparence mais abaissé physiquement et moralement déjà.

•3sième tactique: la familiarité.

  DJ demande des nouvelles de toute la famille successivement (à vous). Ce souci a un aspect ironique et riche de sous - entendus: si M Dim se porte si bien c'est qu'il est à l'aise et que sa demande peut être différée...En plus il le traite en maquignon, avec mépris , comme Charlotte. On aura noté le mot à double entente : fonds certes de santé mais fonds économique aussi....

    Plus le passage en revue de la famille progresse (hormis la mère ils sont tous qualifiés de petit) et plus l’éloge se fait dégradant (ainsi l’enfant qu’il montre bruyant); sans compter qu’il assimile le chien horripilant à la famille : c’est d’ailleurs du chien qu’il parle le plus longtemps. DJ donne en passant une leçon de savoir vivre au bourgeois : comment comparer son accueil si amical de noble à l’accueil qui se résume à un chien envahissant et hostile et un enfant tambourinant?
 
    Avec élégance mais cruauté Dj abaisse encore Dim: il le traite comme un animal (il tâterait presque ses joues) et prend souci de son chien...On note aussi qu’il ne cesse de dire MONSIEUR DIM, rappelant ainsi, par ce nom commun, ses origines tandis qu’il lui coupe la parole chaque fois qu’il veut dire la raison de sa venue.

    Sommet de l’ironie le mot à double sens : J’Y PRENDS BEAUCOUP D’INTÉRÊT: 1) au sens social, je suis très attentif à la santé de toute la famille;2) au sens de l’emprunt je vous prends beaucoup d’intérêt, en ne vous rendant rien...

    Résultat: c’est le “pauvre” Dim qui est socialement son obligé et qui doit reconnaître qu’il le reste.

4ème tactique : le pacte .

 DJ va jouer sur la proximité amicale : après les honneurs, après le souci de l’autre, le piège de l’amitié.

Observons qu’il se sert à merveille de l’espace : il a fait asseoir Dim, s’est approché de lui, lui a touché la main comme avec les femmes (cf CHARLOTTE en III, 2: TOUCHEZ DONC LÀ (=serrez la main en signe d’accord)

Il multiplie les formules emphatiques de dévouement ( citez : suis à vous +rien que je ne fisse pour vous) jusqu’à l’invitation qui précédera l‘éjection.

    Sur ce plan ces formulations ne sont pas innocentes et opèrent d’habiles glissements:

-1-je suis à vous de tout mon cœur : formule d’amitié qui fait songer au discours amoureux. Dépendant financièrement de Dim (suis à vous) il donne un sens sentimental à cette dépendance et on songe à des formules voisines qu’il employa avec Charlotte et Mathurine. Il parle de son cœur qu’il ne cesse de prodiguer comme on sait.

-2-l’ordre est inversé : DJ devient le vassal de Dim : il n’y a rien que je ne fisse pour vous

-3-mais l’ironie perce encore : et cela sans intérêt. Il s’est efforcé de montrer que son attachement était total, généreux, sincère , il lui dit que  c’est sans arrière-pensée pour faire oublier les intérêts qu’il doit à Dim: il prononce le mot pour lequel le gageur est venu.

     Dim est écrasé sous le témoignage d’autant de “généreuse amitié”: "trop de bontés pour moi; je n’ai point mérité cette grâce assurément”. Le gageur devient le débiteur. Dj use des mots, toujours contre du temps. La serviabilité de DJ aggrave la servilité de Dim.

4ème et dernière tactique, le comble de l’audace: non content de le recevoir, de le prier de s’asseoir, de lui serrer la main, DJ invite Dim à souper , à consommer les fruits de sa dette, à s’entretenir lui-même, à gaspiller sur son propre compte

La nouvelle erreur de Dim est de décliner l’invitation en prétextant le temps : il donne l’occasion attendue par DJ pour le mettre à la porte. Dj accélère soudain la manœuvre en simulant la déférence (il ne veut pas le retarder) et la protection (escorte qui est surtout là pour qu’il ne revienne pas...).

 La réaction de Sg (siège) prouve qu’on approche de l’estocade  brillante il faut le dire et répétant en mineur toute la scène :Dj redit son intérêt pour Dim, se présente comme son inférieur et comme son DÉBITEUR (personne qui doit une somme à une autre). Il dit ce pourquoi Dim est venu, ce qui entraîne une sorte d’expression d’aise chez le gageur : AH!MONSIEUR. Mais DJ transforme sa dette en honneur : il le fait savoir à tout le monde augmentant donc sa clientèle ..

    Dim tente une dernière fois de parler : Dj, sans gêne , pousse la transgression sociale le plus loin possible : il propose de l’accompagner, impensable évidemment à l’époque. Refus prévisible de Dim presque scandalisé. Dont profite DJ pour franchir le dernier pas de cette comédie pour l’époque : il embrasse Dim (dernier rapprochement spatial) et le quitte avec les mots qu’il a déjà employés . IL sort : la leçon de comique est finie.

     Sg va prouver ensuite que se débarrasser de Dim n’est pas chose si facile. Il attestera  que les mots doucereux, les gestes amicaux de DJ sont aussi une forme de violence mais masquée.



2)UNE SCÈNE INSTRUCTIVE:la préférée du public, on l’a dit, mais sans doute pour de mauvaises raisons...

     •a• elle confirme  les grandes qualités de comédien du burlador:

-il joue devant ses serviteurs complices devenus spectateurs : au lieu de laisser Dim dans l'antichambre (lire fin de scène 2)comme le ferait Sg, il va s'en débarrasser de façon magistrale sur la base bien connue depuis le début de la pièce : un mot pour une dette et PAS UN DOUBLE...(fin de IV,2);

-il simule l'intérêt, l'affection et exécute sa sortie de scène au moment opportun. Improvisateur de talent, il saisit avec habileté les occasions. Il va jusqu'à dire (comme Tartuffe) la vérité (je suis ...votre débiteur) pour mieux la faire oublier. Il suffit de le comparer avec Sg dans la suite de la scène pour en prendre la mesure. Le valet a besoin de la force où son maître use de la parole.

    •b• ELLE NOUS RENSEIGNE SUR LES DIFFICULTÉS DE DJ: comme tous les nobles déjà (sauf Mme de Montpensier), il est endetté. Il est aux abois. Menacé donc par la famille d'Elvire, il doit en outre honorer ses emprunts. On mesure aussi son train de vie puisque nous le voyons chez lui pour la première fois. Il a beaucoup de domestiques, un serviteur (le siège), La Violette qui parle de Dim, 4 ou 5 hommes pour reconduire le gageur...Dj, l'
homme qui gaspille, l'homme qui vit de l’excès en tout.

      •c• elle donne avec les autres scènes, une bonne idée de la société dans laquelle s'inscrit le héros:

*nous avons vu jusqu'alors des valets, une ex-religieuse noble, des voleurs, un pauvre, des paysans, un noble: il manquait la bourgeoisie que nous tenons avec Dim.
    -Classe montante mais qui n'a pas toujours l'aisance que devrait lui donner son avantage économique. Il évite de s'imposer, refuse le souper, emploie beaucoup de négations: il a l'argent mais pas encore la parole. Il a un pouvoir réel mais pas encore le pouvoir symbolique.

    -à l'inverse, DJ, le noble, a besoin de ceux qu'il méprise et dupe: il apparaît comme oisif, parasite, exploiteur [il faudrait préparer une réponse sur la noblesse dans la pièce en tenant compte de Carlos, de son frère, de Don Louis et de DJ] et seulement capable de jouer pour son plaisir avec tous en abusant du langage (performatif*).

  *DJ semble rompre avec sa classe ,  mais il n'est pas affranchi des préjugés (arrogance, insolence) et privilèges dont il profite et abuse. Il ne viendra pas par hasard à l’hypocrisie.Il est prêt depuis longtemps.

   *on peut penser qu'il incarne un exemple passionnant de déclin de la noblesse dont Molière n’a pas forcément conscience.

 •d• cette scène nous fait franchir une étape dans la connaissance de DJ qui se révèle d’avance comme l'homme qui refuse toute dette symbolique (on va le confirmer après :valeurs morales, Père,
Dieu) mais il en est réduit à retarder ses remboursements avec une comédie...

    cl: grande scène fort drôle dans un acte qui va mêler les registres (à vous, avec le reste de IV; aucun personnage n'a été à ce point victime de DJ (Charlotte avait des réserves). Dim est une marionnette qui ne peut parler. Les rieurs dans la salle auront des descendants moins hilares...Le théâtre le montera assez vite avec la pièce de LESAGE, TURCARET.
    D’autres visiteurs vont venir : d’autres dettes, d’autres intérêts, d’autres valeurs. Dj avec la statue tentera de faire raccompagner la statue avec un flambeau : la réplique de l’homme de pierre sera cinglante (dernière phrase de l’acte).


[Scène qui gêne parfois les metteurs en scène par son côté farcesque: Chéreau la supprima de sa mise en scène en 69
]


                                       *********


POUR UN I PLUS RAPIDE VOUS POUVEZ TENTER l’assez ennuyeuse classification suivante:

   I- cours supra puis dans les MOYENS, placez

    LES DIFFÉRENTES FORMES DE COMIQUE : j’en oublie, vous compléterez avec le cours supra.

    • comique de mots :

- le fond de sa stratégie : parler pour ne pas donner le moindre double. Le mot pour DJ est une force, une pièce stratégique mais il ne désigne rien dans son esprit et ne l’engage à rien.

-Dj parle du droit de M. Dim.....

-mot relevant de la double énonciation : l’accueil fait à Dim : il sermonne ses laquais complices en fait.

-mots avec lesquels il joue :

        -je sais ce que je vous dois (jeu sur : devoir :1- il faut honorer un homme de sa qualité;2-je connais ma dette).
         -il va même jusqu’à prononcer le mot que voulait placer Dim: débiteur.

          - comique alors du "AH MONSIEUR" de Dim.
 

    •comique de mots et de répétitions :

-répétition de Monsieur pour Dim et MD pour DJ qui insiste sur ce nom commun.

- l’interruption systématique des phrases de Dim.

-répétition de mots de scènes d’amour avec Charlotte (vanter le corps gras de Dim).

-la répétition cumulative: toute la famille est évoquée avec l arépétition du mot petit.

-ensuite, en mineur répétition maladroite par Sg.


    • comique de gestes qu’on devine mais qui implique un jeu parfait dans et avec l’espace:

-rappeler sa double stratégie : parler pour faire taire &  se rapprocher pour éjecter; il parvient à surmonter son mépris de classe et à  le transformer en signes d’amitié extrême.



        -énumérez et commentez vite les étapes du manège :sa porte est toujours ouverte ; on approche un siège; il se penche vers le corps de Dim pour montrer son intérêt; il touche la main;il l’invite à  souper (partager son intimité); Dim refuse =>garde, protection qui reviennent à une expulsion. Comble du grotesque : ll l’embrasse ! Gag : c’est Dj qui sort en acteur.

    • comique de situation : double inversion.

-Dj veut aller vite et joue du retard;

-le grand se fait tout petit, se met à la hauteur du bourgeois, souligne même leur égalité pour que le demandeur devienne son obligé (début); le bourgeois en réalité est rabaissé : DJ lui donne des ordres et entreprend même un CHANTAGE...; le rabaisse à son chien; il lui rappelle que chez les bourgeois comme Dim  on ne sait pas recevoir.. Sa réception est une éviction.

    ••en réalité toute la scène est dominée par l’ironie que ne perçoit que le public. Dites combien est faux son intérêt pour la famille quand on aura vu Dj avec son père...( scène suivante).

   
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Samedi 26 juillet 2008 6 26 /07 /Juil /2008 16:18
•INTRODUCTION:

  •GÉNÉRALE:COURS N°1

  •SPÉCIFIQUE :nous sommes dans la scène d'exposition, la tirade du tabac.
Dans une ville où DJ, un jeune homme de qualité (noble) est de passage, poursuivi par Elv,, sa femme récemment épousée. Les deux valets dialoguent et Sg informe Gus de la situation: il pense que contrairement à tous les usages et aux signes de gage qu'il a donnés et que Guz rappelle dans la réplique précédente, son maître a abandonné la maîtresse de G qui vient de donner sans le vouloir une première idée de DJ (séducteur pour qui tous les moyens sont bons et qui peut même enlever une jeune fille d'un couvent). Nous allons vérifier combien sa phrase finissant par "manquer à sa parole" dit presque l'essentiel du burlador.

  •LECTURE DU TEXTE


   •COMPOSITION DE L'EXTRAIT qui est la réponse aux interrogations de Guz.

Dans ce texte, trois parties: 1-le rapport de DJ à Dieu puis 2-aux femmes;3-le valet maudit son maître mais reconnaît qu'il doit lui obéir et finalement prouve sa lâcheté (dire les lignes à chaque étape).

   •PROBLÉMATIQUE : QU'APPORTE CETTE TIRADE?

   •PLAN DE L'ÉTUDE

Nous suivrons deux directions :

•un portrait de DJ

•un autoportrait de Sg, les deux dominés par des élément comiques mais cernant bien les deux personnages avant l'entrée en scène du personnage éponyme.

1)UN PORTRAIT DE DJ :le vocabulaire de la peinture apparaissant au milieu du texte (à vous). Un libertin sans que le mot n'apparaise encore.

  Portrait qui va illustrer un énoncé  péremptoire :UN GRAND SEIGNEUR (la dimension sociale et son sillage de morgue, de mépris cruel pour autrui) MÉCHANT HOMME (l'attribut essentiel du maître selon le valet, attribut complété par l'hyperbole (le plus grand scélérat...(criminel: avec le superlatif nous comprenons qu'il réunit tous les crimes) ).

Qu'est-ce qui autorise Sg à résumer aussi durement le caractère et le comportement de son maître ?

Il est méchant (
méchant=qui témoigne du désir de provoquer la souffrance physique ou morale chez autrui) sur au moins  trois plans selon Sg:

     a)DJ l'irreligieux: libertin de pensée mais perçu au filtre (limité) de la pensée de Sg.

- à la fin du procès religieux de DJ, une phrase compte plus que d'autres : "traite de billevesées tout ce que nous croyons":

            -il semble que selon Sg, Dj ne croit à rien, à aucune forme de croyance, quelle qu'elle soit et paraît sourd à tout ce qu'on peut lui reprocher. Il faudra vérifier cette définition du burlador.

  [Si ce qui suit vous dérange, allez directement à la fin de ce crochet.

-il faudra le vérifier car Sg n'est pas ici d'une grande précision : il le traite de façon peu cohérente :il est tout à la fois
    - malade, il a la rage ou il est habité par un désir ardent;
    -un animal (chien) autrement dit sans pensée et langage articulé. Inférieur à l'Homme.
    -un ange déchu (un diable), un suppôt de Satan;
    -un Turc, autrement dit un être voué à une religion extrérieure à la chrétienté et donc maudit à l'époque par intolérance;
   -un hérétique mais un hérétique croit en adoptant une option schismatique , différente par rapport à la religion dominante.
    -un être qui ne reconnaît pas le Ciel OU L'ENFER (
métaphores spatiales de la religion chrétienne pour Dieu et diable).].
               

  Cette énumération n'a aucun sens : Sg accumule des caratéristiques qui ne vont pas ensemble et qui pour lui sont sans doute synonymes...Sans compter qu'aux yeux de Sg le refus de croyance en loup-garou paraît rhédibitoire alors qu'il relève d'une croyance païenne bien peu compatible avec le dogme (nous retrouverons plus loin en III,1 le même problème avec le moine bourru). Ce  supposé défenseur de la pensée chrétienne est ici bien peu catholique.

   Selon le discours incohérent de Sg son maître serait sans doute athée. Il faudra encore vérifier cette affirmation.Un des enjeux de la pièce.

=> Découvrons le Méchant en amour. Libertin de mœurs.

   b)l'amoureux qu'a connu Gus n'est qu'un conquérant de femmes et ce ne sont pas ses sentiments qui frappent mais sa technique unique.


    
-sa technique unique (son piège pour attraper les belles/épouseur à toutes mains (de toutes les femmes)) : c'est le mariage qu'il bafoue à chaque fois et ce n'est pas rien dans sa contestation globale (à suivre : si l'on sait que le diable est celui qui divise, Dj divise tout en simulant l'union);on voit apparaître le mot contracter : Dj est l'homme du contrat qu'il ne respecte jamais.


     - c'est donc un conquérant : dans tous les lieux, il aime vaincre toutes les femmes, sans restriction ni exclusive...de

- classe (dame, demoiselle= nobles; bourgeoises, paysannes comme nous verrons à l'acte II;

      ou

-sexuelle (chaud/froid)LD

       -le nombre de victimes est immense (Molière utilise la métaphore du livre (chapitre immense) qui ne vient pas de Molina mais des Italiens et où Mozart fera le sublime air du catalogue)

      

Mais  Sg accuse encore le trait en prolongeant son portrait :

    c)un conquérant qui n'est qu'un débauché selon le valet

-on comprend que la sexualité importe plus pour Dj que l'amour: la sensation plus désirée que le sentiment.

-il est vu  comme un animal (chien,bête brute ), comparaisons toujours dévalorisantes.

-plus grave : il est vu selon le stéréotype qu'on répète depuis Horace, comme un épicurien considéré encore comme un animal, un pourceau alors que l'épicurisme* n'est pas un matérialisme épais mais au contraire une sagesse qui fuit l'excès en tout. Défenseur du plaisir, tel est le vrai épicurien mais on ne trouve pas chez lui  la moindre débauche.

-ultime accusation : Dj est comparé à Sardanapale, personnage authentique mais devenu légendaire sous forme de débauché notoire qui a sacrifié un jour ses animaux, ses esclaves, ses femmes. Véritable hyperbole de la débauche.

=> Dj est donc coupable de tout et capable de tout.

 
-Voilà bien l'esquisse du maître. On comprend la surprise de Gus...Le valet sans le vouloir nous livre encore

2)UN AUTOPORTRAIT DE SGANARELLE. Complément à la tirade du tabac. Où nous découvrons que le valet est l'antithèse du maître.

    a)un bavard impénitent, passablement cuistre - quand son maître est absent. Il participe largement à la dimension comique de la scène alors que ce qui est dit est scandaleux aux yeux et oreilles de nombreux spectateurs.

-il semble qu'on ne puise pas l'arrêter (pas même lui (sorti un peu vite de la bouche)): il multiplie les accumulations* de mots (à vous:un enragé etc...) qui ont valeur à ses yeux d'hyperbole;il apprécie les vraies hyperboles ( être au diable que d'être à lui)

-pédant, il utilise le latin (inter nos), cite Sardanapale, en même temps sa langue est souvent familière et reflète un homme aux origines populaires: pélerin,épouseur à toutes mains venant du dressage des chevaux; disons qu'on doit comprendre qu'il apprend des locutions, des phrases, des bribes au contact de DJ et qu'il s'en sert de façon très approximative.

-il met un temps certain à mesurer l'étonnement de Gusman (tu demeures surpris): c'est dire assez qu'il aime s'écouter parler et en imposer aux autres.

C'est ce bavard qui est chargé d'être

    b) le critique de Dj:


-face à DJ, on devine qu'il lui parle souvent et qu'il fait office de censeur :nous découvrirons ce qu'il en est.

-quand son maître est absent comme ici;

         * que représente-t-il?

-il incarne la position religieuse classique, populaire  mais avec une naïveté, superstition (il parle de loup-garou, (personnage légendaire qui prouve que notre valet est surtout  proche du paganisme(légende d'un homme se métamorphosant en loup gigantesque),mot occupant une position scandaleuse dans l'accumulation) et inconséquence (il assimile athée, hérétique, musulman etc) qui le rendent burlesque. Sera-t-il un contre-poids sérieux? (On pourra vous interroger sur ce point en entretien: facile).

Au total nous découvrons

    c)un être contradictoire : qui aime plus sa dépendance qu'il ne la flétrit en apparence.

•d'une part il  critique DJ longtemps ici  et même le maudit et voudrait le voir bien loin de lui (citez): il en prévoit  froidement la fin tragique (que le courroux du ciel l'accable quelque jour);

•d'autre part on le voit fasciné par la rhétorique, art de parler qu'il ne maîtrise pas vraiment mais qu'il doit sans doute à sa fréquentation du burlador; il aime, à l'image de son maître avec lui, occuper une place supérieure comme on le voit depuis le début de I,1 avec Gus;

•en outre, "courageux" critique de DJ quand il s'absente, il devient soudain couard  et même menace de mentir quand le séducteur s'annonce à l'horizon (on se souvient que deux minutes avant il célébrait la vertu). Il joue double jeu : il parle dans le dos de DJ et face à lui mentirait à Gus.Nous nous en souviendrons au moment de sa réaction à la tirade de l'hypocrisie.

       =>fasciné est bien le mot qui convient (étymologie) : il dit la répulsion (Sg est scandalisé par DJ) et l'incapacité de s'en détacher (il faut que je lui sois fidèle en dépit que j'en aie) au point de tenter de l'imiter. Il semble qu'il y ait en DJ une force, une énergie qui attache Sg au point d'être transformé en spectateur (citez:applaudir...) des  transgressions qu'il désapprouve. Bref il a beau dire, il lui plaît de demeurer à son service...
            


cl: voilà un portrait charge du maître par le valet. L'image est-elle juste, gauchie, inférieure à la "réalité"? DJ apparaît sur la scène : nous allons nous faire un idée par nous-mêmes...


                     
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /Juil /2008 17:06
                                                            DON JUAN I,1
INTRODUCTION

        *SITUATION :

    -générale (une fois pour toutes) de la pièce :en 1664, au milieu des tracas de son TARTUFFE, Molière décide d'écrire une pièce inspirée d'une œuvre de l'Espagnol Tirso de Molina (EL BURLADOR DE SEVILLA/ L'ABUSEUR DE SÉVILLE (en 1630) qui connut de nombreuses adaptations en Italie (CF P 145 DE NOTRE ÉDITION) avant de passer en France avec Dorimont & VILLIERS ou les comédiens italiens installés à Paris. Malgré un certain succès, Molière devra couper très vite certaines répliques et finira pas suspendre les REPRÉSENTATIONS.


     -nous avons à commenter la scène d’exposition, sa partie initiale.

        *LECTURE DE L'EXTRAIT.

........(fin de l'intro)...>

      -spécifique pour ce texte:


Au théâtre, il existe différents types d’exposition: ici nous avons affaire à deux valets, ce qui

•annonce la comédie

•d’autant plus que le personnage de Sg est repris d’autres pièces comiques de M.

Ce qui frappe d'emblée c'est la structure déséquilibrée de cette ouverture : beaucoup question du tabac, beaucoup moins d’Elvire.



  Deux éléments doivent être pris en compte très tôt : le tabac était dénoncé par l'Église alors...et Molière jouait le rôle de Sg.

PROBLÉMATIQUE : POURQUOI CETTE OUVERTURE SURPRENANTE?

•ANNONCE DE VOTRE PLAN


1)UNE OUVERTURE SURPRENANTE :

 (nous supposons que le premier à parler sur scène, Sg, est en train de faire une pause pour pétuner et qu'il prend cette occasion pour méditer sur le tabac.)[Ayez en tête les différentes versions scéniques que nous aurons vues en classe.]

    surprenante en ce qu’elle laisse une grande place à

a) un éloge qui donne lieu à une pause et ressemble à une digression: on a l'impression d'un élément superflu, gratuit, comme plaqué.

    -éloge du tabac, sujet curieux, intriguant:

•qui retarde l’exposition proprement dite

•alors que Guz, comme on l’apprend vite après, est impatient d’avoir des nouvelles.

    -une digression qui présente  le tabac comme la panacée.

    -digression que Sg quitte avec une phrase  de transition assez autoritaire:après cette pause consacrée au plaisir (du tabac),revenons aux choses sérieuses...

b) une digression d’une extrême bouffonnerie :frappant est le contraste entre le sérieux, le registre doctoral du personnage qui joue au maître et le comique qu’il crée avec

•un anachronisme : Aristote* n'a pu connaître le tabac. Disqualifier Aristote sur un point inepte c'est SE disqualifier soi-même.

•une prétention évidente : il connaîtrait toute la philosophie.

•un énoncé péremptoire : n'est pas digne de vivre, diable  ! pour du tabac!

•un contraste entre l'emphase de la phrase (il s'agit de morale (voc))  et son objet : le tabac.On hésite entre un discours savant et un boniment.


• surtout avec une position curieuse parfois, fondée sur trois qualités du tabac:1-on a longtemps soutenu les vertus curatives du tabac (admettons ce point : purgation des cerveaux, en faisant éternuer...Mais on verra Sg à l'acte III déguisé en médecin et on verra qu'il n'y connaît rien) ;2- Sg fait aussi du tabac un vecteur de  civilité (lexique à relever): honnête homme, honneur, vertu etc) mais  beaucoup plus étonnant 3-il fait d'un élément matériel un moyen de pédagogie spirituelle (instruit les âmes). Étrange. Il ya de quoi faire bondir un croyant ou un sage.

     =>Voilà un discours inattendu : comment en même temps cette matière (interdite) peut-elle réjouir et purger les cerveaux,  mener pédagogiquement à la vertu morale et sociale?

        *Nous découvrons un valet qui dit son aspiration à l'honnêteté mais les conseils qu'il donne pour y parvenir enfreignent les valeurs fondamentales de l'honnêteté. Un honnête homme*(bien savoir ce qu'on appelle ainsi au XVIIème) se mettrait-il autant en avant? Citerait-il Aristote pour le réfuter sur un point accessoire (et d'ailleurs inexistant)? Monopoliserait-il la parole comme il le fait sur un ton sentencieux, péremptoire? Et la manière d'aller chez les uns et les autres n'est-ce pas s'imposer de façon brutale?
  
  =>  l'effet ne peut être que comique. Mais il rend accablante la suite.

 Dans ce contexte

c)la situation d'Elvire, la maîtresse de Guz est elle aussi surprenante car inversée :le contraste est saisissant : Sg s'est arrêté longuement sur le tabac comme incitateur moral et semble ne pas être choqué par l'abandon de la maîtresse d'Elvire.

-nous apprenons

    - qu'elle court après le maître de Sg,

   - qu'elle est déjà séduite et non à séduire ou à épouser comme dans la comédie traditionnelle.

   - qu'elle  a comme une attitude militaire (en campagne) peu attendue d'une jeune femme noble.

BILAN: on se demandait où allait cette exposition, on avait un éloge du tabac qui mène à la vertu et nous voilà face à une situation d'un homme qui semble être peu vertueux: lâchement, il a fui une femme qui l'aime et sans lui signifier sa rupture.Le tabac mène au devant du souhait des gens ; Dj semble ici aller à l'opposé : il fuit mais en même temps il est déjà en chasse d'un nouvel "amour" (I,2).Premier indice: on court après DJ, arpenteur d'espaces. Mais on verra aussi qu'il court au devant du souhait des femmes..., souhait qu'il fait naître avec la rhétorique du séducteur.



2)CET ÉLOGE PARODIQUE, PARADOXAL* (tradition qu'on retrouve depuis longtemps dans la littérature (Lucien, Érasme, ÉLOGE DE LA FOLIE);Rabelais; très fréquent chez le vrai Cyrano de Bergerac (éloge du vol, du pouvoir des enfants)) NOUS RENSEIGNE POURTANT ABONDAMMENT.

  (*En langage pédant si l'éloge se dit encomium on appelle un éloge parodique pseudo-encomium. Procédés pseudo-encomiastiques. Retenez que dans la pièce DJ le pratiquera en faisant l'éloge de l'inconstance et de l'hypocrisie.)

  a)sur le caractère de Sg (allez vite) et déjà sur quelques aspects de DJ:

   Sg:c'est un valet qui aspire à dépasser sa condition, qui veut en imposer. Il se met en avant pour un rien comme le tabac. Il aime pérorer.

  -un individu sentencieux qui n'a pas les moyens de ses ambitions:son discours emphatique est creux, se veut universel (on , pluriels, tout le monde) et il exclut beaucoup de monde. En réalité il ne parle que de lui et de son plaisir.

    -un être contradictoire qui plaide la générosité mais n'en témoigne pas beaucoup.

  -indirectement nous apprenons quelques éléments du héros éponyme:Dj a abandonné Elvire visiblement sans scrupule et sans espoir pour elle. Il court beaucoup, change facilement d'espace : on le vérifiera dans la pièce.

 b) sur les grands thèmes du texte : sous les incohérences  de Sg apparaissent des éléments très sérieux .

  •l'irrespect envers les autorités: d'emblée Sg s'en prend à Aristote, autorité certes païenne mais amplement reconnue par les autorités religieuses ; cet éloge du tabac va à rebours de l'interdit de Louis XIII et des condamnations de l'Église...

........> curieusement voilà quelqu'un qui refuse  les autorités politiques et religieuses en se réclamant de la Morale . On l'a vu,son éloge n'est pas "très catholique": c'est le tabac qui donne vertu et honneur...

....>il faudra se souvenir dans le cours de la pièce que Sg se posera comme le défenseur de la religion contre les impiétés de son maître. Ce discours préliminaire ruine d'emblée toutes ses prises de positions ultérieures.

 ....>plus largement ET AU-DELÀ du simple cas de Sg, on suppose que les autorités et les normes admises risquent d'êtres malmenées dans cette pièce.



   •la question de la circulation, de l'échange  : prenons un instant Sg au sérieux :il célèbre dans le tabac  la vertu qu'il confère et la circulation qu'il engendre: dans l'éloge, il définit un idéal de civilité reposant sur un contrat implicite qui pourrait régler tous les échanges humains : on cherche à faire plaisir et l'autre va vouloir en faire autant. Entre le donneur et le preneur quelque chose se passe qui ne finira pas. Idéal social plus que généreux que le valet ne met pas en pratique en fréquentant un maître bien peu honnête homme (abandon d'Elvire).

  Indice précieux encore: en effet il sera beaucoup question dans la pièce de l'échange et des règles sociales. Et du plaisir. Nous verrons que Dj fera semblant de faire comme tout le monde dans l'étape de séduction mais profondément ne respectera aucun échange honnête. On mesurera bien vite l'importance de l'expression "mal payée" qui vient à la bouche de Sg...



   •l'importance des mots, des discours, du langage. : Sg tient un discours qui ne résiste  pas à la logique: il défend l'honneur et  Molière nous avertit : il faudra se méfier des discours, lire la parole réelle sous les beaux discours. Ici même il fait un dithyrambe du don et ne sourcille pas devant  l'abandon d'Elvire...Il cherche surtout à en imposer à Guz pour se faire valoir. Dj saura mieux parler que son valet mais surtout mieux mentir: abuser des autres sera pour lui abuser des mots.


cl: Cette ouverture annonce une pièce singulière et complexe:

   -elle est proche de la farce qui rappelle les  lazzi de la commedia dell'arte qui faisait rire tout public (y compris populaire)- ce que reprend Mesguich avec ses deux clowns- mais qui semble étonnamment provocatrice et irrévérencieuse envers les autorités morale, religieuse.


   -elle est ambiguë: un homme  développe sérieusement une thèse absurde dont on peut cependant tirer des motifs sérieux (la place de l'échange dans la société).

   -le sens de cette attaque nous échappe en raison de la pluralité de lectures qu'il provoque. Que cache encore  le tabac? Ce détour par le tabac ? Vient-il à la place d'autre chose?

   Ne peut-on penser qu'à l'insu de Sg, Molière qui tenait le rôle fait retentir un éloge du théâtre? Avec ironie et avec force maladresses de Sg ne retrouve-t-on pas la définition du théâtre tragique selon Aristote qui purge (catharsis) les esprits et a un rôle civil que lui conteste justement les religieux chrétiens depuis toujours.Théâtre qui montre le monde sous tous ses aspects, dans toutes ses impostures.Théâtre qui apprend à comprendre les malveillances, les malfaisances. Pièce sur l'échange authentique ou pipé, DJ s'annonce aussi comme une pièce sur l'échange théâtral.


••••••••

[pour répondre à une question sur les fonctions de l'exposition*,et de cet incipit en particulier, dites qu'il sert à donner:

1/DES INFORMATIONS :
      => cette scène permet de connaître contexte et personnages:

       -le lieu (en cette ville, AVEC LA DIDASCALIE EN SICILE + UN PALAIS)),

       -temps de l’action (Dj vient de fuir dans cette ville ),

      -l' identité des personnages (leur place sociale (Done Elvire  ta maîtresse)), les relations qui existent entre eux et ceux dont ils parlent : avant que ne commence la pièce on suppose que quelque chose s’est passé ou que quelque chose va commencer.Ce qui vient juste après l'évocation du tabac.Une femme court après un homme qui l'a délaissée.

2/DES INDICES (REPRENDRE LE II DE MON COURS )

       -sur quelques personnages : Sganarelle, son maître

        -sur les thématiques majeures pour la pièce: les autorités, l'échange, la parole.

         -sur le registre de la pièce : le comique devrait dominer malgré des situations pénibles comme celle de done Elvire.


cl : fonctions d'un tel texte : à la fois installer une situation, suggérer des pistes, intriguer : informé plus ou moins, le spectateur a alors le désir de voir plus loin  ce qui s’est seulement esquissé.]


Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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