Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /2009 17:36
Personnage étonnant qui était considéré comme un libertin érudit, qui eut une influence certaine sur Cyrano (qui le cite souvent dans ses deux romans en se référant à son épicurisme) et Molière. Il appartenait à un groupe nommé LA TÉTRADE  composé de Naudé, Patin , La Mothe le Vayer. Ses disciples suivaient ses cours au Collège de France.Il inspira certaines options "philosophiques" des fables de La Fontaine.

Théologien il restera toujours attaché au christianisme et à Dieu mais s'attaqua

- à Aristote, ce qui le fit mal voir des autorités religieuses (en 1624)

- à Descartes de façon virulente et un peu obsessionnelle (dans les années 1640),

et défendit paradoxalement Épicure dans une biographie élogieuse (1647) et dans des travaux (1649) où il arrivait à faire tenir le matérialisme de sage grec et la spiritualité chrétienne. Il est vrai que son Épicure est très loin du pourceau dont parle Sganarelle dans DJ.

Un penseur qui ne fut jamais condamné alors qu'il mêlait matérialisme et spiritualisme.
Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /2009 06:57
Le romantisme (surtout allemand)  a donné au Poète une tâche immense qui ressemblait beaucoup au Sacré (par exemple la notion de voyance qui est déjà chez Hugo et après chez Rimbaud se trouve chez Novalis). Il y a un héritage du religieux chez le poète romantique ( qui n'ignore pas que les grands textes religieux sont aussi de la poésie Bible, Coran,Rig-Véda en Inde) et cette conception va hanter des poètes qui ne sont pas romantiques au sens étroit.


Dans notre corpus nous trouvons des conceptions assez opposées sur cette question.

NOUS DÉCOUVRONS chez certains UNE DIMENSION MEDIUMNIQUE, SOUVERAINE, SACRIFICIELLE ET DÉMIURGIQUE.

*mediumnique :Hugo dans UN JOUR,contemple le monde en une scène de bord d'océan : il entend une voix insituable qui lui parle et approuve sa mission : le poète en rapporte les propos.

Il est donc clairement

1-l'intermédiaire entre le "Divin," le surnaturel ,et le reste des hommes

&

2-son interprète, son traducteur , celui qui doit dire aux hommes que dans la mer, le vent , dans la nature , partout, une âme cherche à se faire entendre. La communion humaine ne peut s'accomplir  que par le poète qui est déjà chez lui prophète, voyant.Le poète est le truchement de l'Invisible et de l'Inouï.On ajoutera avec les vers 11/12 qu'il fait venir au jour, à la conscience, des choses enfouies, ignorées. Vates, il est bien devin.Rappelez que cette pensée n'est pas neuve chez lui et que dans des œuvres plus anciennes il avait écrit que le monde est une voix, un arrangement de voix, une polyphonie et avait affirmé "Sous l'être universel, vois l'éternel symbole"Pour la dimension prophétique Hugo a toujours prétendu que "

"Le poète en des temps impies/vient préparer des temps meilleurs" ( proposition impensable chez Baudelaire).

* dimension souveraine :Baudelaire avec L'ALBATROS donne une image de l'oiseau  SOUVERAIN dans son domaine : il règne en toute liberté dans les airs, ne craint pas les gouffres amers , hante les tempêtes et se rit de l'archer. Liberté donc, risque, audace, élégance qu'il faut comprendre allégoriquement : le poète est capable de tout dans son univers, il est roi de l'azur,donc du haut, du pur, prince des nuées, il prend lui aussi des risques, traverse des tempêtes physiques morales, intellectuelles, physiques mais les vainc à conditions de ne pas tomber parmi les hommes.Dans le reste de son œuvre, il apparaîtra comme


*en lectures complémentaires nous avons vu aussi un autre pouvoir : le pouvoir sacrificiel qu'on a découvert dans LE PÉLICAN  de Musset qui meurt pour les hommes et LE PIN DES LANDES  de GAUTIER qui meurt du cœur pour donner de l'or aux hommes.Dans la lettre du VOYANT on a un peu cette vision grandiose  du poète qui fait toutes les expériences, connaît toutes les tortures, risque la folie pour apporter aux hommes le feu de la Vie.


*enfin nous avons observé le pouvoir démiurgique(l'ambition démiurgique)

[Démiurge

Un démiurge est une divinité créatrice et organisatrice du monde. Nom donné par Platon (La Timée) au Dieu organisateur qui créa le monde à partir de la matière préexistante.]
 
  démiurgisme du Poète avec Rimbaud :à partir d'éléments délaissés, simples, rudimentaires il a tenté de trouver une langue universelle qui parlerait à tous de l'âme à l'âme. Il voulait être un ALCHIMISTE DU VERBE: il désirait une transmutation du monde, de nos sensations à partir des lettres qui auraient été sons, images, parfums, couleurs etc...Il y a chez lui une recherche de l'origine, d'une parole créatrice, d'une parole pleine, une parole de communcation dépassant le seul sens des mots mais engageant tous les sens...Il voulait vraiment redonner au monde d'autres dimensions et aux hommes d'autres perceptions et sensations.

Cette obsession de la TOTALITÉ sera celle de nombreux poètes qui rêveront de clore l'univers dans un Livre:

Citez Laforgue :

  "FORMULEZ TOUT !EN FUGUES SANS FIN DIRE L'HOMME !"

Évoquez la folle ambition de Mallarmé qui rêva d'un LIVRE qui aurait exprimé l'essence du monde.Il s'agissait de transformer la poésie en cérémonie quasiment religieuse.

DANS TOUS CES CAS LE POÈTE EST FORTEMENT IDÉALISÉ ET IL HÉRITE DE BIEN DES POUVOIRS ARCHAIQUES , MAGIQUES QUE L'ÂGE DE LA RAISON ET DE LA TECHNIQUE BALAYAIT ET OUBLIAIT. C'est ainsi que Rimbaud parle dans sa lettre du Voyant d'un poète voleur de feu.

Mais Corbière lui se contente de voleur d'étincelles...

_______________________
IL CONVIENT donc DE VOIR AUSSI LES DIFFICULTÉS,LESLIMITES,L'IMPOUVOIR,L'IMPUISSANCE DU POÈTE, dans une société donnée, celle du XIXème et sans doute dans toute société.

On sait que la notion de POÈTES MAUDITS baptisée par Verlaine en l'honneur de Rimbaud, Corbière, Mallarmé en dans les années 1880 est louable, généreuse mais n'est pas originale au fond: la malédiction pèse sur les poètes depuis le romantisme qui en avait déjà fait le constat.

Notre cours évoque deux cas assez différents :

-Baudelaire dans son ALBATROS, très précoce dans sa carrière poétique nous montre que le poète est

   -incompris

   -méprisé,

   -maltraité (citez les vers qui le disent)et nécessairement solitaire. Il vit parmi les hommes comme dans un exil, notion et état  que Baudelaire développera, de façon presque métaphysique (on a pu dire qu'il était très proche sur ce plan de Blaise Pascal), pour lui-même (parlez de ANYWHERE OUT OF THE WORLD) et pour les blessés de la vie (LE CYGNE).Mais jusqu'au bout Baudelaire écrira, même pour appeler au VOYAGE dans la mort,pour y trouver du nouveau..

-avec Corbière le cas est plus délicat :il prend à rebours le mythe du voleur de feu en se moquant d'un enfant qu'il fut et qu'il reste. Il dut  se contenter d'étincelles éphémères (ses poèmes) dont personne ne fut durablement éclairé, surtout celles qui lui déclarèrent de l'amour. Personne ne viendra l'honorer dans son caveau. Son art fut un échec mais on ne sait si la faute revient aux autres ou à lui-même ou les deux. Désespéré il songe à sa mort, se parle, se retrouve seul mais dépasse la négativité, le nihilisme en créant une sublime ronde. L'albatros est hué, raillé par les autres; l'enfant (de) Corbière se torture cruellement et son poème est comme un appel sans destinataire.

Chez Corbière c'est la vie aussi qui est jaune mais il a su en un recueil faire une œuvre remarquable qui fait de la critique, de la déconstruction de la poésie une œuvre poétique exceptionnelle.Il a su garder un pouvoir au...poème.


-DÉLIRES II de Rimbaud est ambivalent quant à la question du pouvoir du poète :

   -son retour autobiographique dit à la fois l'ambition qui fut la sienne (alchimie du verbe - à vous avec le cours et le commentaire sur TROUVER LA LANGUE)et son abandon: parle-t-il d'échec ou de dépassement? Il semble critique à l'égard de ses illusions mais

1-c'est oublier les poèmes extraordinaires qu'il a livrés et
2-c'est oublier que cette étape alchimique a permis de passer à celle des poèmes en prose qui seront les ILLUMINATIONS.

(Puisque Rimbaud affirme avoir connu le risque de la folie , sachez que  la folie a touché bien des poètes : le grand romantique allemand Hölderlin, Nerval l'ont connue de façon tragique.)



Notre corpus est réduit et donc notre réflexion incomplète :

SI ON VOUS DEMANDE CE QU'EST DEVENU LE POÈTE français  AU XXÈME( faites quelques promenades sur Google):(à l'étranger citez Rilke, Benn, Mandelstam, Garcia LLorca, Neruda, les poètes de la BEAT GENERATION (Ginsberg)etc.)

  dites

    -que c'est le siècle où la poésie a explosé paradoxalement : on n'a jamais vu autant de poètes et jamais aussi peu de lecteurs de poésie, en France.La popularité d'un Hugo n'a pas d'équivalent au XXème.
 
   -que le pur travail formel est revenu à quelqu'un comme Valéry (CHARMES, LA JEUNE PARQUE)

   -que la dimension magique inspirée de Rimbaud a beaucoup guidé les surréalistes comme Breton-

    -que de nombreux poètes ont choisi l'engagement ARAGON, ÉLUARD);

     -que la dimension incantatoire et presque philosophique revient à René Char; 

     -qu'un certain hermétisme a dominé ( Bonnefoy, Paul Celan) et que la poésie dite , récitée souffre beaucoup en France en comparaison avec d'autres pays (USA,Allemagne, Russie) et que si le poète a encore une place dans la mythologie moderne il n'a plus le pouvoir et le prestige d'un Hugo: il n'y a pas 100 000 personnes à l'enterrement d'un poète aujourd'hui. Mais la tombe de Baudelaire est toujours fleurie...  .

        
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /2009 19:14
(n'oubliez pas le rôle de Fontenelle comme  passeur entre les uns et les autres )




Une comparaison entre  le libertin érudit et le philosophe des Lumières fera mieux comprendre la spécificité des Lumières:

       Considérons d’abord ce qui les rapproche:
:
- comme le libertin, le Philosophe n’admet que ce qui ne répugne pas à la raison.

-  la critique des superstitions, des dogmes, un anticléricalisme, qui peut aller jusqu'à la remise en cause de l’existence de Dieu. Mais tous les libertins et tous les philosophes des lumières ne sont pas athées, il s'en faut. à vous..

- le souci de l’étude, la soif d'apprendre des sciences, (Képler, Copernic, Galilée pour l'un, les mêmes mais surtout Newton pour l'autre) la primauté accordée à l’observation, à l'expérience, une ouverture d’esprit, une curiosité pour les publications nouvelles (dév l'incroyable curiosité de DD pour tout)

- le recours à l’ironie (D'assoucy, Cyrano)..



_________________________

      Mais leur contexte historique est bien différent :

     *le libertin sait qu’en son  temps de renforcement de la religion, il doit cacher ses pensées. Le philosophe du XVIIIème siècle a le sentiment de participer à une période exaltante, où finira par triompher la raison sur les forces de l’obscurantisme, même si les horreurs et les injsutices demeurent sous Louis XV et XVI : citez les affaires traitées par Voltaire (Calas, La Barre etc.)


       Et d’un  point de vue social le philosophe se distingue du libertin :

     *les libertins se retrouvent entre eux  (autour de Gassendi se rapprochent Naudé, La Mothe Le Vayer,  Patin , sans doute Cyrano et Molière et dialoguent discrètement ); le philosophe, même s’il doit parfois se cacher, ou quitter la France pour éviter d’être inquiété,  s’exprime publiquement, prend parti dans certaines affaires, se mêle, au nom de ses valeurs, aux activités de la cité. On est très loin d’un Mothe le Vayer qui  dans le secret écrivait des dialogues libres-penseurs et publiait un ouvrage sur l’existence de Dieu.

     *Les libertins éprouvaient souvent du mépris pour le peuple, estimaient qu’eux ne devaient point croire aux dogmes, mais qu’en revanche le peuple devait être maintenu dans cette croyance sans quoi la société serait ingouvernable. Les philosophes du XVIIIème ( pas tous, Voltaire n'aime pas vraiment le "bas "peuple, il s'en méfiait estiment au contraire que chacun doit être éclairé par les Lumières de la raison, et que les hommes sont égaux.


     *Le libertin s’opposait  à l’honnête homme : considérez Don Juan : il vit en marge de la société, acoquiné de son valet Sganarelle,  abandonne une épouse noble, séduit des paysannes, évite la fréquentation de ses pairs ; sa conversation, qui devrait être plaisante pour tout un chacun,  est une suite de provocations. On tenait le libertin pour inférieur au chrétien et  à l’honneête homme. Le philosophe réussit à renverser l’équilibre des forces. Son adversaire fut baptisé péjorativement du nom de dévot. Au XVIIIème siècle, le philosophe est aussi un honnête homme, qui tend et doit tendre (pensez à l’article “philosophe”) à vivre parmi les hommes. Le salon, le Café sont des hauts lieux de culture (le PROCOPE, cher à DD).


    *Le libertin du XVIIème ne se souciait pas de progrès technique, du bonheur en société qui sont au contraire au centre des péoccupations des philosophes. Sa cible est  le dogmatisme religieux et il ne va guère au-delà.

      * sans être des penseurs systématiques comme un Spinoza (Voltaire déteste l'esprit de système), le philosophe des Lumières français est tout de même plus théoricien que le libertin : on ne trouvera nulle part une réflexion économique comme chez le libéral Voltaire ou une pensée politique aussi révolutionnaire que chez Rousseau.


  *au XVIIème siècle, on ne se déclarait pas libertin publiquement : le terme était employé plutôt comme une accusation : dans le Tartuffe de Molière, Orgon reproche à son beau-frère Cléante, homme sage, réfléchi, qui n’entre pas dans  les excès du maître de maison” : Ce discours sent le libertinage (acte I). Au contraire au XVIIIème siècle, à en croire le début de l’article philosophe de Dumarsais, nombreux  sont  ceux  qui se prennent pour des philosophes : PHILOSOPHE, substantif masculin. Il n’y a rien  qui coûte moins à acquérir aujourd’hui que le nom de philosophe ; une vie obscure et retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s’en honorent sans le mériter.
Par J-M. R. - Publié dans : LES LUMIÈRES
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Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /2009 08:26

En arrivant devant le prof pour parler d'une des poésies , sortez tous les textes pour l'entretien.


Bien dire tout de suite qu'il est difficile de réfléchir à partir d'un corpus aussi limité
puisque nous n'avons que brièvement la représentation romantique ( LE PÉLICAN de Musset , LA MORT DU LOUP de Vigny, LE PIN DES LANDES de Gautier (qu'on range dans les Parnasssiens) et que nous n'avons pas vu d'importantes images postérieures (le CYGNE de Mallarmé)  mais qu'on peut faire quelques remarques tout de même.....[si vous la connaisssez,vous pouvez  vous appuyer ici sur l'autre synthèse concernant le pouvoir des poètes]


on note évidemment beaucoup de symboles et d'allégories :

-Hugo apprend de la Voix qu'il doit déchiffrer le monde en voyant l'âme divine derrière tout;

-le poème de B est une allégorie qui se "traduit "au dernier quatrain;

-Corbière fait de l'enfant le symbole du poète qu'il est.


on observe que, pour être banales parfois (l'albatros reprend le pin des landes),  ces images sont très personnelles :

- Hugo parle à la première personne;Hugo se pense toujours comme prophète, guide, éclaireur, comme auditeur des faces sombres de l'homme.

-Bien que précoce l'image de l'Albatros annonce bien des déclarations de Baudelaire sur l'homme et la société ( dans MON CŒUR MIS À NU ).




-on comprend que Corbière se parle à lui-même, se persécute ;

-Rimbaud multiplie les JE dans une sorte de bilan.Dimension de rétrospection "autobiographique".

l'image est flatteuse, souvent sacralisante, mais pas toujours:

-on comprend que chez Hugo le poète est un élu, qu'il a une capacité de voyance et d'écoute de la nature animée par Dieu (panthéisme) : dév en vous appuyant sur le texte.

-de la même façon, l'oiseau baudelairien survole, domine les airs, néglige tous les dangers(citez)et donne une idée supérieure du poète.Images de ROYAUTÉ, de SUPÉRIORITÉ.

-si l'on ne tient pas compte de son bilan critique et qu'on en reste à l'idée de la voyance (lettre),Rimbaud semble vraiment un Titan, un voleur de feu, inventeur de verbe.Un alchimiste du Verbe qui veut trouver une nouvelle langue, un VERBE qui recrée la perception du monde OU QUI EN CRÉE UNE NOUVELLE(bien connaître la lettre de la Voyance.

-en revanche Corbière donne une image tragique, désenchantée : l'enfant poète ne fut qu'un voleur d'étincelles. Développez.

-de même Rimbaud paraît sévère envers l'étape sur laquelle il se penche : certains verbes ressemblent à une condamnation( citez), la critique d'une illusion. Mais il a déja franchi un cap : il a commencé et il poursuivra sa tâche immense aves les ILLUMINATIONS.

la mission, la situation  du poète sont variées selon les images:

-Hugo est à l'écoute : il a la capacité de recevoir des signes de la nature (air, eau), il est un medium , un intermédiaire entre le monde et les hommes (citez le poème).

-le poète de CB et de TC est seul : l'un est captif sur un bateau, l'autre dans un tombeau; l'un est torturé par les hommes, l'autre revit tous les abandons des femmes et des amis et en se dédoublant se maltraite ; l'albatros a du génie que ne comprend pas le reste des hommes; l'enfant avait peut-être du génie mais le poète se torture avec des sarcasmes (dans le CRAPAUD, Corbière montre encore une idée dévalorisée de lui-même mais aussi l'insensibilité de la femme qui l'accompagne ce soir-là).

-grandiose était la mission que se donnait Rimbaud (à vous : revoir tous les moyens poétiques, repenser la langue, inventer une langue). Chez lui (lettre de la Voyance),  l'entreprise est risquée et sa voyance a peu à voir avec celle de Hugo : chez Hugo,Dieu parle, le monde attend son messager, interprète; chez R il y a une expérience sur soi, un travail, une recherche.Un risque. Une possiblité de délires, de folie.

=> ce qui frappe dans l'ensemble c'est la solitude inhérente à ces représentations: Hugo se pensant comme intermédiaire est le plus proche des hommes et ses combats politiques le prouvent ( député, adversaire de Napoléon III); mais Baudelaire isole bien l'albatros, Corbière pense à son caveau oublié et Rimbaud ne parle que de lui et semble ne parler qu'à lui-même.


cl : nous avons vu quelles images quelques poètes donnaient  d'eux-mêmes. Il en est d'autres mais le XIXè est le moment (un critique l'a appelé à juste titre l'âge du sacre du poète) où l'on a vu émerger des images très fortes : moment sans doute unique d'élan, d'une certaine reconnaissance  populaire (d'une certaine angoisse aussi, certains grandissant le poète en ayant en même temps conscience d'un risque de rabaissement) que les grands poètes du XXè ne trouveront pas ou de façon plus limitée.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 16:37


À BIEN SAVOIR AU CAS Où POUR L'ENTRETIEN

IL N'A PUBLIÉ LUI-MÊME QUE LA SAISON EN ENFER (1873) QUI EUT ALORS TRÈS PEU DE LECTEURS. EN 1875,IL LAISSA À VERLAINE ET GERMAIN NOUVEAU DES TEXTES ÉPARS QUI NE FURENT PUBLIÉS QUE TRÈS TARD QUAND IL AVAIT ABANDONNÉ LA POÉSIE DEPUIS LONGTEMPS (IL VOYAGEA D'ABORD BEAUCOUP EN EUROPE À PARTIR DE 1875, S'EMBARQUA POUR L'ÉGYPTE EN 1878 UNE PREMIÈRE FOIS PUIS REPART VERS L'AFRIQUE POUR COMMERCER EN PARTICULIER EN ÉTHIOPIE (LE HARAR)SANS SE SOUCIER DE POÉSIE).
VERLAINE LE FAIT CONNAÎTRE DANS SON LIVRE LES POÈTES MAUDITS ET IL FAUT ATTENDRE 1886 POUR VOIR PARAÎTRE LES ILLUMINATIONS (LE TITRE ET L'ORDRE DES TEXTES NE SONT PAS DE RIMBAUD..) ET UNE PREMIÈRE ÉDITION D'UNE SAISON EN ENFER .UNE RECUEIL(imparfait) DE SES POÉSIES SERA PUBLIÉ EN 91 ET SES ŒUVRES COMPLÈTES EN 95.





PRÉSENTATION:



SITUATION d' UNE SAISON EN ENFER:

-en OCTOBRE 1873, R fait éditer à compte d'auteur UNE SAISON EN ENFER, seule œuvre publiée par lui..Petit livre tiré à 500 exemplaires mais comme tout n'a pas été payé à l'imprimeur il en  reste beaucoup dans des caves....

Le texte, commencé en avril, est violent, difficile à comprendre, radicalement neuf sur bien des aspects. Il fait le bilan critique  d'une expérience sociale, affective et poétique. On pensa longtemps  - à tort - que c'était déjà  un adieu à la littérature parce qu'on  croyait  que les ILLUMINATIONS étaient antérieures ( IL EN ÉCRIVIT CERTAINS TEXTES AVANT PUIS APRÈS LA SAISON EN ENEFER..)

Rappelons qu'à partir de fin 71, avec bien des interruptions Rb et Verlaine ont vécu ensemble (avec des crises d'ivresse, des conflits avec madame Verlaine , des crises entre eux ) et que le 10 juillet 73 à Bruxelles V a tiré sur Rimbaud (bras) qui se rétablira vite. Les spécialistes pensent que  quelques passages de DÉLIRES datent de juin 73. Le plus grand nombre de pages de la SAISON  a été écrit dans le petit village ardennais de Roche ("un trou").

•LECTURE (insistez sur les JE)

•SITUATION DE NOTRE PASSAGE :

La SAISON contient deux passages intitulés DÉLIRES : le premier (I) VIERGE FOLLE "raconte" son aventure avec Verlaine mais rapportée par Verlaine auquel il prête sa voix..

DÉLIRES II nous concerne : le texte se présente comme un récit en prose fixant les étapes de sa récente vie poétique : entre chaque étape et comme pour illustrer telle étape Rimbaud insère des poèmes qui correspondent à ce qu'il a écrit au moment dont il parle. Nous ne verrons que la première étape : ensuite il est question d'hallucinations visuelles et verbales puis du risque de la folie. Il faut avant tout s'arrêter au titre devenu célèbre et utilisé partout, à tort et à travers.

Un mot , en fait, sur les deux titres :

•DÉLIRE : il s'agit en général de trouble mental  (souvent dominé par un verbalisme incohérent), trouble pathologique accidentel et momentané qui correspond à une abolition ou une atténuation de la conscience et de la raison. On devine que cet énoncé est déjà une forme de condamnation.


•ALCHIMIE DU VERBE

VERBE : il faut entendre parole, parole poétique.
ALCHIMIE : pratique qui fascina pendant des siècles et qui rêvait de  transmuter des matières viles  en matériaux précieux  (or) .

On doit comprendre que Rimbaud va nous livrer ce qui furent la matière et la méthode de sa création poétique alors.

 
PROBLÉMATIQUE :VOIR CE QUE RÉVÈLE AU PLAN DE LA CRÉATION POÉTIQUE RIMBALDIENNE CETTE ESPÈCE DE RETOUR AUTOBIOGRAPHIQUE

ANNONCE DU PLAN DE VOTRE LECTURE ANALYTIQUE




  Voyons pour commencer l'histoire d'une de m/ses folies (une parmi d'autres) et envisageons donc

1/SON( "mon") HISTOIRE :la dimension "autobiographique" de ce rapide mais décisif retour en arrière.Biographie seulement de sa création.

(a) Rimbaud  parle d'histoire : il reconstitue donc ici  son passé (récent) de poète & revient sur la période 1871/73 dans laquelle se situe la lettre en mai 71 à P. Demeny ( lettre théorique qu'il ne mettra en "pratique" que plusieurs mois après, à Paris) & la rédaction de grands poèmes et de ceux qu'on appelle DERNIERS VERS ou VERS NOUVEAUX ET CHANSONS. Période parisienne où il a donc pu mettre en application sa théorie de la voyance.

b) le récit elliptique  est au passé : nous avons quelques notations temporelles ( depuis longtemps, d'abord) ; l'imparfait domine avec une rupture nette pour des passés simples qui évoquent un événement qui a  plus compté, celui des VOYELLES et de la lettre à Demeny. On a le sentiment d'une accumulation de faits (depuis longtemps) qui le préparèrent au passage révolutionnaire des VOYELLES.



Pour précisions (entre nous)

 À moi.    L'histoire d'une de mes folies.

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents: je croyais à tous les enchantements.
 

Du début jusqu'à enchantements : Imparfait = valeur temporelle (évidemment : regard vers le passé) + aspect sécant, duratif ( « J'aimais » ; « Je rêvais ») ou itératif( une action dite une fois mais qui suppose une répétition) voire encore duratif  (« je me vantais »).



J'inventai la couleur des voyelles! ( pour marquer le début d’une aventure, d’une rupture)- A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. -Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rhythmes instinctifs, je me flattai (itératif= à chaque fois) d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais (inaccompli pour marquer l’opposition avec ce qui précède) la traduction.

Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable (itératif) . Je fixais des vertiges.



 
(c) même s'il ne s'agit pas d'autobiographie au sens strict LA SAISON EN ENFER et ici L'ALCHIMIE  se penchent donc sur un passé récent qu'il évoque avec lucidité ( une folie, parmi d'autres).

     -Pensons à l'incipit. À moi. Entendons :revenons à moi. Après le couple, après la voix de Verlaine ( dans Délires I), moi C'est à moi ( double sens) : je dois 1-parler. C'est (à)  mon tour ; 2  parler - de ce qui est à moi. M'appartient. Rien qu'à moi.

   -le pronom personnel à la première personne est on ne peut plus envahissant (plus d'une dizaine) : il dit l'état de ce JE  alors. Il était dynamique, énergique, allait de l'avant, ne doutait de rien.


                    - ce JE de naguère  avait  plusieurs attitudes que le poète distingue  a posteriori :

  

   * il avait  de l'enthousiasme : j'aimais, je rêvais, plus actif encore, j'inventai , je réglai..

   * il y avait des défis révélés par des associations de mots : j'écrivais des silences, des nuits +la suite à lire ( à vous).

  * enfin de façon un peu critique : je me vantais, je me flattais; je croyais à tous les enchantements..Il y avait de l'exubérance, de l'orgueil, de l'illusion.
  -dans cette histoire qui se poursuivra par de dangereuses hallucinations, et où il deviendra  lui-même œuvre d'art  ("opéra fabuleux"), nous voyons des moments complémentaires qui donneront ses poésies : ses préférences (§3), ses rêves(§4), ses invention(§5), ses études"(§6).

Le tout dominé par ce JE qui était ALORS  dans un sentiment de toute-puissance et d'invincibilité. Il pensait tout posséder et donner sa possession aux autres. L'expression posséder tous les paysages est explicite : il y a comme la manifestation d'une puissance inédite pour l'homme et même pour les peintres célèbres de l'époque.

Il convient de voir sur cette base ce qu'était


2/ SA MATIÈRE POÉTIQUE : celle qui créait  l'enchantement, celle qui servirait à son ALCHIMIE.

 a) ses refus : citez l. 2 & 3/4 . Il a toujours dit son admiration pour certains (Baudelaire, "un vrai dieu," Verlaine déjà) mais rejetait les romantiques (Musset( "Musset n'a rien su faire: il y avait des visoins derrière la gaze des rideaux: il a fermé les yeux"), Hugo,) les Parnassiens (Gautier, Leconte de Lisle, Banvile (auquel il envoya un poème génialement irrespectueux CE QU'ON DIT AU POÈTE À PROPOS DES FLEURS)): ils sont des voyants au rabais, ils sont risibles.

En peinture on peut imaginer qu'il détestait l'académisme  de Couture, de Gérôme, de Bouguereau (les peintres dits pompiers).

  Où allaient  ses préférences alors? Voyons


b) ses goûts en peinture et littérature: §3
 
lire 5 à 6:
-une longue énumération pour la peinture: qu'aime-t-il alors?

     - Il aime  le déclassé /le négligé, le délaissé, le simple, le maladroit , ce qui n'est pas considéré :

-les peintures peuvent n'avoir aucune qualité , toucher des sujets ineptes, sans noblesse reconnue ou admise (idiotes);

-elles peuvent passer inaperçues ou renvoyer à une époque très éloignée (  l'âge d'or des dessus-de-porte peints est le XVIIIe s., et la France en a donné les modèles. Les lambris sculptés étaient la spécialité de l'époque.)

-elle peuvent être faites vite, schématiques, rudimentaires comme dans les décors et toiles de saltimbanques (Comédien ou marchand ambulant dont la profession est d'amuser la foule dans les foires ou sur les places publiques, avec des acrobaties, des tours d'adresse ou de force, ou grâce à des boniments. Synon. baladin, banquiste (pop.), bateleur (vx), bouffon (vx), charlatan (vx), forain2, jongleur. ).On sait que plus tard Apollinaire chantera LES SALTIMBANQUES (nomades en quelque sorte) et que Picasso les peindra souvent.


-il aimait voir ce qu'on ne voit plus à force d'habitude:  les modestes enseignes de boutiquiers et les enluminures populaires : association de mots qui se veut surprenante dans la mesure où l'enluminure est un art savant (Wikipédions : à résumer

Les termes enluminer, enluminure et enlumineur apparaissent au XIIIe siècle et sont formés à partir du latin illuminare (éclairer, illuminer, et, au sens figuré, mettre en lumière).

Le terme "enluminure" est souvent associé à celui de "miniature". Le mot "miniature" vient du latin minium, désignant un rouge vermillion. Jadis, le terme s'appliquait, de préférence, aux lettres ornementales majuscules (lettrines) dessinées en rouge sur les manuscrits ; puis le rapprochement (sans fondement étymologique) avec les mots minimum, minuscule, s'est opéré, et la miniature a désigné les images peintes, de petite taille, comparées aux tableaux et aux peintures murales (fresques). S'appliquant à toute représentation de format réduit, le terme a donc désigné également les petites scènes peintes sur d'autres objets que les manuscrits.

On peut donc parler de manuscrits enluminés, de manuscrits à miniatures) et que Rimbaud pense sans doute aux livres de lecture de son enfance (qui ont peut-être inspiré le sonnet des VOYELLES: on donne parfois ce mot comme une des sources du mot ILLUMINATIONS, titre de la dernière œuvre de R.) : on sait l'influence qu'il eut sur les surréalistes (photos de Nadja, d'André Breton) ; pas d'art, un minimum de technique, voilà ce qu'il prise..

=>
on peut admettre que des poèmes comme ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK, RAGE DES CÉSARS, LE MAL, sortes d' images d'Épinal*grossièrement colorées appatiennent à cette esthétique.

=>     Nous sommes ici au commencement d'un mouvement qui va dominer le XXème : le regard porté sur le "primitif" comme on disait alors, le populaire et un sentiment de recul par rapport aux formes de l' art dominant. Rappelons la fréquentation du MARCHÉ AUX PUCES par les surréalistes en quête d'objets magiques..

[Songeons à un phénomène voisin au XXeme : la BD, les comics seront repris par de grands peintres ou cinéastes).


-autre énumération pour la littérature :lire 6/7/8/9:l

      -là encore des choses oubliées, lointaines , négligées (cf la question du Temps : citez démodée, aïeules, contes de l'enfance, vieux etc), depréciées, sans valeur aux yeux des "grands "poètes ou du public .Le relégué.

       -également des œuvres qui sont hétéroclites : latin d'église et livres érotiques qui vont peu ensemble,
     -et, très important, les chansons du passé ( refrains /rythmes), formes abandonnées qu'aimait Verlaine aussi, touchant

      -à l'origine (niais, naïf), à l'enfance encore, innocente et ignorante, ou savante d'un autre savoir.


Il aimait donc ce qui est déconsidéré, déclassé. et passe inaperçu. Les refrains naïfs donneront chez lui  un chef-d'œuvre, parmi d'autres,  comme CHANSON DE LA PLUS HAUT TOUR.(voir infra)


c) après ce qui relevait de la vue ( lectures, images) considérons une autre matière si on peut dire : le rêve.[on peut hésiter :comprendre qu'il rêve sur ou qu'il rêve d'entrer ou qu'il se voit entrer , acteur-spectateur, dans ces événements : événements qui ont lieu ou qu'il voudrait voir naître ]. La rêverie sur l'Histoire, des moments de l'Histoire ou l'absence d'Histoire , la rêverie sur des actions qu'il voudrait faire. L'ambition est grande:

-il y a de la violence : croisades, guerres de religions étouffées (donc de force), peut-être violence dans la transformations des  mœurs; déplacements de races qui ne peuvent se faire sans heurts;

-il y a  de l'énergie  inquiétante, étrange (déplacements de races,) ou terrible :  mouvements  de continents (On a l'impression qu''il anticipe sur la tectonique des plaques  et les grands mouvements de migrations etc);

-on note aussi, à l'opposé, le goût du secret, du tu (pas de relations, sans histoires, étouffé), de l'inédit.

Au total beaucoup de mouvements et d'introduction de mouvements dans cet univers assez chaotique. Il y a un côté démiurgique dans ces rêveries. Comme s'il commandait en maître souverain. Il touche à la représentation  classique du monde.

=>Au bout de cette appropriation de "matières" étrangement poétiques qu'il nomme ENCHANTEMENTS (avec une part immense de magie, d'ensorcèlement) il annonce une des étapes de sa /la

3/LA CRÉATION :

a) dans sa rétrospection biographique il télescope 1-le sonnet des Voyelles (dont Verlaine avait une copie en 71 aussi) et 2-la lettre du voyant de 1871 ;

-que dit-il et que fit-il, si on l'écoute ?

    -une tentative qui donna selon lui le sonnet des VOYELLES et qui correspondait à ce qu'il disait attendre du poète voyant dans sa lettre à Demeny.

-1-Les VOYELLES ont donné des centaines d'explications (abécédaire de son enfance, méditation érotique, ou alchimique) et on retient souvent la notion de synesthésie (phénomène d'échange entre les sensations : syn ( avec, ensemble), / esthésie= sensation) rendue célèbre par Baudelaire dans le poème des CORRESPONDANCES (

  Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

  Il est parfums frais comme des chairs d'enfants,
  Doux comme les hautbois, verts comme les prairies.
                                                           v8/9/10)

Le principe de la synesthésie est simple : on peut penser que les sensations s'échangent, échangent leurs qualités, leurs attributs: je vois la couleurs des notes, j'entends la musique des couleurs, je respire une couleur ou un son. Dans le Paris que fréquenta Rimbaud on parlait de ces théories déjà ancienne ( certains voyaient du bleu dans le , du vert dans le sol (sachez que l'un des plus grands musiciens du XXème, Olivier Messiaen voyait ses partitions en couleurs; sachez aussi que, plus tôt dans le siècle , le grand  peintre russe W. Kandinsky tenta une mise en équivalence entre sons et couleurs ). On pourrait comprendre que la forme du A et le son donnent lieu à une couleur sombre, à un son, une odeur que résument pour lui  les mouches...



b) Mais ici dans notre texte, R qui se souvient va encore plus loin: il affirme comme jamais avant qu'il s'attacha aussi aux consonnes ( forme ( des lettres) et mouvement musical sans doute): en outre il associe le calcul (réglai) et l'improvisation (sur des rythmes instinctifs) [Il est possible qu'il en rajoute dans l'impossible pour marquer son échec].Il était au cœur de l'alchimie du verbe, ce qu'on comprend encore mieux avec la suite :


2-avec cette tentative des VOYELLES il lie l'effet qu'il en attendait ( un verbe poétique accessible) et il reprend son ambition du voyant  telle qu'il l'exprima dans sa lettre prométhéenne à Demeny : voleur de feu, il désirait (lettre du Voyant :citez absolument le fondamental) "Trouver une langue;" souvenez -vous de la suite


-Du reste , toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra! (...)"Plus loin.

"Cette langue sera l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs (...) "(oubliez la suite: "de la pensée accrochant la pensée et tirant.").

On voit bien l'ambition (de tradition) spiritualiste que confime notre texte : par l'alchimie de son verbe, il songeait donner une langue qui serait une sorte de connecteur (le mot nest pas beau) sensible qui pourrait offir une équivalence à tous les sens. Un échangeur : son verbe ,  sans s'abolir comme verbe deviendrait musique, image, couleurs etc. Une légère différence entre les deux textes : dans la lettre du Voyant, il parlait de langage universel, donc de traductibilité permanente pour tous; ici il semble avoir voulu garder la clef, la traduction. L'époque de la langue universelle n'étant pas encore venue : il l'annonçait seulement   pour un jour ou l'autre...

c) fort de ces choix esthétiques, de ses ambitions, de ses illusions semble-t-il dire, il s'est alors lancé dans ce qu'il appelle une étude : moment initial de sa trajectoire poétique de ces années. Comme il le disait dans la lettre il est prêt à tout (ineffable torture): mais ce qui nous interesse surtout c'est ce qu'il fit selon lui au plan de l'écriture poétique.

Les deux dernières phrases sont éloquentes  avec une sorte de rythme ternaire (je/je// je mais la dernière phrase, autonome,  est tout de même mise en valeur, fortement) fondé sémantiquement sur  un grand nombre d' alliance de mots antithétiques mettant en valeur la recherche de l'impossible, de l'absolu, recherche qu'il semble avoir accomplie:

-écrire des silences : mettre en mots ce qui est sans mots, sans bruit, inaudible. Trouver des mots qui seraient eux aussi silence...Donner sans doute aussi une importance concrète aux blancs dans un texte ( ce que fit Mallarmé).

-écrire des nuits : non pas les décrire, les écrire, donner la sensation du nocturne ..

-noter l'inexprimable: nouvelle contradiction plus haute : rien du monde , sensible et spirituel ne lui échappait : il exprimait ce qui ne peut l'être ; il abolissait les contraires, la langue poétique pouvait tout.

Enfin, dans le même ordre d'idée

-fixer des vertiges : la grande ambition de l'art . Fixer un mouvement mais en donnant l'impression sensible  des deux mouvements  contraires ( Breton reprendra la figure avec explosante fixe devenue morceau de musique chez Boulez: voici le texte de Breton dans L'AMOUR FOU: "La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas." ).

  On a compris que la recherche , l'étude de R portait sur ce qui semble l'impossible à cause des limites de l'homme et de son langage.

  On comprend aussi que l'étape suivante (que nous ne commentons pas) de DÉLIRE II porte sur les hallucinations simples ( "une école de tambours faite par des anges", "un salon au fond d'un lac" ( vous tenez là une grande partie de l'art moderne(peinture et photo)) et qu'il parle en termes d'hallucinations des mots. Provoquées par des mots.

cl : cet incipit de DÉLIRES II est passionnant et instructif: R revient sur un passé récent, il définit ses rejets, son esthétique et ses ambitions poétiques. Il semble bien sceptique sur cette période.Il va  abandonner  toute poèsie versifiée : il va se livrer aux poèmes en prose qui donneront les ILLUMINATIONS . Le passage suivant de DÉLIRES II commence ainsi : LA VIELLERIE POÉTIQUE AVAIT UNE BONNE PART DANS MON ALCHIMIE . On voit combien la critique est sévère.

À la dernière lgne de DÉLIRES II, il conclut sobrement , après son sublime poème O SAISONS, Ô CHATEAUX!:

CELA S'EST PASSÉ. JE SAIS AUJOURD'HUI SALUER LA BEAUTÉ. Il lui a donc  fallu
passer les épreuves narrées dans  DÉLIRES II.



( sachez naturellement qu'il renoncera assez vite à la littérature POUR PARTIR EN ÉTHIOPIE , ENTRE AUTRES  mais que dès les brouillons de la SAISON EN ENFER  il avait écrit l'ART EST UNE SOTTISE)


SI ON VOUS DEMANDE QUELS POÈMES ILLUSTRENT CETTE ÉTUDE, CETTE PÉRIODE CITEZ UNE RÉÉCRITURE DU POÈME LARME que Rimbaud transforme et À QUATRE HEURES DU MATIN , L'ÉTÉ



VOICI LE PREMIER, que les rimbaldiens trouvent moins bon que le texte original (R a peut-être travaillé de mémoire, n'ayant pas sur lui son poème)

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Que buvais-je, à genoux dans cette bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Dans un brouillard d'après-midi tiède et vert ?


Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
— Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert ! —
Boire à ces gourdes jaunes, loin de ma case
Chérie ? Quelque liqueur d'or qui fait suer.


Je faisais une louche enseigne d'auberge.
— Un orage vint chasser le ciel. Au soir
L'eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares ;


Pleurant, je voyais de l'or — et ne pus boire.

RAPPEL


Voyelles

Arthur Rimbaud (1854-1891)

***

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
 



Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 11:08
Il s'agissait de voir en cours deux théories sur l'acteur :

1)l'une, partagée par de nombreux acteurs et spectateurs, pense que l'acteur est ému, qu'il vit son rôle , devient un autre, le personnage qu'il incarne : ce que défend Louis Jouvet quand il répète sans cesse dans ses cours sur DJ : il faut penser au sentiment.Citez  LA MÉTHODE de STANISLAWSKI et plus tard son héritière lointaine  CELLE DE L'ACTOR'S STUDIO À NYC  d'ou sortent les grands acteurs américains (dont le plus grand Brando): on y cherche dans son passé d'homme ou de femme une scène particulière que l'on revivra pendant la pièce pour donner l'équivalent de ce que ressent le personnage qu'on joue.


2)Plus critiques sont les pensées de DD et Brecht:

-pour DD dans LE PARADOXE SUR LE COMÉDIEN il s'agit de refléchir au travail de l'acteur et il distingue l'acteur d'âme et l'acteur de réflexion, de cerveau : selon lui l'acteur travaille pendant des mois, observe, refléchit, s'inspire de mille personnages vus ou enregistrés par sa mémoire. Un beau jour il tient son personnage : il ne changera rien et jouera sans avoir la moindre émotion. Il animera de l'intérieur son personnage mais en contrôlant tout. Un acteur d'âme est bon un soir et pas le lendemain, bon au début mais pas à la fin de la pièce; à la 500ème il récite mécaniquement etc. Tandis que l'acteur de tête selon DD ne varie pas.(Vous retombez sur le problème de l'inspiration ou du travail cf la synthèse pour la poèsie).

-pour BB ( cf autre fiche) l'acteur ne doit pas être le personnage, il ne doit pas le vivre et s'identifier à lui pour éviter que le spectateur ne s'identifie à son tour.

À vous de dire votre préférence.    :

l
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 09:44


RAPPELEZ LE DOMAINE D'ÉTUDE : acteur ému ou émouvant.


Brecht, un des grands auteurs dramatiques du XXème siècle (auteur de LA VIE DE GALILÉE, de MAÎTRE PUNTILA & SON VALET MATTI, LA RÉSISTIBLE ASCENSION D'ARTURO UI etc) et un des théoriciens les plus radicaux (avec Artaud).

 


La distanciation est un procédé esthétique  élaboré par Bertolt Brecht et visant à introduire une distance, un recul critique par rapport à l'illusion théâtrale.

 

S'il ne fut pas le premier à en parler, il est celui qui l'a théorisé et pratiqué le plus loin, parfois sous le nom « effet V ».Le concept de Verfremdungseffekt a été employé par lui dès 1923  mais il ne le théorisa qu'à partir de 1948 dans son Petit Organon pour le théâtre.

 

Dans ses pièces l'effet d'étrangeté est évident : Jeanne d'Arc est employée dans des abattairs de Chicago et Hitler est un petit chef de gang dans ARTURO UI.

 

Pour se faire comprendre Brecht s'attaqua à ce qu'il appela la forme aristotélitienne du théâtre, le philosophe grec ayant rédigé une poètique du théâtre qui domine depuis 25 siècles.


Brecht  posa que depuis Aristote le spectateur (pris dans l'effet de la catharsis) est tenu de s'identifier au personnage du héros, ce qui donne forcément un théâtre de psychologie.

 

Ce que Brecht refuse pour des raisons esthétiques et politiques: il considère que le théâtre a une autre mission. Certes il est là pour donner du plaisir mais aussi apporter un savoir qui ne peut venir que depuis une prise de distance de la part du spectateur, guidé par la distance prise par

 

-le metteur en scène

 

&


-l'acteur.

 

•le metteur en scène se doit de "casser"l'identification et l'illusion : il doit toujours s'efforcer de montrer que nous sommes au théâtre : par exemple Chéreau dans sa mise en scène de DJ met une scène sur la scène et un faux décor baroque en miniature; il place des êtres en guenilles qui,allongés regardent  vaguement la scène : ils font changer le décor entre les actes.Ils sont les pauvres dans le monde où DJ se moque de tous.


Un autre brechtien aurait pu pendant la scène de séduction de Charlotte faire défiler sur un écran les chiffres des morts dans le peuple pour maladies, famines, pauvreté.


  Chez ou selon BB le contexte vient briser l'illusion d'un beau spectacle qui oublie la vérité des situations historiques.Il faut d'après Brecht briser la barrière entre le théâtre et le monde vivant.À cette condition le théâtre cessera d'être une illusion qui endort les consciences.

 

Dan la scène du Pauvre, Chéreau transformait Sg en bourreau du mendiant : histoire de montrer que Sg est un traître à sa classe politique.


•l'acteur brechtien de son côté  ne doit pas être Napoléon , Néron, Don Juan , il doit toujours faire comprendre qu'il est un acteur qui joue DJ et le cite.

Par exemple dire la tirade du séducteur est complexe : on entend Dj développer sa thèse de l'homme obéissant aux désirs de la nature et se flattant de tout conquérir.Le comédien brechtien devra montrer dans sa voix, son intonation, ses gestes qu'il y a chez ce personnage que lui n'est pas, un tyran, un bavard narcissique.



=>

•conséquence : on comprend la dimension politique d'un écrivain qui fut marxiste toute sa vie et qui ainsi voulait transformer le monde et qui considérait l'art comme un procédé devant inciter le public à remettre en cause sa vision du monde imposée par l'idéologie dominante comme on disait.

 


La distanciation introduit un « effet d'étrangeté » : le spectateur doit être surpris, étonné et à partir de là prendre conscience que tout n'est pas simple, lisse dans une société ou dans une pièce. Il saura prendre sa distance à l'égard de sa propre société qui sait l'entretenir dans ses illusions...Il aura plus les moyens de développer son regard critique.


 

Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /2009 06:16
J'ai pu apprécier :

-la qualité de l'acteur qui joue Sganarelle : sa force, son énergie, son dynamisme.

       - à son sujet sa dimension de clown n'est pas dérangeante : elle renvoie à une tradition qui ménerait de la Commedia dell' arte au clown.

        -avec lui la tirade du tabac est originale et commence dans la salle pour montrer que la pièce n'a pas encore commencé et qu'en hésitant sur le mot t...abac alors qu'il commence par dire théâtre il veut bien faire comprendre que cette tirade n'est pas marginale, n'est pas une scène plaquée pour faire rire au contraire mais qu'elle fixe le véritable enjeu de la pièce.


-l'idée d'un DJ collectionneur d'objets d'art comme il est collectionneur de femmes.Un esthète.


-la dimension poétique, onirique de l'acte des paysans que DM ne voulait pas rendre de façon réaliste  dans la mesure où elle lui semble très choquante par l'idée qu'elle donne des paysans sous le début du règne de Louis XIV.


J'AI PEU APPRÉCIEÉ, J'AI TROUVÉ DISCUTABLE, CONTESTABLE ....:

•l'actualisation de la pièce (je ne suis pas contre par principe) avec des anachronismes qui égarent l'attention au lieu de l'attirer.La musique, les scènes de music hall nous détournent du sujet.

       *par exemple la scène de Dimanche ( qui montre comme prêteur de DJ un juif et sa famille avec l'idée de flambeau qui mène aux bûchers nazis et aux chambres à gaz ) me semble de la provocation gratuite.

•la volonté très moderne du metteur en scène de ne pas respecter le texte : le premier acte, Molière le veut devant un palais dans une ville qui n'est pas celle de DJ: DM nous place dans un appartement de DJ, ce qui va à l'encontre de l'errance du burlador dans la pièce.Mais il est vrai que DM fait de son héros quelqu'un parfois de las...


 
Mesguich est-il brechtien? Pas du tout :certes il multiplie les décalages temporels mais il n'a aucune intention d'explication du monde mis en scène par Molière. Il correspond à l'esthétique du post-modernisme qui comme en architecture cherche à mêler des genres et des registres hétéroclites. C'est Patrice Chéreau qui fit un DJ brechtien.

Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 04:19



à savoir : à placer (vite) dans la présentation du poème


LE RONDEL est un poème à forme fixe très pratiqué au 14, 15, 16ème siècles et comprenant en principe 13 vers construits sur deux rimes
et 3 strophes :un q à rimes embrassées, un quatrain à rimes croisées, un quintil formé d'un quatrain à rimes embrassées et de la reprise du premier vers du poème ; en outre les deux derniers vers du second quatrain répètent les deux premiers vers du sonnet. Les rondels de Charles d'Orléans sont célèbres ET ON PEUT VOIR QUE CORBIÈRE PREND BEAUCOUP DE LIBERTÉS AVEC CETTE FORME.

RONDEL de Charles d'Orléans :


QUAND J'AI OUY LE TABOURIN
POUR S'EN ALLER AU MAY
EN MON LIT FAIT N'EN AY EFFRAY
NE LEVÉ MON CHEF DU COISSIN

EN DISANT: IL EST TROP MATIN,
UNG PEU JE ME RENDORMIRAY,
QUAND J'AI OUY LE TABOURIN
SONNER POUR S'EN ALLER EN MAY

JEUNES GENS PARTENT LEUR BUTIN:
DE NONCHALOIR M'ACOINTERAY,
À LUI JE M'ABUTINERAY;
TROUVÉ L'AY PLUS PROCHAIN VOISIN,
QUAND J'AI OUY LE TABOURIN.


SITUATION biographique:  Corbière fut un des poètes maudits auxquels Verlaine rendit hommage dans son  livre éponyme, en 1884. [le roman À REBOURS de JK HUYSMANS FIT aussi BEAUCOUP POUR SA DÉCOUVERTe].  Vie très tôt brisée par la hantise de sa laideur( dites que nous avons lu le CORBEAU) , la maladie, originalité et excentricité (de dandy*) incomprises du commun des hommes, œuvre publiée à compte d’auteur, amours impossibles, tout est signe de malédiction dans cette existence fort brève : né en 1845, Corbière s’éteint en 1875.



•SITUATION de notre texte

    Le poème
de décasyllabes que nous allons lire est le deuxième de la dernière section des Amours jaunes [pourquoi jaune? Aimer jaune comme on rit jaune..] : «Rondels pour après» (pour après la lecture des autres poèmes) : huit textes légers, aériens, musicaux mais aussi funèbres. NOTRE POÈME EST LE SEUL À REPRENDRE COMME TITRE,  LE TITRE DE LA SECTION.

•LECTURE

• un mot sur le titre . Le choix est à lui seul remarquable : Corbière  insiste sur la forme, désuète (rappelez ce qu’est un rondel* supra),  comme si elle l’emportait sur le  fond, ou comme si elle lui préexistait : en effet, les sonorités R et EL déterminent les rimes, masculines en -ouR, et les rimes féminines en -ELles (qui rappellent Marcelle, pseudonyme d’Herminie, la femme aimée) : le poème semble jaillir du titre et partiellement aussi d'une fable de La Fontaine : L'OURS ET L'HOMME EN SON JARDIN..

•ENJEU /PROBLÉMATIQUE: ce texte paradoxal, pétri de contradictions ne peut-il se lire comme  une berceuse amère?
    
•ANNONCE DU PLAN : une berceuse, une berceuse cruelle qui révèle beaucoup sur le poète.

                     
I- UNE BERCEUSE :

1- Par son sujet:

- le destinataire est un enfant/tu , il fait noir, et dors revient 3 fois;

- on a la présence féminine attendue (en attendant venir toutes celles), tandis que la possibilité d’une venue masculine est rejetée dans le quintil. (On peut penser à la berceuse bretonne TITOUIC , dans laquelle la mère fredonne : «ton père est au loin et ta mère est ici qui  veille  son enfant chéri»).

- la parole adressée à l’enfant, avec l’impératif dors (qui rappelle les dodo l’enfant do dont Corbère fit un poème, le suivant de celui-ci), mais un impératif sans brusquerie : les points de suspension ou les deux points donnent (en apparence) un  prolongement doux à la demande.


2-  Par sa musique (il est d'ailleurs beaucoup question d'entendre dans ce poème): une berceuse repose sur le principe de répétition. Or, les répétitions sont nombreuses:

-avec le refrain citez
-les anaphores non seulement dors mais entends-tu
-les répétitions : v2+v 4 citez
-on est frappé par l'économie des moyens utilisés : ainsi nous avons peu de mots nouveaux placés en début de vers.

Surtout on est frappé par l'omniprésence du pronom personnel ou impersonnel (il- citez) qui renvoie aux nombreux elle.

II- Berceuse contrariée, cruelle:

1- un berceuse apaise les angoisses d’un petit enfant. Celle-ci les cultive au contraire.

certaines de ces angoisses sont dues au Temps  :

Il fait noir, dit la voix à l’enfant. Voilà une phrase inattendue dans une berceuse, où il s’agit de rassurer l’enfant  de la peur du noir. Le “fais dodo” devient un “il fait noir” terrifiant.

__>d’autant plus que cette nuit ne sera pas suivie d’une aube salutaire : il n’est plus de jours, il n’est plus de nuits. Nuit et jour  sont confondus  dans un temps indéterminé dont on comprendra à la troisième strophe qu’il s’agit du temps de la mort.

Mais même l’éternité se brouille: on se dit en v3 que l'attente est possible : elles vont venir . Qui? : l’antithèse celle qui disaient jamais, qui disaient toujours se résorbe dans une équivalence :celles qui disaient JAMAIS JE NE T'AIMERAI, saisies de remords ou celles qui 
promettaient un amour éternel (JAMAIS JE NE T'ABANDONNERAI & TOUJOURS JE SERAI LÀ).
 
Bref  celles qui  ont trahi leur parole ou changé d'avis  vont-elles venir? Par sa question le locuteur entretient l'espoir : mais le vers couperet tombe brutalement : citez 7.C'est irrémédiable.


         
l' univers de cette berceuse est celui de  la négation    (v. 2, v.5( entretenant une illusion), v.10) qui se dessine, bien éloigné de l’atmosphère de la berceuse. On prend mieux la mesure négatrice de la consonne N au commencement de NOIR, tellement répété.

• En réalité, on comprend peu à peu que l’enfant est mort et que la berceuse l’invite à accepter le néant, le sommeil de la mort  : il s’agit d’un texte d’une cruauté sans pareille. Ce que l’on ne pouvait que deviner dans le quatrain s’affirme au début du quintil : les caveaux étouffent les voix de l’extérieur : le faix d’immortelles (
aux couleurs or solaire, grenat, blanc) est le bouquet de fleurs dérisoire qui a été posé sur la tombe.

  Ou bien, autre hypothèse, cette cruauté est une forme de l'amertume  : le poète est l'enfant, il se projette en lui,  il se parle  comme s'il faisait le bilan d'une vie avortée, volée, à peine commencée et le caveau est l'enfermement dans la solitude..


2- Comme pour blesser plus encore l’enfant, ou lui-même, le poète  insiste sur sa solitude irréparable

•Le  texte repose sur une  gradation : à l’attente des femmes (v.3) succède la certitude que les amis ne viendront pas. A la différence de l’amateur de jardins de la fable de La Fontaine, l’enfant n’aura même pas des ours pour amis.

•Cette solitude  s’exprime aussi à travers une gradation décroissante sonore : aux voix des femmes qui disaient  fait place la perception difficile mais possible des pas (ils ne sont pas lourds) , alors que dans le quintil, même ce léger frôlement ne sera pas possible : les caveaux, personnifiés, tout-puissants, sont sourds (v.8). Et les ours ne feront pas de bruit en jetant leur pavé...

Seul bruit, le murmure d'une berceuse désenchanteresse...

                       - Solitude due  à l’amour, dont il est question à travers les figures féminines dans toutes les strophes, à travers les femmes attendues, mais traîtres à leur parole, à travers l’Amour, ailé, volage, fugitif, insaisissable,  ou encore par le truchement des demoiselles, qui suggère l’image de jeunes filles.


                      - Solitude due à l’amitié : le poète n’aura même comme le vieil homme amateur de jardins de la fable de La Fontaine, l’espoir d’avoir un ours pour ami. Sa solitude est irrémédiable.


  Ce n'est pas tout. Le poème surenchérit :

3-la berceuse chante l'impuissance & presque punition du poète (qui est l')enfant



- nous sommes évidemment frappés par voleur d'étincelles qui clôt d'ailleurs (tragiquement) le poème. Corbière a aimé cette idée et il en a fait de nombreuses et belles variations cf beau décrocheur d'étoiles; chevaucheur de rayons.

-dans tous les cas  on s’aperçoit qu’elle est fort ironique : le voleur d’étincelles rappelle en miniature le voleur de feu qu’est Prométhée, le titan qui  vola le feu aux dieux pour le donner aux hommes, qui se dressa contre le volonté de Zeus.  Mais le Titan  n’est qu’un enfant pitoyable, enfermé dans la nuit du caveau : il ne peut s’éclairer ; comment pourrait-il éclairer les hommes ? Ce ne sont qu’étincelles, faibles éclats mourant aussitôt. Éphémères comme les amours, les amitiés. Et ne servant à rien dans le noir.

On comprend encore mieux que le poète est l'enfant. A la figure grandiose du Titan s’oppose donc implicitement  la fragilité du poète-enfant, qui ne saurait servir d’intermédiaire entre  le monde des dieux et celui des hommes. Le refrain est d’ailleurs ironique par l’antithèse entre le noir et le voleur d’étincelles vite absorbées...par la nuit.

Le poète voleur d'étincelles est puni en la figure de l'enfant car son œuvre ne servit à rien. Pas d'auditrices fidèles, pas de postérité poétique.

Ici le poète s'est donc  dédoublé : la voix est double avec, si l'on peut dire,

- d'une part une voix muette dorénavant, celle de l'enfant devenu muet lui qui chantait comme un  feu d'artice que personne ne prit  au sérieux.
-l'autre celle qui écrit, dit le poème qui chante encore ce pathétique grinçant parce qu'elle s'adresse à elle-même.Voix condamnée à se parler à elle-même, à se moquer d'elle. Son inspiration ? La mort d'un poète..

L'enfant est silencieux, il avait, avant, l'initiative avec ses étincelles (ses mots) : le poète ne peut qu'ironiser sur son attente passive (il dépend du caprice des visiteuses) et sur sa parole inentendue. On entend certes des voix : seulement celles des femmes perdues, qui ne reviendront jamais.



III-  Un texte pétri par les contradictions et qui en dit long sur Corbière:

1- opposition entre la forme et le fond:

- contradiction entre la légèreté de la forme  &  sens  amer du texte : le rondel est une danse.

- contradiction même entre le sujet (enfant mort) et l’existence même du poème (on lui parle comme s’il était encore vivant).

  2-contradiction sémantique :entre le sens positif des mots et leur valeur réelle.

Ainsi demoiselle peut signifier les  jeunes filles mais aussi les mouches, surtout si l'on  poursuit le rapprochement avec la fable de La Fontaine :  Ils ne viendront pas tes amis les ours a donc deux sens :

 a- rassure-toi,  les ours ne viendront pas te casser la tête en  jetant un pavé pour chasser les mouches  :

 b- personne ne viendra chasser les mouches nécrophages qui se poseront sur toi.

Un sens est
rassurant  ;  l’autre est angoissant  ; l’un est poétique —d’autant plus qu’il rappelle un autre poème,celui de La Fontaine—, l’autre est macabre.

Mais la solitude s'accroît : tu ne seras pas vengé de tes amours malheureuses.Car dans le jet de pavé on peut aussi deviner un désir secret de talion.

3- opposition thématique : selon le motif   légèreté/ pesanteur

     Tout le texte joue de cette dualité :


    • par les rimes, où s’opposent les rimes féminines : étincelles, celles, ailes immortelles, demoiselles sont des mots aux valeurs positives, aériennes, qui s’opposent avec les rimes masculines en ours (ours, plus de jours, toujours, lourds, sourds) et qui mettent en valeur des mots exprimant pesanteur, maladresse, surdité.

   • dans le corps du texte : Corbière ne cesse d’y revenir :

-d’un côté, il insiste sur la légèreté : ils ne sont pas lourds, les pieds légers, ailes ; il pèse peu.

-d’un autre côté, au contraire, il introduit un  terme en contradiction avec les premiers, qui exprime un poids écrasant : les caveaux,

- à l'inverse ce qui devrait faire poids faix est léger (le faix d’immortelle (qui se lit comme un oxymore, l’immortelle au contraire du faix étant une fleur très légère)) et le pavé ne sera pas lancé..;.


   -la contradiction est assumée durement par le vers initial qui en refrain vient sanctionner toute illusion:

-ainsi en tercet : après le mot légers, il utilise un point d’exclamation et le tiret long, puis après ailes des points de suspension qui donnent un espoir . Le lecteur tombe de haut alors. IL fait noir.... La cassure est terrible.        

            


[4- Même dans la ponctuation : le texte  alterne points d’exclamation martelant brutalement le chant,   et  points de suspensions doux, qui créent des silences ou  qui poursuivent la parole qui vient d’être émise. On s’aperçoit que tout l’arsenal de la ponctuation est utilisé dans ce poème (montrez-le)]


=>   Même la cruauté du poète, qui s’abat sur son double régressif, feignant  de le consoler pour mieux le narguer a son envers, son contraire  : puisqu’aucun espoir n’est permis, il ne reste vraiment qu’à dormir, à accepter la mort, à laisser la conscience sombrer dans le néant, préférable aux lointains et pitoyables échos de la vie : être dans la tombe c’est redevenir enfant, retrouver un univers utérin, ce noir qu'il n'aurait jamais dû quitter....Malgré le sarcasme ce poème dit une libération-tragique.

 

cl:    En un texte très court, et très répétitif, sorte de ronde d'enfance
douloureuse, sorte d'étincelles dans la nuit , Corbière parvient à une richesse sémique remarquable (affirmations réversibles, tensions, tons contradictoires, jeu entre la forme et le fond), à une variété de tons ( douceur, ironie, cruauté , douleur dans le sujet  de l’enfant mort) et de formes (quatrain, tercet, quintil). Dans ce poème cruel et tendre à la fois, mélodieux et grinçant,  Corbière, en s’acharnant sur l’autre, s’acharne sur lui, le déjà presque mort, le pas encore résigné à son sort. Mais les sarcasmes sur l’enfant-poète auront révélé un grand écrivain, d’une musicalité extrême.

Seule immortalité possible pour Corbière,  celle des fleurs   (immortelles) aux couleurs or solaire, grenat, blanc? Non. Il a été enfin entendu.


AUTRES PROBLÉMATIQUES :

  -montrez le pathétique/le tragique/ de ce poème.

  -quelle image ce RONDEL donne-t-il du poète?



Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /2009 07:19
Nous avons vu  en classe aussi un extrait de L'HISTOIRE COMIQUE DE FRANCION de Charles Sorel (publié en 1623 et avec des ajouts en 1633): un dialogue  du chapitre VII avec Raymond & Agathe (le chapitre VIII étant consacré à une orgie).

Dans ce dialogue Francion affirme haut et fort ses principes du libertinage de mœurs dénonçant le mariage et ses liens au nom de l'infinité des désirs et de la liberté de chacun dans une heureuse circulation des corps.

On y trouve bien des points communs avec la tirade du séducteur  de DJ ( avec la critique du faux honneur).

Nous avons aussi découvert une dimension politique évidente : par cette liberté naîtrait l'égalité de tous et l'abolition des classes  et de toute prééminence serait acquise.



•pour une question sournoise: vous n'avez pas lu l'œuvre. Dites-le évidemment.

Le roman est-il libertin? Avec un tel extrait et beaucoup d'autres, c'est évident. En particulier pour son rejet des superstitions et sa détestation du "vulgaire" (ignorance du peuple: cf Cyrano).

Pourtant les spécialistes estiment que le héros a souvent des accès de mélancolie et qu'il représente une forme déception pris qu'il est entre ses aspirations à la liberté et la déception de voir que les gens qui en bénéficient sont à ce point médiocres et grossiers comme il le dit de Raymond.

Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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