Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /2009 07:20
Voltaire, Traité sur la tolérance, antépénultième chapitre, le XXIII.
 

SITUATION:

        -biographique : vous avez vos éditions de L’INGÉNU. Dites deux mots de cette vie si riche et surtout rappelez quelques-une de ses grandes œuvres.



        - du texte :tout part de l'affaire Jean Calas, protestant à tort accusé puis exécuté atrocement  (supplice de la roue) pour le crime de son fils qui selon la justice voulait se faire catholique. V. prit trois mois pour étudier le dossier.Il obtiendra de haute lutte la réhabilitation posthume de la victime de l'intolérance.

En même temps il publie en 1763 son TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE dans le sillage de cette affaire qu'il évoque au début de son livre. Cette défense de la tolérance fera le tour de l'Europe. Nous sommes alors dans la grande campagne de Voltaire contre tous les fanatismes, nommée par lui ÉCRASONS L'INFÂME (ATTAQUE  SURTOUT DE LA THÉOLOGIE CHRÉTIENNE).

LECTURE

STRUCTURE DU TEXTE

Ligne 1 à 5 :  la prière à Dieu (en apparence)

Ligne 5 à 19 : contenu de la prière avec énumération des différents aspects de l’intolérance en matière de religion.

Ligne 20 à 25 :  dénonçiation des tyrannies religieuses, appel aux hommes au sein de la paix et pour une union bienfaisante.


ENJEU DE LA LECTURE :VOYONS COMMENT V S’Y PREND POUR DÉTOURNER LA FORME DE LA PRIÈRE [(une belle rhétorique axée sur la persuasion): si nous avons une condition humaine aussi pénible faisons en sorte de ne pas l’alourdir de notre fait.]

LECTURE ANALYTIQUE d'un texte qui a toute




1/ L’APPARENCE D’UNE PRIÈRE :

    • à Dieu :  il s’adresse à lui (1), il parle de demande 3, il l’implore (daigne 4), sollicite sa pitié (4), il lui parle à l’impératif.

    • une adresse (une demande) qui passe par le tutoiement( 1+3 etc jusqu’à la fn ( ta bonté..)),MAIS il admet l’audace de sa démarche, de sa supplique (S'IL EST PERMIS).

 Pourquoi? À cause de la disproportion entre Dieu et l’homme, si chétif: V travaille alors sur un réseau d’antithèses fondé sur l’opposition du Grand et du petit (l’homme, un atome 10, imperceptible dans l’univers) en multipliant les marques de la supériorité de Dieu:

    -il met en regard:


-l’éternel  divin (2+4) / la vie passagère de l’homme (7) et donc l’immuable et le changeant;

-le pouvoir de Dieu et la faiblesse des hommes, si fragiles (débiles corps);

-le savoir de Dieu 18 et l’ignorance des hommes.

Comment oser parler à Dieu, quand les langages humains sont si INSUFFISANTS 8, à Dieu  si grand devant l'homme qui n'est qu'un ciron dans l’univers (pour reprendre le vocabulaire de Pascal, admiré et haï de Voltaire)?

en tout cas V le tente avec une solennité pleine d’éloquence :

-les phrases sont d’une extraordinaire longueur (l'une va de 5 à 19),

-elles ne manquent jamais de souligner les vertus de dieu (don généreux de tout, capacité de pitié, bonté (la fin))à des endroits significatifs et la situation presque tragique de l’homme (sa dimension dérisoire).

- elles s’appuient sur des anaphores vigoureuses (à TOI =1+3+3, ce qui donne un rythme ternaire ample) et surtout celle de l’optatif QUE qui revient régulièrement comme s’il était le grain d’un chapelet.

 V nous donne bien l’impression de rédiger une pière à Dieu en reconnaissant sa supériorité, en appelant à sa générosité, à sa pitié, à sa protection... Mais si ses DÉCRETS SONT IMMUABLES, on se demande vite si Dieu est le vrai destinataire...

2/EN RÉALITÉ UNE PRIÈRE DESTINÉE AUX HOMMES :une exhortation.

    • malgré l’attaque de notre texte (lire 1) le destinataire n’est pas vraiment dieu comme le montrent :

-le léger glissement des pronoms: si tu et toi dominent le début et le tu revient à la fin du § et de l‘extrait, le NOUS  s’impose peu à peu ( citez-en quelques-uns) et devient important dans le deuxième § (citez). Soulignons la force des nous (p.personnel) et des nôtre (adjectif possessif) situés autour de la préposition ENTRE: comprenons bien= l’homme est pour quelque chose dans les malheurs du monde.

    - ce qui entraîne une légère rectification lourde de conséquences :il nous a tout donné; il ne nous a pas donné  un cœur pour nous haïr, des bras pour nous égorger: donc l’homme détourne le don de Dieu..

-l’uitlisation habile de l’écart (typographique) entre fais écrit à l’attaque de la période  et la conjonction de subordination (que) qui en dépend pour introduire la proposition: on en vient à oublier FAIS au profit de QUE LES HOMMES ou nous, ou ceux etc (citez un ou deux exemples).


   Il y a comme un procès indirect des hommes dont il pointe la cruauté (égorger) , la violence morale (haïr), le fanatisme (tyrannie, brigandage..)

    •que faire alors pour l’homme devant le tableau de cette désolation ? On comprend mieux le recours-détour à Dieu.


-en fait, il demande aux hommes d’adopter mentalement le point de vue de Sirius ou de Dieu : regardons le monde avec "l’œil" de Dieu, sa hauteur, sa distance. Faisons en sorte d’être non Dieu mais de contempler de loin le monde humain. De relativiser les nuances, les divergences.

        -nous verrons alors que l'humain est limité et, à cette distance, tout est égal : nous nous combattons pour de petites différences que nous grandissons de façon mortelle.Pensez à la conversion du jésuite Gordon par l'ingénu Hercule.

        -nous comprenons que l'homme peut connaître le bonheur même limité  (fin/ citer) et que l’instant pourrait durer si l’homme prenait conscience de sa responsabilité.

=>autrement dit cette prière est :

3/UNE PRIÈRE SI, ON VEUT, MAIS DÉISTE:qui opère sur trois plans

    1)une critique sévère des religions constituées et des comportements qu’elle induisent :citons tout de suite 20 tyrannie sur les âmes : les religions imposent de force leurs dogmes et leurs pratiques. Elles ignorent la liberté d’âme et de pensée.Relayée par les Pouvoirs poltiques et des justices aveugles, cela donne l'affaire Calas.

-il souligne les mécanisme de la haine (5+11) et de l’intolérance : les petites différences, ces nuances 10 grandies exagérément :

        *il s’en prend à la valorisation excessive des rites avec des parallélismes (que ceux qui...) et des antithèses qu’il ne faut pas opposer mais admettre (il emploie des verbes significatifs (supportent/ne détestent pas) dans leur variété tolérons aussi bien:

       -les croyants qui célèbrent Dieu en plein jour, à l’extérieur (les animistes par exemple) comme ceux qui prient à l’intérieur, dans un temple, une église, en plein midi;

       -les croyants qui ont une aube blanche ou noire et qui disent la même chose;

    -les croyants qui par exemple prient en latin ou dans la langue de leur pays ( pourquoi forcer les Indiens, les Chinois et même les Français à prier en latin?). Soyons tolérants pour les jargons [S'emploie à propos d'une lang., d'un discours, d'un style que l'interlocuteur ne comprend pas, qu'il juge obscur, hermétique, affecté: je pense que V l'emploie ici au sens d'idiome], puisqu'aucune langue ne saurait parler de façon transparente de et à Dieu...

    *dans le même sens, il ajoute une autre critique double et un souhait :1/il y a une hiérarchie dans l’Église catholique (cardinaux et ..) et on sait que V n’aime pas les médiateurs de la foi et 2/ces êtres se comportent de façon peu chrétienne: ils ne sont pas charitables (ils ont des biens (or et sols, terrains), ce qui est dit par une périphrase très ironique) et ils tombent sous le péché d’orgueil, un comble pour un supérieur catholique. Comme V ne déteste pas les hiérarchies il souhaite que l’envie, l’avidité ne soient pas le moteur des rancœurs et des violences. N'attisons pas les rancunes contre les hiérarchies. Et SURTOUT QUE LES SERVITEURS DE DIEU ne soient pas oublieux de cette vertu de charité qu'ils chantent en parfaits Tartuffe....

=>L’intolérance est bien suggérée dans son mécanisme violent:des différences exacerbées, des croyants qui sont des hypocrites.
 
    b)il ajoute une dimension sociale à cette critique religieuse  :il propose des mots qui ont une force nouvelle :


-il fait un parallèle audacieux entre religion et brigandage d’état (impots): façon discrète de souligner le lien église et État,visible dans l'INGÉNU ( à vous);


-il suggère frère, fraternité 20 comme moyen de réduire le manichéisme* inhérent à toutes les religions instituées. Le mot FRÈRE est d'emploi chrétien  depuis le 2ème siècle après J.C., à la lecture de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament et il suppose une sorte d' égalité; V le sait et il l'emploie à dessein pour maintenir l'ambiguïté de sa prière: frère doit êre entendu par ceux qui respectent la tradition chrétienne autrement dit il tente de piéger ceux qui emploient des mots qui ont perdu tout sens dans l'histoire de l'église intolérante. (Le mot peut avoir un sens  un peu franc-maçon*: V. fut initié en effet mais très tardivement).

   Avec la mutualité 6 il veut que la tolérance religieuse et, en fait, la seule adoration d’un dieu indéfini favorise la compréhension réciproque des hommes.

    c)mais l’essentiel de la page est dans l’idée de déisme, dans  la promotion de l’idée et de sagesse déistes.

De quel Dieu parle V?

- d'un Dieu universel :entendons unique, Dieu de tous les êtres, sans exclusives (les religieons sont inclusives et donc elles excommunient, anathèmisent):

-de tous les temps :  V ne comprendra jamais qu’on ne prête pas attention et admiration aux êtres (Socrate, Confucius) qui ne pouvaient connaître le Christ qu’il traite comme un homme et non comme le fils de Dieu (il admet son existence et  se rapprochera de lui  après 1766 quand il voit monter l’athéisme): il l'appellera le Socrate de Galilée). Dieu est hors du Temps  et aucune religion n'a le droit d'imposer sa chronologie aux autres.V est farouchement hostile à l'idée de Révélation.

-de tous les mondes  : éternels et insituables dans des fables ridicules (V passe son temps à dénoncer avec ses sarcasmes les mythes religieux, de toutes les croyances).

cl : une prière très retorse qui semble s’adresser à un Dieu mais est destinée à la promotion d’un dieu unique  sans incarnation, sans image ou les ayant toutes, sans  représentants, interprêtes ni commentateurs (prêtres, rabbins, pasteurs, imams).V. PARLA À L'ÉPOQUE DE RELIGION PURE.Un dieu à qui il ne pose pas ici (obsession de sa vie et son œuvre)  la question du Mal pour ne s’intéresser qu’au mal d’origine humaine et religieuse.[ Ne parlez pas de cette question du Mal si vous ne voulez pas qu'on vous ennuie avec] V. restant toujours attaché à la notion certes limitée (on le voit fataliste sur la guerre 22) mais capitale  de plaisir (lire les deux dernières lignes).Il y a si peu de joie sur terre, il vaut mieux éliminer les raisons strictement humaines de nos malheurs.

=>Un dieu, un seul, indéfini pour que les hommes prennent leur destin en main et atténuent les difficultés que V souligne beaucoup pour persuader ses lecteurs. Que les instants rares de bonheur soient étendus dans la mesure de notre possible.

Quand le peuple ovationna le convoi funèbre de Voltaire, c'était le Voltaire de l'affaire Calas qu'on applaudissait.

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À SAVOIR SEULEMENT


___________________AUTRE MOT EMPLOYÉ TARDVEMENT PAR V : THÉISME.

Ce mot apparu sous sa plume en 1751, après 1860 aura tendance à remplacer celui de déisme pour mieux lutter contre la montée de l'athéisme militant.Le théiste croit en dieu évidemment, en une Providence générale qui domine mystérieusement l'univers, qui punit et récompense une pratique vertueuse et pacifique.
Il écrivit un article "théiste" dans son dictionnaire philosophique ( ajouté en 1765).

Savoir aussi que V ne comprit jamais l'athéisme et le matérialisme, par souci de certitude: vous connaissez sa célèbre formule écrite dans une lettre : "SI DIEU N'EXISTAIT PAS, IL FAUDRAIT L'INVENTER ; MAIS TOUTE LA NATURE NOUS CRIE QU'IL EXISTE"

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questions reformulées :

 QUEL EST LE DIEU DE V. D'APRÈS CE TEXTE ?


S'AGIT-IL D'UNE PRIÈRE?


QUELS MAUX V. DÉNONCE-T-IL?



  CF L'ANNEXE : QUELLES SONT LES AUTRES GRANDES PENSÉES RELIGIEUSES AU XVIIIÈME ?


Par J-M. R. - Publié dans : LES LUMIÈRES
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Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 18:06
Vous l'avez en version papier.

             (1)Qu’est-ce que le phénomène  libertin ?


Introduction

 
Bien avoir en tête quelques distinctions  : il y a les libertins qui ne laissent pas de traces écrites (mais dans les mémoires, ô combien ! cf le Régent Philippe d'Orléans) et les libertins de plume que nous avons découverts.Des libertins écrivains et des libertins mis en scène par des auteurs (au XVIIIème) qui ne sont pas eux forcément libertins (Laclos). Il y a surtout deux siècles qui voient des modifications historiques.

A- Un phénomène difficile à cerner:

1- Les études sur le phénomène sont rares malgré les travaux anciens d'Antoine Adam et d'autres plus récente. Les seules éditions de Gassendi sont anglaises et sa pensée reste mal connues alors qu'onlui suppose des influences importantes sur Cyrano et Molière.

  D’un ouvrage critique  à l’autre les informations fluctuent : pour certains, Saint-Amant est un libertin,  pour d’autres seulement  un  poète licencieux. Même problème pour Fontenelle.

 On sait que les libertins formaient certains cercles de réflexions où l'on débattait souvent et où chacun gardait sa théorie (autour des frères Dupuy par exemple : on rencontrait Gassendi, Naudé, le Vayer)

2- L’ampleur du phénomène est difficile à évaluer :

a- Les libertins ne s’appelaient pas ainsi. Le mot n’apparaît d’ailleurs jamais dans nos textes. Les membres de ce mouvement de pensée se donnent le nom d’«esprits forts». Le mot libertin  a connu une évolution rapide :

      * au départ l'étymologie latine est très claire : libertinus = qui de servage (esclavage) a été mis en liberté (par son maître). Dans la langue juridique le libertin est l'enfant de l'esclave affranchi.

    *très vite (XVIème) le mot va prendre la dimension de menace pour l'autorité religieuse et politique. Ce mot va vite désigner des phénomènes très disparates, les illuminés, les hérétiques, même les protestants ou plus facilement les athées, les matérialistes mais aussi les dépravés, les amateurs de vin et de plaisirs, tous seront accusés de libertinage.

Il devient d'emblée péjoratif ; le libertinage est une accusation qui tombe parfois  facilement pour contraindre au silence un adversaire : dans Tartuffe, Orgon menace ainsi Cléante :

           Ce discours, mon frère sent le libertinage.

b- Et de nombreux témoignages sur les libertins proviennent de leurs adversaires, des apologistes de la religion chrétienne, qui écrivent dans la contexte de véritable guerre des esprits comme le père Garasse avec sa Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou prétendus tels, comme le père Beurrier, curé de la paroisse de Saint-Etienne-du-Mont de 1653 à 1675, mais ses Mémoires ont été écrits en 1681, alors qu’il était très âgé ou encore Mersenne, en 1623, qui publie les Questiones celeberinae in genesim, contre l’athéisme qui se répand à la ville et à la cour. Mersenne se met au service de Richelieu pour défendre la foi et diriger une croisade des «soldats de la vérité» contre l’athéisme et l’hérésie. Il voit jusqu’à 50 000 athées à Paris. Bref le démon libertin est légion, on le voit partout : fondamentalement (et souvent de façon inexacte) on confond libertinage, athéisme et matérialisme.

3- Leur pensée est difficile à connaître

a- Les libertins étaient contraints de se dissimuler ne publiaient pas tous leurs textes. L’attribution de certains poèmes à Jacques des Barreaux est encore discutée. Ils restaient prudents (pas toujours dans leur vie privée...), allusifs : le lecteur doit dégager les implications de certaines affirmations habilement distillées.

b- Ou encore ils avaient des attitudes contradictoires : dans certains textes, par exemple, La Mothe Le Vayer *dénonce la vanité des preuves de l’existence de Dieu. Dans un autre, il publie un Petit discours chrétien sur l’immortalité de l’âme.

Leur attitude n’est pas toujours en conformité avec leur vie : Des Barreaux se confesse chaque fois qu’il est malade. Cyrano aurait eu une mort chrétienne.

  Richelieu lui-même qui combat les libertins fait travailler auprès de lui un de ses représentants : La Mothe le Vayer qui fut précepteur du jeune et futur Louis XIV !!!!

4- Il existe des libertinages. Les libertins ont été très nombreux, mais tous n’ont pas écrit des ouvrages. Certains nous sont connus par leurs lettres ou par des témoignages.


B- Un phénomène  difficile à circonscrire exactement dans le temps

1- qui traverse tout le XVIIème siècle mais se développe considérablement dans la première moitié du XVIIème siècle, après les guerres de religion :

  -qui ont donné à réfléchir sur les méfaits de la Religion,  du dogmatisme.


  -qui ont été suivies d’une licence paisible ( cf Tallemant des Réaux*).


   - nous sommes à un  moment où l’Eglise tente de retrouver son pouvoir, épaulée en cela par  la monarchie de droit divin qui  se met en place : Louis XIII et Richelieu tentent de créer un État puissant. Le duc de Luynes et l’ordonnance de 1717 tentent de  rétablir une discipline morale.

  La réaction du roi a été parfois d’autant plus vive que c’est à la cour même que certains beaux esprits faisaient profession d’incrédulité. Les libertins sont des hommes qui ont goûté aux licences  joyeuses du début du siècle et qui rechignent  à revenir sous la tutelle étouffante d’une Église qui a montré ses limites.
   Les libertins sont aussi les héritiers des humanistes du XVIème siècle : la Renaissance a redécouvert les textes antiques,  ses philosophies, et développé une culture nourrie du paganisme.

SURTOUT les progrès de la science avec Copernic, Képler , Galilée et les échos qu'ils ont eux vont jouer un rôle éminent


2-le libertinage va connaître d'autres formes notamment avec le XVIIIème siècle qui verra les philosophes occuper une place majeure  dans le combat que menaient les libertins du 17ème.

  - un moment historique essentiel:  la Régence et ses  roués ( l'après Louis XIV est vécu comme une libération sans précédent) la débauche du Régent est à peine croyable mêlée à une entreprise de blasphèmes inédits à cette dimension.Tout est excès alors.

 Le ROUÉ =
1. Personne qui a subi le supplice de la roue.
2-HIST. Les roués. Compagnons de plaisir du régent Philippe d'Orléans; ceux qui eurent la même conduite à cette époque.

Le libertin est alors le scélérat par excellence. Sa gloire est dans la pratique de toutes les indignités: il saccage tout, ne respecte aucun lien. Cruel, cynique  il feint d'aimer pour se réserver le plaisir de rompre. Le cardinal Dubois, le plus frénétique, et le régent meurent de la vérole dans les années 1720. Louis XV vient au pouvoir pour prolonger les provocations, la débauche.Il aura passé sa vie en plaisirs : appelé le BIEN-AIMÉ, il meurt détesté et ...vérolé.

-peu à peu le phénomène libertin entre dans le roman par lettres ou le roman tout court. En littérature s'impose avec

    *CRÉBILLON fils (LES ÉGAREMENTS DU CŒUR ET DE L'ESPRIT(1736)),

    * DUCLOS,

    *LA MORLIÈRE (ANGOLA),

    *VOISENON (LE SULTAN MISAPOUF 1746),

    *
DIDEROT (LES BIJOUX INDISCRETS),

   *
FOUGERET DE MONBRON (MARGOT LA RAVAUDEUSE (1748),

   *DORAT (LES MALHEURS DE L'INCONSTANCE (1772)
,

   *DENON (POINT DE LENDEMAIN (1777),

un libertinage moins violent devenu mode de vie presque civil, policé. Laclos vient assez tard dans le siècle et montre la foideur des conquérants libertins mais aussi les limites de leur MÉTHODE  et de leur SYSTÈME. Valmont tombe amoureux (même si Laclos entetient l'ambiguïté jusqu'au bout) et l'orgueil les mènent à la mort ou à l'exil

[ entre nous, mais ce qui vient peut vous aider : quels personnages sont ou peuvent passer pour libertins dans JLF : l'amant de Pom', le frère de Jacques, le curé ou les prélats amants de la fille d'Aisnon, Hudson évidemment...]



=>AU XVIIÈME LE LIBERTIN ÉCRIT , COMBAT POUR SES IDÉES et se voit accusé des pires transgressions ou blasphèmes ; AU XVIIIÈME LA CONTESTATION PASSANT PAR LA PHILOSOPHIE, LE LIBERTIN EST EN VILLE, IL A UN MODE DE VIE DÉRÉGLÉE MAIS SURTOUT IL DEVIENT UN PERSONNAGE DE ROMAN. Romans qui seront tantôt extrêmement grossiers, tantôt décents, suggestifs, tout en litote. CRÉBILLON, DUCLOS, DENON , LACLOS SONT LES PLUS BELLES RÉUSSITES DU ROMAN DE LIBERTINAGE MONDAIN.
 
LE ROMAN LIBERTIN qui nous occupe n'a pour décor que le petit monde d'une aristocratie qui est désœuvrée et ne connaît aucun problème économique.Aucun bourgeois dans ces livres.

Le libertinage alors est un jeu où il faut être virtuose ( anecdote Prévan qui honore trois femmes dans la même nuit, séparément, à l'insu de toutes les trois et de leurs amants; virtuosité de Valmont avec Émilie comme pupitre), une conquête qui prend souvent la femme comme victime ( mais il y Merteuil), un refus de l'amour et du sentiment, du sentimentalisme. C'est un monde clos qui tourne sans cesse sur lui - même et fuit l'ennui dans le divertissement. L'inconstance est obligatoire dans ce monde et DD dans JLF ne dit iren d'autre ( le célèbre passage sur les serments): sauf que le fataliste J ne semble avor qu'un seul maour dans sa vie et paraît plus moral et constant que deux qui le critiquent.

Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 16:12
  I -Qui sont les libertins?

1- Plutôt des hommes,

   *mais il est des femmes remarquables qui ont joué un rôle : Ninon de Lenclos par exemple, femme insoumise et galante, dont on écrivit plus tard au XVIIIÈme une correspondance apocryphe* pour rendre hommage à ses charmes et à son talent. On peut citer au 17è Madame Deshoulières, une belle épicurienne.

Une grande et noble exception : Catherine de Suède (1626-1689), reine à sept ans, elle développe une farouche insoumission à l’égard de toute contrainte. Elle pratique dix langues, se passionne pour les nouveautés scientifiques, fait venir livres nouveaux et savants comme Descartes. D’un tempérament inflexible, elle jure à chaque mot et affiche une souveraine désinvolture envers souverains et papes.


Au 18ème le personnage de fiction Merteuil domine en reprenant certaines des armes masculines (lettres 81).

-des femmes qui ne sont pas fictives : l'actrice Raucourt qui est saphique; on en trouvent bcp autour de Marie-Antoinette

  * nos auteurs: à vous.

  *  d'autres : un romancier comme Sorel (l'HISTOIRE COMIQUE DE FRANCION)
évoque par exemple une scène de débauche : avec force musique, boissons, et nourriture, et une grande liberté sexuelle.
    Francion, le héros, refuse la fidélité : il veut se laisser séduire par toutes les femmes, et le fait que certaines soient mariées n’a aucune importance. Au contraire, c’est un vrai  plaisir de faire des maris cornards.

 -deux auteurs que cite DD dans l'éloge de la Gourde : Chaulieu et Chapelle.

-les plus connus : Viau, Naudé, La Mothe le Vayer, Saint-Évremond (que Michel Onfray classe parmi les fidéistes*).On classe Fontenelle parmi eux dans la première partie de sa vie.

- Gassendi joue un rôle important encore mal étudié. On le classe dans les déistes.

-il y a un certain panthéisme chez Cyrano, même si le mot n'existe pas encore alors.

**pour les romanciers libertins du 18ème(qui ne sont pas forcément libertins) je vous renvoie à la première synthèse.
 

2- Origine sociale :

- Ils appartiennent  surtout à la bourgeoisie en voie d’anoblissement, surtout à la bourgeoisie de robe. Nombreux sont les magistrats ou enfants de magistrats.  Cyrano et d’Assoucy sont parisiens.

- professions  différentes :

    *poète :Théophile de Viau
    *musicien:Dassoucy,
    *militaire un temps :Cyrano
   *magistrats en fonction, ou ayant vendu leur charge comme Des Barreaux.
    *religieux : Gassendi* est un prêtre philologue;

     * dans la vie du 18ème on trouve un régent, de nombreux personnages religieux et même le roi Louis XV;dans les romans du XVIIIè, les héros sont le plus souvent des nobles désœuvrés qui n'ayant plus de guerres à mener les mènent contre les femme.



      

3- Quelques caractéristiques:

- ils sont cultivés : mais, paradoxalement, leur exigence de totale liberté dans l’usage de la raison critique se double d’une relation particulière à l’érudition, différente de celle qu’avait instaurée la Renaissance, dont le but était essentiellement la découverte, la restitution des textes, et, en général, de la culture antique. L’érudition des libertins est toujours polémique, elle a pour rôle de permettre de penser le monde et la place de l’homme dans le monde sans référence  à l’autorité et à l’orthodoxie religieuse. Elle renvoie aux Anciens (Épicure, Lucrèce) et à la culture humaniste de la Renaissance qui les relaie comme à la source d’une conception de l’homme, de sa  place dans le monde, de son rapport à Dieu, de l’éthique qui n’est pas celle de l’Eglise en un temps où elle régit les comportements, la pensée, les modes de vie et rythme la vie quotidienne. Mais surtout ils tiennent grand compte des avancées scientifiques (facile: à vous).

-ils sont souvent audacieux voire téméraires:

     -ils  pratiquent fréquemment  l’homosexualité (des B/Viau, Cyrano) qui était à la fois tolérée pour certains ( dans l'entourage de Louis XIII (lui étant exclu)) et pourchassée pour beaucoup d'autres;

- ils ont connu la prison (d'Assoucy, Théophile, Jacques des Barreaux)  mais certains comme La Mothe le Vayer ont prospéré à l’ombre du pouvoir. Les libertins devaient se faire discrets, et on leur reprochait moins leur libertinage que leur façon de publier le libertinage : il fallait éviter que le peuple prenne exemple sur eux.


II - Quelles sont les formes du libertinage ?

RAPPELER LA DISTINCTION CLASSIQUE : LIBERTINAGE DE MŒURS, SOCIAL et de PENSÉE (critique et érudite).

1- Un libertinage de mœurs :
 
  a)une libération du désir et des plaisirs (
cf Don Juan (cours))

  Ce libertinage est suggéré plutôt qu’évoqué dans le texte de Jacques des Barreaux qui recommande de s’étudier plus à bien jouir qu’à connaître. Le  libertinage posant le plaisir (des sens, du corps) comme primordial: ceci vaut pour les deux siècles (17 et 18ème). Vive la chair, de la gourmandise à la boisson en passant par la sensualité  : ce qu'un penseur comme Pascal appellera libido sentiendi ou concupiscence.
  
  C'est ce qui paraît dans la lettre de Valmont qui se plaît à faire sourire et à séduire en même temps des destinataires différentes autour d'une lettre où le corps est plus que présent. Le libertinage du 18è va vers toujours plus d'amoralité.


 

  C'est ce libertinage que célèbre encore J et DD avec la gourde : éloge de l'ivresse.
    C’est sur cet aspect du libertinage qu’insistaient particulièrement ses détracteurs du 17ème : «J’appelle Libertins nos ivrognets, moucherons de taverne, esprits insensibles à la piété, qui n’ont d’autre Dieu que leur ventre, qui sont enrôlés en cette maudite confrérie qui s’appelle la Confrérie des bouteilles.[…]» écrivait l'inévitable et intarissable père Garasse(BIEN SAVOIR SON RÔLE).

∆ attention : il y a deux épicurismes : le sobre, le discret, celui de Gassendi et le tapageur , celui de Cyrano et de DJ.

2- Un affranchissement social: le refus de tout assujettissement : morale et société étant forcément liées.

-a)que ce soit dans la sphère privée,

          - avec le refus du mariage (Des Barreaux) ou le refus même de la fidélité à une seule maîtresse : dans ce domaine le libertin veut jouir de toutes les femmes qu’il pourra rencontrer (DJ lui utilise le mariage comme un moyen, un piège et donc nie le mariage par la même) : cf Valmont (avec deux anciennes maîtresses écrivant à la future, Tourvel) ou Versac chez Crébillon)


              -Dj avec hypocrisie il est vrai (il s'en sert tout de même) s'en prend à l'autorité de son père dans une scène d'une grande violence (laquelle?).

 
- ou dans la sphère publique

           -éloignement de la cour (DB, citez le vers de son sonnet) : la cour est un milieu où tous sont soumis aux volontés d’un seul, où il faut d’abord paraître pour être (se montrer, venir fréquemment);mais DJ s'en sert grâce à son père (précisez) et  ce n'est pas du tout le cas des libertins des romans du 18ème : sans être à la Cour, ils ont leur Cour, leur cercle, et la marquise est obligée de se cacher sous la dévotion pour être libre.

             -refus de l’ambition (DB) de faire carrière (6/7) mais attention la Mothe le Vayer fut un proche du cardinal de Richelieu et s'occupa de l'éducation du futur Louis XIV.


b- que ce soit par rapport aux autorités, voire aux institutions

*judiciaire : refus d’être magistrat : des B.
    
*militaire :  D’Assoucy raille aussi consciencieusement la hiérarchie militaire en la présentant  comme un plumage institutionnalisé : le capitaine plume le soldat, le soldat plume le paysan, le goujat plume la poule.

*politique  :

           Citez  D’Assoucy qui s’en prend aux profiteurs, à ces hommes qui vivaient aux dépens de ceux qui ont moins qu’eux.

   Tous nos textes présentent des hommes qui  vivent seuls, le voleur,  Cyrano et ses expériences sélénites (avec un temps la présence d'un compagnon castillan), Des Barreaux et sa farouche solitude qui n’est agrémentée que par des amis ou des maîtresses. Au contraire les libertins du 18è aiment leur CERCLE.

3- Un affranchissement moral et intellectuel (en particulier les libertins érudits)

1- ce que refusent les libertins :parce qu'ils sont curieux de tout ce que la science produit (ce qui sera le cas de DD au 18ème)

a- la sotte multitude, les erreurs populaires (DB),  la crédulité de l’homme, «Comme s’il était rien de plus sot que la multitude ?» demande La Mothe Le Vayer.

 Qu’est-il reproché à la multitude ?De ne pas regarder le monde, les autres, les idées dans un libre examen, mais de se déterminer d’après le plus grand nombre : cette créance allait son chemin.Citez le texte de Cyrano :

                              Les prêtres en bridèrent si bien l’esprit des gens.


L’homme ignorant et docile prend pour vérité ce qu’il entend répéter, sans le vérifier par lui-même. Il se détermine de façon moutonnière. Il s’en remet à l’opinion du plus grand nombre ; il accepte d’expliquer le monde de façon irrationnelle, de voir du surnaturel et surtout la main du diable dans les circonstances de la vie qu’il ne comprend pas. Malgré quelques qualités, c'est ce que représente Sganarelle dans DJ( à vous ). Il faut pourtant reconnaître que Cyrano montre que les Séléniens allaient admettre les deux prisonniers lorsque les prêtres décidèrent de les en empêcher.
___en allant dans l'autre groupement, dites que le texte de Fontenelle, très discret, dit clairement que les erreurs viennent d'une absence d'esprit critique et scientifique. Entretenue par qui ? L'Église, entre autes.

Mais que l’on se s’y méprenne pas : cette sotte multitude n’est pas seulement celle du petit peuple : elle comprend donc aussi des religieux, des gens travaillant dans des «cabinets dorés»(La Mothe le Vayer); pensons à la satire des professeurs chez Fontenelle. 

Il y a donc deux ignorances : celle du peuple et celle des prétendus savants qui cachent leur sottise derrière de grands mots et des dogmes absurdes. Cette question est reprise autrement par les philosophes des Lumières tandis que les libertins de mœurs du genre Valmont se moquent éperdument du peuple et ne pense pas qu'il puisse avoir une réflexion...

b- La prétention humaine  :

 Pensez au refus de l’anthropocentrisme,  d’un homme qui se croit maître et possesseur de la création et des animaux (Cyrano 2). L’homme n’a pas une  origine divine, mais est, comme les animaux, un être naturel.  Pour ébranler ses certitudes, les libertins présentent l’homme comme un animal, et même comme le pire des animaux :
 
    -pensons à l’allégorie de la forêt chez d’Assoucy

    
Profondément cela passe par

   * un refus de la raison raisonnante, faussement rationnelle qui utilise la logique pour prouver l’infaillibilité de ses dogmes, de ses certitudes aveugles. Le discours des prêtres est exemplaire, qui multiplie d’un côté les termes logiques, mais  qui ne s’appuie que sur des arguments irrecevables en bonne logique, comme l’intentionnalité divine (Cyrano).

     *un refus du géocentrisme, de la place centrale de la terre dans le monde, remise en cause par Cyrano de Bergerac. Ce qui entraîne aussi l’idée que le monde serait infini et que d’autres mondes seraient habités, et que l’univers serait éternel, qu’il n’aurait pas été créé un jour par Dieu. Importance de Bruno qui le paya de sa vie.

c- refus de la cruauté des hommes envers leurs semblables  : cette dénonciation est particulièrement manifeste dans le texte de d’Assoucy mais on la perçoit aussi chez Cyrano.

=>De cette attitude intellectuelle procède leur sagesse, énoncée par Jacques des Barreaux :

il faut jouir de la vie;
le bonheur est le but de la sagesse.


"Renonçant à une conception héroïque de la vertu, ils mettent clairement l’accent sur le bonheur et la vie heureuse, selon la nature. Ce sont là des orientations qui ne feront que se développer jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. La rupture avec le modèle classique se fait au sein même du XVIIème siècle par l’intermédiaire d’une pensée libre qui met durablement en  crise toutes les orthodoxies et n’accepte que les règles qu’elle se donne, c’est-à-dire les règles que la raison lui donne."
       F. Charles-Daubert, Les libertins érudits au XVIIème siècle

Le libertin apparaît comme quelqu’un qui vit

      -de façon assez solitaire même s’il nourrit de solides et viriles amitiés intellectuelles ( à vous)


       -comme un expérimentateur, qui  pratique par soi-même et qui se moque d’abord de lui-même, qui commence sa raillerie des hommes en se raillant de lui-même : on le voit très bien chez D’Assoucy.


4- Un affranchissement religieux: sachez que les libertins érudits peuvent être très bien croyants (simplement ils examinent la Bible comme un texte historique avec ses contradictions), déistes ou au contraire athées.

Les libertins veulent libérer l’homme de ses peurs  et se présentent eux-mêmes comme des affranchis :

Ils luttent :

       *contre la croyance à l’enfer et aux châtiments (Jacques des Barreaux), attitude très épicurienne face à la mort;


        *contre la croyance à l’immortalité de l’âme : attitude suggérée par Jacques des Barreaux à la fin de son texte.

Ils critiquent :

         *les miracles (ce que leur reproche tellement Blaise Pascal dans LES PENSÉES qui cite des Barreaux)).

 Ils laissent entendre que la Bible est une fable ; ils en sapent l’autorité (Cyrano, dans un autre passage de son livre,  faisant allusion à un autre épisode de la Bible particulièrement sanglant). 


Ils vont jusqu'à dire Dieu est la nature, c’est ce que laisse entendre Cyrano  tant est absurde le discours des prêtres qui affirment que Dieu a laissé la construction du bipède à la nature ; Dieu créerait certains êtres, la Nature s’occuperait d’autres. Si l’on poursuit le fil de ce raisonnement, on peut se demander pourquoi  la nature, tangible, visible, créant certaines créatures, ne les créerait pas toutes. Ce sont les prêtres eux-mêmes qui  introduisent cette idée que le monde aurait au moins partiellement été créé par la nature ! Enfin l’absurdité qui consiste à présenter que Dieu, parfait, aurait voulu la création d’une créature aussi méprisable que le bipède  inciterait plutôt à penser que Dieu n’existe pas.

On approche des thèses souvent mal comprises de Spinoza qui sera , malgré lui?, l'inspirateur de tous les matérialistes du 18ème.

Dans le libertinage du XVIIIème la religion n'est que l'occasion de l'hypocrisie ( de Merteuil qui joue les dévotes)et du blasphème ((Valmont veut conquérir une dévote sincère, Tourvel).En passant Laclos se livre à une sévère critique de l'ignorance enseignée dans les couvents.


  "L’apport du libertinage érudit prend la forme d’une rupture définitive avec la conception théologique de l’homme, du monde et de Dieu. Il met l’accent sur tout ce qui est humain."

 Françoise Charles-Daubert, Les libertins érudits en France au XVIIème siècle.

Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 05:21
 
ATTENTION HORATIUS EST PLUTÔT HORSTIUS!


 Introduction: à résumer.

PRÉSENTATION

Ce texte n’appartient pas à proprement parler au  XVIIIème siècle ; il a été publié en 1786 ; mais il a joué un rôle si considérable dans la genèse de l’esprit  philosophique qu’on l’associe traditionnellement au XVIIIème siècle.

    En 1686, Fontenelle, neveu de Corneille,  a trente ans : après avoir fait ses débuts dans le monde  comme  bel esprit, Fontenelle, attiré par les sciences, vulgarise sous une forme aimable les plus récentes découvertes. En effet, dans le dernier tiers du XVIIème siècle, la science se propage chez les gens du monde, par la création de journaux, d’«académies», de «conférences». De 1697, date à laquelle il est nommé Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, jusqu’à sa mort en 1757, il  se consacre uniquement à des travaux de savants, en zélateur du  progrès et de la science nouvelle contre les traditionalistes rétrogrades : dans la querelle des Anciens et des Modernes qui éclate en 1687,  il prend résolument le parti des Modernes. Il est nourri de Descartes et a lu un autre précurseur des Lumières, Bayle et ses Pensées sur la comète (1682).
     Après son premier ouvrage de vulgarisation scientifique, Entretiens sur la pluralité des mondes, qui connaît un grand succès (33 éditions du vivant de Fontenelle) et qui établit sa notoriété, Fontenelle écrit aussitôt un petit ouvrage de polémique : l’Histoire des Oracles  où, adaptant librement  deux dissertations latines d’un érudit hollandais, Van Dale, il entreprend de réfuter une croyance qui remontait aux premiers temps du christianisme et d’après laquelle les oracles païens auraient été prononcés sous l’influence des démons et auraient cessé à la venue de J.-C. En outre il démontre que les oracles étaient manipulés par les prêtres et les pouvoirs politiques pour maintenir leur pouvoir.

 C’est un passage très célèbre de cet ouvrage que nous allons lire  : il dégage ce que doit être la démarche du scientifique à travers un exemple de "miracle".

LECTURE  de cet extrait du chapitre V de l'HISTOIRE DES ORACLES.

MOUVEMENT DU TEXTE .

  
  -1er §:énoncé d'un principe méthodologique.

    -une phrase de transition & d'introduction

    -à une anecdote QUI ILLUSTRE CE QU'EST UNE ATTITUDE  irrationnelle (§2);

     -enfin une conclusion plus générale (L 28/33)


ENJEU DE LECTURE.  COMMENT CETTE DÉFENSE DE L'ESPRIT SCIENTIFIQUE S'APPUIE-T-ELLE SUR UNE ANECDOTE PERSUASIVE ? comment F. utilise vœu méthodologique et exemple persuasif afin de réfuter la superstition qui va se glisser dans de prétendus travaux scientifiques.

LECTURE ANALYTIQUe: annonce de votre plan.




  I- Le texte d’un esprit scientifique qui cherche à définir quelques principes méthodologiques: la thèse développée est lancée de façon claire, péremptoire, dès la deuxième phrase :ASSURONS NOUS BIEN DU FAIT, AVANT DE NOUS INQUIÉTER DE LA CAUSE. L'esprit scientifique veut que l’on vérifie le fait avant de l’expliquer. Cette sécurité expérimentale se déduit de la première règle de Descartes : il faut «éviter

-la précipitation (illustrée ici par un vocabulaire concret (L5: courent ... à la cause+ passent par-dessus la vérité du fait) et



-la présomption” 33 (TENDANCE À VOULOIR TOUT EXPLIQUER ).

Ce texte est écrit en réaction contre les tendances superficielles et moutonnières de l’esprit humain.

1- Il annonce et réclame une démarche scientifique:


-son vocabulaire est adéquat :il emploie beaucoup le mot raison ( citez: à vous), nous lisons aussi  fait / cause, vérité du fait, principe (32) etc;

-il avance le premier mouvement d’une méthode (4): il convient de clarifier.

      * le texte commence par  assurons nous bien :autrement dit procédons avec prudence;
   => assurer, ce n’est pas être sûr, mais vérifier, et le mot est renforcé par bien;

       * la méthode : dans le temps de l’examen scientifique, il décrit les toutes premières étapes à suivre : vérifier le fait, l’isoler, le construire, s’assurer qu’il ne repose pas sur une erreur, sur une supercherie etc.: l’analyser seulement ensuite. L'orfèvre de l'anecdote l'aura, lui, examinée 20


cl sur ce point =>Retenons notre jugement, si ce n’est pour accéder à la vérité, au moins pour qu’on ne nous juge pas ridicule. Vraie sanction. Dans le récit qui viendra c'est la chute du texte et le rire du lecteur qui sanctionneront le comique 20/26.


2- même s’il paraît plus sceptique ou humble que "positiviste” (anachronisme: croire que science et logique peuvent tout expliquer), son scepticisme en tout cas veut prévenir les erreurs sans garantir de trouver toutes les vérités.

On le constate  à la progression qui s’établit entre l’introduction et la conclusion de l’anecdote :

-prenons le mot naturel § 1 et 4:il est employé non pour prouver l’intelligence naturelle, la propension naturelle de l’homme vers l’esprit, mais  pour  montrer la défaillance de la nature humaine (sa hâte, ici). La répétition du mot marque aussi une gradation accablante :  la plupart des gens courent naturellement à la cause devient rien n’est plus naturel d’en faire autant sur toutes sortes de matières. Extension du domaine des erreurs....


--> la plupart des gens devient une généralisation implicite avec l’infinitif (d'en faire);

--> Rien n’est plus naturel : expression à valeur superlative, avec le mot rien à valeur intensive placé en début de phrase.

  Cette généralisation plutôt pessimiste (dans laquelle il s’inclut) sera encore accentuée par la dernière phrase, où le nous englobe tous les hommes. Cette vision  sombre  ou humble de la nature humaine qui ici l’écarte de Descartes (les principes nous échappent) se lit dans une gradation paradoxale : relire l.31, 32 : la structure alternée et aggravante (non seulement ... mais encore) met l’accent à la fois sur les difficultés d’accéder au vrai et sur la manière dont l’homme est constamment vulnérable sur le plan du  raisonnement. La proposition affirmative est plus accablante que la proposition négative. L’association des deux est critique. Notez bien que Fontenelle ne s’exclut  pas de cette aptitude à l’erreur : il emploie la première personne du pluriel (nous) et le on qui a une portée universelle. L’expression toutes sortes de matières laisse entendre que les hommes peuvent se tromper dans des domaines autrement plus graves que celui de la dent d’or, qui soulève une tempête entre professeurs mais ne nuit à personne, comme celui de la justice (pensons plus tard aux interventions de Voltaire dans l'affaire Calas par exemple), du pouvoir....La critique religieuse n’est pas loin non plus. L'anecdote le prouvera à sa façon.On comprend mieux que lors de la réimpression du livre en 1707 les jésuites réclamèrent  (en vain) l'emprisonnement de l'auteur.

    Résumons : ne soyons pas trop ambitieux (manquent les principes)  et au moins ne soyons pas ridicules et évitons de fonder des théories qui reposent sur des erreurs intiales dues aux a priori et faciles à vérifier.


 

3- Mais ce scepticisme (nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai) s’exprime avec beaucoup d’honnêteté, conformément au projet énoncé dans la préface des Entretiens sur la pluralité des mondes  : «J’ai voulu traiter la philosophie d’une manière qui ne fût point philosophique; j’ai tâché de l’amener à un point, où elle ne fût trop sèche pour les gens du monde ni trop badine pou les savants.»

- il s’appuie sur une anecdote, dans le paragraphe central . L’originalité n’est pas ici dans la matière, tirée des indigestes, pesantes dissertations latines de Van Dale, mais dans la manière : au  lieu d’un exposé dogmatique, il offre une plaisante et satirique comédie de cuistres. A une démonstration abstraite, Fontenelle substitue la preuve par l’exemple : le récit n’est que le strict rapport des faits....

- Fontenelle s’exprime comme  s’il conversait dans un salon  (il emploie le verbe parler) et non comme s’il dissertait : relire les lignes 8 et 9  et commentez le paradoxe de l’expression “ce malheur arriva si plaisamment “(il y a antithèse dans les termes, le second atténuant beaucoup le premier). L'utilisation du "nous" fait de lui comme les autres hommes les victimes potentielles de cette situation. A cela près que lui en a conscience, ce qui lui permet d'analyser le phénomène, de le faire connaître et de donner quelques conseils.

Faire part de ces analyses et aider les autres à mieux raisonner fait partie de la tâche que se donne le philosophe.

         Notre vulgarisateur en vient à l'histoire  comme si elle s’imposait d’elle-même  : à la lourde démonstration savante, Fontenelle préfère le charme de l’anecdote mondaine. Il la raconte presque malgré lui..


II- L’ANECDOTE qui va servir de détour pédagogique, en mêlageant l’historique (le pseudo-historique) et la narration :


1- Historique et fictif à la fois. Cet exemple sert à F. de plaisante preuve, support majeur (avec l’ironie) dans sa technique de persuasion.

a- historique : le cadre et les acteurs. F. relate l’histoire des histoires proposées par les savants locaux en voulant nous faire croire à l’authenticité du fait:

            -dates précis: sur la fin du siècle passé, en 1593, en 1595, référence historique aussi aux guerres entre Turcs et Habsbourg (entre 1593 et 1601);

            -lieux réels : Allemagne, Silésie (allemande, alors rattachée au royaume de Bohême), Helmstad, dans le duché de Brunswick (vieille université réputée même si elle n’a pas la notoriété de Bologne ou Paris).

 Dates et lieu (Helmsted) sont choisis de façon à permettre  à la fois distance & proximité :

  
         - distance :l’action se déroule loin dans le temps (un siècle avant le moment de l’écriture),  et dans un autre pays,assez peu connu des Français. Personne ne devrait se sentir directement visé par la moquerie des savants
    - proximité : le lecteur  ne peut-il retrouver autour de lui des savants aussi peu sûrs? Dans ce cas chacun pourra se sentir impliqué.


- en même temps le rédacteur donne vite toutes les précisions (âge, explications) : un enfant de sept ans (l'innocence même ...) qui perd ses dents, comme il est normal à cet âge. Il lui vient une dent d’or à la place d’une de ses grosses dents : on part d’un phénomène naturel pour passer à un phénomène étrange qu’on va vite transformer en surnaturel

-les autres acteurs sont seulement évoqués par ce qu'ils sont en principe : de savants personnages ( nom, statut social).




-le récit commence par des passés simples puis choisit (quand ? L ) le présent de narration qui semble encore accréditer l’événement en lui donnant un surcroît de réalité. Pour montrer aussi (ironiquement) que l’essentiel et le plus vivant est dans la querelle des savants.



   
 Voyons ce qui semble très vite


b- fictif, inventé pour les besoins de la démonstration:

    -les terminaisons latines du nom des savants sont identiques  et indiquent que le récit est bien une invention: quatre savants dont le nom finit en -US,  comme si à force d’étudier, leur nom s’était latinisé, c’est trop pour qu’on y croie. D’ailleurs  ils font quelque peu comique. Le latin, langue des sciences et de la philosophie durant le Moyen Age, le XVIème, le XVIIème siècle est alors d’un emploi toujours vivant dans les Provinces-Unies, l’Allemagne, les pays d’Europe centrale ; en France, même, Descartes a écrit en latin, les Méditations métaphysiques (1641), et les Principes (1644). Le Discours de la méthode, écrit en français, sera  traduit ensuite en latin. Mais la latinisation du nom, en voie de disparition en France, a été ridiculisée par Molière dans le Malade imaginaire, dans les Femmes savantes. L’emploi du  nom latinisé, aux consonances grotesques tend à créer, aux yeux des mondains, l’impression qu’ils s’agit de cuistres prétentieux et infatués. Fontenelle confirme cette impression en accompagnant de titres ronflants les noms de ces prétendus savants, dont le jugement et la conduite  se révèlent ridicules : «Horstius, professeur en médecine dans l’université de Helmstad... Ingolsteterus, autre savant....Un autre grand homme....


    -l’histoire est encore plus risible : cinq  livres ont été écrits par quatre savants pour une  seule dent! Ce qui est fabuleux, merveilleux, ce n’est pas que l’enfant ait perdu sa dent pour en retrouver une en or, c’est que tant de scientifiques s’y soient consacrés ainsi en vain ; ce n’est pas l’origine du phénomène mais ses suites !

On a compris que F se livre à une

2- Une satire des soi-disant savants.


    A travers cette anecdote, Fontenelle dénonce deux formes de crédulité :

a- la naïveté populaire. Tout part, en effet,  d’un bruit, du bouche à oreille. ”Le bruit courut”. Après tout, bien compréhensible.

b- La sottise des savants, leur attitude a-scientifique:

Les scientifiques admettent un fait au lieu de le vérifier. Pire, ils confirment un fait qu’ils n’ont même pas vu mais dont ils ont entendu parler. Ils se fondent sur une rumeur.

Plus, ils accréditent une croyance populaire ; ils se mettent au niveau du peuple, des badauds dont ils ne se distinguent que par leurs gesticulations, leurs simagrées (attitudes, paroles affectées pour se faire valoir) livresques. Ils en partagent la naïveté crédule. Pire, le peuple agit sous le coup de l’émotion ; eux poursuivent l’erreur dans le calme de la réflexion. Dans le premier paragraphe, Fontenelle employait la métaphore de la course (courent, par-dessus) pour ironiser sur les gens qui se précipitent vers la cause d’un phénomène. Ici, nos savants, une fois admis le fait avec rapidité, ne se précipitent même plus : c’est  en toute quiétude, avec une fabuleuse lenteur qu’ils se trompent. Ils sont encore plus impardonnables : on aura noté qu'il a fallu DEUX ans au premier savant pour fournir son EXPLICATION....


L’explication donnée par Horstius n’a rien de scientifique : elle  est confuse puisqu’elle mêle naturel et surnaturel, par un subtil distinguo justifié on en sait comment( quelle part de naturel et quelle part de surnaturel?) et qu’elle débouche sur une lecture religieuse absurde pour plusieurs raisons  : le vrai Dieu serait celui des Chrétiens qui prendrait fait et cause pour eux,  qui choisirait de s’exprimer à travers une dent, et qui aurait fait pousser cette dent dans un but consolateur, comme si un phénomène privé (une dent dans une bouche) pouvait avoir un impact politique!! L’explication par l’intervention surnaturelle est trop facile, (et il a fallu deux ans de réflexion...), et  permet de tout affirmer sans vérifier les faits ni établir de lois. Il n’est pas de progrès scientifique possible avec de telles méthodes. Entendons : la religion et la superstition sont des entraves au savoir, fût-il limité.


Fontenelle critique donc  les  professeurs d’université :


    -qui sont interchangeables, ne serait-ce que par les sonorités de leurs noms;

    -qui  sont coupés de la réalité;


    -qui, d’un micro-phénomène jamais observé et contrôlé, dressent une véritable affaire qui s’étend sur plusieurs années.


         -qui s’affrontent de façon stérile, à distance, par livres interposés : ils perdent un  temps considérable en lectures et compilation tandis qu’une simple vérification eût été rapide.


Leur  but n’est pas tant de trouver la vérité que de contester ce que les autres ont écrit (citez ):  c’est l'orgueil qui les anime dans un univers clos sur lui-même, celui du milieu universitaire, où l’on reste entre soi pour mieux se donner des coups. [Si on vous fait remarquer le mot sentiment dites que son emploi répété est ironique (sentiment, assez peu scientifique, même si à l'époque classique le sentiment est plus proche de la connaissance qu'à partir de Rousseau et des Romantiques])]


   Sottise, outrecuidance, vanité, hauteur pontifiante, stérilité, naïveté, tels sont les innombrables défauts des universitaires, savants en chambre qui s'attachent surtout à écrire plutôt qu'à réfléchir.


    AJOUTONS UN POINT DÉCISIF:en tant que Moderne (sachez la querelle des Anciens et des Modernes), F. ne veut pas du principe automatique d'autorité qui ferme la bouche à qui veut contester. La science s'appuie sur l'autorité des faits et non sur de lointaines réflexion d'Aristote par exemple. Ce qui expliquera la fascination de F. pour Newton qui va balayer des siècles d'errrance.

F. ne conteste pas une autorité fondée mais l'autorité des pédants. Ou,plus grave, suggère insidieusement F. l'autorité religieuse...



3- Marqué par l’ironie subtile qui annonce Voltaire:

- avec une exclamative amusante, F interpelle 16/17 le lecteur pour souligner l’absurdité de l’interprétation du premier savant;



-le rédacteur multiplie les antiphrases : belle et docte réplique, un autre grand homme (qui contraste avec le verbe ramasse qui désigne une activité peu noble mais encore ramasser veut dire faire concis , ce qui ne semble pas vraiment le cas), tant de beaux ouvrages.
 
-ironie enfin de la chute en deux temps(l.23/24 et 24/25) : il ne manquait donne le sentiment qu’il manquait peu de choses, un détail. Or la deuxième partie (l’’apodose de la phrase) contredit la première(la protase): il ne manquait que l’essentiel, qu’il fût vrai que la dent était en or), qui contraste par sa brièveté et sa sobriété avec tout le reste de l’histoire, qui rappelle le but de la démonstration, qui repose sur une antithèse discrète (le bruit courut, l’eut examinée), qui montre que l’homme de l’art, l’artisan, sera toujours préférable à des savants en chambre qui construisent des théories sans souci de la réalité.


CL: 
 Voilà un esprit scientifique qui se moque plaisamment des faux savants (un médecin qui ne donne pas envie d'être soigné par lui...), une agréable anecdote démonstrative qui fait contraste avec l’exigence de méthode marquée au début et à la fin du texte. Fontenelle assure bien la transition entre deux siècles: en homme du XVIIème, il est sans illusion sur la nature humaine et sa faillibilité et en appelle à une méthode sans croire tout démontrable. Par sa dénonciation des superstitions, de la croyance au miracle comme superstition, il appartient aux deux siècles; s’il est bien de ces libres-esprits du XVIIème qui  jouent volontiers avec le feu mais ne sont pas encore des adversaires militants de toute religion (il sera vite déiste après avoir fréquenté des libertins audacieux), en revanche, sa réflexion se dore d’un humour délicat, d’un plaisir de l’ironie, que l’on retrouvera chez Voltaire. Le texte dénonce la prétention bornée des savants (que Voltaire a beaucoup tournée en dérision). Le libertin du XVIIème devient avec Fontenelle un philosophe rigoureux et mondain à la fois,  méthodique et souriant : c’est déjà le philosophe des  Lumières. L'autorité comme principe a priori qui mène à l'obscurantisme, la théologie qui pretend tout régler en censurant vont beaucoup souffrir des flèches des philosophes...

_________________

QUESTIONS POSSIBLES:


MONTREZ LA DIMENSION SATIRIQUE DU TEXTE

QUEL EST LE VÉRITABLE ADVERSAIRE DE FONTENELLE DANS CE TEXTE?


EN QUOI CE TEXTE EST-IL CELUI  D'UN VULGARISATEUR?

 




Par J-M. R. - Publié dans : LES LUMIÈRES
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /2009 18:08
INTRODUCTION:


     -sur Laclos: à vous (il a connu la France de la Royauté, celle de la Révolution (il fut jacobin) et celle de Napoléon...)

Date des LD (en bas de votre feuille).

Sachez  qu'il est un admirateur émerveillé de J-J, qu'il a écrit les LD comme étant l'inverse des liaisons heureuses qu'est à ses yeux LA NOUVELLE HÉLOÏSE et qu'il a rédigé trois textes majeurs sur la condition des femmes.

     -sur le passage (bien savoir qui est qui): vous résumerez mais sachez bien ce qui suit.

Vt, le grand libertin du roman a quitté le château de sa tante Rosemonde où il passe l'été pour obéir au vœu de Tv., la femme qu'il courtise. À Paris, il n’a pu rencontrer Mt (dont il veut enfin épouser le projet en se vengeant de Vol mère ) à laquelle il écrit et raconte une anecdote qui doit la faire rire....le mariage d'Émilie. En effet quelques jours auparavant, après l’Opéra, il va voir des filles (entretenues) du foyer, y est acclamé et rencontre Émilie, une de ses anciennes "maîtresses", qui doit "épouser" un Bourgmestre étranger : Vt décide de troubler les amours du gros homme (un peu comme Dom Juan avec la jeune femme qu’il veut enlever à son futur mari ( fin d’acte I)) et, avec la collaboration de la promise (Émilie), il l’enivre copieusement. Un classique de l’époque pour faire rire des dupes. Nous sommes alors (dans la partie de lettre que ne lisons pas) quasiment dans la farce. Il demeure alors  un peu loin de Paris, avec Émilie et prend la place du bourgmestre. Après le récit de ce mariage peu catholique,  il raconte à Merteuil le contexte très particulier d'une lettre qu'il lui envoie en lui demandant de l'expédier de Paris, après l'avoir lue, cette lettre destinée à celle qu'il veut conquérir, la présidente de Tv


[entre nous mais à bien savoir : 3 niveaux dans l’amour libertin
        -le corps qui doit être satisfait: Mt et Belleroche;
        -le sentiment, le cœur qu'il faut détruire;
        -la tête, l’esprit qui calcule tout.)]


LECTURE de l'extrait d'un roman épistolaire.

ENJEU:mesurer la prouesse d’écriture (l'ambiguïté, l'ambivalence de la lettre 48), sa fonction dans l’érotique libertine et son rôle dans l'analyse que fait Laclos des impensés du libertinage.

QUELLES SONT LES FONCTIONS DE LA  PROUESSE LITTÉRAIRE DU LIBERTIN?

VOTRE PLAN PEUT DEVENIR :
 1-LA PROUESSE : LE DISCOURS À PLUSIEURS ENTENTES (ICI LE 2)
2-FONCTION SOCIOLOGIQUE = LE 1 DE MON PLAN.
3-MON 3 EST INCHANGÉ.

ANNONCE DU PLAN de votre lecture ANALYTIQUE.

(1)DES LETTRES QUI PERMETTENT DE JETER UN REGARD rapide SUR LA VIE D’UN LIBERTIN :

   a) au centre de ce qu’il appelle le cercle, un tout petit nombre de personnes : Vt dit ailleurs dans le roman que 20 ou 30 femmes sont prêtes à se battre pour le défendre. Ici nous avons une courtisane (Émilie), une femme de haut prestige qui passe pour une sainte (Mt) et il est question de la famille DE Volanges (9/10). Des aristocrates mais plutôt de robe que d’épée : on ne voit jamais Versailles dans les LD.

    b) une vie que se passe en mondanités : on va au théâtre des Italiens, dans le reste du roman, on va souvent à l’Opéra ou à la "Comédie-Française"; on se rend visite, on donne des invitations (10). On s’écrit, on médit et on raconte des anecdotes pour faire rire. Ce que fait Vt dans les lignes qui précèdent notre extrait.

     c) l’activité“amoureuse” est au cœur des préoccupations: Vt vient de passer plusieurs jours avec Émilie; il donne un compte-rendu à la marquise (l’ex-maîtresse qu’il veut reconquérir), il veut faire naître un sentiment de jalousie chez le chevalier (Belleroche) qui est un amant athlète mais stupide; enfin il écrit à la pure Présidente de Tv.

Un point nous retiendra plus loin : on s’écrit beaucoup. 



2/UNE LETTRE À DOUBLE, TRIPLE (voire quadruple) ENTENTE : observons qu’en principe il n’est question que d’un Je, un moi omniprésent s'adressant à un vous obsédant.

      a) première entente, en principe la seule, celle de la destinanataire officielle et réelle, la Présidente de Tourvel (lettre 48): une lettre qui cherche à dire son amour avec un vocabulaire bien choisi etavec un raisonnement habile. Nous lirons cette lettre ici avec les yeux de Mme de Tourvel et ceux d'un lecteur connaissant bien Vt

L’énoncé global est très clair et déclaré depuis quelques jours : il l’aime de façon irrésistible et rien ne pourra l’empêcher de le dire..Cependant elle est mariée et dévote.

    •une lettre au vocabulaire significatif (relevant de la persuasion)

                *une lettre d’amour et surtout de passion comme l’indique le lexique :

-on note à deux reprises le recours à la personnification de l’Amour (avec une majuscule qui le rehausse, le sacralise) devenu presque une puissance concrète à laquelle on ne peut que céder.

-on relève surtout des mots éloquents :

        -ardeur dévorante, puissance irrésistible; il n’a plus d’empire sur lui (7/8); trouble 11. Volupté, plaisir, ivresse, transports sont attribués au bonheur de lui écrire.

         - on a droit  au serment d'amour =L 26/27

         - il insiste à la fois sur son âme  (il associera toujours, dans la suite du roman, pour elle (de façon tactique) l’âme (elle est dévote) et la volupté - il sait à merveille jouer de cette ambiguïté)sur ses émotions (ce qui l'agite), il met en exergue une sensualité limitée à l'acte d'écrire L 23 et sq) et compense le tout  par un vocabulaire religieux qui ne peut que plaire à Tv la croyante (on le voit aussi se permettre une sacralisation de l’aimée avec cet autel...)][Si on vous ennuie dites qu'en français le vocabulaire religieux, mystique surtout (évoquez sainte Thérèse d'Avila), n'est jamais loin du lexique amoureux : transport, volupté (ou extase) sont utilisés dans les deux domaines. Valmont joue magnifiquement de cette étonnate ambiguïté.]
 
         -il souligne donc beaucoup sa passion :il est comme possédé et comme le dit le mot passion, il pâtit, il souffre : il parle de tourment (15=torture), de désespoir(19).

il raisonne aussi de façon discrète et sur plusieurs plans:

        - il se plaint pour attirer sa pitié, le point faible de Tv : il est agité comme cette nuit orageuse (1) où il n’a pas fermé l’œil et verse parfois dans l’anéantissement de ses facultés (3/4): il passe d’une extrême à l’autre. Elle  a des rigueurs (18), est insensible et elle le livre au désespoir.


         -en même temps il dialogue (quoi! 10) sur un point qui fait débat entre eux depuis longtemps :le bonheur, GRANDE QUESTION AU 18ÈME SIÈCLE.

               • d’un côté il y a la position de la Présidente qui veut une vie sereine, tranquille, presque d’un stoïcisme chrétien (L 13/4) qu’elle défend depuis le début de leur rencontre; elle veut s’interdire la passion dont les troubles apparaissent dans cette lettre de Vt;

                • de l’autre, la sienne qui pense qu’il faut qu’une passion soit ACTIVE : il produit un oxymore édifiant (pâtir mais en agissant) pour dire qu’il convient de saisir un bonheur qui épouse la vie et non se replie sur la mort L 13/14 (rappel DJ, tirade du séducteur)



=>Amoureux sensible, adorateur troublé...qui se console en écrivant. Et joue de la tentation d’une passion active et donc partagée. Passion pure, il va de soi...Telle est l’image que reçoit Tv : pure hypocrisie, prouesse rhétorique d’un libertin.

  *comme il se doit Vt demande, mieux, il SUPPLIE, (prie ardemment = dimension religieuse au départ), de temps en temps, en demandant son pardon(27) pour son empressement. Hypocrisie que nous allons mieux comprendre.

      b) examinons désormais la lettre écrite avec L’ENTENTE D’ÉMILIE ET DE MERTEUIL: en effet il ne faut pas oublier que Vt a écrit cette lettre en présence d’Émilie et l'a fait lire et envoyer par Merteuil.

  Sous le vocabulaire de la passion se cache une autre lettre au sens bien différent que seuls les initiés peuvent comprendre et dont seuls ils peuvent goûter l’ironie et la perfidie. Avec Tv il dialogue; avec Émilie, il décrit les circonstances, la scène...à deux niveaux ! Merteuil ne voit rien mais peut facilement imaginer....


     Il suffit de traduire terme à terme les étapes de sa lettre pour saisir qu’il joue sur la double entente: [faites un choix si on vous demande d'aller vite]


___nuit orageuse : orage métaphorique,/ sensuel aussi bien...

___pas fermé l’œil : pour Tv, il faut comprendre que Vt a veillé toute la nuit par angoisse amoureuse /  pour nous par exploit physique..

___ardeur dévorante ...../ pour le corps d’Émilie ;

___anéantissement de toutes mes facultés= vous avez compris ;

___puissance irrésistible de l’amour = désir purement physique dans le cas d’Émilie.


___magnifique ambiguïté de “ j’ai peine à conserver assez d’empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées ; et déjà je prévois que je ne finirai pas cette Lettre sans être obligé de l’interrompre. Quoi ! ne puis-je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble (non pas de l’âme platonique ou chrétienne mais bien physique) que j’éprouve en ce moment ? J’ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien (elle ne peut deviner de quoi il s'agit), vous n’y seriez pas entièrement insensible"...Belle ironie : anticipation & pari aussi sur la sensibilité de Tourvel.

___très sarcastique évocation de la table pupitre : un autel sacré, le corps d’ÉMILIE, une partie, ce qui pourrait aider à localiser exactement le pupitre (passons) ;

___le désordre de mes sens .../pas vraiment à cause  de l'acte d'écriture

___il la quitte pour dissiper une ivresse...( non de l'âme comme il lui écrira) :allusion salace..

BLANC ÉROTIQUE

___Je reviens à vous madame. En effet. À vous: pour écrire encore dans des conditions tellement particulières.

Nous avons donc ici, en même temps, une écriture qui évoque une passion en termes recevables, plus que décents et qui décrit, très vite pour Émilie, ce qui se passe en le scripteur, la montée du désir : l’écriture servant le désir qui se sert de l’écriture : de façon circulaire.


=>Un tel envoi  écrit significativement au présent nous permet de mieux saisir

III-LES FONCTIONS DE CETTE LETTRE (et des autres dans le roman)


    •a•POUR VALMONT, QU’EST-CE QU’ÉCRIRE PAREILLE LETTRE ?Il est aussi un peu son propre destinataire.

-passer un bon moment, faire sourire deux femmes au détriment d’une troisième. Un geste classique pour un libertin.

-c’est surtout prouver à soi-même et à Mt :

---->qu’il est toujours le grand Valmont, égal, au moins, à lui même.. Quelques semaines à la campagne n’ont pas entamé ses talents multiples..MT NE CESSE (et ne cessera ) DE LUI DIRE QU’IL N’EST PLUS DIGNE DE SA NOTORIÉTÉ..Il est ici l’auteur d’une prouesse et c’est la prouesse qui fait le libertin (cf Prévan avant son échec avec Mt (il séduit trois femmes à la fois et les honore séparément dans la même nuit) ; Vt avec la vicomtesse : il la reçoit dans sa chambre pendant que dorment non loin mari et amant ; Mt qui piège Prévan).


---->qu’il est capable de se venger, de se détacher de Tv en souillant les sentiments qui peuvent émouvoir la belle Dévote et en la ridiculisant aux yeux des autres femmes. Le corps dicte et rien d’autre. Il est toujours un libertin : actif avec son corps et homme d’esprit incapable de céder au sentimentalisme. Froid calculateur et concupiscent déchaîné.


---->sans le savoir (grandeur de Laclos que nous allons vérifier juste après ), qu’il se venge avec cette scène odieuse parce qu’il a besoin de se désenvoûter de la Présidente. Ce qui prouve, par l’absurde, sa dépendance. Merteuil ne réagira jamais à cette scène et cette lettre. Elle a probablement compris, devinant toujours les failles de son ex-amant.


    •b•QU’EST-CE QU’ÉCRIRE CETTE LETTRE POUR LACLOS dans la logique de son texte ?

Montrer:

* la prouesse incontestable de Vt, sa virtuosité (une lettre écrite en "faisant autre chose" et en pensant à deux  sens au moins inconciliables).

* sa satisfaction, sa vanité, son désir d’exhiber ses pouvoirs, MAIS AUSSI son obsession à rendre compte avec plaisir et diligence (et soumission) à Mt.


* l’aveuglement de Vt au cœur même d’une perversité qu’il croit souveraine. Il est menacé : il a trop besoin de se prouver, de railler, de salir par idéalisation inversée. Plus il provoque, plus il l'abaisse, plus il l'élève, à son insu.

Suggérer:

* un trait capital chez les libertins et, en tout cas chez les libertins qui nous occupent : la passion de l’écriture.

            Le libertin laclosien est un faussaire qui sait jouer de tous les registres et de tous les vocabulaires, de tous les styles. Comme on vient de voir. Le libertin parasite tous les systèmes et parodie facilement tous les registres.

             Rappelez que Mt a dit au début du roman qu’elle écrirait bien les Mémoires de Vt.

           =>  Vt et Mt écrivent, Vt plus que tout autre. Notre scène dit quelque chose de profond :

(1) écrire fait partie du plaisir de tête qui importe tellement à Mt et Vt mais on se demande si le plaisir de l’écrit ne comble pas plus encore le désir libertin.

 (2) écrire c’est un acte qui a lien à la sexualité, à l’inconscient, à la connaissance, à la méconnaissance. Écrire et désirer, désirer et écrire, tout est lié.


Il y a du jeu (le libertinage est au sens noble et profond un JEU - mortel parfois comme dans les LD), on rit bien dit Vt avant notre extrait mais Laclos nous prévient : toute lettre, même triomphale, est un masque, une tactique et un aveu (involontaire) qu’il faut entendre...Une lettre peut avoir plusieurs destinataires mais aussi peut échapper partiellement à ....son destinateur.

cl : Vt est fier de son jeu, de son exploit. Il va jusqu’à faire une plaisanterie destinée à Mert : n’allez pas mettre votre cachet ! Plus tard, elle lui dictera une lettre assassine dont il ne verra pas tout à fait la signature, "CE N’EST PAS MA FAUTE".*

    Il restera toujours une énigme Laclos, l’homme sage, "parfait mari" auquel on a envie de demander : qu’est-ce  (pour vous) qu’écrire un tel livre sur le dos d’un libertin et d’une libertine, un livre à lettres ouvertes ?

        Il nous reste aussi à nous demander quelle est notre situation de lecteur voyeur dans une telle lettre dont nous sommes aussi les (seuls, après tout) destinataires..


QUESTION VICIEUSE : LACLOS APPARTIENT-IL AUX LUMIÈRES ?


LACLOS OUI, MAIS DANS UN SENS PRÉCIS ET PARADOXAL
: IL EST UN DISCIPLE DE ROUSSEAU ( vous savez que JJ n'est pas un penseur strictement des Lumières dans leur vision émancipatrice de l'Homme par la seule raison ou la technique) DONT IL S'INSPIRE QUAND IL MÉDITE SUR LE SORT DES FEMMES DANS LA SOCIÉTÉ FRANçAISE. EN MÊME TEMPS, COMME JE L'AI ÉCRIT SOUVENT, IL FAIT UN ROMAN QUI EST L'ANTI-NOUVELLE HÉLOÏSE.


LE ROMAN  quant à lui montre en rationaliste les limites du calcul froid chez les libertins, leur illusion à croire vaincre toute illusion et leur insouciance sociale: ils vivent dans un cercle hors duquel il n'y a rien.Ce qu'un disciple de JJR ne peut admettre.



Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 18:58
Je l'enrichirai jusqu'au bac, grâce à vous. Pour l'heure, je ne garde que les fautes classiques, chroniques.


-intérêt ;

-embaRRas.

-apercevoir / apparaître.

-chaque, chacun, aucun, aucune.

-parmi, hormis, malgré.

-tout SI IL (à la place de s'il) SERA DUREMENT SANCTIONNÉ.


ATTENTION À L'INFLUENCE DE L'ANGLAIS :

- danse et non dance;

-langage et non language;

-héros et non héro...


À BANNIR :

-les tirets !!!sauf pour un dialogue;

-les chiffres,

-les abréviations,

-les çA et autres MALGRÉ QUE...

-le vocabulaire audibertien ou familier : je viens de lire dans une autre classe : se ramasser , foncer, marrant ...

-la présentation suivante : (ex ou exemple suivi  d'un développement ).

-se positionner, le vécu, le senti, le ressenti, basé sur etc...

MATTHIEU & CO SONT PRIÉS DE REVOIR LEUR PASSÉ SIMPLE (en ligne: c'est entendu  gros effort des doigts sur le clavier)

 
Par J-M. R.
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 09:45
  En quoi JLF est-il un roman philosophique?

dire que le XVIIIème est friand de contes (Voltaire) et de romans philosophiques (La Nouvelle Héloïse de J-J. R)

partir sur


a) c'est tout d'abord un roman :

-avec héros dont une longue analepse nous offre quasiment toute la vie, roman d'aventures ( à vous: auberge 1; corbillard du capitaine,amours du maître), avec rencontres multiples, traversées de nombreux milieux.

-un roman qui s'interroge sur le roman et multiplie les allusions, les citations, les parodies.Ce qui nous amène à la dimension de

b)roman philosophique:

-sans être dogmatique, sans exposer son système, sans toujours faire de J son porte-parole (cf la question du grand rouleau qui serait écrit d'avance; bien dire aussi que le Spinoza du capitaine est curieux et que la pratique de j est peu spinizienne ) DD nous entretient souvent de philosophie matérialiste:

              -question centrale : le hasard, la nécessité, le fatalisme, la liberté , le déterminisme. J & son maître sont les tenants de deux positions.


           -sans cesse question du Bien et du Mal , de leurs influences inattendues : un mal provoque un bien etc..Quels exemples?

              -beaucoup question de la nature ( à la place de Dieu), de l'infinie richesse de la nature humaine (Gousse etc), de la place du corps et de l'âme.

              -J se révèle partisan de l'empirisme contre tout spiritualisme : la raison, les idées ne sont pas innées mais elles se développe par la sensation et l'apprentissage .

=>ensuite vous enchaînez sur la dimension de critique sociale et politique (autre cours).

      

MAIS POUR CONCLURE QU'IL S'AGIT AVANT TOUT D'UN ROMAN QUI APPREND À LIRE LA RÉALITÉ DE SON TEMPS. Roman à la gloire d'une certaine sagesse qui consiste à bien vivre, à développer les capacités de son être. La vraie PHILOSOPHIE DU ROMAN EST DANS LE STYLE, LA GAÎTÉ DES RÉCITS , LES INTERRUPTIONS COMIQUES. DANS UNE CERTAINE LÉGÈRETÉ.

          
 
Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 09:02

                       JLF, roman réaliste?

[“Dans toute l’histoire du roman mondial, JLF est le refus le plus radical de l’illusion réaliste” Milan Kundera (grand auteur tchèque contemporain ayant adopté la nationalité  française et vivant en France)]

Le réalisme est 1-une doctrine esthétique apparue au XIXème siècle (Courbet en peinture, une partie de Balzac, Flaubert) donc postérieure à DD et 2-une tendance lourde de l’Occident qui cherche toujours plus à rendre compte le plus fidèlement compte du réel.

-bien réfléchir à l’épineuse question du réalisme, qui n’est qu’un code parmi d’autres pour se faire oublier comme code: ce que Kundera appelle illusion réaliste. On fait croire à la réalité de ce qu’on rapporte dans un roman  en masquant les moyens (littéraires) de faire croire à cette réalité.



    1/CE QUI PENCHERAIT POUR CETTE HYPOTHÈSE: Dd refléterait une part de la réalité de son temps.



    • le roman s’articule autour d’une longue protestation : le N ne cesse d’intervenir pour dire qu’il n’écrit pas un conte 12, un roman 324 (il retrouve des accents de Dd dans son éloge de Richardson (”Par un roman, on a entendu jusqu'à ce jour un tissu d'événements chimériques et frivoles”) et il montre par ces hypothèses de contrefictions (donnez un exemple comme les 9 hypothèses de l’étape 3 qui sera finalement celle de Conches) ce que pourrait être le roman type qu’il rejette. Au nom du vrai il s’en prend à plusieurs reprises au romanesque. Dès l’incipit il refuse de faire comme dans un roman en répondant aux questions qui facilitent la lecture (où quand, pourquoi  etc) : il ne s’agit pas de reprendre les codes du roman puisque de roman il n’est pas question. ...(en principe).       

    Que lisons-nous alors : un document? Une Histoire au sens grec d’enquête 325? Le texte  donne la sensation de rapporter quelque chose qui a été bel et bien vécu et consciencieusement rapporté, enregistré avec les risques de l’ “authentique”: ainsi les lacunes qui paraissent ici ou là.

        Du vrai , seulement du vrai tel est est le postulat inlassablement répété, pendant de la “scie” de J (”il était écrit là-haut...).



    • il est exact aussi que le roman donne des signes nombreux de la réalité historique et sociale traversée:

-ces contemporains devinaient sans doute des personnages réels sous tel ou tel; d’autres ont bien existé: le poète de Pondichéry était connu des familiers de DD,  Gousse aussi, sous un nom proche, Saint-Florentin etc; tout le monde comprenait l’allusion à la crise de la royauté avec les Parlements sous l’allusion de l’hôtesse; on a reconnu deux prélats sous la figure d’Hudson etc..

-il est indéniable aussi que la société de son temps passe sous nos yeux (vous pouvez vous aider des cours sur la satire et sur la société):on a un bon tableau des moeurs du temps; la vie des paysans, la question des dettes, la question de l’aristocratie déclinante sont largement présentes mais toujours en situation : la réalité paysanne est finement perçue par J, la “réalité” complexe de la noblesse est rendue avec  Pom, Hudson, le récit des amours du M. Celle des monastère est rapportée grâce à l’existence du frère de J. Les injustices du Pouvoir royal, les lettres de cachet sont nettement montrées. Dans une certaine mesure le N a raison : on n’a pas affaire à de l’exotisme, nul ailleurs n’est évoqué ou décrit (12).On a même avec le N une certaine idée de la vie d’un auteur (les visites de “Pondichéry,”(le seul à aller vers l’"exotisme"), l’aide d’un Gousse etc). La réalité française cernée à un moment précis : rien d’autre mais c’est déjà beaucoup.



    • en outre dans le récit d’un voyage la réalité consiste à montrer, non sans vraisemblance, le flux incohérent (en apparence) des événements:

- les haltes, les interruptions, les rencontres de “hasard” (un chirurgien qui veut démontrer et fait tomber sa cavalière 13, une méchante auberge puis une bonne auberge, un hôte dur et doux, un corbillard bien énigmatique, un marquis etc)

&

-les conversations dues à ses rencontres : au détour  d’une route ou d’un dialogue on surprend la vie dans son flux, dans ses aléas, ses surprises. Même si ce vocabulaire ne saurait plaire à J qui ne voit pas de hasard mais une nécessité.



          Dans ce cheminement improvisé et soumis aux impondérables on mesure l’importance du corps, bien plus que dans d’autres romans de l’époque : corps blessé de J (à Fontenoy ou avec le linteau) et du M (le genou quand il tombe de cheval, J enrhumé), corps enivré, corps désirant (Suzon etc) etc. La langue qui dit ce corps doit elle aussi ne pas négliger le corporel, le “grossier” qui ne l’est pas mais choque un Voltaire ( cul de sac ; pisser 222; foutre, bigre etc....) même si le N censure, à la demande du lecteur la description de la  trop sanglante blessure 29.

    Il y a donc bien des traits qui peuvent sembler dire la réalité avec acuité et précision. Notamment de la réalité la plus marginale : on se plaît à rencontrer un Gousse, une Pom qui séduisent par la vérité de leur singularité. Le monde est riche d’anomalies, d’hétéroclites et cette richesse passe bien dans notre roman. Est-ce suffisant pour en faire une oeuvre relevant de façon anticipée de l’esthétique réaliste ? Non, nullement. Dans le même mouvement on voit à l’oeuvre 

   
    II/LE RÉALISME CONTESTÉ (ludiquement) de l’intérieur du roman . Cette prétention réaliste du N est un code, un leurre de plus.



    • les arguments donnés tout d’abord (en I) sont réversibles: certes on a des dates, des repères (Fontenoy, la pièce de Goldoni est de 1771), des anecdotes authentiques (Pondichéry), les contemporains pouvaient reconnaître tel ou tel sous un masque (Hudson)

mais

1-le brouillage des temps est inouï (on a du mal à placer le tremblement de terre de Lisbonne 1755 dans la chronologie de l’oeuvre) et on chercherait en vain des descriptions précises (sinon celle tardive de l'IMPAYABLE chapeau de J ou pire celle de l’emplacement des protagonistes de l’auberge pensant le récit de Pom 180, précisions parfaitement inutiles et voulues comme telles): nous sommes à Conche et alors? Avons-nous la moindre idée visuelle de la bonne auberge? Le réel est à peine un décor : Kundera parle de scène sans décor.

2-donner des éléments qui ont eu lieu réellement, qui sont identifiables par le contemporain n’est-ce pas un très vieux procédé romanesque qui s’appuie sur du (semblant de) “vrai” pour faire passer du fictif?

    • le roman met en scène une prétention à la vérité mais n’échappe pas (volontairement, pour démonstration) au romanesque décrié :

    -il fait dans le romanesque aussi, ô combien :

- il multiplie les hasards (le maître tombe sur le genou au milieu d’une conversation sur la douleur d’un genou blessé; l’hôtesse a connu le capitaine; on retrouve le cheval du maître; le maître est un ami de Desg;le roman commence par le genou de J et finit sur celui de Denise..; J a payé sans coucher ce qui amènera le M a parler des ses amours , lui qui coucha et paya longtemps...; les aventures du militaire (ami du capitaine de J) devenu cloueur sont redoublées par celles de Guerchy : la liste est longue.);

-fait capital : ces hasards viennent s’inscrire savamment dans une composition très serrée ( vous aider du cours sur la composition) malgré l’apparence de rhapsodie. La réalité ne compose pas: l’artiste si. Surtout quand il fait croire au désordre...

-l’évolution du roman au fur et à mesure de son avancée est de la plus haute invraisemblance : nous voilà peu à peu avertis qu’il s’agit d’un  manuscrit qui est en parallèle avec des mémoires; on ne nous livre que des bribes de textes dont l’un est un plagiat (de Sterne) : ces procédés sont comiques et relèvent de la mode des (faux) mémoires parodiés par DD. Pour ne rien dire de la “fin” du roman avec la “rocambolesque” équipée chez  Mandrin et la conclusion très proche de Candide .

            -le  romancier, aussi retors que J, répondrait ici que la vie est romanesque... En même temps il ne se gêne pas pour attirer l’attention sur ses propres invraisemblances : le récit de Pom, ses médiations invraisembables ne sont-elles pas un avertissement (on le tient de l’hôtesse qui le tient de son mari qui le tient d’une servante qui le tient d’un domestique...128)



     En réalité dans le rythme (presto) du roman, dans ses grandes déclarations, on perçoit bien vite une grande part d’humour &  d’ironie. Nous lisons un roman qui réfléchit en acte les moyens de la littérature non pour assommer le le lecteur par une théorie mais pour divertir et avertir.

En fait

    • JLF est un roman saturé de littérature (que de saluts, d’hommages, d’emprunts ! ) et un jeu littéraire des plus sérieux avec comme indice le plus visible le recours fréquent à  la parodie  : dans le roman

-parodie d’éloge funèbre (le maître à J pour le consoler de la perte de son capitaine)

-parodie d’une sentence judiciaire avec l’hôtesse;

-parodie de contrat par J (stipulons);

-parodie en forme d' hommage de Montaigne sur la question de l’obscénité (citations, arguments d’autorité, digressions);

-parodie de Rabelais dans le dityhrambe de la gourde et l’écriture carnavalesque ;

-plagiat parodique et hommage à Sterne (fin)

-le roman lui-même parodie d’autres formes: le conte philosophique, le roman picaresque, le roman d’aventure.



    Dans cette esthétique originale le réalisme est à la fois affiché & démonté. Dans notre roman c’est la littérature qui est en scène, ses pouvoirs, ses séductions, ses moyens : parmi eux est déconstruite la prétention à raconter uniformément le vrai. JLF met en scène et en pièces la rhétorique du vrai (qui va curieusement prendre le pouvoir au XIXème). Ce qui ne signifie pas qu'il ne touche pas juste.

cl :    JLF est un carnaval formel auquel rien ne résiste et surtout pas la notion trop facilement admise de Vrai. Ce qui ne veut pas dire que le vrai en art n’existe pas pour DD : il y faut, répète-t-il souvent, le piquant qui fait le génie de Molière et de Richardson. Qui oserait refuser ce mot à JLF ?
Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 08:02

Je vous propose de découvrir de façon schématique quelques grandes propositions philosophiques d’un matérialiste comme DD, propositions qui éclairent JLF : je m’appuierai seulement sur quelques textes , surtout de la fin de sa carrière dont ÉLEMENTS DE PHYSIOLOGIE (=EP), LE RÊVE DE D’ALEMBERT(=RV).

Voir la photocopie donnée il y a peu (début juin) extraite du RV: sur le flux, le mouvement, l'inconstance..

 


Regardons en premier lieu ce qu’est la Matière et la Nature avant de considérer l’Homme dans cet océan infini.

 


Ayons toujours à l’esprit deux phrases cardinales extraites de JLF et qui nous retiendront plus tard quand il sera question de morale athée .

 


* “la distinction d’un monde physique et d’un monde moral lui semblait vide de sens” 243. Au moment où Spinoza vient le plus nettement dans le livre.

 


* “Ce qui est vrai au moral comme au physique” dit le maître dans le grand débat sur les moustiques etc. Spinoza n’est pas loin non plus.


*************************************

•1• la Matière (la Nature) est Tout, elle ne dépend d’aucun Créateur, d’aucune transcendance : l’univers est totalement immanent. Pas de grand rouleau.. [ sauf à penser avec un immense anachronisme que la structure de la matière et celle de l’ADN écrivent infiniment le Tout...dans une auto-production infiniment développée. Le monde s’écrit alors dans un dépliement, un déploiement imprévisible et nécessaire].


- tout ce qui est, est NÉCESSAIRE ! cf J 357

 


-mouvement, sensibilité, vie sont des propriétés fondamentales de la matière. Matière et mouvement ou plutôt matière EST mouvement : unité fondamentale que DD doit aussi aux matérialistes antiques.

 


- la nature est éternelle, éternellement changeante à des rythmes infiniment complexes. Le Tout demeure quand tout change plus ou moins vite : JLF insistera beaucoup sur le changement, l’inconstance de tout. Au physique comme au moral comme on l’a deviné, puisqu’il n’y a pas de différence.

 


- elle est, en tout point et toute organisation, sensible (il en fait la démonstration dans LE RÊVE partie1), y compris l’apparemment inerte (la pierre). ” Pas un point dans la nature entière qui ne souffre ou ne jouisse” ! (Rv). Clé de la pensée de DD.

 


- elle connaît une infinité d’organisations toutes singulières avec des intermédiaires (minéral, végétal, animal, homme) : “chaque ordre d’êtres a sa mécanique particulière”. Et chaque être a sa composition singulière.

 


- changeante elle est donc en évolution permanente : il parle de l’évolution des animaux dans le RÊVE (et même de possible métamorphose de l’Homme) ; évolution par essais, échecs, sélection. On aurait grand tort mais il est tentant de parler d’anticipation de Darwin. En réalité DD pense surtout à Lucrèce.

 


- évolution certes mais jamais rupture : tout est lié dans la nature, rien ne se fait par saut (c’est une loi générale dit EP).

 


[Mais il sera impossible de tout connaître : le Tout existe mais on ne peut le connaître que par îlots. Et gare aux liaisons fausses, qui s’appelleront magie, superstition etc.]

 


[On appréciera sous cet angle le "décousu" supposé de JLF : décousu qui renvoie au mouvement de tout en tout mais décousu qui disparaît quand on réfléchit à l’implacable composition de l’oeuvre qui, elle, prouve bien que tout est lié...]

 


- la matière n’a pas de causes finales comme de nombreux théologiens en prêtent à Dieu (et comme le pense le M parfois). Elle est cause efficiente, développements et diversifications nécessaires et infinis d’elle-même. Inutile de croire par anthropomorphisme que la Nature veut quelque chose. La Nature ne veut rien, l’homme, on le verra, lui prête une volonté pour croire à sa propre liberté (et à sa volonté) : illusion.

 


- elle est indépendante de la pensée et de l’esprit qui au contraire dépendent d’elle et en sont des parties, des développements. L’Idée n’est pas innée en l’homme, l’idée platonicienne est exclue : elle est le produit d’un cheminement qui commence par le corps. Et finit par lui comme on verra.

 


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•2• dans cet univers immense l’Homme (qui n’est qu’un point minuscule et non le centre désigné de la nature comme il le croit ) est le résultat des circonstances de la matière et donc matière et organisation particulière de la matière (au sein sans aucun doute d’une évolution qui n’a pas de sens - au deux sens du mot sens).

 


Prolongeant une déjà longue tradition et un concept offensif de matérialistes de son époque, DD emploie souvent le mot de machine pour décrire le vivant et en particulier l’homme : voyez J dans un grand débat philosophique 359 : “..nous étions deux vraies machines vivantes et pensantes”, " (...) avec un ressort de plus en jeu” (ce que le M croit à tort être la Volonté)). L’homme est un composé d’éléments innombrables, un composé "machinique" unique, singulier (misérable composé de défauts dit le M en parlant de lui 115) : tout est donné en organisation par la structure mais certains éléments évoluent et l’être évolue sans cesse et sans qu’il le sache. Il n’y a pas un Homme de toute éternité. Il est sans doute une forme de passage. En suivant les acquis de la première partie on a compris que l’homme ne doit rien à Dieu, ni à aucune Providence (ce que croit le M avec son conception des moustiques 357 ; ce que finit par croire ce benêt de Garo).

 


- la caractéristique de l’homme n’est pas selon DD son apparence extérieure mais son cerveau (EP1278), le siège de la pensée 1279 ; dans le Rv , Mlle de L’Espinasse compare le cerveau à une araignée qui serait sensible à toutes sensations au bout de ses fils.

 


- cette insistance sur le cerveau dépend d’une mise en cause classique pour un matérialiste : l’âme n’existe pas ou en tout cas pas ne peut être séparée du corps et si elle existe elle n’est qu’un ressort(monisme conséquent). DD pose l’inséparabilité de l’âme et du corps : façon et sans entrer dans le détail, des grandes propositions de Spinoza quand il écrit :”l’âme n’est rien sans le corps ; je défie qu’on explique rien sans le corps”(EP). Ainsi la mémoire est selon DD une qualité corporelle. Le corps dans JLF est de la plus grande importance (cf cours), on saisit mieux pourquoi.

 


- DD avance encore un point capital : “la raison ou instinct de l’homme (autrement dit il pose une égalité entre raison et instinct) est déterminé par son organisation, et par les dispositions, les goûts, les aptitudes que la mère communique à l’enfant (...)”(EP). On conçoit combien la génétique actuelle fascinerait notre auteur. On retiendra aussi que dans JLF la question de la paternité est de plus en plus obsédante au fur et à mesure que le livre avance (Que donnerait un fils de Hudson et Pom ? Que sera le fils du M ? etc...). Tout en chacun de nous dépend de notre ORGANISATION physiologique. Je suis la somme (actuelle, provisoire) de mes déterminations et je suis en ce sens


1- identique à l’espèce (élément décisif pour la morale de DD, élément qui va fonder tout de même une universalité rendant possible la morale athée)

et

2- absolument UNIQUE (ce que disaient déjà les stoïciens). Mon goût a des bases organiques, comme ma mémoire, ma ...morale... ! À suivre ! Mais la raison, souvenons-nous en, est instinct : elle est la nature en nous. Je suis mon corps, mon histoire, mon éducation, mes passions. Je suis en deux sens.

 


-cette organisation suppose une capacité (originale en chacun) de perception, de sensation, d’entendement, de réflexion qui n’est pas libre et dans laquelle tout s’enchaîne (empirisme et sensualisme ont retenu évidemment l’attention de DD comme on a vu avec la question de l’Idée : cf le passage dans JLF p 30/31 qui place la sensation au coeur de son analyse) selon une logique complexe : la pensée est seconde par rapport à la matière et par rapport à la chaîne des réactions du corps....”La marche de l’esprit n’est qu’une série d’expériences”. Le concept d’expérience est ici déterminant (cf JLF 22/23).

 


-en matérialiste conséquent DD est soucieux des organes ; chacun a sa vie particulière, a “son plaisir et sa douleur particulière, sa position, sa construction, sa chair, sa fonction, ses maladies accidentelles, héréditaires, ses dégoûts, ses appétits, ses remèdes, ses sensations, sa volonté, ses mouvements, ses nutrition, ses stimulants, son traitement approprié, sa naissance, son développement” !


DD dénomme même tout organe animal et voit l’homme comme un assemblage d’animaux (point capital) où chacun garde sa fonction particulière et sympathise soit naturellement, soit par habitude avec les autres”. Il ajoute :"Chaque organe d’abord a son caractère particulier, puis son influence sur les autres, et l’influence des autres sur lui”. Interaction permanente. Cette sympathie organique va jouer un grand rôle dans la pensée sociale de DD, étant entendu que pour lui aussi l’homme est un animal social, fait pour vivre en société. Et qu’après beaucoup d’autres, le Corps de la Cité est à penser comme le corps tout court.

Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 06:37




-NE JAMAIS OUBLIER L’ALLÉGORIE DU CHÂTEAU 36/7 ! Allégorie politique s’il en est : des vauriens ont accaparé les beaux appartements en prétendant que le château (la terre, le pays) leur avait été légué en toute propriété ; avec l’aide de coglions (police) leur pouvoir est renforcé et assuré.

Entendons : la noblesse occupe le château donc la France et le pouvoir.




• Cette noblesse apparaît tôt certes avec le capitaine qui est tout de même un personnage à part, un hétéroclite, avec aussi le M mais on le découvre peu à peu et il faut la 8è journée et le récit de ses amours pour bien le cerner en tant que noble ; la noblesse vient tard donc, surtout à l’auberge du Grand-Cerf : on y rencontre une hôtesse qui est déclassée socialement, un marquis et on y entend son histoire avec une grande aristocrate, Pom. On entend ensuite parler à quelques reprises du châtelain Desglands, de deux de ses maîtresses, l’une fortunée et l’autre libertine et probe. Avec l’ami du M, le chevalier ST-Ouin on découvre une autre noblesse, peu honorable. Auparavant il est vrai il a été question d’un ministre, comte de Saint-Florentin, "roi" de la lettre de cachet. Hudson courra voir un ministre pour renforcer son pouvoir 256.


Quelle image en retire-t-on ?


-par essence la noblesse ne travaille pas, elle hérite comme le M à la mort de son père, donc elle vit de ses biens et du travail des autres (intendants, paysans etc). Elle vit pour être servie par des “choses” comme J. Elle a plus ou moins d’argent selon sa place dans la hiérarchie interne de l’aristocratie. Un St-O a peu à voir avec un d’Arcis qui est en même temps très inférieur à Pom.


-ne travaillant pas, elle est oisive et occupe son temps en divertissements :



     -Opéra, promenades : dans l’épisode Pom.

     -le jeu (Desglands, Guerchy, l’ami du Capitaine, des maîtres de J) ;

     -la violence ritualisée sous forme de duels (Capitaine, Desg)


  -le libertinage amoureux, sans aucune justification philosophique. Dév “l’emploi du temps” du marquis une fois qu’il est tombé amoureux de la jeune fille manipulée par Pom.


     -l’écoute des bavardages de J pour le M.



=>le tableau est diversifié mais sans être cruel une idée s’impose : cette noblesse faillit à son idéologie et à ses principes lointains et montre une image dévalorisante qui ne correspond plus à son idéal passé - réel ou mythique peu importe :



• que dire en effet

-de St-Ouin, pur escroc (et délateur pour la police) capable de tout pour duper un ami ?


-de ces nobles qui ont employé J (autre cours) (nobles militaires qui meurent sans héroïsme, comte qui se fait moine par peur de la mort, avocat général devenu fou !, marquise qui fuit avec un amant et dont le cousin se ruine en femmes : la gradation rhétorique de la page qui est une dégradation sociale mène doucement vers l’usurier qui mène au maître de J) ?



• On mesure la décomposition lente de la noblesse en particulier avec le M, l’oisif par excellence, l’automate parfait qui est mené par le bout du nez par J qui ne lui laisse que la forme du pouvoir et non sa réalité (fameuse scène de “contrat”). La noblesse est devenue dépendante : elle a trop besoin d’argent, elle n’a plus d’énergie ou elle la met dans des occupations vides : la seule digne c’est Pom mais elle est doublement victime : en tant que femme, et en tant que femme trompée par un idéal de hauteur qui n’a plus de sens. La chute est, sans jeu de mots, fatale. Rien ne dure. Il ne reste plus que de beaux gestes (marier une jeune femme qui fut vénale comme le fait le marquis) mais en se cachant 3 ans....

le M est un symbole éloquent : il n’est plus qu’automate qui passe son temps entre montre (son temps est vide, cyclique), tabatière (automatisme du corps) et histoire de J. Automatisme physiologique (sa nature le fait tel) et sociologique (il dépend de sa classe, de son éducation etc). Il est l’homme qui s’endort, qui se fait voler, il est la marionnette de J dans l’affaire du cheval (à la fin) et tout le temps. Il n’est actif que par intérêt (il soigne J) bref il n’est que réactif : c’est J qui entraîne sa réflexion (mais il n’est pas toujours aussi bête qu’on le croit, il sait piéger J) à la fin sa vraie “nature” physiologique et de classe resurgit : il tue alors qu’il avait bien dit qu’il se connaissait et qu’il était incapable d’un crime parce qu’il est un homme de bien 65 ! Il réagit en homme blessé sur différents plans : il vient d’être humilié par J (cheval), il a appris le succès de J avec Denise (épouser un Jacques !), il découvre que son fils a eu la visite de l’homme et de la mère qui l’ont ridiculisé 10 ans avant. Il tue : par automatisme de classe, comme le capitaine se bat automatiquement en duel. Mécanique bloquée. Grippée.


La répétition semble bien une des caractéristiques de la noblesse : on répète les amours, les duels, les histoires. On croit exister.



DD pose implicitement mais clairement une question sociale et politique que sera celle de Beaumarchais avec FIGARO : le mérite ne peut-il est revendiqué que par la noblesse de droit alors qu’elle en fait assez peu preuve ou doit-il être reconnu à la noblesse de fait, au peuple, aux gens du peuple (au sens romain sans doute mais avec J, au sens large ) qui ont du talent ?



cl : On l’a compris : DD ne cherche nullement à faire un panorama des classes sociales et en particulier de la noblesse : on devine aussi en arrière-plan des abus de pouvoirs des hommes proches du gouvernement et du roi : Hudson rôde, a l’oreille du ministre, Saint-Florentin abuse des lettres de cachet 130 ; on comprend combien a été important aux yeux de DD l’affaire des parlements que parodie l’hôtesse dans la querelle de J de son maître. On mesure simplement que cette société danse, comme on a dit plus tard, sur un volcan.

Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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