libertinage XVII et XVIII

Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 16:49
INTRODUCTION

   a) l'auteur:(WIKIPÉDIONS!)


Jacques Vallée, seigneur Des Barreaux1599/ 1673, était le fils d’un président au grand conseil,et fut éduqué chez les Jésuites au collège de La Flèche où il fut le condisciple de Descartes . Pourvu de bonne heure d’une charge de conseiller au parlement de Paris, il s’en démit pour se livrer plus librement à son goût pour la bonne chère et le plaisir.

Des Barreaux fut lié avec les beaux esprits de son temps : Guez de Balzac (pas celui que vous connaissez) et Théophile (SAVOIR RÉPONDRE À DES QUESTIONS SUR LUI).IL FUT PLUS TARD AMI DE CHAPELLE ET MOLIÈRE. EN HOLLANDE IL FUT L'HÔTE DE DESCARTES.


Très connu de son temps plus pour ses frasques, ses palinodies, sa veulerie dans le procès de son amant Théophile de Viau que pour ses poésies.


  [si l'examinateur vous demande à un moment ou à un autre : mais pourquoi étudier un poète peu connu?

Votre réponse :

(1)méconnu ne veut pas dire sans talent; il est des hiérarchies imposées par le temps et l'habitude qu'il faut renverser;

(2)étudier le  texte d'un libertin mineur aide à mieux cerner la force du mouvement tellement combattu....]



    b) l'œuvre de dB est mince: de plus, ses poésies et chanson n'ont pas été publiées. Elles ont circulé sous le manteau. Nous ignorons la date exacte de rédaction de notre poème qui semble bien inspiré par celui de Vauquelin des Yvetôt .

LECTURE

ENJEU : tenter de lire dans ce poème construit sur une accumulation d'infinitifs rarement reliés (asyndète), comment dB détourne le sonnet*consacré à la poésie amoureuse ou galante et en fait un manifeste au service d'un art de vivre en libertin.

1/UN MANIFESTE :

   a) un manifeste se reconnaît à la généralité du propos :

•le texte est écrit à la troisième personne :

  -soi (v2)
  -son (5), s'étudier (v4)

  *c'est parfois un pronom indéfini on (8).

=> Entendons : n'importe qui (tout le monde) peut devenir le sujet actif de ces phrases et reprendre à son compte le  contenu texte : je ne serai ni...ni.

•les quelques verbes conjugués le sont au présent gnomique ou de vérité générale : voit 8, doit 10 ; font 14. Vérité recevable en tout lieu et en tout temps.

•les termes utilisés sont aussi généraux imprécis, sans référent unique .

Il suffit de regarder les déterminants :


   -parfois aucun : ni magistrat, ni prêtre (deux professions sont rejetées, pas des individus);

    -parfois c'est l'article indéfini qui donne valeur générale au nom : UN docteur de la Loi=un laisse entendre qu'il s'agit de la profession en général;

    -même l'article défini (le/la/les) prend une valeur générale : dB parlant de la cour ou du roi , il ne vise personne en particulier...

Enfin la plupart des mots servent à eux seuls la généralité du propos :isolons

> bien n'est pas précis.

>VIVRE MORALEMENT
(v11). Proposition absolue, sans aucun détail..

> PARTOUT (V14): Universalité du propos et des propositions du poème.

  b)[allez vite sur ce point , vous risquez de vous perdre dans des détails]un manifeste  critique fondé sur le rejet de nombreux éléments moraux, sociaux et structuré par une grande quantité de négations contre-carrées parfois:

   •Le premier mot du sonnet est une négation coordonnée à trois autres ( ne /ni reliés par une polysyndète );  si nous restons sur le premier quatrain nous observons une alternance de vers :

  v(1): structuré par des négations

 v(2): vers positif fondé sur la question du bien (argent, propriété)

 v(3) : avec
sans , préposition qui exprime le refus

 v(4): une comparaison (plus.....qu'à...) qui valorise un aspect de l'antithèse (jou/ir > à connaître).

Un quatrain qui offre  donc avant tout des éléments négatifs  et éliminés  compensés par ce qui est la base de la philosophie de notre libertin.


  [ Dans les autres strophes on peut relever

-négation restrictive : ne ..que

-négation totale : ne savoir point mentir

-négation totale renforcée : n'avoir aucun remords.]

  Mais ce qu'il faut retenir c'est cet arrangement de vers et de strophes qui multiplient pour les opposer les négations, les restrictions et les affirmations:

  -un vers (11) est significatif : un hémistiche élimine l'épreuve du remords ; l'autre affirme simplement la morale du libertin.

  -mieux : le second tercet est remarquablement construit autour de la notion de Temps :

-v 12 : vers affirmatif consacré au présent: la clé du bonheur ( proche du carpe diem*)
-v13:vers qui élimine les tentations de crainte et espérance qui seraient dues à l'avenir;
-v14: enfin la pointe du sonnet : alors qu'il est question  du seul avenir certain, la mort, les mots sont rassurants (attendre/doucement)



 c)un manifeste  se reconnaît à la généralité du propos , à ses propositions critiques mais aussi à son CARACTÈRE PRESCRIPTIF:

  • les infinitifs ont cette valeur :

-Que d'infinitifs (une 20aine)!!!

L'infinitif est la forme apersonnelle (aucune marque de la personne) et atemporelle (aucune marque du Temps : elle se prête fort bien aux énoncés à valeur générale voire universelle).

-en outre les verbes à l'infinitif se dirigent vers  un sujet grammatical DÉMESURÉ: LES VERS DE 1 À 13 FORMENT LE SUJET du verbe situé au v 14 : la protase (partie ascendante) de la phrase est très longue, l'apodose très brève.

-enfin il y a un effet des verbes : l'infinitif  qu'on peut entendre comme un impératif est accentué par un jeu d'homéotéleutes( rapprocher des mots ayant même fin ) dans le second quatrain( avoir/voir/savoir/vouloir) qui donne un caractère plus insistant aux conseils .

  »»»»»L'ensemble de ces procédés répétés , insisants, contribue à donner à ce texte sa force de conviction et nous donne à lire un manifeste dressant le portrait du bon libertin.


2/LA "PHILOSOPHIE" DU LIBERTIN selon notre poète.

Dans tout le poème le mot libertin n'est pas prononcé mais se devine en creux: ce qui le définit c'est la volonté d'affranchissement au cours d'une vie qui nous est  évoquée jusqu'à la mort, élément central dans l'attitude de des B et des libertins. Toujours rappeler l’étymologie de libertin: un esclave affranchi. Il s'agit alors de voir que ce poème met en valeur tout ce qui s'écarte d'un institution, quelle qu'elle soit.

  •a• un affranchissement social :

Le premier vers met sur le même plan trois "destins" considérés comme imposés plutôt que choisis librement :

-la voie du droit (celle de dB) , celle des enfants de la bourgeoisie ( cf  Molière, La Bruyère)

-celle du mariage (affaire arrangée entre parents ( cf La Fontaine)

-celle de la carrière ecclésiastique, réservée aux cadets de familles nobles.

       =>il s'agit de refuser les charges, les fonctions contraignantes pour soi et les autres:

             -la magistrature est écartées v1, moyen ordinaire de gagner sa vie : dB refuse  ce  qui constitue pour l’essentiel la noblesse de robe et la haute bourgeoisie. Rappel autobiographique : il avait vendu sa charge de conseiller pour en dissiper le prix en débauches.
         -ce refus a une autre cause : db ne veut affecter d'être un docteur de la loi autrement dit un comédien de la justice, un hypocrite. Mieux vaut s'étudier à bien profiter de la vie. La loi de la vie heureuse est plutôt son domaine...

         *refus du lien conjugal et amoureux : significativement placé entre deux professions!!!!Une CHARGE comme les autres !!!!

Le mariage est rapproché en v1 de la prêtrise (d'ailleurs le prêtre officie dans le mariage): le prêtre est symbole  de soumission à une institution, une hiérarchie. Le mariage, institution socle de la société d'alors, est alors lui aussi considéré comme aliénant ,sans doute pour les deux partenaires.

DB va plus loin : il refuse une maîtresse v5 : non par chasteté  grand dieu !!!mais parce qu'il entend  dépendance dans le mot maîtresse.Libertinage de mœurs.

          •b•refus des ambitions sociales :

  -un peu de bien suffit : le libertin méprise le faste et la cupidité (ce sera différent au 18ème et il faut admettre que les libertins ne sont pas souvent issus du peuple..;DJ est habillé en courtisan , il s'endette sans payer M. Dimanche pour garder une  force d'ostentation,  dB lui-même ne manquait de rien...)

   -il n’a aucune envie d'être remarqué à la cour, par le roi : il ne les fréquente que par accident, hasard. Ce libertin  veut se détacher de la courtisanerie, du suivisme sot qui pousse à jouer la comédie (cf portraits dans les caractères de La Bruyère) et à subir nombre d'humiliations.

  -tout maître (en quelque domaine que ce soit) est refusé : être le favori n'est pas l'école de l'indépendance.

  Liberté donc loin des autres, des illusions et même des illusions sur soi (v8), preuve d’humilité qui ne  sera pas l’apanage d’autres libertins (DJ est-il humble?)

  •c• le libertin cherche aussi un affranchissement moral: ce qui ne signifie pas abandon, perte des valeurs : au contraire, selon lui. C'est sur ce point que le combat est rude avec les croyants comme le père Garasse ( qui est-il ?)

  Il faut avoir la conscience en paix (aucun remords)([premier accroc à la religion = sans remords pas de repentir...Mais attendons la suite]: dB recommande de vivre moralement mais il se garde d’aller trop loin dans ce domaine.

Il avance deux principes :

- ne point mentir;

-bien garder sa foi: respecter sa parole , se engagements donnés ( le contraire de Dj). Il s'agit d'être un homme d'honneur.

Toutefois on a compris que sa morale est avant tout hédoniste : avoir peu de bien , l'appliquer tout à soi, s'étudier à bien jouir = se suffire à soi-même.

        Le pronominal s'étudier dit le rapport  à soi, l'essentiel de sa pensée. Il ne faut  jamais se quitter , il ne faut comme critère que le plaisir. Le plaisir est moral : proposition qui faisait bondir un censeur à l'époque.

La reprise du mot bien, nom puis adverbe confirme sa morale épicurienne : la quantité compte peu , seule compte la qualité de la sensation, sa plénitude. Sentir c'est approfondir son être ; connaître c'est s'égarer, se disperser, sortir inutilement de soi. S’étudier oui, se connaître mais pas chercher à connaître le monde ( nous sommes loin des libertins érudits).

([à partir de maintenant ayez bien  en tête LA LETTRE À MÉNÉCÉ]

  •c• enfin le libertin affirme un certain affranchissement religieux  DE FAçON PRUDENTE, MODÉRÉE. (ou peut hésiter : sincérité ou précaution oratoire qui mettrait le libertin en contradiction...en le montrant un peu hypocrite? Je vais montrer qu'il en dit tout de même beaucoup , sans trop insister.)

  -on a vu qu'il refuse la prêtrise par volonté de ne pas subir un code social (le cadet étant obligé de se soumettre) et par mise en cause d'un assujettissement à une institution.Il remet en cause la prêtrise pour la question du bonheur de vivre, il ne dit pas s’il condamne la prêtrise en elle-même.

-il veut avoir l'esprit purgé des erreurs populaires : le peuple pour le libertin c’est le lieu où dans les consciences dominent  l'irrationnel,  la superstition. Cf Sganarelle.

-prudent, il dit respecter les mystères (les miracles (comme la multiplication des pains par le Christ ou tout ce qu'ont faitsles saints de la légende dorée DE J DE VORAGINE), les dogmes: PAR EXEMPLE la divinité en trois personnes). Respect et non adhésion de sa foi. Visiblement, il  ne veut pas d'ennui : il a vu la torture de Vanini *et a connu le procès de Th de Viau. Il a opté pour la discrétion.

- mais il avance tout de même son opposition la plus nette : il ne veut pas admettre la foi inculquée par peur de l'au-delà et de la mort : il ne craint ni n'espère ( v13). En épicurien il sait qu'il ne faut pas craindre la mort ; notre âme étant mortelle nous retournerons  à la matière. Point final. Une théorie matérialiste émerge doucement.

 C'est tout de même sur cette affirmation que se clôt le poème dont la fin clausule surprend : on a attendu la principale pendant 13 vers; le mot mort est placé entre des mots auxquels on ne l’associe pas.
Le libertin, en fin de poème comme en fin de vie a atteint l'a sagesse ( j'hésite pour employer l'ataraxie, surtout pour DB) et  accepte la mort avec des mots aux rimes qui sonnent de façon douce ( /en/), en rime masculine autant que féminine.


cl:un manifeste serein, convaincu mais discret qui ne parle ni de débauche et prend des distances discrètes avec la religion mais sans blasphème voyant. Un art de vivre humble, modeste qui doit beaucoup à l’épicurisme,  écartant le plus possible les contraintes extérieures pour vivre librement et choisissant le plaisir, étant entendu ou du moins suggéré qu'après la mort, il n'y a rien...Propos évidemment irrecevable pour une pensée religieuse.

Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés