LE PREMIER ORDRE en France : l’ORDRE RELIGIEUX (moines et prêtres)
•une critique “morale” et politique•
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-il convient de partir de l’athéisme de DD qui ne se contente pas de dire comme le M :”Je n’aime pas les prêtres” : selon lui la croyance est une erreur au regard de la raison et c’est quelque chose de nuisible à l’homme et à la société. On rappellera toujours que selon DD trois codes dominent les hommes : le 3ème, le religieux est d’une telle nocivité qu’il pervertit les deux autres.
Pourquoi ?
1/-parce que le religieux instaure un code contre-nature : toujours rappeler que DD est l’auteur de LA RELIGIEUSE.
Le plus frappant étant la question de l’abstinence en particulier chez les moines : personne ne respecte ce voeu et DD a toute la littérature avec lui, en particulier Rabelais pour le prouver ; quand on voit la réaction du peuple lors de l’arrestation de Richard ou le “tableau” dessiné par J avec le moine et les deux filles 261, on constate que personne ne se fait d’illusion dans la “populace” (le mot est de J). Il suffit encore de parler des prémontrés avant la venue et la reprise en main de Hudson p247.
L’autre contrainte pour les moines, celle de l’enfermement : le marquis exprime une théorie sur le corps des jeunes gens prisonniers du couvent ou du monastère qui doit tout à DD 245.([Vous mesurez que la “psychologie” de DD est bien matérialiste :la voix de dieu est en fait une manifestation du tempérament...]
2/-conséquence : le code religieux est un “bâillon” sur le corps désirant de l’homme qui donne des malheureux (regrets, désespoir, folie 245), des pervers, des méchants (comme les moines selon le M quand il écoute les aventures du frère de J.) ou surtout des hypocrites.
Leur tartufferie est fondamentale, elle est presque une seconde nature et elle se manifeste à différents niveaux :
-ils trahissent leurs voeux, ce qui n’est pas rien. Pensons au vicaire amoureux de Suzon, “paillard, jaloux” 297 ; aux prélats libertins et blasés 170, à Frère Jean qui fait des enfants dans tout le village, à Hudson, à sa gourmandise, à ses maîtresses, à sa “marcheuse”, à ses mensonges, ses mises en scène. Hudson ou presque tous les péchés capitaux en un seul homme, d’église : un comble.
-ils se couvrent du manteau (masque) de la religion pour faire carrière : le petit abbé amant de petite d’Aisnon est rudement traité dans le récit Pom (170 impie & incrédule (voilà pour la foi), dissolu (voilà pour le sexe) : il veut arriver à l’épiscopat. Il n’a aucun talent. Hudson en fin de carrière aura une très riche abbaye...
-chez les plus habiles, ce que Dd redoute c’est le pouvoir de la Parole (cf cours) : il a connu l’éducation des jésuites, il sait combien un prêtre bien formé peut être habile, sournois, cauteleux et user d’une parole séduisante, enjôleuse, spirituelle comme celle de Hudson ; éclatante aussi la leçon de comédie de Pom aux d’Aisnon (verbiage de la mysticité 176).
- si dans leurs sermons ils prônent le respect à la lettre de l’Évangile, ils n’ont en pratique aucun respect pour cette doctrine dont ils sont en principe les messagers : ils ont un appétit de pouvoir qui les poussent à des guerres fratricides pour imposer leur position théologique (janséniste, molinisme, jésuitisme) qu’ils instrumentalisent car elle n’est qu’un tremplin pour leur ascension et un moyen de contrôle sur les autres. Même le gaillard Jean a des vues sur l’Ordre des carmes. Au plan intellectuel ils énoncent des sornettes comme ce Taste que ridiculise J 365. En pratique on ne rencontre que Le Pelletier qui est vraiment charitable et évangélique dans sa pratique, sans être autre chose qu’un simple citoyen : mais tout le monde le prend pour un fou. Sauf les pauvres....
Pire : entre “sectes”(249), au sein d’une concurrence acharnée pour la prééminence, ils sont capables de tous les coups : le “général” janséniste 249 envoie deux espions contre le jésuite Hudson...Travail d’espion, de police des mœurs...Au coeur du monastère des premontrés, Hudson attire toutes les haines, tous les complots. On sait que la morale chrétienne prêche le pardon et la miséricorde...
-leur pouvoir est dangereux : les carmes sont capables de rendre fou frère Ange ; plus grave ils sont proches du Pouvoir et Hudson dupe le ministre qui a de toute façon besoin de lui pour un contrôle social des “âmes”. Plus radicalement (on approche de la lecture politique qu’a DD de la religion) la religion habitue les pauvres a tolérer leur misère 183 : Mme de la Pom entend que la religion est une bonne chose, elle est un opium comme dira Marx après. Elle permet de patienter en attendant la récompense pour l’au-delà (183). On sait que J, dans sa sagesse, son pragmatisme matérialiste ne se préoccupe pas de la mort et préfère jouir du présent 262.
Le grand souci de DD dont je parle souvent est le machiavélisme dont fait preuve un Hudson, double de Pom, en plus dangereux parce que touchant au pouvoir social et à la mise au pas de tous. Hudson est une figure religieuse pensée aussi par DD comme figure politique : il est le tyran par excellence. Dans son monastère. Il entretient des haines, il asservit durement ses prémontrés. Mais en allant trouver appui auprès du ministre 255 qui n’est pas loin de côtoyer le très puissant Mirepoix 250 (Boyer), en devenant un agent de la police qu’il utilise, il montre combien le pouvoir religieux est au service d’un pouvoir plus large et tenté par le despotisme. La religion est aux yeux de DD un discours qui abêtit le peuple et une arme pour les ambitieux. Seuls le plaisir et la carrière comptent pour ces religieux, talentueux ou médiocres. Ce qui en soi n’est pas forcément scandaleux pour un homme ou une femme mais qui montre la malfaisance du code religieux qui soumet tout le monde et pervertit la nature en chacun.
À l’opposé, un J fataliste, qui pourrait être un possédé de Belzebuth selon le M 366 est certes un peu manipulateur, certes un peu têtu mais ô combien charitable et tellement plus “naturel”.
Sans penser seulement à lui, réfléchissons à la maîtresse de Desg(347/8) choisie sciemment par le romancier [qui la rapproche de Ninon de Lenclos, la grande courtisane (qui aida Voltaire), femme de goût] :
- elle aimait avoir des amants, toujours de qualité.
- libertine de moeurs, sans moeurs dit le M, elle était condamnable. On la condamnait.
- elle se condamnait : elle avait toujours des remords - qui la rendaient malheureuse : le remords n’a rien à voir avec la Nature selon DD. Elle prenait malgré tout un autre amant. Encore et encore. Alternant voluptés et remords. Sans aller voir souvent son curé pour prier mais seulement pour faire l’aumône. Pas de comédie de prière : des actes charitables.
-CAR elle avait de la probité : elle était recherchée pour son honnêteté.
-elle a une formule un peu cynique : la religion et les lois sont des béquilles pour les faibles. Propos d’aristocrate supérieure & méprisante comme Pom ? Morale d’êtres forts, supérieurs et supérieurs aux lois juste faites pour les faibles ?
Tout le problème est dans le sens qu’on donne à faible. Socialement ou “naturellement” ? Les faibles socialement ne le sont pas forcément naturellement (au sens de la philosophie organiciste et matérialiste de DD : un J n’a pas besoin de béquilles et le peuple a sans doute besoin d’autre chose que de la charité). Cette femme est faite pour le plaisir physique ce qui ne signifie pas qu’elle est immorale : elle est “un exemple” précieux d’honnêteté selon DD mais elle reste dans le schéma de pensée dont il veut nous débarrasser : celui de l’utilité de la religion - pour certains. Toute l’oeuvre de Dd, en tout cas après 1750, témoigne de l’inutilité et de la nuisance de la religion. Elle avait des remords, ses ennemis disait-elle. Remords qui ne changeaient rien mais gâchaient son plaisir sans la porter à plus de morale qu’elle avait de toute façon.
cl : en homme des Lumières Dd cherchait à montrer, à démontrer, à convaincre, à séduire pour émanciper. Pour modifier. Ce qui prouve que le fatalisme (le mot déterminisme est préférable ici) n’est pas dans le laisser-aller mais dans l’analyse des causes. On comprend bien l’allusion à Fragonard avec la scène tableau dessinée par J à partir de récit de Richard : à l’emprise de la propagande religieuse, les Lumières opposent le savoir et l’art. Et fidèle à la philosophie de J, d’un mal qui donne un bien et du contrepoison qui guérit du poison, DD bénit sans doute le manque de talent des théologiens de son époque 174 : ils n’ont pas le talent d’un Bossuet, heureusement ; ainsi ils sont donc plus faciles à vaincre...