JACQUES LE FATALISTE

Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /Fév /2009 05:51
AIDE

LE PREMIER ORDRE en France : l’ORDRE RELIGIEUX (moines et prêtres)


•une critique “morale” et politique•


[-en arrière-plan il vous faut avoir à l’esprit la question morale : quand on demande à DD s’il y a une morale matérialiste il commence par répondre : 1-la morale religieuse est peu morale (inhumaine) et 2-les religieux sont rarement moraux.

 

.]



-il convient de partir de l’athéisme de DD qui ne se contente pas de dire comme le M :”Je n’aime pas les prêtres” : selon lui la croyance est une erreur au regard de la raison et c’est quelque chose de nuisible à l’homme et à la société. On rappellera toujours que selon DD trois codes dominent les hommes : le 3ème, le religieux est d’une telle nocivité qu’il pervertit les deux autres.



Pourquoi ?


1/-parce que le religieux instaure un code contre-nature : toujours rappeler que DD est l’auteur de LA RELIGIEUSE.


Le plus frappant étant la question de l’abstinence en particulier chez les moines : personne ne respecte ce voeu et DD a toute la littérature avec lui, en particulier Rabelais pour le prouver ; quand on voit la réaction du peuple lors de l’arrestation de Richard ou le “tableau” dessiné par J avec le moine et les deux filles 261, on constate que personne ne se fait d’illusion dans la “populace” (le mot est de J). Il suffit encore de parler des prémontrés avant la venue et la reprise en main de Hudson p247.


L’autre contrainte pour les moines, celle de l’enfermement : le marquis exprime une théorie sur le corps des jeunes gens prisonniers du couvent ou du monastère qui doit tout à DD 245.([Vous mesurez que la “psychologie” de DD est bien matérialiste :la voix de dieu est en fait une manifestation du tempérament...]


2/-conséquence : le code religieux est un “bâillon” sur le corps désirant de l’homme qui donne des malheureux (regrets, désespoir, folie 245), des pervers, des méchants (comme les moines selon le M quand il écoute les aventures du frère de J.) ou surtout des hypocrites.


Leur tartufferie est fondamentale, elle est presque une seconde nature et elle se manifeste à différents niveaux :


-ils trahissent leurs voeux, ce qui n’est pas rien. Pensons au vicaire amoureux de Suzon, “paillard, jaloux” 297 ; aux prélats libertins et blasés 170, à Frère Jean qui fait des enfants dans tout le village, à Hudson, à sa gourmandise, à ses maîtresses, à sa “marcheuse”, à ses mensonges, ses mises en scène. Hudson ou presque tous les péchés capitaux en un seul homme, d’église : un comble.


-ils se couvrent du manteau (masque) de la religion pour faire carrière : le petit abbé amant de petite d’Aisnon est rudement traité dans le récit Pom (170 impie & incrédule (voilà pour la foi), dissolu (voilà pour le sexe) : il veut arriver à l’épiscopat. Il n’a aucun talent. Hudson en fin de carrière aura une très riche abbaye...


-chez les plus habiles, ce que Dd redoute c’est le pouvoir de la Parole (cf cours) : il a connu l’éducation des jésuites, il sait combien un prêtre bien formé peut être habile, sournois, cauteleux et user d’une parole séduisante, enjôleuse, spirituelle comme celle de Hudson ; éclatante aussi la leçon de comédie de Pom aux d’Aisnon (verbiage de la mysticité 176).



- si dans leurs sermons ils prônent le respect à la lettre de l’Évangile, ils n’ont en pratique aucun respect pour cette doctrine dont ils sont en principe les messagers : ils ont un appétit de pouvoir qui les poussent à des guerres fratricides pour imposer leur position théologique (janséniste, molinisme, jésuitisme) qu’ils instrumentalisent car elle n’est qu’un tremplin pour leur ascension et un moyen de contrôle sur les autres. Même le gaillard Jean a des vues sur l’Ordre des carmes. Au plan intellectuel ils énoncent des sornettes comme ce Taste que ridiculise J 365. En pratique on ne rencontre que Le Pelletier qui est vraiment charitable et évangélique dans sa pratique, sans être autre chose qu’un simple citoyen : mais tout le monde le prend pour un fou. Sauf les pauvres....



Pire : entre “sectes”(249), au sein d’une concurrence acharnée pour la prééminence, ils sont capables de tous les coups : le “général” janséniste 249 envoie deux espions contre le jésuite Hudson...Travail d’espion, de police des mœurs...Au coeur du monastère des premontrés, Hudson attire toutes les haines, tous les complots. On sait que la morale chrétienne prêche le pardon et la miséricorde...



-leur pouvoir est dangereux : les carmes sont capables de rendre fou frère Ange ; plus grave ils sont proches du Pouvoir et Hudson dupe le ministre qui a de toute façon besoin de lui pour un contrôle social des “âmes”. Plus radicalement (on approche de la lecture politique qu’a DD de la religion) la religion habitue les pauvres a tolérer leur misère 183 : Mme de la Pom entend que la religion est une bonne chose, elle est un opium comme dira Marx après. Elle permet de patienter en attendant la récompense pour l’au-delà (183). On sait que J, dans sa sagesse, son pragmatisme matérialiste ne se préoccupe pas de la mort et préfère jouir du présent 262.



Le grand souci de DD dont je parle souvent est le machiavélisme dont fait preuve un Hudson, double de Pom, en plus dangereux parce que touchant au pouvoir social et à la mise au pas de tous. Hudson est une figure religieuse pensée aussi par DD comme figure politique : il est le tyran par excellence. Dans son monastère. Il entretient des haines, il asservit durement ses prémontrés. Mais en allant trouver appui auprès du ministre 255 qui n’est pas loin de côtoyer le très puissant Mirepoix 250 (Boyer), en devenant un agent de la police qu’il utilise, il montre combien le pouvoir religieux est au service d’un pouvoir plus large et tenté par le despotisme. La religion est aux yeux de DD un discours qui abêtit le peuple et une arme pour les ambitieux. Seuls le plaisir et la carrière comptent pour ces religieux, talentueux ou médiocres. Ce qui en soi n’est pas forcément scandaleux pour un homme ou une femme mais qui montre la malfaisance du code religieux qui soumet tout le monde et pervertit la nature en chacun.



À l’opposé, un J fataliste, qui pourrait être un possédé de Belzebuth selon le M 366 est certes un peu manipulateur, certes un peu têtu mais ô combien charitable et tellement plus “naturel”.

Sans penser seulement à lui, réfléchissons à la maîtresse de Desg(347/8) choisie sciemment par le romancier [qui la rapproche de Ninon de Lenclos, la grande courtisane (qui aida Voltaire), femme de goût] :

- elle aimait avoir des amants, toujours de qualité.

- libertine de moeurs, sans moeurs dit le M, elle était condamnable. On la condamnait.

- elle se condamnait : elle avait toujours des remords - qui la rendaient malheureuse : le remords n’a rien à voir avec la Nature selon DD. Elle prenait malgré tout un autre amant. Encore et encore. Alternant voluptés et remords. Sans aller voir souvent son curé pour prier mais seulement pour faire l’aumône. Pas de comédie de prière : des actes charitables.

-CAR elle avait de la probité : elle était recherchée pour son honnêteté.

-elle a une formule un peu cynique : la religion et les lois sont des béquilles pour les faibles. Propos d’aristocrate supérieure & méprisante comme Pom ? Morale d’êtres forts, supérieurs et supérieurs aux lois juste faites pour les faibles ?

Tout le problème est dans le sens qu’on donne à faible. Socialement ou “naturellement” ? Les faibles socialement ne le sont pas forcément naturellement (au sens de la philosophie organiciste et matérialiste de DD : un J n’a pas besoin de béquilles et le peuple a sans doute besoin d’autre chose que de la charité). Cette femme est faite pour le plaisir physique ce qui ne signifie pas qu’elle est immorale : elle est “un exemple” précieux d’honnêteté selon DD mais elle reste dans le schéma de pensée dont il veut nous débarrasser : celui de l’utilité de la religion - pour certains. Toute l’oeuvre de Dd, en tout cas après 1750, témoigne de l’inutilité et de la nuisance de la religion. Elle avait des remords, ses ennemis disait-elle. Remords qui ne changeaient rien mais gâchaient son plaisir sans la porter à plus de morale qu’elle avait de toute façon.

cl : en homme des Lumières Dd cherchait à montrer, à démontrer, à convaincre, à séduire pour émanciper. Pour modifier. Ce qui prouve que le fatalisme (le mot déterminisme est préférable ici) n’est pas dans le laisser-aller mais dans l’analyse des causes. On comprend bien l’allusion à Fragonard avec la scène tableau dessinée par J à partir de récit de Richard : à l’emprise de la propagande religieuse, les Lumières opposent le savoir et l’art. Et fidèle à la philosophie de J, d’un mal qui donne un bien et du contrepoison qui guérit du poison, DD bénit sans doute le manque de talent des théologiens de son époque 174 : ils n’ont pas le talent d’un Bossuet, heureusement ; ainsi ils sont donc plus faciles à vaincre...

Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /Fév /2009 06:23

Partir de Voltaire et de son  Candide ou  l’optimisme auquel DD fait allusion avec la destruction Lisbonne où meurt le frère de J, Jean.

 Voltaire s'en prenait à une représentation idyllique de la réalité du monde.Quelle est la vision de DD le matérialiste?



1/ PESSIMISTE :DD



a)donne souvent une image désespérante de l’humanité :


-quelle misère économique et sociale : à vous.Paysans, peuples.


-que de vols d’escroqueries, y compris au sein de la noblesse à vous), que d’usurpations de pouvoirs (château !)



-que d’hommes douteux : dans l’église (les moines, Hudson etc), au pouvoir (conseillers), dans la justice (lettres de cachet), que d’intolérance!



b) un scepticisme monte vite du livre quand il s’agit de juger, d’interpréter :



-erreurs de justice (lieutenant général) ; J en prison à la place de son maître ...


-signes équivoques, thèse du quiproquo..


-changement permanent des êtres : thèse de J : on ne s’entend pas , incommunication entre les hommes et soi-même on change dans la journée;

-même dans le roman on ne peut savoir si le capitaine est mort ..



c) prise au premier degré la philo de J est déprimante : l’homme se croit libre ; il se croit capable de vouloir : il ne sait rien, ne peut savoir ce qui est écrit .




Que faire ? Comme vivre? laisser faire, ne s’étonner de rien, subir ? Quelle morale ?


2/OPTIMISTE :



a) le matérialisme n’implique pas la vie d’automate absolu et l’absence de morale : J pleure (où? -à vous) et quand les gens généreux existent, la pitié est visible et l’intérêt  ne domine pas partt et tt le temps ; son matérialisme comprend intérêt et pitié, souci de l’autre.




b) dans la société il y a à faire et c'est heureux:il ne faut pas subir, attendre.


- à l’instar de J, déterministe et non fataliste au sens strict ;ll agit,il intervient, il réagit, prend des initiatives;


-  on peu tenter d’agir , penser, repétrer les causes, les limiter comme le veut le projet  de l’Encyclopédie : les bons juges devront être bien formés, ils feront moins d'erreurs et ils devront rendre la justice et non favoriser leur carrière etc...
 

  -J prend le pouvoir ou presque : il symbolise le mérite qu'il faut récompenser



c)au plan de la liberté :


 J nous apprend qu'avec de l'observation, de l'esprit NOUS pouvons arranger le monde pour qu'il soit le plus proche de  nos attentes.



3/NI L’UN NI L’AUTRE : il représente une forme de sagesse qui pense moins le mal et le bien que le bon et le mauvais :



a)sagesse, non d’un manichéisme, non d’une lutte du bien contre le mal mais d’une complémentarité du bien et du mal : réciprocité qui permet tjrs d’espérer un changement puisque tout change.Exemple de la cruche : elle apporte des soucis à J mais aussi une chance de rencontrer Denise.



b) un art de vivre joyeusement : la vie heureuse à l'auberge, la gourde , le corps connaissant une  sexualité tranquille sans honte et sans remords.


c)une conviction qui vaut pour l’art : la nature produit des êtres incroyable de diversité, d’hétérogénéite : des cocasses, des malfaisants mais sublimes (Pom, Hudson etc.)


=>DD nous fait voir, tolérer, aimer toutes les richesses de la vie.Le roman peut-il être alors pessimiste?

 

Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 05:28
TEXTE 1:


        - QUELLE EST L'ORIGINALITÉ  DE L'INCIPIT ?

        -EN QUOI CET INCIPIT RELÈVE-T-IL DE LA CRITIQUE DANS LE ROMAN ?


TEXTE 2:GOUSSE.

        -QUELLE EST LA DIMENSION "PHILOSOPHIQUE" DE CE TEXTE?


TEXTE 3: LA GOURDE


          -EN QUOI CE TEXTE EST-IL UN TEXTE DES LUMIÈRES ?



TEXTE 4: FIN DU MANUSCRIT


           -QUELLE EST LA PART DE L'HUMOUR, DE L'IRONIE, DE LA PARODIE DANS CE TEXTE ?

         
Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 05:53
                LA FIN DU MANUSCRIT DE JLF

SITUATION

        -GLOBALE (à vous)

        -partielle : J et son maître (arrivés au village où le M a mis en nourrice son fils qui est en fait celui de Saint-Ouin et Agathe (à vous - bien savoir la situation) découvrent que le vrai père et la mère les ont précédés : furieux (il vient d’être ridiculisé par J - à vous(histoire du cheval)), il dégaine et tue son rival avant de s’enfuir. J demeuré sans cheval (hasard - romanesque) est fait prisonnier. Soudain le N arrête ce récit.

LECTURE

ENJEU : mesurer l’ampleur de la parodie chez DD( parodie des romans qui veulent se donner pour vrais) au service d’une réflexion sur le roman./ OU PLUTÔT : MONTRER QUE LE JEU DU NARRATEUR & DU ROMANCIER PERMET UNE RÉFLEXION SUR LE ROMAN.

PLAN DE L’ANALYSE.

(On risque de vous interrompre à un moment ou à un autre : tout le monde croit que l'auteur, le narrateur dans le texte est DD; non, il est le romancier qui joue avec ce N-personnage qui lui ressemble en effet.)

1/UN NARRATEUR FIDÈLE À LUI-MÊME :
   
    a) bavard comme depuis le début du livre, il interrompt une fois de plus  son récit et  dialogue avec le lecteur inscrit* (citez son intervention :
et les amours de J? Rappelez vite les échanges tendus qu'ils ont depuis le commencement: appuyez vous sur le refus capricieux du N dans l'épisode du château/allégorie) ); plus bas  : il multiplie les impératifs et donne des conseils.

    Mais cette fois-ci ce pourrait être la dernière interruption.Ce n'est plus une lacune dans le manuscrit mais une absence complète de texte. Il manque la fin du manuscrit.


    b) comme depuis toujours il défend la véracité (citez vrai 385) de son texte : il nous l’a caché un temps mais il "recopie "ou  écrit depuis le début un manuscrit qui était en sa possession (385) et qui devrait revenir aux héritiers du M & du valet. La question devint très claire p 307 après la gourde, quand il avoua qu’il avait changé un mot et que  le document possède ici et là des lacunes que quelques savants gloseurs* tenteront de combler (bas de 307).

  c)le narrateur demeure l’homme scrupuleux qu’il prétend être depuis le début : il a tellement le souci de la vérité qu’il promet de travailler huit jours sur un livre déjà paru, des mémoires*:( désigne le récit fait par un homme ou une femme d'importance  qui donne sa vison de faits majeurs auxquels il a participé ; désigne aussi au XVIIIème une mode des  textes apocryphes* , des mémoires d'un personnage imaginaire : la mode du roman-mémoire fut grande et un éditeur-préfacier donnait toutes les (fausses) preuves de l'authenticité du récit qu'il publiait) C'est la raison pour laquelle notre N  se  méfie (suspects) de ces MÉMOIRES mais par souci de "scientificité" (relevez et citez contention, jugement, impartialité : il va devenir l'équivalent d'un savant philologue ou plutôt d'un responsable d'une édition critique d'un texte (avec des variantes etc....)= une plaisanterie évidemment) il va examiner pendant 8 jours les textes pour les comparer. Et en effet il se tarnsforme en éditeur .Traditionnellement l'éditeur vient au début du texte de Mémoires pour en garantir l'authenticité.

Il nous faut maintenant prendre en compte

 

2/UN ROMANCIER QUI CONTINUE À JOUER AVEC SON LECTEUR : le romancier étant celui qui agite les marionnettes que sont le N, J etc...


    a) depuis le début on nous fait attendre les amours de J :

-deux explications :

            1-J sait depuis longtemps que rien n'excite plus son M que des récits salaces de dépucelage ( citez 269 "j'ai toujours été friand du récit de ce grand événement......le seul qui soit piquant"): il est hors de question qu'il fasse ce plaisir à son Maître.

                   -comme le rappelle le N, J avait prédit qu’il ne pourrait les raconter (et même le redoutait par...superstition ...un spinoziste ne pouvant pas être  superstitieux...): en réalité J, fait ce qu'il veut et se joue de son M en se servant de sa théorie fataliste quand elle l'arrange.

             2-en réalité Dd joue avec le retard, le délai  pendant presque 400 pages et nous fait désirer le moment du grand désir de J. Nous en sommes restés à la cuisse de Denise mais elle est fort longue...p380 et bien des épisodes ont encore interrompu le récit de J. DD joue depuis le début sur notre attente et notre frustration. Il la renforce sciemment au moment crucial.Il nous interroge ainsi sur le désir sous-jacent à toute lecture : qu'est-ce qui fait le plaisir de la lecture?


    b)le romancier caché derrière le narrateur nous propose différentes solutions toutes plausibles mais profondément ironiques :

-le narrateur s’est  interdit toute fantaisie ( à vous) mais libre au lecteur de finir le livre à sa façon. Solution fondée sur l’imagination.La nôtre. Preuve de l'honnêteté du N.

-entretenant l’idée d’authenticité et de vérité, il nous suggère d’aller voir J en prison après avoir retrouvé Agathe (lire) : ce sera plaisant pour J qui doit se morfondre dans sa prison.Solution fondée sur une participation réelle du lecteur et attestant si c’était encore nécessaire que J existe bel et bien...Mais qui peut le croire?

-soudain un autre solution apparaît dont il faut reconstituer le parcours:toujours le jeu sur le retard (et si on allait trouver....?)

        -il y a  le manuscrit que le N vient de nous raconter, réciter ;

        -il y aurait aussi un autre texte déjà publié , des mémoires , sur les entretiens de JLF et de son maître (titre très prestigieux :avec un mot qui renvoie à un livre célèbre : entretien sur la pluralité des mondes ...de Fontenelle(1686));


                -ce texte est suspect mais il est immense puisqu’il est comparé au maître de DD, Rabelais ( rappelez l’hommage de la gourde), et au COMPÈRE MATHIEU  de Laurent ,roman licencieux (notes en bas de page) auquel DD a un peu emprunté. Un texte suspect mais immense dans la littérature !!Un texte donc littéraire et pas du tout une histoire simplement contée..Voilà notre manuscrit en concurrence avec un ROMAN !!!Le vrai et le romanesque !

                -mieux , après examen de la huitaine, il apparaît que le texte publié est le même que celui de notre N et on se demande alors pourquoi

 1-il le suspectait (un roman en plus, dit donc la vérité !!) , ce qui est un renversement complet des affirmations que nous assène le N depuis le début  &

2-pourquoi il publierait le sien.Que nous avons entre les mains ....


        - le romancier va relancer notre désir de lecture et le décevoir encore : un premier extrait jugé authentique sera encore interrompu ; le second est interpolé et c’est une réécriture d’un texte de Sterne, de son TRISTRAM SHANDY. Le troisième terriblement romanesque (Mandrin, libération du château) nous mène au-delà du mariage. Les amours de J, déjà vieilles de 20 ans ne seront jamais racontées.....

        c) le romancier nous aura "promené "depuis le début : nous avons cru à un récit fait par le N ; il n’est pas de première main mais recopié ; mieux on apprend que ce texte existe déjà, qu'il est publié et qu’il y a peu à rajouter.

  => Par amusement mais avec profondeur DD a joué sans cesse avec le vrai, le faux, le réaliste, l’invraisemblable, avec la mode des manuscrits retrouvés qui donnent lieu à des textes romanesques que son N refusait (même le dernier est suspect) mais mode à laquelle il a obéi aussi.

  Ce texte affirme le Triomphe ici de l’ironie et la volonté permanente d’ironie ludique. Ce roman est un jeu de miroirs où vrai et faux se renvoient l'un à l'autre....Profonde interrogation sur ce qui fait un roman, l'illusion à laquelle on adhère et les techniques qui l'entretiennent. Roman gai et sérieux.

L'illusion entretenue et montrée, démontée n'aura pas empêché DD de dire quelques vérités morales, politiques, philosophiques...


cl : DD aura apporté sa pierre à l'histoire du roman et il aura prouvé tout et son contraire: en homme des Lumières il nous a rendus méfiants, critiques. Le roman est déjà entré dans l'ère du soupçon (allusion au titre d'un livre du XXème siècle de Nathalie Sarraute  qui constatait une mutation dans le roman). Et enfin il nous a appris que le plaisir est aussi dans le retard.
Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 06:59



SITUATION GLOBALE : à vous

............... particulière :vous résumerez évidemment.

Au cours de la 8ème journée, le N se rappelle soudain qu’il a oublié de parler de la gourde qui occupe une place importante dans la vie de J (il faut la comparer et l’opposer à la montre, la tabatière de l’automate M) : cependant on avait compris à l’auberge que le champagne réduisait son amertume et qu’il avait une gourde avec tisane. Après les amours de J, voilà la gourde de J : le corps et le plaisir sont au coeur de cette journée....(Les amours du M seront nettement moins joyeuses...)

Le N va alors se lancer dans une digression sur cette gourde après avoir médité la place qu’en art on peut réserver à l’obscène : il s’est appuyé sur de nombreux auteurs et surtout sur Montaigne 304. Il en manque un, le plus audacieux, le plus scandaleux encore à l’époque des Lumières mais un maître pour DD (et pas du tout pour Voltaire par exemple) : Rabelais. On remarquera que c’est le N qui défend la dive bouteille même si c’est en citant souvent J...Un N qui est bien là, dans ce cas, le masque de DD.

LECTURE

ENJEU : voir en quoi cet éloge  est un des textes les plus drôles et les plus provocateurs du livre.

  En quoi cet éloge est-il à la fois drôle et sacrilège à force de matérialisme?AYEZ TOUJOURS EN TÊTE MA DISTINCTION EN ROUGE EN III: LA GOURDE SYMBILOSE L'IVRESSE ET LE GÉNIE CRÉATEUR DES HOMMES.



ANNONCE DE VOTRE PLAN DE LECTURE ANALYTIQUE

•••

I-UN NARRATEUR BIEN OUBLIEUX :

 a) Voilà huit jours que nous "cheminons en compagnie de J" et voilà qu’on nous apprend enfin que J consulte souvent une gourde remplie du meilleur vin : LISEZ QUELQUES LIGNES AVANT NOTRE EXTRAIT :quand on voit la régularité des consultations, le nombre donc et l’objet de la consultation (énumération drôle 305 : que de sujets sérieux à côté d’autres plus futiles !) on se demande vraiment comment le N a pu le faire : oubli réel ? Désinvolture ?

      En réalité il l’a fait exprès au moins par contestation de la rhétorique du roman dominant à l'époque qui nous dit très tôt l’essentiel d’un personnage : ici il a fallu attendre. Le portrait de J se fait de façon discontinue...Position importante dans l’esthétique du roman et que les grands réalistes du XIXème ne pratiqueront pas (pensez à Balzac et au naturaliste Zola.Seul Stendhal...).

b) l’oubli n’est pas unique (en dehors du chapeau de J p 362): on apprend par la même occasion que J ( qui a déclaré p24 qu'il ne voulait pas savoir ce qu'il y a d'écrit sur le grand rouleau ...))est un spécialiste de la divination et qu’il a même écrit un “petit traité (encyclopédique) de toutes les divinations”et qu’il écrit sur chaque sanctuaire de la gourde 306 UNE SORTE DE MONOGRAPHIE. Pensez au chapitre 25 du TIERS-LIVRE et sa liste délirante de méthodes de prédictions.. Et qu’il a une préférence pour la divination selon Bacbuc. [On apprendra plus loin qu’il a oublié son traité 375].Un traité de divination par un homme qui dit s'inspirer de Spinoza qui a dit pique pendre à propos de la divination? Nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

=> pour l’heure retenons les acquis de cette réparation d’oublis : J écrit, réfléchit à la politique, à la guerre. Sa compétence suppose une fréquentation systématique et  de quelques mots de son capitaine qui est censé avoir lu  Spinoza et  de la gourde, son contenu étant masqué par le nom du contenant : du vin (synecdoque).J boit beaucoup : on pouvait s'en douter mais pas à ce point et avec cette fréquence. [ Plus tard un point apparaîtra : J a un usage méthodique de la gourde 376 au point que les ponts et chaussées en auraient fait un excellent odomètre...]


=>ce qui retient évidemment c’est la “liberté” de notre roman par rapport aux autres, son goût de la contestation esthétique désinvolte, son humour, son sens de la parodie. Parfois sacrilège comme on verra bientôt.

Ce qui frappe pourtant plus sûrement c’est



II-un éloge paradoxal[éloge de l'ivresse]:LE DITHYRAMBE* DE LA GOURDE : comment le N procède-t-il?

*Poème lyrique en l'honneur de Dionysos, sans doute improvisé à l'origine par les buveurs en délire, chanté par un chœur d'hommes déguisés en satyres, et caractérisé par une verve, un enthousiasme exubérants et désordonnés .

a) avec un parallèle  historique frappant, flatteur(et comique): J a les mêmes pouvoirs qu'une devineresse (pythonisse) sacrée.[Je le dis après mais ayez en tête l'idée que Dionysos, dieu du vin =Baccchus remplaçait quelques mois Apollon à  Delphes...] Il a déjà été comparé à Socrate, le voilà sybille émérite.


  La gourde est à J ce que la ”plante“ mâchée (laurier) et les vapeurs méphitiques venues de la terre sont à la Pythie *(à laquelle l’Encyclopédie de DD a consacré deux articles) : les oracles de J sont du même niveau et de la même qualité que ceux de la Pythie !

Point comique :on comprend à la description de la Pythie (cotillons (qui est anachronique) et cul nu) que ses sensations plus que curieuses. On imagine dans quel état peut être J...

Point  comique et satirique:ils ont tous deux  des mouvements du corps en sens contraires (soulignez le comique de l’opposition bas en haut et haut en bas qui revient en fait au même) : en réalité DD (masqué sous le narrateur) fait l’éloge de produits nés de la Terre et c’est avec ironie que DD fait remarquer que J est tourné vers le ciel quand il boit : pour DD ce ciel est vide et c’est la vie sur Terre qu’il faut célébrer) et pour des causes différentes ils sont “ivres” tous deux. Ivres de savoir...si on veut!


Voilà donc Jacques aussi inspiré que la délirante Pythie ( droguée pour le dire vite): on devine quel doit être parfois son degré d'éthylisme...Jacques comparé à une prêtresse païenne..Il faudra y revenir dans l'étude de la provocation.


Vient se greffer alors un personnage fameux de Rabelais : Bacbuc, (au nom si comique dans l'explication de Rabelais )la pontife de tous les mystères (qui tient une place éminente dans le CINQUIÈME LIVRE:dans des temples merveilleux d’architecture, elle permet à Panurge d’entendre le grand mot de la dive Bouteille , Trinch  : le mot “le plus joyeux, le plus divin, le plus évident” dit Bacbuc avant de suggérer de lire le livre énorme qu’il faut jeter dans une fontaine pour le gloser *( pour ceux qui ont la paresse de prendre un dictionnaire=éclaircir, commenter un texte par une glose) et qui rend alors inspirés  Panurge et ses compagnons au point de leur faire dire des vers spontanément. DD ne peut désavouer un texte qui dit que le vin peut ”emplir l’ âme de toute vérité, tout savoir et philosophie”.

J a donc, comme le dit une belle métaphore, sa Pythie portative, comme Panurge il voyage avec de "l’eau métaphysique"(CINQUIÈME LIVRE) et il la consulte partout et tout le temps. On voit qu’il n’a pas besoin d’interprète à la différence de la pythonisse grecque....Que d'avantages! DD n'est évidemment pas sans savoir que Dionysos remplaçait Apollon à Delphes pendant quelques mois....

[pour vous aider lisez la page 437/8 de POCKET]

On mesure tout le "sérieux" des prophéties de J...Dans ce sens la gourde prophétique est un alibi pour boire tout son saoul....


b) dans cet éloge comment  procède-t-il encore? Avec un rappel des grands devins du vin (argument d’”autorité”) : à côté de traîtres à la cause de la dive bouteille (Platon dans le dialogue  Cratyle, J-J R dans sa lettre à d’Alembert, comme par hasard des spiritualistes*), une “secte” d’auteurs a prouvé l’importance de la bouteille et du vin (parmi les plus connus : Rabelais (curé de Meudon) évidemment qu’il vénère (même s’il marque un léger désaccord (lequel? Mais évidemment Rabelais n'a jamais fait dire pareille chose à Bacbuc...), La Fontaine, Molière (pour LE MÉDECIN MALGRÉ LUI)) et plus récemment

-La Fare, marquis (XVIIème, poète galant à la vie fertile en aventures amoureuses...)

- Chapelle  (libertin proche de Gassendi, théoricien (qui passait à tort pour) matérialiste du XVIIème et ami de Molière ;Dassoucy en parle beaucoup dans son roman...Grand amateur de débits de vin...)

-Chaulieu (1639-1720),poète libertin et licencieux, surnommé l’Anacréon* du Temple)

[ hors de notre extrait, en bas de 304 =J a écrit son texte avec un frontispice consacré à deux défenseurs de la gourde, deux grands pontifes, Anacréon (poète du VIème siécle avant J.-C.) & Rabelais]


- Panard, contemporain des Lumières (satiriste et fondateur d’un cabaret, le Caveau fréquenté par Helvétius, Rameau, le peintre Boucher etc),


-Vadé, créateur de la littérature poissarde* HIST. DE LA LITT. [À propos d'oeuvres de la seconde moitié du XVIIIes. aux sujets réalistes traités dans un style imitant le parler populaire.] et enfin


- l’épicier chansonnier Gallet  (bien savoir le blasphème qui est  sur la page d'en face 307),

=> retenons : de grands buveurs, des épicuriens mais pas au sens d'Épicure, bref des libertins, ce qui n'est pas innocent...[vous voyez que DD fait lui-même le lien avec le libertinage du 17]


c) il procède enfin à  une sorte de  dithyrambe carnavalesque (un tourbillon ludique et enivrant de références, de jeux de mots, de railleries, d’inversion des valeurs, des priorités etc.grande spécialité de Rabelais), digne de maître Alcofribas Nasier (anagramme de Rabelais) : certes la langue du N n’a pas les audaces de l’auteur de GARGANTUA mais il se permet tout de même "cul nu"(mais nous sommes loin des torche-culs de Gargantua..), un renvoi à l’Évangile( la Pentecôte), une citation détournée d’Aristote ( j’aime Platon mais j’aime mieux la vérité que Platon) ; il se permet aussi une allusion avec le traité de J aux merveilleux chapitres XXV et XXVI du TIERS LIVRE de Rabelais ( si nécessaire sachez que Her Trippa nomme toutes les méthodes de divination avec des mots grecs à chaque fois (par les ongles grillés, le noir de fumée, les cendres les feuilles, les entrailles humaines...etc) qui ne disent qu'un chose Panurge sera cocu... : dans notre extrait  tout est mêlé, tout est sens ou sans dessus dessous : les grands littérateurs et les chansonniers ou petits auteurs libertins (vus avant) ; la religion est assimilée à des manifestations peu spirituelles, on mêle aussi le sacré chrétien et le sacré païen, les lieux de culte sont des cabarets (La Pomme de Pin 306 , taverne où se rencontrait La Fontaine, Molière etc) : la Foire (si présente chez Rabelais) semble un modèle de vie et de création littéraire [on a même à la fin du passage une invocation païenne 307, parodie de la prière].

    Sous l’éloge de Rabelais se distingue un manifeste* littéraire. Pour la joie et contre le plat, l’académique, le compassé....JLF est après la mort de Gallet le dernier espoir d'une littérature de GAI SAVOIR*.Mais le chant bachique est forcément



III-UN DITHYRAMBE* MATÉRIALISTE provocateur, sacrilège (qui sent le fagot dirait J). La gourde cache et révèle.

a) le carnavalesque que nous évoquions sert le sacrilège de la page (principe même du carnaval) :

    -énumérez le vocabulaire religieux (vénération, hérétique, sanctuaire) appliqué au vin ...


    -surtout  le N "ose" mettre sur le même plan, le SAINT-ESPRIT et la gourde, la Pentecôte (langues de feu) et les apparitions de la dive bouteille dans un cabaret 306 [ plus bas, hors-extrait]. ; il rabaisse le dogme, le discours chrétien au niveau du superstitieux païen (Pythie).

b) la réflexion sacrilège est matérialiste  :Ces pages sont d’une grande audace.

-le païen croit en l’oracle : des éléments matériels (laurier et odeur) sont les adjuvants matériels des oracles de la Pythie : personne n’est choqué parmi les croyants chrétiens, c’était un fait païen ; mais quand on affirme que le miracle des langues de feu est une erreur, que ce feu n’était pas miraculeux et que c’était une gourde qui le contenait, que  l'ESPRIT-SAINT était  dans le vin, que  les apôtres étaient  donc ivres morts voilà qu’on  touche à l’ESPRIT SAINT... À une représentation haute, sacrée de l’Esprit....Les apôtres parlaient soudain plusieurs langues ? Propos de bien ivres....

-en réalité il explique matériellement (par une cause interne, tel corps, plus une cause externe, le vin et non par un phénomène spirituel, d’origine divine) le mécanisme du devin : il serait prêt à reprendre le jeu de mots (paronomase) devin divin, divin de vin. En réalité avec un grand rire digne de Rabelais, et sur un exemple secondaire, la gourde, DD explique et ridiculise la mythologie spiritualiste*. L’inspiration ne vient pas d’ailleurs, surtout pas d’en Haut..Pas de Dieu, sinon de Dionysos, dieu du vin... vin monté de la Terre bien concrète. J boit à la régalade (note 1) mais son geste ne prouve pas que tout tombe du ciel.Tout ce que produit un cerveau est le produit d'un corps.Et si quelque chose vient de l'extérieur c'est quelque chose de matériel.


[La gourde est une (1)astuce de J (boire sans remords) et

(2) un symbole fondamental pour DD : l’intuition du génie (scientifique, littéraire, politique) est dans le lien inédit qu’il fait entre des éléments jamais rapprochés et qu’il va unir pour créer, inventer, découvrir, transformer.
Le scientifique anticipe, il a une idée produite par son travail, il se lance dans une hypothèse folle, AVEC UN ENTHOUSISAME FURIEUX,on le croit saisi d’ivresse : la gourde alors est, à une autre échelle que celle de J, le symbole de son génie qui déborde de la normalité trop commune
].



c) enfin cet éloge réserve une surprise, une de plus : J passe son temps à s'appuyer sur Spinoza et à consulter la gourde. Mieux , hors texte on apprend que le spinoziste capitaine était bacbucien  Donc souvent ivre....et  visiblement son disciple connaît mieux la dive bouteille que L’ÉTHIQUE. L’apôtre de la sagesse, de la rationalité, Spinoza est à son tour pris dans le carnaval du texte..

Il n’avait sûrement pas tout lu Spinoza et même pas compris grand-chose : sauf à penser que la joie spinoziste passe par la gourde et non par l’intellection intuitive de Dieu ! Ce qui bouleverserait les commentaires sur Spinoza... . On reconnaît la dette des matérialistes comme DD à l'égard de Spinoza mais aussi chez DD une grande peur devant l'esprit de système(L'ÉTHIQUE étant la plus belle construction qui soit en philosophie).

cl : Retenons l’essentiel : cet éloge de la gourde est un élément de sagesse matérialiste ET ÉVIDEMMENT HÉDONISTE. :en tout cas cette journée est lourde de sens : aucune préoccupation de la mort, un carpe diem rappelé au début d’une 8ème étape (p 262 bas/haut 263) où se côtoient sexe et gourde....Le seul culte, celui de la joie charnelle..peu spinoziste et plutôt dionysiaque... C’est aussi un manifeste "culturel" : faisons en sorte que notre XVIIIème siècle retrouve allant, enthousiasme. Enfin c’est aussi un manifeste littéraire en faveur d’une pensée écrite dans l’excès, la jubilation, avec un salut au maître, Rabelais que ne goûte pas le XVIIIÈ à cause de sa grossièreté.

NOTE

(1) Boire à la régalade. Boire, la tête en arrière, en tenant le goulot du récipient légèrement éloigné des lèvres de façon à ce que le jet de boisson tombe directement dans le gosier.

ANNEXE :Spinoza bacbucien ? Reportons-nous au scolie du corollaire II de la proposition XLV du livre IV de L’ÉTHIQUE. Que lit-on ?

En résumant : il est des choses dont il faut user et auxquelles il faut prendre plaisir sans aller jusqu’à la nausée ; il faut manger et boire modérément comme il faut user des odeurs, de l’agrément des plantes vertes, de la parure, de la musique, des jeux qui exercent le corps, des théâtres....Modérément. Bacbucien, Spinoza ? Pas vraiment.


Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 07:15
GOUSSE

-INTRODUCTION

        *GLOBALE : à vous

        *particulière. Dans leur voyage J & son M  sont dans leur 4 eme journée et le valet a bien des soucis avec le cheval que le M lui a acheté. Par ailleurs, à l’occasion de la rencontre d’un char d’enterrement assez vite suspect, J en est venu à raconter l’étrange histoire du capitaine et de son ami-ennemi (à vous si on vous interroge): ce duo est baptisé d’hétéroclites (
Qui s'écarte d'une norme stricte ou généralement admise)et on a peine à croire à leur comportement QUI SEMBLE PATHOLOGIQUE. Le N nous le garantit (bas 89) et pourtant le lecteur reste circonspect : LISEZ alors “VOILÀ ME DIREZ-VOUS DEUX HOMMES EXTRAORDINAIRES”. Cette exclamation va pousser le N avancer une thèse majeure.

LECTURE

ENJEU : quelles sont les fonctions de cette thèse et de ce portrait?GARDEZ POUR VOUS =>comprendre pourquoi, à l'occasion de ce portrait , les questions morale et esthétique ne sont pas séparables chez DD de sa philosophie.

MOUVEMENT d'un texte déductif, mouvement qui sera aussi notre plan d’analyse:

    1-la thèse du N

   2-une preuve par l’exemple qui donne lieu à un dialogue étonnant.


1)UNE THÈSE  sur l’art et la nature :

 Dans ce roman polyphonique, le N prend la parole plus sérieusement que d'habitude :

    a) le N réplique au lecteur inscrit et a l’intention d’être précis et long (après un premièrement nous aurons un deuxièmement, quatre pages après) : il avance une théorie qui appartient vraiment à DD, penseur matérialiste qui considère que la nature est une auto-production d’elle-même par reproduction différenciante sans finalité...(ce qui le rapproche de Spinoza qu'il n'a pas forcément lu de première main mais n'en parlez pas si on ne vous demande rien):la nature est variée . Entendons :elle  peut varier à l'infini.

          -la nature est variée dans les instincts et les caractères : ce vocabulaire n’est plus forcément  le nôtre (la notion de caractère ne passe plus pour scientifique) mais il importe de bien comprendre ce que dit DD: autant d’hommes ou de femmes, autant d’instincts et de caractères différents. DD sans avoir la moindre connaissance génétique, et pour cause, ce sera l’acquis du XXème siècle, pose que chaque être est singulier et, en matérialiste, il est persuadé que c’est le corps (auquel appartient le cerveau, l’esprit pour lui n’étant pas séparable du reste comme le prétendent les croyants et les spiritualistes) qui nous détermine fondamentalement d’où l’emploi d’instinct et caractère.

    -la nature est si variée : chaque être a une organisation propre et la nature produit forcément des êtres différents jusqu’à l’étrange au point que la réalité, comme on dit, dépasse la fiction: un poète (au sens large, Corneille, Racine sont pour DD des poètes tragiques) pourra avoir une fantaisie débridée , il pourra proposer des bizarreries (=qui s'écarte de l'ordre habituel des choses) et bien, rien de ce qui nous semblerait excessif car imaginaire n’est absent de la nature. Il suffit d’ouvrir les yeux, d’observer autour de soi pour comprendre cette vérité : la nature peut tout produire et il faut savoir l’imiter, autrement dit restituer AUSSI ce qui échappe à la norme (physique, morale, intellectuelle). La norme ne doit pas cacher, éliminer ce qu’elle ne reconnaît pas, ce qui lui échappe. Le bizarre existe, il est réel.
   
    b) ayant avancé sa thèse, le N va préparer alors l’apparition de Gousse l’original sans principes(93)

      Comment? En partant d’une œuvre littéraire, une pièce de Molière : jusque-là, jusqu'à Gousse, il nous dit qu'il tenait LE MÉDECIN MALGRÉ LUI pour une fiction amusante, distrayante  mais folle: entendons une exagération, une pure invention.Il a  longtemps ri du personnage de Molière sans penser un instant qu’il ait pu exister. Or il a rencontré son double, son pendant réel : ce sera Gousse.

    • le lecteur  inscrit décidément très cultivé (autant que le N mais surtout que ...DD) comprend l’allusion à la première scène de l’acte I entre Sganarelle et Martine sa femme et il la cite de mémoire. Scène qui finit en coups de bâton mais que le N sélectionne plutôt pour la verdeur et la brusquerie de l’échange verbal (vous avez le texte de Molière).

  Il faut alors en tirer une première conséquence, double:

1-l'art imite traditionnellement  la nature (proposition canonique de cet Aristote que citent sans cesse les Sganarelle de Molière ( à quoi fais-je allusion?)), et
tout est imitable dans la nature y compris l’exceptionnel, le monstrueux. Il ne saurait y avoir de tabous. DD ne connaît pas la notion de réalisme (vous aurez une fiche sur cette difficile question) mais il l’enrichit d’avance: rien  ne saurait échapper à l’art qui n’a pas qu’affaire au beau (grand débat qui sera imposé par les réalistes du XIXème siècle) mais aussi au laid, au hideux, au repoussant (pension Vauquer, mort d'Emma, saleté chez Zola) .Il faut savoir observer, tout observer. Et tout rapporter, transcrire.

2-en même temps, même quand il donne l'impression d'inventer, l’art permet de voir la nature dans toute sa diversité. Qui dit si le N aurait "remarqué” Gousse s’il n’avait pas lu Molière avant de le rencontrer ?


    L’art n’a pas de normes d'origine morale...surtout pas celle de la vraisemblance ou de la bienséance...(pensez à la question du langage dans JLF (bigre, foutre: on l'aura vu). Il faut bien reconnaître toutefois que DD aura une position très moralisatrice et larmoyante dans son théâtre.

  La thèse étant proposée, il faut passer à sa vérification personnelle.




2) UN PORTRAIT EN QUELQUES MOTS  rapporté par le N qui tient le dialogue de sa femme. Encore une voix rapportée dans ce roman où chacun cède la parole à quelqu'un d'autre ( à vous pour quelques exemples faciles).


a) ce qui frappe dans cette  succession de répliques:

    -leur brièveté : on peut faire difficilement plus court. G a l’art de désamorcer toute tentative de conversation. Il ne relance pas, il clôt. Il ne prend pas la parole, il répond sèchement sans volonté de suite.

    -cette brièveté exprime une forme d’incivilité : on l’accueille et il ne prend pas la peine d’être courtois : ce qui était politesse de la part de la femme du N sonne soudain le vide .

    -en même temps, on sait déjà beaucoup sur lui en très peu de mots : on comprend qu’il a une famille, n’a pas beaucoup d’argent (sans se plaindre) et que, géomètre, il lui faut réparer des moulins (plus loin nous voyons qu’il vole le N et vole pour le N 93). DD aime le portrait en action ou peint à travers les dialogues.

      *dans l’économie du roman, dans sa construction ce personnage est une antithèse de J :où le valet est bavard, cherche à raconter sans cesse, à argumenter à tout propos, G fait dans le laconique. Raconter ses amours demandera des centaines de pages pour J; pour Gousse une scénette, des répliques suffisent. De plus il y a comme un fatalisme chez lui, bien plus marqué que celui de J qui pleure à la découverte de la mort de son capitaine.Mais un fatalisme jamais théorisé, jamais déclaré.


b) on ne peut qu’être choqué par certaines de ses répliques. On a le sentiment d’approcher un être insensible, jouant sur les mots (je ne suis pas un autre), profondément indifférent aux autres (avec des degrés dans l’odieux : il ne s’intéresse pas au meunier, à sa femme et ne semble faire aucun cas de la mort de son fils et de l’éducation des autres). Il y a  presque chez lui du cynisme * au sens grec mais sans volonté d’aboyer, d’attaquer les autres. comme le faisait Diogène et comme le veut l'étymologie du mot (chien).Sans intention pédagogique. Il fait réfléchir sans avoir à donner de leçons, sans même y penser.

 Ici nous avons affaire à un être
incontestablement socialisé (il tient une école) mais qui ne fait pas grand cas de la socialité, de l’hospitalité, de l’attention à autrui. Sans le vouloir, sans le savoir,  il permet à ses interlocuteurs de penser autrement leur rapport aux autres. Sans en avoir la moindre intention, il attire l'attention sur lui. 

Par exemple sur l’éducation (citez le passage 91) il va à contre-courant des Lumières qui est en profondeur un mouvement  pour l’émancipation de l’humanité loin de l’ignorance, de la superstition : il est à l’opposé d’un Rousseau qui écrit L’ÉMILE, un grand traité de pédagogie, et loin de la volonté didactique de l’Encyclopédie..de D'alembert et DD. Lui se contente d'affirmer: nous sommes ce que permet notre organisme. Si nous avons de l’esprit, nous aurons  la chance de faire ce qu’il nous plaît et comme lui, de devenir un bon mathématicien-géomètre. Sinon il est inutile  de nous faire multiplier les études : on voit combien Gousse n’est pas moderne et ne croit pas au milieu. Plus loin Gousse retrouvera pourtant quelque chose qui fascine DD depuis longtemps : la justice distributive 93( savoir expliquer ce point avec WIKIPEDIA =

À l'inverse de la justice commutative qui établit une égalité arithmétique, la justice distributive établit une égalité géométrique. Elle prône la distribution selon le mérite, faisant cas des inégalités entre les personnes. Aux personnes inégales, des parts inégales.

Les droits, obligations, charges et avantages, sont répartis dans le respect de critères qui varient selon l'idéologie de l'époque antique. À chacun son rang, ses mérites, ses besoins et ses actions.

2. C'est suivant ce principe de justice distributive qu'étaient formés les gouvernements grecs dans l'Antiquité.

3. Aujourd'hui, la justice distributive est synonyme de justice sociale. Ainsi, elle a pour but de réduire les inégalités injustes et d'augmenter les inégalités « justes », selon la vision d'Aristote de la justice).



    Mieux encore:  dès la page suivante on verra notre G se sacrifier pour un couple d’amis (Prémontval). La grand attribut de G, c’est la contradiction qui n'est pas vécue comme telle par lui. Mais qui a un effet sur la pensée de DD. J ne dira-t-il pas que nous changeons d'avis plusieurs fois par jour?

c) en effet un Gousse ne vient pas par hasard, au fil de la plume et du dialogue comme nous cherche à le faire croire le dispositif de la narration discontinue, interrompue sans cesse. Il est placé dans deux journées où il est beaucoup question de jugement : un juge s’est trompé en accusant J; le lecteur est incapable de savoir si le capitaine de J est mort. J se trompe sur la profession du bourreau. Et G vient s’ajouter à la liste  sur un point important. Le N est catégorique :ET PRONONCEZ APRÈS CELA SUR L’ALLURE DES HOMMES...93

  On voit la fonction du personnage et des anecdotes qui le concernent: il s’agit de mettre le lecteur, nous, dans l’impossibilité de juger cet original. Ce qui a deux vertus pour DD:

1) au quotidien évitons de juger à tort et à travers (mais il faudra bien une justice...et DD proposera des solutions radicales...cf Lettre à Landois )

2) admirons ou seulement respectons  ces êtres fantasques, étranges, marginaux parfois qui nous font réfléchir et qu’on ne peut négliger : il y a en chacun une anomalie visible qu’il faut savoir admettre. DD a beau condamner Hudson, il a beau comprendre la détestation que provoque Mme de la Pom’, il ne se prive pas d’en faire un éloge vibrant et magnifiquement argumenté (précisez ? Apologie de Pom' 217/8/). Soyons tolérants et curieux de tout.Le style oral de Gousse est comme le style d'un écrivain, un point de vue sur le monde.

cl: à l'occasion d'un portrait qui n'est jamais physique, Dd nous donne en passant une petite  "leçon" de morale  (pas du tout moralisatrice) et d’esthétique: sur ce point DD enjambe largement l'ambition "du portrait réaliste et naturaliste " du XIXème siècle. Le portrait d'un Balzac ou d'un Zola définit le personnage, l'interprète, le rend prévisible. Dans le cas de Gousse, on ne nous donne pas d'explication générale du personnage. Mais nous apprenons aussi de lui, d'une autre façon. On ne s'étonnera pas que l'un des plus grands livres de DD soit LE NEVEU DE RAMEAU.
Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 10:11
INTRODUCTION

          -générale :
-dire quelques mots de DD : à vous.
-DD conçoit ce roman dans les années 1760, le rédige dans les années 70, le publie en revue par extraits pour un nombre limité de lecteurs. Sa publication presque complète sera posthume et c’est seulement au XXème siècle qu’on pourra lire l’édition scientifique d’une œuvre  majeure.

         -particulière : nous devons commenter un INCIPIT qui traditionnellement a pour fonction de donner beaucoup d’informations et des indices qui poussent le lecteur à poursuivre sa lecture.

LECTURE DU TEXTE.

ENJEU : La question du commencement d’une oeuvre, le choix d’une ouverture de roman sont toujours décisifs. COMMENT DD S’Y PREND-T-IL? DD commence par problématiser le commencement.

ANNONCE DE VOTRE PLAN DE LECTURE ANALYTIQUE.

 1/UNE OUVERTURE COMPLEXE et déstabilisante :


 Nous l’avons dit : la fonction "traditionnelle" d’un INCIPIT est d’apporter très vite un maximum d’informations et quelques indices qui donnent envie de lire la suite à partir d’un certain horizon d’attente que les auteurs évitent habituellement de brouiller.

        •a• cette ouverture remet en cause nos habitudes de lecture :


-on ne peut dire qui énonce la première question.( à vous : expliquez). Première phrase, première incertitude, première alternative...Un roman qui commence par une question : le fait est rare - du moins à cette époque (on en trouve un exemple chez Malraux mais dans d’autres conditions). Le roman “commence” donc avec une ambiguïté.

-le N ne nous donne pas d’emblée les informations conventionnelles (qui, où, quand, comment, qui raconte  etc) et que nous prenons à tort comme  allant d’elles-mêmes.


  [Sachez dire  VITE  si NÉCESSAIRE que:


-dans  MANON LESCAUT (1731) de l’abbé Prévost le texte part d’une rencontre entre le narrateur et Des Grieux qui accompagne Manon avant son embarquement punitif vers l’Amérique. Les lieux et les circonstances sont parfaitement définis. LA RENCONTRE EST THÉMATISÉE et originelle. Ils se revoient par hasard deux ans après et le jeune homme raconte son histoire que transcrit fidèlement le Narrateur.
    Dites aussi que le traitement est le même après DD :le roman s’efforce de répondre le plus vite possible aux demandes d’informations du lecteur=> cf L’ÉDUCATION SENTIMENTALE  de Flaubert ou les ouvertures de Zola (et sa technique efficace: la marche/la fenêtre).]

  Ainsi, en quelques mots, le code rhétorique des ouvertures est dénoncé, on nous montre les coutures, l’envers de la trame...On en souligne l’artifice.LE CONTRAT DE LECTURE EST MALMENÉ. Le lecteur déboussolé se demande si  tous les codes du roman y passeront...


 [ Nous ne savons même pas au début à quel genre de narration  nous avons affaire :

-un échange entre deux personnages? ou bien

-un récit assumé par un narrateur interrompu : récit à la première personne? ou bien

-un récit à la 3ème personne : difficile de décider tout de suite. En tout cas 


          -s’il s’agit d’un récit à la troisième personne , le narrateur qui dans d’autres romans de ce type se veut souvent transparent, (c'est le cas dans le roman de l'abbé Prévost) disons le moins visible possible par volonté de (faux) “réalisme” est ici envahissant et s’impose pour longtemps en installant un dialogue avec un lecteur fictif disons (inscrit), son lecteur écrit-il, qui s’interpose entre le texte et nous - lecteurs réels. Il est bien présent au départ et à la fin de l’incipit qui occupe une fin de journée. Une certaine illusion romanesque est déjà mise en pièces.

        -si par hasard nous sommes dans un roman à la première personne rapportant un récit on doit admettre que le narrateur est bien récalcitrant...et peu coopératif. Nous sommes loin du narrateur de Prévost...]

    •b• ouverture complexe à cause de la variété des voix : nous avons

 a- un narrateur qui parle très tôt et, semble-t-il, beaucoup et son narrataire, le lecteur inscrit dans le texte :
 b- J & son M ;
 c- on devine que le N est un personnage du roman "dominé" par le romancier et nous nous sentons, lecteurs réels très engagés par notre lecture.

-avec la voix du N, on a une prise de position à rebours de la tradition (autant dire de la facilité) :

    -ce N plaide visiblement pour un certain type de texte : il ne veut pas de conte (citez fin du texte p 12), il veut dire la vérité : ceci n’est pas un roman, va-t-il marteler. Nous allions vers un roman, on déçoit notre attente conformiste et on déconstruit les facilités du romanesque : le N montre avec joie et ironie ce qu’il ferait s’il multipliait les hypothèses (ce qu’on appelle contre-fiction : lire p 12).

    -le lecteur s’interroge : respectera-t-il son pacte de vérité ? Est-ce possible ? N’est-ce pas un artifice de plus ?

    -nous verrons bientôt quel “réel” retient le N dans les romans célèbres ou les grandes œuvres: le vrai  doit être plaisant, piquant....54/55. Autrement dit il y faut le talent de l'écrivain... Une complication de plus. Dans un roman qui proteste contre les romans d’une façon qui pourrait être aussi parodique...Car nombreux déjà sont les romans qui prétendent à l’authenticité...(c'est le stéréotype souvent exploité : on a découvert dans une malle un texte longtemps caché, c'est dire sa vérité; l'astuce ets encore utilisée dans LES LAISONS DANGEREUSES de LACLOS...)

    •c• en même temps, à son rythme, il nous livre peu à peu des informations et des indices essentiels - comme dans un roman.... :

-tout d’abord il commence par un saut in medias res, procédé très classique de narrateur....Il commence avec quelque chose qui aurait commencé...même si on ne sait où et quand....Un voyage est entrepris.

-nous sommes en fin de journée, par temps lourd, au milieu des champs :  contexte modeste mais tout de même bien précisé.

-nous sommes avec un M(aître) et un valet qui sont en route, un valet qui mène la conversation, qui énonce une théorie, parle de son passé (père, bataille, capitaine), laisse deviner son caractère (élément majeur chez DD) ; un M qui semble plutôt passif et qui, jouant les chrétiens, se met soudain à rouer de coups le pauvre J. Un duo qui se précise vite finalement. Un duo qui a encore des secrets. Un rapport de force à examiner mais le titre nous a déjà orienté.

 =>Dans cette pratique narrative le rôle du lecteur est plus actif. En outre il reconnaît aussi l’amorce possible d’une oeuvre se mettant dans le sillage d’un roman d’exception (Don Quichotte évidemment cité p89) et dans la filiation d’un genre romanesque, le roman picaresque...(faites des recherches).

Enfin le roman avait commencé mais on refusait de nous dire où et comment : voilà que par hasard (!) le roman commence par le commencement des amours de J, amours tues pendant dix ans et qui ne finiront pas exactement.J évidemment insiste : il était impossible qu'il en parlât avant....

  Nous avons entre les mains un texte qui déjoue les attentes mais en crée d’autres : le lecteur “extérieur au roman” doit prendre garde : il lui faut apprendre à lire. Pas mécaniquement comme un lecteur automate ou un Maître automate...

Passé notre surprise, cet incipit est bien

2) UNE OUVERTURE ÉTOURDISSANTE QUI PROMET BEAUCOUP :

    Globalement nous tenons un incipit qui promet tout à la fois du plaisant, du ludique, de la contestation, du sérieux philosophique et esthétique (tout est écrit là-haut)....Le tout mêlé de façon à nous faire penser avec plaisir.... Voyons des promesses évidentes:

        •a• cette ouverture  promet beaucoup de voix, de dialogues, d’échanges  : un N dit que J dit que son capitaine disait : on peut prévoir ( !)

    - que le N privilégie le dialogue par rapport à la description et la narration (ce qui ne veut pas dire..que les descriptions seront insignifiantes: dites qu'il faut beaucoup de journées avant que le N ne s'avise de nous parler de l'immense chapeau de J) : ce sera en effet le cas.

    -qu’il privilégie aussi les récits et les récits à l’intérieur d’autres récits (récit à tiroirs + récits enchâssés etc : J va raconter ses amours en ouvrant une séquence après l’autre (à tiroirs) mais au sein de son récit il va raconter d'autres aventures ou nous entendrons d’autres récits (Pom, Hudson etc) ;

   
    -que tout sera dialogue interrompu par d’autres dialogues (un valet qui domine et qui cite et commence ses amours ; un N (personnage) envahissant, parfois agressif, un LI (donc en quelque sorte lecteur-personnage) supposé intervenir dans le texte etc....

    -qu’il y aura des ruptures mais aussi des chaînes, des liens aussi (on se demande le lien entre capitaine et cabaretier : il y en avait un..que fait le Maître) ;

        =>nous allons en principe suivre le chemin du N qui suit le chemin de J qui suit le chemin de ses amours. Une interruption initiale indique que le chemin du texte et les chemins des récits risquent de s’interrompre souvent.


    •b• une ouverture qui promet une composition qui sollicite l’attention : allons - nous vers une rhapsodie (au sens péjoratif, vieilli. Ouvrage en vers ou en prose fait de morceaux divers, mal liés entre eux) comme le N semble l’admettre 303, donc vers un texte fait d’éléments cousus un peu maladroitement par un N qui suit le hasard ou vers un texte fait en tresse(s) nécessaire(s) avec des motifs variés mais rigoureusement composés ? L’étude du roman prouve que tout est finement orchestré.

    En tout cas nous tenons déjà des fils précis :

- celui de la philosophie (quel fatalisme ? quelle nécessité ? Qui a "écrit" le réel ? Quelle place à Dieu (ce Dieu qui apparaît dans l'expression(ironique) de J: Dieu sait...; est-ce Dieuqui tient la plume du grand parchemin?), à diable [à la matière si on sait que Dd est matérialiste], diable qui apparaît dans la colère de J p 10 ? Quelle sagesse devant les coups endurés ? Qu'est-ce que la hasard?

-le fil des amours (du désir),

- des rapports sociaux (M /V : qui commande  vraiment à qui ?),

-celui de l’esthétique (du roman et du romanesque comme on a vu ; par exemple :qu’est-ce que le réel ? Comment le transmettre ? Qu’est-ce qu’un roman qui refuse les codes du roman ? Qu’est-ce qu’un lecteur ?). Il nous faudra voir s’il y a ou non unité dans ce texte aux motifs si variés.


        •c) on peut sans se tromper s’attendre à un art du mélange dans les registres, les genres : on nous propose un cheminement qui nous fait penser au picaresque* et soudain nous découvrons des dialogues qui renvoient au théâtre. D’emblée l’espèce de conviction “philosophique” de J sonne un peu comiquement (la répétition du refrain du capitaine y contribuera) et on vérifiera combien est grande la place de ce registre. On appréciera peu à peu l'humour du récit fait par J( l'épisode du cabaret : eyu temps présent , il est d'une vitesse incroyable grâce à la parataxe : mais à partir de maintenant quelle lenteur dans le récit des amours..).Mélange aussi de fiction et de réflexion sur la fiction.

-mieux :avec le fusil qui  a un billet, l’incipit de JLF part d’un texte (”le plus gai du monde”) de Sterne (TS cf la page 444/5) : notre texte dialogue donc (avec emprunt) avec toute la littérature comme il dialogue à sa façon avec Spinoza. Nous rencontrerons sans surprise Rabelais, Montaigne, la Fontaine.  Ce qui n’exclut pas évidemment la question de la parodie....comme dialogue d’hommage ou pas.


cl: une ouverture surprenante & réjouissante qui donne  le désir de lire  (hum...) ; il sera question de désir (amoureux) et de désir de raconter et entendre : avec une telle ouverture, nos désirs seront-ils comblés ou déjoués ou floués ? On doit s’attendre à bien des surprises : la plus éclatante viendra peu à peu et à la fin : celle du rapport du N au réel qu’il prétend suivre pas à pas : on va découvrir l’existence d’un manuscrit et même de mémoires - procédé hautement romanesque.... !!!!Au commencement il y a avait un manuscrit... sur lequel nous aurons encore plus de doutes...




nb : un tel incipit ne restera pas sans écho .Pensons au drôlissime incipit du roman d'Italo Calvino

SI PAR UNE NUIT D'HIVER, UN VOYAGEUR


Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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