Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 06:28
Partir de l'idée que le siècle des Lumières édifie patiemment une œuvre de libération de l'homme qui passe par la critique de ce qui est , de ce qui domine. Dire que sous un roman drôle souvent perce une mise en cause radicale de sa société.

1/LA CRITIQUE LA PLUS VISIBLE : SOCIALE ET POLITIQUE


•A•LA CRITIQUE RELIGIEUSE:


-avoir en tête quelques figures religieuses du roman:

     -le frère de Jacques qui est très mal vu ; son ami frère Ange que les moines veulent rendre fou;

      -les prélats clients de la jeune prostituées p170

       -le vicaire qui hait les Lumières et qui est capable de tout 170

      -le prêtre qui cherche à tirer bénéfice des d'Aisnon 198

      -Hudson que vous devez connaître un peu (relire quelques pages)


-QUELQUES IDÉES À PLACER :

       -DD est capable de célébrer un être profondément croyant comme Le Pelletier qui vit pleinement, sincèrement sa foi: le problème est que les Chrétiens le prennent pour un fou...

        -DD considère l'institution religieuse comme contre-nature.IL EST IMPOSSIBLE À UN HOMME de rester chaste et de vitre longtemps enfermé (DD a écrit LA RELIGIEUSE)

        -ce qui provoque chez les religieux une hypocrisie exceptionnelle et un goût extrême pour la sexualité dév Hudson.Par ailleurs ils sont prêts à tout pour avoir du pouvoir : ambitieux, les meilleurs sont machiavéliques et se vendent au plus utile à leur carrière.Ils passent leur temps en guerres fratricides entre écoles de pensées religieuses : jansénistes, jésuites etc. alors qu'ils prêchent la miséricorde.DD redoute leur proximité avec le pouvoir politique : Hudson va à Versailles p 255.

           -l'épisode de la Pom est terriblement accusateur : on peut apprendre la foi en quelques leçons de comédie....

          => bref les religieux sont fondamentalement immoraux  et nuisibles : DD pense qu'un matérialiste comme lui est moins dangereux que ces descendants de Tartuffe.


•B•CRITIQUE DE LA NOBLESSE

     

-NE JAMAIS OUBLIER L’ALLÉGORIE DU CHÂTEAU 36/7 ! Allégorie politique s’il en est : des vauriens ont accaparé les beaux appartements en prétendant que le château (la terre, le pays) leur avait été légué en toute propriété ; avec l’aide de coglions (police) leur pouvoir est renforcé et assuré.


Entendons : la noblesse occupe le château donc la France et le pouvoir.




• SAVOIR QUELQUES FIGURES =>Cette noblesse apparaît tôt certes avec le capitaine qui est tout de même un personnage à part, un hétéroclite, avec aussi le M mais on le découvre peu à peu et il faut la 8è journée et le récit de ses amours pour bien le cerner en tant que noble ; la noblesse vient tard donc, surtout à l’auberge du Grand-Cerf : on y rencontre une hôtesse qui est déclassée socialement, un marquis et on y entend son histoire avec une grande aristocrate, Pom. On entend ensuite parler à quelques reprises du châtelain Desglands, de deux de ses maîtresses, l’une fortunée et l’autre libertine et probe. Avec l’ami du M, le chevalier ST-Ouin on découvre une autre noblesse, peu honorable. Auparavant il est vrai il a été question d’un ministre, comte de Saint-Florentin, "roi" de la lettre de cachet. Hudson courra voir un ministre pour renforcer son pouvoir 256.


QUELLE IMAGE DE LA NOBLESSE?


   -ne travaillant pas, oisive vouée au jeu, au libertinage, au gaspillage;


   -classe parasite, en plein déclin (cf les maîtres de J p 226) et qui tombe même dans l'scroquerie et la délation à la polic e(Saint Ouin)


   -classe dont le M est le symbole : passif, réactif, marionnette, voué comme toute sa classe à la RÉPÉTITION ( le Capitaine ne cesse de se battre en duel etc).


donc =>au total


•C• CRITIQUE SOCIALE ET POLITIQUE :


     -dire deux mots de la critique du système juridique et de la justice :pensez à p 130 , l'abus des lettres de cachet (on les retrouvera avec Voltaire: symboles de la justice arbitraire)); dire surtout un mot de la p 322 (le limonadier).


     -nous voyons ce qu'il en est du peuple et surtout de la paysannerie ( où? à vous) :la misère règne.On devine que DD est partisan des physiocrates et ce n'est pas un hasard s'il fait naître son héros à la campagne.


       -J fait tout , sait tout, supplée son maître en tout: autrement dit il a du mérite (et le marquis des Arcis est étonné par son intelligence ( les chiens)) et de fait il doit être reconnu socialement et politiquement.Ce qui n'est pas le cas.


        -l'épisode capital est évidemment la querelle à l'auberge : il prend réellement  le pouvoir tout en laissant l'apparence symbolique au Maître.


        -un point capital : dans la querelle que règle l'hôtesse il est fait allusion à une affaire qui ébranla le pouvoir royal sous LOUIS XV (note p 234). Ici nous devons comprendre que DD rappelle que s'il n'est pas du tout contre la Royauté, il est pour un pouvoir équilibré par les Parlements.




2/UN ROMAN DE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE :un matérialisme discret mais bien  présent.


        -évidemment DD ne défend pas une thèse qu'il imposerait de force  au lecteur.Il propose ici ou là des angles  de réflexion qui doivent nous mettre sur le chemin de la pensée matérialiste qui lui semble juste.


          -rappel de quelques thèses de DD matérialiste : la Nature est Tout, tout est nécessaire, il n'y a pas de séparation de l'âme et du corps. Il y a parfaitement accord sur l'apprentissage, l'expérience. DD et J sont pour l'empirisme et contre le platonisme : les idées ne sont pas en l'homme à la naissance (de façon donc innée) mais elles se développent au gré des expériences et en fonction de la sensibilité et du cerveau de chacun.


         -bien dire que certains aspects, certaines images ne sont pas exactement fidèles à la pensée de DD :J par exemple prie à tout hasard...224, impensable chez DD le point le plus éclatant de l’écart entre J et son créateur est dans l’image du GRAND ROULEAU :


                 *pour J le grand rouleau a été écrit, une bonne fois pour toutes et il n’y a plus qu’à vivre au jour le jour le développement : en m’agitant, je suis agité par ce qui me PRÉ-cède. Dans sa prière  224/5 J croit qu’il y a un doigt, une main qui ont écrit ce parchemin. Vision anthropomorphique  que Dd ne peut accepter doublée d’une grave erreur : il y aurait un là-haut.

        -pour Dd au contraire le grand rouleau est celui de la matière infinie qui s’auto-développe infiniment et dans ce sens S’écrit EN TOUS POINTS. Aucun dieu créateur ( dans la célèbre phrase de Spinoza (”Deus sive natura”, “Dieu ou la Nature”, il choisit de ne retenir que la Nature comme agent et agi perpétuels).

          *Mais c'est au plan de la morale que DD se sert le plus de J : il a des défauts, il a violé l'amie de son ami mais au total il est gai, généreux et il ne fait pas pire que les moines, les évèques et tous les défenseurs de la morale chrétienne

3/CRITIQUE ARTISTIQUE ET ESTHÉTIQUE.Critique négative mais aussi critique de proposition : son roman est un manifeste en faveur d'un certain type de roman.

-pour des raisons assez peu nobles, il s'en prend à Goldoni p142

-il attaque certains travers du roman et en joue : il déteste les descriptions et s'amuse à nous parler du chapeau de jacques quand le roman est fini ; il prend la peine soudain de décrire la situation des personnages à l'auberge alors que cela n'apporte rien.

-il mène de front une double attaque ( à utiliser avec l'incipit):

        -avec le roman réaliste, il s'en prend au roman romanesque ( développez une ou deux contre-fictions: "je pourrais, cher lecteur etc.) Montrez que la dimension de dialogue improvisé est assez proche du désordre d'un dialogue comme un autre (sauf que DD a tout composé).

         -mais il ne nous ménage pas avec du romanesque : il multiplie les hasards, les invraisemblances et montre souvent que le réalisme est un code comme les autres (voir mon cours sur LE RÉALISME DE JLF in overblog , ici-même).

-il sait à merveille mélanger les genres  et les registres .

        -le lecteur reconnaît des emprunts à des genres nombreux : l’apologue (l’aventure d’Ésope, la mort de Socrate 103, les deux époux et l’anneau cassé 105), la fable (citée, Garo, inventée LA GAINE ET LE Couteau ), le conte (omniprésence d’un narrateur conteur, conte contenant de petits contes intérieurs (le pâtissier, les aventures de Gousse, les aventures amoureuses de J  à la campagne etc + la fin au château qui  ressemble à la fin de CANDIDE, le jardin), le portrait, le théâtre & ses formes (le dialogue de comédie, la comédie, le monologue de tragédie, le drame, le mélodrame) et il doit admettre qu’il y a souvent parodie (la scène du pardon d’Arcis est très excessive, quasi-mélodramatique);

-il n'hésite pas à être cru dans le langage( bigre, foutez) mais surtout

        -SURTOUT  il propose un roman qui aime la parodie,  le jeu littéraire
   
    POSEZ que cet aspect s’inscrit dans un ensemble plus vaste qu’on peut nommer mise en scène des formes du roman et de beaucoup d’autres formes artistiques.

    - on peut parler d’emprunts avec la vérité dans le Vin 339; le N  admet un plagiat avec la réécriture de Sterne, sans oublier p 385 l’allusion aux aventures du COMPÈRE MATTHIEU ; le lecteur averti sait que le début de J doit  beaucoup à Sterne également ( chaque balle a son billet);

   

    -au seul plan du roman, JLF emprunte partiellement, au roman d’aventure (les brigands, le faux cortège, le vol de la montre, le duel entre M & ST-Ouin et surtout à la fin avec Mandrin), au roman d’amour (sans en être un ), au roman picaresque (sans en être un non plus : sans jamais aller jusqu’à la bassesse du héros et surtout sans l’inscrire dans une pensée religieuse : songeons que Lazarillo de Tormes s’appelle Lazare avec une arrière -pensée évangélique... bien loin de DD)).

    -DD emprunte à de nombreux discours qu’il parodie souvent :

-le portrait de Socrate
-l’allégorie qu’il critique mais fait tout de même dans l’épisode du château
-l’oraison funèbre faite par le M;
-le discours empruntant au vocabulaire des maths 40
-le discours jésuitique (casuiste) du méchant prêtre à la d’Aisnon.
-le jugement de l’hôtesse, parodie d’un discours tenu au Parlement de Paris.

FONCTIONS :
    • amuser le lecteur (dimension ludique du roman à laquelle il ne faut pas simplement le réduire évidemment)  et lui apprendre à prendre des distances critiques à l’endroit de certaines formes :
            -divertir le lecteur, en appeler à sa culture .
            -de façon complexe et amusante , les interventions du n   critiquent les facilités des romans romanesques (lui prétend refuser d’inventer) mais imitent AUSSI celles des romans qui prétendent garantir ainsi la vérité...
            -ainsi la dimension orale du début du roman soudain contestée par l’apparition d’un manuscrit est une remise en cause de tous les romans qui s’appuient sur des manuscrits trouvés par hasard...,romans largement à la mode alors.

            -méditer sur l’empire et l’emprise du langage, y compris celui de la fiction : on a vu le pouvoir des mots et de la comédie dans la  manipulation, machiavélisme (Pom’, Hudson). Un tel roman rend attentif à toutes les possibilités de mystification. Dont il est un brillant exemple.  

     • rendre hommage à des auteurs aimés et admirés:
-le débat sur l’obscénité en art aboutit à une devinette sur une citation de Montaigne, penseur du mouvement si important aux yeux de DD.
-la gourde donne lieu à une allusion et une célébration de Rabelais, un maître pour DD.

     •enrichir le roman tout en prétendant le critiquer: rendre attentif à la forme. Libérer le roman et son lecteur.

    -réfléchir sur ce qu’est l’écriture toujours déterminée (fatalement!!!) par d’autres textes  mais lui dans un carnaval joyeux.

        =>    C’est à juste titre qu’on a pu parler de pantomime des discours littéraires au service du genre qui les tolère et les absorbe tous, le roman. En choisissant le roman, DD  choisit le genre le plus libre et qui ne va pas cesser de l’être dans l’Histoire des genres : au point qu’ à partir du XXème on prendra - enfin- conscience de l’originalité de Sterne et de DD.

cl : on vient de voir tous les aspects critiques du roman : insistez sur le fait que cette critique n'est pas facile, gratuite et qu'elle repose sur une pensée matérialiste qui a un souci moral et artistique. Pensez enfin à l'incroyable curiosité
de Dd pour les cas étranges et sa parfaite tolérance : comment oublier Gousse,Pom, Le Pelletier, Hudson pourtant détesté?





Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 05:51
AIDE

LE PREMIER ORDRE en France : l’ORDRE RELIGIEUX (moines et prêtres)


•une critique “morale” et politique•


[-en arrière-plan il vous faut avoir à l’esprit la question morale : quand on demande à DD s’il y a une morale matérialiste il commence par répondre : 1-la morale religieuse est peu morale (inhumaine) et 2-les religieux sont rarement moraux.

 

.]



-il convient de partir de l’athéisme de DD qui ne se contente pas de dire comme le M :”Je n’aime pas les prêtres” : selon lui la croyance est une erreur au regard de la raison et c’est quelque chose de nuisible à l’homme et à la société. On rappellera toujours que selon DD trois codes dominent les hommes : le 3ème, le religieux est d’une telle nocivité qu’il pervertit les deux autres.



Pourquoi ?


1/-parce que le religieux instaure un code contre-nature : toujours rappeler que DD est l’auteur de LA RELIGIEUSE.


Le plus frappant étant la question de l’abstinence en particulier chez les moines : personne ne respecte ce voeu et DD a toute la littérature avec lui, en particulier Rabelais pour le prouver ; quand on voit la réaction du peuple lors de l’arrestation de Richard ou le “tableau” dessiné par J avec le moine et les deux filles 261, on constate que personne ne se fait d’illusion dans la “populace” (le mot est de J). Il suffit encore de parler des prémontrés avant la venue et la reprise en main de Hudson p247.


L’autre contrainte pour les moines, celle de l’enfermement : le marquis exprime une théorie sur le corps des jeunes gens prisonniers du couvent ou du monastère qui doit tout à DD 245.([Vous mesurez que la “psychologie” de DD est bien matérialiste :la voix de dieu est en fait une manifestation du tempérament...]


2/-conséquence : le code religieux est un “bâillon” sur le corps désirant de l’homme qui donne des malheureux (regrets, désespoir, folie 245), des pervers, des méchants (comme les moines selon le M quand il écoute les aventures du frère de J.) ou surtout des hypocrites.


Leur tartufferie est fondamentale, elle est presque une seconde nature et elle se manifeste à différents niveaux :


-ils trahissent leurs voeux, ce qui n’est pas rien. Pensons au vicaire amoureux de Suzon, “paillard, jaloux” 297 ; aux prélats libertins et blasés 170, à Frère Jean qui fait des enfants dans tout le village, à Hudson, à sa gourmandise, à ses maîtresses, à sa “marcheuse”, à ses mensonges, ses mises en scène. Hudson ou presque tous les péchés capitaux en un seul homme, d’église : un comble.


-ils se couvrent du manteau (masque) de la religion pour faire carrière : le petit abbé amant de petite d’Aisnon est rudement traité dans le récit Pom (170 impie & incrédule (voilà pour la foi), dissolu (voilà pour le sexe) : il veut arriver à l’épiscopat. Il n’a aucun talent. Hudson en fin de carrière aura une très riche abbaye...


-chez les plus habiles, ce que Dd redoute c’est le pouvoir de la Parole (cf cours) : il a connu l’éducation des jésuites, il sait combien un prêtre bien formé peut être habile, sournois, cauteleux et user d’une parole séduisante, enjôleuse, spirituelle comme celle de Hudson ; éclatante aussi la leçon de comédie de Pom aux d’Aisnon (verbiage de la mysticité 176).



- si dans leurs sermons ils prônent le respect à la lettre de l’Évangile, ils n’ont en pratique aucun respect pour cette doctrine dont ils sont en principe les messagers : ils ont un appétit de pouvoir qui les poussent à des guerres fratricides pour imposer leur position théologique (janséniste, molinisme, jésuitisme) qu’ils instrumentalisent car elle n’est qu’un tremplin pour leur ascension et un moyen de contrôle sur les autres. Même le gaillard Jean a des vues sur l’Ordre des carmes. Au plan intellectuel ils énoncent des sornettes comme ce Taste que ridiculise J 365. En pratique on ne rencontre que Le Pelletier qui est vraiment charitable et évangélique dans sa pratique, sans être autre chose qu’un simple citoyen : mais tout le monde le prend pour un fou. Sauf les pauvres....



Pire : entre “sectes”(249), au sein d’une concurrence acharnée pour la prééminence, ils sont capables de tous les coups : le “général” janséniste 249 envoie deux espions contre le jésuite Hudson...Travail d’espion, de police des mœurs...Au coeur du monastère des premontrés, Hudson attire toutes les haines, tous les complots. On sait que la morale chrétienne prêche le pardon et la miséricorde...



-leur pouvoir est dangereux : les carmes sont capables de rendre fou frère Ange ; plus grave ils sont proches du Pouvoir et Hudson dupe le ministre qui a de toute façon besoin de lui pour un contrôle social des “âmes”. Plus radicalement (on approche de la lecture politique qu’a DD de la religion) la religion habitue les pauvres a tolérer leur misère 183 : Mme de la Pom entend que la religion est une bonne chose, elle est un opium comme dira Marx après. Elle permet de patienter en attendant la récompense pour l’au-delà (183). On sait que J, dans sa sagesse, son pragmatisme matérialiste ne se préoccupe pas de la mort et préfère jouir du présent 262.



Le grand souci de DD dont je parle souvent est le machiavélisme dont fait preuve un Hudson, double de Pom, en plus dangereux parce que touchant au pouvoir social et à la mise au pas de tous. Hudson est une figure religieuse pensée aussi par DD comme figure politique : il est le tyran par excellence. Dans son monastère. Il entretient des haines, il asservit durement ses prémontrés. Mais en allant trouver appui auprès du ministre 255 qui n’est pas loin de côtoyer le très puissant Mirepoix 250 (Boyer), en devenant un agent de la police qu’il utilise, il montre combien le pouvoir religieux est au service d’un pouvoir plus large et tenté par le despotisme. La religion est aux yeux de DD un discours qui abêtit le peuple et une arme pour les ambitieux. Seuls le plaisir et la carrière comptent pour ces religieux, talentueux ou médiocres. Ce qui en soi n’est pas forcément scandaleux pour un homme ou une femme mais qui montre la malfaisance du code religieux qui soumet tout le monde et pervertit la nature en chacun.



À l’opposé, un J fataliste, qui pourrait être un possédé de Belzebuth selon le M 366 est certes un peu manipulateur, certes un peu têtu mais ô combien charitable et tellement plus “naturel”.

Sans penser seulement à lui, réfléchissons à la maîtresse de Desg(347/8) choisie sciemment par le romancier [qui la rapproche de Ninon de Lenclos, la grande courtisane (qui aida Voltaire), femme de goût] :

- elle aimait avoir des amants, toujours de qualité.

- libertine de moeurs, sans moeurs dit le M, elle était condamnable. On la condamnait.

- elle se condamnait : elle avait toujours des remords - qui la rendaient malheureuse : le remords n’a rien à voir avec la Nature selon DD. Elle prenait malgré tout un autre amant. Encore et encore. Alternant voluptés et remords. Sans aller voir souvent son curé pour prier mais seulement pour faire l’aumône. Pas de comédie de prière : des actes charitables.

-CAR elle avait de la probité : elle était recherchée pour son honnêteté.

-elle a une formule un peu cynique : la religion et les lois sont des béquilles pour les faibles. Propos d’aristocrate supérieure & méprisante comme Pom ? Morale d’êtres forts, supérieurs et supérieurs aux lois juste faites pour les faibles ?

Tout le problème est dans le sens qu’on donne à faible. Socialement ou “naturellement” ? Les faibles socialement ne le sont pas forcément naturellement (au sens de la philosophie organiciste et matérialiste de DD : un J n’a pas besoin de béquilles et le peuple a sans doute besoin d’autre chose que de la charité). Cette femme est faite pour le plaisir physique ce qui ne signifie pas qu’elle est immorale : elle est “un exemple” précieux d’honnêteté selon DD mais elle reste dans le schéma de pensée dont il veut nous débarrasser : celui de l’utilité de la religion - pour certains. Toute l’oeuvre de Dd, en tout cas après 1750, témoigne de l’inutilité et de la nuisance de la religion. Elle avait des remords, ses ennemis disait-elle. Remords qui ne changeaient rien mais gâchaient son plaisir sans la porter à plus de morale qu’elle avait de toute façon.

cl : en homme des Lumières Dd cherchait à montrer, à démontrer, à convaincre, à séduire pour émanciper. Pour modifier. Ce qui prouve que le fatalisme (le mot déterminisme est préférable ici) n’est pas dans le laisser-aller mais dans l’analyse des causes. On comprend bien l’allusion à Fragonard avec la scène tableau dessinée par J à partir de récit de Richard : à l’emprise de la propagande religieuse, les Lumières opposent le savoir et l’art. Et fidèle à la philosophie de J, d’un mal qui donne un bien et du contrepoison qui guérit du poison, DD bénit sans doute le manque de talent des théologiens de son époque 174 : ils n’ont pas le talent d’un Bossuet, heureusement ; ainsi ils sont donc plus faciles à vaincre...

Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /2009 06:23

Partir de Voltaire et de son  Candide ou  l’optimisme auquel DD fait allusion avec la destruction Lisbonne où meurt le frère de J, Jean.

 Voltaire s'en prenait à une représentation idyllique de la réalité du monde.Quelle est la vision de DD le matérialiste?



1/ PESSIMISTE :DD



a)donne souvent une image désespérante de l’humanité :


-quelle misère économique et sociale : à vous.Paysans, peuples.


-que de vols d’escroqueries, y compris au sein de la noblesse à vous), que d’usurpations de pouvoirs (château !)



-que d’hommes douteux : dans l’église (les moines, Hudson etc), au pouvoir (conseillers), dans la justice (lettres de cachet), que d’intolérance!



b) un scepticisme monte vite du livre quand il s’agit de juger, d’interpréter :



-erreurs de justice (lieutenant général) ; J en prison à la place de son maître ...


-signes équivoques, thèse du quiproquo..


-changement permanent des êtres : thèse de J : on ne s’entend pas , incommunication entre les hommes et soi-même on change dans la journée;

-même dans le roman on ne peut savoir si le capitaine est mort ..



c) prise au premier degré la philo de J est déprimante : l’homme se croit libre ; il se croit capable de vouloir : il ne sait rien, ne peut savoir ce qui est écrit .




Que faire ? Comme vivre? laisser faire, ne s’étonner de rien, subir ? Quelle morale ?


2/OPTIMISTE :



a) le matérialisme n’implique pas la vie d’automate absolu et l’absence de morale : J pleure (où? -à vous) et quand les gens généreux existent, la pitié est visible et l’intérêt  ne domine pas partt et tt le temps ; son matérialisme comprend intérêt et pitié, souci de l’autre.




b) dans la société il y a à faire et c'est heureux:il ne faut pas subir, attendre.


- à l’instar de J, déterministe et non fataliste au sens strict ;ll agit,il intervient, il réagit, prend des initiatives;


-  on peu tenter d’agir , penser, repétrer les causes, les limiter comme le veut le projet  de l’Encyclopédie : les bons juges devront être bien formés, ils feront moins d'erreurs et ils devront rendre la justice et non favoriser leur carrière etc...
 

  -J prend le pouvoir ou presque : il symbolise le mérite qu'il faut récompenser



c)au plan de la liberté :


 J nous apprend qu'avec de l'observation, de l'esprit NOUS pouvons arranger le monde pour qu'il soit le plus proche de  nos attentes.



3/NI L’UN NI L’AUTRE : il représente une forme de sagesse qui pense moins le mal et le bien que le bon et le mauvais :



a)sagesse, non d’un manichéisme, non d’une lutte du bien contre le mal mais d’une complémentarité du bien et du mal : réciprocité qui permet tjrs d’espérer un changement puisque tout change.Exemple de la cruche : elle apporte des soucis à J mais aussi une chance de rencontrer Denise.



b) un art de vivre joyeusement : la vie heureuse à l'auberge, la gourde , le corps connaissant une  sexualité tranquille sans honte et sans remords.


c)une conviction qui vaut pour l’art : la nature produit des êtres incroyable de diversité, d’hétérogénéite : des cocasses, des malfaisants mais sublimes (Pom, Hudson etc.)


=>DD nous fait voir, tolérer, aimer toutes les richesses de la vie.Le roman peut-il être alors pessimiste?

 

Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 04:13
[PENSE-BÊTE -au cas où:d'Assoucy est difficile à définir en termes d'esthétique: il y a chez lui encore des éléments baroques* (la digression, la répétition, le ressassement, l'hyperbole) mais  son art relève comme il le voulait du burlesque* dans un roman qui soutient la comparaison avec les picaresques*.]
                   Charles Coypeau, Dassoucy

Présentation :allez vite en connaissant tout de même l'essentiel.

a- D’Assoucy est le fils d’un avocat lettré ; il apprit la musique, fut  un musicien en vogue à la cour et voyagea beaucoup en France et en Italie. Son libertinage lui valut des déboires : célèbre pour son amour de la bonne chère et des petits pages, il fut, bien qu’il ne se mêlât guère de philosophie, emprisonné à  Rome de 1667 à 1669 pour athéisme par l’Inquisition.

b- Les aventures burlesques du sieur d’Assoucy datent de 1676-77 ; c’est un texte double :


   •d’un côté, par son titre,  et par son héros éponyme, il se présente comme une œuvre autobiographique, écrite à la première personne. Ce qui accroît ce sentiment, c’est que le héros, comme d’Assoucy lui-même, est un musicien, et qu’il  connaît Molière, ce qui est aussi le cas de notre  auteur.


   •mais l’adjectif  burlesque corrige cette impression d’authenticité : le récit est d’abord un roman. Comme  dans la satire, le héros du livre est un personnage auquel arrivent toutes sortes de mésaventures comiques, souvent très triviales : on lui  vole son argent au jeu ;  il égare sa bourse en la cachant dans une ornière d’un chemin ; il est retenu malgré lui chez un seigneur, amphitryon généreux mais importun. Le héros, d’Assoucy est un personnage peureux, qui n’a jamais prise sur les événements,  et il faut le dire, souvent ridicule.

   •enfin le texte se lit comme un récit de voyage tumultueux.


c- Dans ce passage, le héros a été étrillé naïvement au jeu par un aigrefin habile, qui sera  arrêté par  d’autres, et qui justifie son métier ici.AJOUTEZ : la question de l'argent est obsédante dans le roman : il circule, on le vole, on le cache etc...D'A. semble l'avocat d'un groupe de penseurs hostiles à l'argent (il préfigure Rousseau et bien des utopistes).

•lecture

•ENJEU DE LA LECTURE ANALYTIQUE  :voir la portée politique et sociale  ?d'un texte qui n'est pas qu'un jeu savant reposant sur une grande maîtrise rhétorique.

COMMENT CET  ÉLOGE PARADOXAL PARVIENT-IL À CONVAINCRE ET PERSUADER?

•ANNONCE DE VOTRE PLAN :




I- Un  ÉLOGE PARADOXAL   À VERTU  POLÉMIQUE:
 
      dont l’objet et la forme vous font penser à quels autres textes vus cette année?DJ: tabac, éloge de l'inconstance en amour, éloge de l'hypocrisie.

1- Un éloge  du voleur :
Loin de regretter ses actes, le personnage les justifie et il célèbre même son activité, qu’il  présente de la façon la plus glorifiante qui  soit :


          a- Il emploie un langage très valorisant :

       
*d’un  point de vue social, «filou, brigand ou voleur» sont des «titres d’honneur» (l.3/4)

    

  *
d’un point de vue moral, il parle d’un métier «vertueux (l.12, l.  ), de son «mérite »(l.13),  et prétend qu’on y gagne sa vie «honnêtement» (l 9);


  *il possède même des secrets enviables pour beaucoup et soulignés hyperboliquement ( l 27).


           b- Il  souligne les difficultés de son métier et en détaille les mérites :non sans recourir beaucoup à l'hyperbole!


-   la durée, l'expérience acquise   : il y a employé «les plus beaux jours de sa vie» à l’apprendre (l.14/15)

=> le métier de voleur apparaît comme une sorte de sacerdoce  ; on y sacrifie sa vie. Il y a «blanchi sous le harnois*».


- l’effort : "sang & eau" L.14


- le danger :"risqué  mille et mille rencontres" L.21


- le savoir et le savoir-faire  : "un art que les plus grands esprits préfèrent aujourd'hui à toutes les sciences du monde"L.15/16


- plus encore, ce savoir lui donne des pouvoirs extraordinaires, quasi divins :les secrets qu'on a vus le font paraître  comme un démiurge sans équivalent: il a largement dépassé la pierre philosophale, pourtant tellement fascinante et tellement cherchée.


 Le métier de voleur  n’apparaît pas ici comme une basse œuvre,  mais comme un art (dimension technique),qui permet de maîtriser les clefs de l’univers, de le contrôler. C’est un homme de grande science qui a aussi un art de vivre....

c- Il utilise des métaphores qui l’ennoblissent davantage encore :
celle du chevalier, du paladin, qui combat «sous les étendards de maître Gonin».


2- En valorisant les voleurs, il rabaisse les puissants, quels qu'ils soient.

 Ce qui n’était jusque-là qu’un paradoxe comique prend une valeur très polémique.


 Tout le monde vole. VOILÀ SON POSTULAT. Le voleur n’est qu’un individu plus méritant que les autres et en même temps injustement traité.

a- Du texte se dégage une critique sociale et politique :

•la critique est d’abord personnelle   : vous n’êtes pas moins voleurs que moi (l.5/6); puis générale ( l'homme ) ; plus loin, il  dénonce «tant d’honnêtes gens».

•puis il s’en prend aux grands de ce monde qui sont  seulement les plus grands filous et ceux qui volent avec le moins de fatigue :  L. 15

=>Le texte est violemment critique ici : ce sont les grands qu'il pourfend et certainement les rois, qui vivent aux dépens du peuple.


D’Assoucy isole alors une fonction (le militaire) et suit alors la hiérarchie sociale dans un mouvement vertical : le capitaine, le soldat, le goujat (le goujat est un XVIIème siècle un valet d’armée). Il est significatif que ce soit l’armée qui soit moquée ici : la fonction militaire, très glorieuse au XVIIème siècle est ridiculisée ; le militaire devenant un forban ; la hiérarchie est inversée : chacun vole son second, celui qui est plus misérable que soi.

Les rois, les princes, les militaires, les cibles sont de choix. Ce voleur est un bon porte-voix.


b- plus généralement, c’est une critique  anthropologique qui se dégage de ce constat et de ce procès: «le monde n’est qu’une grande forêt, où les hommes, cent fois plus dangereux  que les bêtes farouches, s’entremangent comme les loups." Autrement dit dans l’état de nature prolongé.

=>la métaphore de l’animalité est parfaitement filée :forêt, bêtes, farouches.


D’Assoucy reprend le postulat de  Hobbes , à savoir que l’homme est un  loup pour l’homme(phrase de Plaute au départ), mais pour le philosophe anglais, les lois sociales régulent cette violence naturelle, alors que la société  est montrée ici comme une jungle , un état de nature qui laisse libre cours à la férocité.

Aux inversions déjà constatées, s’en ajoute une autre, celle de l’homme et de l’animal, le second apparaissant moins cruel que le premier (cent fois plus dangereux L.7).


Cette dénonciation de la cruauté de l’homme reprend à la fin du texte dans une apostrophe vigoureuse :"ô gens barbares et dénaturés, cruels anthropophages"...


    Le discours est donc ici profondément critique  : le voleur reprend le vocabulaire  religieux : il parle de pitié , de fraternité, mais il s’agit d’une fraternité dans le vol ! Il détourne de façon très audacieuse et provocante le discours moral et religieux.La morale serait du côté des voleurs et non des puissants qui volent autrement et plus gravement en s'abritant derrière une religion de façade.



   II-UN VOLEUR bon  RHÉTEUR AU DISCOURS TRÈS EFFICACE.


1- Le voleur sait  convaincre

a- par  son raisonnement implicite :

    1-  tous les hommes  étant des voleurs, 
    2- soyons  frères comme de bons chrétiens
    3- et  laissons les pauvres voleurs pratiquer leur art librement.
 

b- par son autre raisonnement implicite :il n’y a que les voleurs qui admettent le vol et le confessent et sont punis. Réglons autrement le monde.... Son exigence est modeste...Il veut vivre honnêtement de son labeur L.13/14. C'est peu.

En outre la quantité les sépare: les voleurs poursuivis sont moins nombreux que les "institutionnels".....


c-  par les nombreuses   comparaisons qui établissent des liens , des proportions

   -où?

-L.7 (plus); L.18= aussi ; qui valent mieux (L.27); L.28 aussi bien etc...

2- Mais il sait aussi parfaitement persuader :

a-
par la franchise de la reconnaissance de son statut, qui désarme l’interlocuteur et le lecteur: sa  bonhommie nous le rend sympathique : «Il est vrai monsieur, que vous m’avez pris sur le fait», et par sa confession  («je confesse que je suis un adroit» voleur).

b- par le brio de son élocution : c’est un voleur qui s’exprime comme un prince :

 Lisez une des nombreuses  périodes de ce texte ( voir par exemple les lignes à partir de 20 sq)

  Citons aussi  les apostrophes : monsieur,(L.1), interjection ô dans O gens barbares,  triple attaque de questions rhétoriques avec   QUOI  , questions oratoires qui forcent la réflexion, et prouvent que le raisonnement est imparable : «ne serez-vous pas contraints d’avouer», «vous semble-t-il raisonnable ?»

c- en jouant HABILEMENT du registre pathétique :

 le voleur nous attendrit sur son sort :

-vous m’avez traité avec trop d’inhumanité (l.9/10)
-quand il parle de ses souffrances  : blanchi sous le harnois.


d- en jouant du registre comique, créateur de connivence avec l'auditeur, lecteur:

*comique propre à l'éloge paradoxal,  au jeu de renversement ;


* comique de l’image des plumes à la fin:  image concrète, parlante,  rendue plus drôle par les répétitions (plumera revenant trois fois),  par la polyptote (plumer, plumera, plumerez) par la dérivation (plumer, plume, plumage), qui prépare l’image de l’anthropophagie, par l’évocation du droit de  plumage.


*comique dû au fait que le voleur s’en prend à la fin particulièrement au poète qui n’échappe pas à la critique universelle, qui apparaît même comme un des plus beaux plumeurs de la création : vous plumerez impunément tous les auteurs. D’Assoucy ne s’épargne pas dans ce texte : loin de se donner le beau rôle, il se montre en position inférieure : attaqué par  le voleur, réduit au silence par un discours d’une telle éloquence, il est le point de mire de l’attaque finale.

Surtout, on est frappé par l’acuité de la dernière question qui  nous met au miroir, qui établit  brutalement une stricte égalité, et qui, par sa brièveté cinglante, tranche avec les longues périodes oratoires qui précèdent. Un alexandrin  blanc destiné à faire taire.



 cl= Rarement paradoxe plus provocateur aura été soutenu avec tant de rationalité et tant de force de conviction. Dans un texte qui  se joue  de la situation d’élocution, le personnage du voleur soutient à la barbe de d’Assoucy personnage un  discours que d’Assoucy auteur n’est pas loin de partager.


Dans la suite de ses aventures D'A qui sait qu'entre Toulon et Nice il y a des voleurs, cache une partie de sa bourse et donne au brigand l'autre partie : ému ,le chef des voleurs lui laisse un peu de monnaie, afin de manger....


Avec beaucoup d’humour, l’auteur se place dans une position  d’infériorité et devient la risée  d’un voleur. Le  libertinage de d’Assoucy se manifeste dans  le jeu  de la double énonciation, dans la critique des autorités, dans le jeu d’inversion qui fait de l’homme un inférieur de l’animal et du vol une pratique honorable. D’Assoucy ne veut pas nous inviter à nous voler mutuellement mais il rappelle par ce jeu d’inversion que les voleurs ne sont pas seulement ceux que l’on arrête pour ce délit, que peu d’hommes ont les mains vraiment propres et que nous devrions moins  nous armer de cruauté envers ces larrons. Par le jeu de l’éloge paradoxal, il nous amène à voir d’un regard neuf notre société, nos valeurs, à nous regarder dans le miroir que nous tend le voleur.

Dans des conditions très différentes politiquement, Proudhon ne dira-t-il pas au XIXème que la propriété c'est le vol et le vol la propritété?



ANNEXE : LES SENS DU MOT BURLESQUE, adj. et subst.

1. [En parlant d'une œuvre, d'un style, d'une manière de parler] Qui développe des idées extravagantes à l'aide d'expressions bouffonnes, voire triviales, en vue de divertir.

Spécialement dans l'histoire de la  POÉSIE. Genre burlesque. [En France, aux environs des annes 1640-1660] Parodie généralement en vers dont le propos était de travestir de manière comique

a) soit le plus souvent une œuvre de style, noble, en prêtant aux héros des actions et des propos vulgaires et bas ;

 b) soit, inversement et plus rarement, un sujet peu élevé en prêtant aux personnages des actions et des propos élevés et nobles (le terme exact est dans ce cas héroï-comique).

Les propos de notre voleur semblent à première vue extravagants mais surtout il parle non comme un aigrefin mais comme un Grand..Burlesque se comprend bien ici.





Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /2009 19:12

Charles Coypeau, dit " Dassoucy"
( 1605-1677 )


 

Charles Coypeau voit le jour à Paris le 16 octobre 1605. Son père est avocat. Sa mère, d'ascendance italienne, est une femme impulsive, bonne musicienne et exerce sur son fils une profonde influence.

NB : Il la décrit dans ses Aventures comme probablement infidèle, et doute que son père soit son vrai géniteur. Cette angoisse des origines, le caractère " initiatique " à la musique par une mère " castratrice " sont certainement des déterminants de l'instabilité de Dassoucy.

Ses parents finissent par se séparer; et son père lui donne pour « belle-mère » une servante qu'il va détester.

Dès l'âge de huit ans, il commence à fuguer. Son père l'initie au latin et au grec, et il achève ses études chez les jésuites. Il partage les loisirs d'une adolescence agitée entre la musique et le jeu, deux passions de sa vie.

On le retrouve en 1621 sur le chemin de la Provence ; il a pris le pseudonyme de D'Assoucy ou Dassoucy, sous lequel nous le connaissons. C'est la vie de bohème. En 1662, à Grenoble, il rencontre un musicien formé à l'école italienne du luth et du chant, Pierre de Nyert, dont les leçons consolident et affinent sa formation.

S'écoulent alors une quinzaine d'années sur laquelle nous sommes démunis de tout document. Il faut attendre 1637 pour revoir Dassoucy, à Paris. Il s'y fait une grande réputation d'instrumentiste et de maître de chant. En 1639 il est introduit à la Cour, où Louis XIII l'apprécie: " Le duc de Saint-Simon - écrit Bayle - le fit entendre à Louis XIII' à Saint-Germain. Il donna dans le génie de ce prince par une chanson à boire qu'il fit, et que tout le monde chanta à la Cour. Le roi depuis prêta toujours l'oreille à ses chants, et lui permit l'entrée de son cabinet, et on appela d'Assouci Phébus Garderobin, pour ce qu'il avait toujours ses luths dans la garde-robe du roi . Il continua ce manège sous la minorité de Louis XIV. Ce jeune prince lisait les vers de ce poète à son petit coucher et riait toujours et fort à propos du bon mot, que bien des courtisans, qui riaient à contretemps, ne pouvaient attraper. Il ne dédaignait point de prêter l'oreille à ses chants, ni de les exécuter lui-même"

C'est une époque joyeuse et glorieuse où il multiplie poèmes et chansons. Il fréquente les grands. C'est le moment, aussi, ou il fait la connaissance de Chapelle, fils de Lalier, et de Cyrano - relations homosexuelles pour qui sait lire entre les lignes. Dassoucy est désormais constamment accompagné de petits pages, dont les voix agrémentent les concert, qu'il donne, mais auxquels il semble avoir porté un intérêt particulier.

En 1639 il part pour un premier (à notre connaissance, mais qu'a t-il fait entre 1622 et 1637 ?) voyage en Italie avec le Comte d'Harcourt. Il Parle italien et en 1641, après la mort de Louis XIII. il s'attache à Mazarin et profite de la vogue italienne dans l'entourage du jeune Louis XIV.

Lorsque, quelques années plus tard, la mode du burlesque est lancée par Scarron, Dassoucy s'y sent chez lui. Et il est, en effet notre deuxième grand burlesque : Le Jugement de Pâris (1648) ou L'Ovide en belle humeur (165o) le prouvent .

Mais il a aussi écrit en 1647 pour Corneille lui-même la musique d'Andromède enfin jouée en 165o. Et tout en continuant de cultiver l'amitié de Tristan L'Hermite, ou de Cyrano et de son ami Le Bret, il écrit et compose Les Amours d'Apollon et Daphné, première pastorale en musique en France, qui ne sera pas jouée mais marque une étape sur le chemin de l'opéra.

Depuis un certain temps, Dassoucy a pour page Pierrotin qui va faire le tourment de sa vie pendant plusieurs années et qui lui vaut un bref emprisonnement (1652). Le soupçon de pédérastie ne va plus cesser de peser sur lui.

Il remonte pourtant à Paris; la faveur de Louis XIV ne se dément pas. Il publie Le Ravissement de Proserpine, Poésies et lettres de M. Dassoucy, ainsi que de nombreuses chansons. Il gagne de l'argent.

Mais voici qu'éclate la querelle avec le redoutable Cyrano'. Dassoucy quitte Paris précipitamment. C'est le début des «Avantures burlesques ». Il rencontre et accompagne Molière et les Béjart. Pierrotin provoque une nouvelle mésaventure à Montpelier (1655). Le bruit court, malgré sa libération, que Dassoucy a été brûlé. Chapelle et Bachaumont dans leur Voyage curieux, historique et galant, contenant plusieurs particularités très considérablesdont le manuscrit circulera avant la publication en 1680, l'accableront sur ce point.

Dassoucy a gagné Turin; il y demeure plus d'un an, s'étant acquis la faveur de Madame Royale que les écarts de conduite de Pierrotin vont lui faire perdre. A la fin de 1658, c'est Mantoue, où Charles III fait enlever Pierrotin, dont la voix l'a charmé, et le fait châtrer. Dassoucy s'enfuit : Modène, Turin, puis Florence où la grande-duchesse de Toscane l'accueille jusqu'en 1662.

Il se rend ensuite à Rome et se mêle à la colonie française. En 1665, il réussit à reprendre Pierrotin; mais celui-ci le vole et, lorsque Dassoucy le fait arrêter, son gentil page l'accuse d'athéisme. Il est jeté dans un cachot de la fin de 1667 au début de 1669. Ni suppliques ni requêtes ne le font sortir, jusqu'à ce qu'il ait l'habileté de rédiger ses Pensées de M. Dassoucy dans le Saint-Office de Rome qui lui valent la confiance du pape Clérnent IX; il est relâché, autorisé à quitter Rome, après avoir même reçu une médaille d'or à l'effigie du pape, et en compagnie de deux nouveaux petits pages...

En 1670 il rentre à Paris; mais on l'a oublié. Le Roi reste insensible à sa pauvreté, et Molière préfère confier la musique du Malade imaginaire à Charpentier. Alors que Dassoucy tente de reconquérir un public par sa production musicale, il est encore arrêté et emprisonné pour sodomie (mars 1673). Au bout de six mois il est de nouveau libéré, et réhabilité.

Le voici dans la « Musique du Roi »; il reçoit une pension, réussit à publier ses Aventures de Monsieur Dassoucy et sesAventures d'Italie, qu'il a dédiées au roi. Nous sommes en 1677, il a soixante-douze ans. C'est l'année de sa mort (29 octobre).

 

Par J-M. R.
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /2009 04:18
  [ENTRE NOUS : SI VOUS NE SAVEZ RIEN DU BAROQUE NE PRONONCEZ PAS CE MOT : ICI CYRANO EST BAROQUE DANS LE PRINCIPE D'INVERSION, avec  LES MÉTAMORPHOSES QU'IL MET EN SCÈNE DANS SES ROMANS, PAR SON IMAGINATION, PAR SES JEUX DE MIROIR ( il y a deux paradis l'un sur la Lune, l'autre qui fut sur terre)  ETC.]


autres questions :

*en quoi est-ce un texte libertin ?
       -réponse : 1-d'un libertin baroque qui aime l'invention, l'imagination et surtout le procédé de l'inversion pour persuader. [ par ailleurs, son roman est baroque en ce sens qu'il est comme le défilé sur une scène de grands dialogues philosophiques ( avec le Castillan, le démon de Socrate, un jeune homme)];
                         2-d'un libertin critique et polémique qui veut nous faire réfléchir.= mon plan.
-en dehors de notre extrait dites que Cyrano s'appuie sur de nombreux philosophes dangereux à l'époque, grands inspirateurs de libertins : Épicure, Lucrèce; il critique violemment Aristote, si bien admis par la religion catholique, il renvoie souvent de façon complexe à Gassendi;au plan politique, il célèbre une sorte de démocratie parlementaire (discours de la pie), il dénonce la gérontocratie etc.

*comment s'y prend Cyrano pour nous persuader? Même plan..



•INTRODUCTION : à abréger avec finesse.GARDEZ DES ÉLÉMENTS POUR L'ENTRETIEN.

        • qui est Cyrano? Né en 1619 et mort en 1655, il n'est pas gascon ni de Bergerac : il s'appelle Savinien de Cyrano, fils de bourgeois parisiens qui achetèrent une maison dans un fief de la vallée de Chevreuse, près de Paris, nommé Bergerac.

[On ne sait où il fit ses études (Beauvais?) mais on sait qu'il s'ngagea dans le métier des armes dans une compagnie de gardes : il fut souvent blessé.

On ne sait plus s'il approcha le philosophe Gassendi (quelques spécialistes en sont certains) qui influenca (malgré lui parfois) les libertins.

Il alterna l'étude et le désordre tout en demeurant un bretteur redouté.

Sous la Fronde* il fut tour à tour contre et pour Mazarin.]

On retient de lui LE PÉDANT JOUÉ (1645) auquel Molière emprunta la scène de la galère  dans LES FOURBERIES DE SCAPIN)  ET LE ÉTATS ET EMPIRE DE LA LUNE  (achevé vers 1649) PUIS LES ÉTATS ET EMPIRES DU SOLEIL (1660). Sa tragédie LA MORT D'AGRIPPINE fit scandale(avec les tirades de SÉJANUS, prolétaire cynique et d'un amoralisme éloquent).

-il meurt des suites d'un accident et il est enterré très chrétiennement...[les spécialistes pensent qu'il était incrédule plus qu'athée et que son Dieu était d'une originalité vaguement proche du Dieu de Spinoza qu'il ne pouvait connaître.]
 
On publie parfois les deux romans ensemble sous le titre L'AUTRE MONDE.

                 
•SITUATION DE L'ŒUVRE ET DE L'EXTRAIT

        •rappelez que ce texte a été publié de façon posthume par les soins de son ami Lebret (en1657), qui a modifié le texte, l’a tronqué, édulcoré afin d’en limiter la portée subversive. Il faudra  attendre 1890 pour que l’on exhume la version originale !

  [abrégez=>]  Les Etats et empires de la lune se présentent comme un récit de voyage initiatique fait par un picaro* de l'espace,  cependant original puiqu’il s’agit d’un voyage spatial, qui vise moins notre instruction  que notre libération.  C’est un roman  inspiré de l'HOMME DANS LA LUNE d'un Anglais, Godwin traduit en 1648 (il est le Castillan du roman, philosophe lui aussi avec qui le héros s'entretient dans leur cage , la nuit)), où, en épicurien, Cyrano  veut nous arracher à nos préjugés  et  à nos peurs. Le personnage visite la lune  où il découvre d’abord le paradis, puis le peuple des Séléniens,  des quadrupèdes à visage humain, où se pratiquent deux langages (les grands s’expriment en musique ; le peuple par un trémoussement des membres), où l’on mange en humant les odeurs de nourriture, où les enfants dirigent les parents,  où les poèmes  sont la monnaie du pays (toujours la question de l'argent comme chez D'Assoucy) si bien que les personnes d’esprit y font toujours bonne chère.Le Castillan et le N sont d'abord  considérés comme des singes.


•LECTURE

•ENJEU:UNE FICTION : QUELS EN SONT LES MOYENS ET LES BUTS DE CET EXTRAIT DE  ROMAN PHILOSOPHIQUE?voir comment et pourquoi cette fiction cherche à battre en brêche les préjugés, nos préjugés.

•ANNONCE DU PLAN




I-UN MONDE QUI BOULEVERSE LES DONNÉES CONNUES :un appel plaisant à la réflexion.

Un motif va conduire le lecteur :l'inversion AUX EFFETS AMUSANTS MAIS SÉRIEUX APRÈS RÉFLEXION.

            •la fiction, la fantaisie nous offrent un détour par un monde inversé : deux hommes, supposés être le dernier et le plus  bel objet de la création se retrouvent en piteuse posture. On reconnaît vite le moyen et BUT DU TEXTE : en voyant les réactions des Séléniens, le lecteur doit se voir mieux. CdB médite déjà sur l'opposition nous /eux qui structurent souvent les sociétés humaines. Il nous faut apprendre à nous regarder comme étranger. Conséquence du renversement copernicien*. Nous ne sommes plus au centre.

Voyons ce motif de l'inversion: on en rencontre quelques formes:  


1- inversion terre / lune

a-  première découverte : la lune est habitée par les Séléniens, qui ont leurs prêtres et donc leur religion.

       La terre n’est pas le seul endroit du monde qui soit habité : il existe d’autres mondes. Il existe d’autres êtres qui “raisonnent” .Une telle découverte remet en cause les dogmes chrétiens : non seulement la terre n’est pas un centre fixe autour duquel tourne le soleil, mais en plus, d’autres formes d’existence se trouvent ailleurs. Une telle découverte ruine le géocentrisme, la cosmologie chrétienne, mais surtout décrédibilise le premier livre de la Bible et sa téléologie : la Genèse, dans lequel il est écrit que  Dieu a fait le monde pour l’homme. C’est pour avoir soutenu de pareilles idées que Giordano Bruno avait été  torturé et brûlé des années plus tôt (1601). L'homme n'est donc pas la fin (le but ni le dernier maillon : Diderot dira la même chose un siècle plus tard) de la Nature.

b- Deuxième découverte

    Le héros arrivé sur la lune  découvre que le globe terrestre y est considéré comme la lune. Pour les prêtres, le héros-narrateur (qui devait s'appeler à la fin du livre DYRCONA), provient «de la Lune» (l 9 donc la..terre). Cyrano de Bergerac  veut nous faire comprendre la relativité de nos opinions et les limites de toute vérité..

2- inversion homme / animal

  La lune est habitée par les Séléniens, un peuple de géants, qui marchent à quatre pattes et qui considèrent que ces spécimens à deux jambes ne sont pas des hommes. Nous assistons donc à une inversion  : ceux qui  sont  des animaux pour nous sont des hommes sur la lune ; tandis que le bipède humain y fait figure d’étrange animal.Tout d'abord des singes : puis quand le narrateur eut appris la langue des Séléniens on faillit l'appeler Homme : ce à quoi s'opposèrent les prêtres (cf le début du texte : cette croyance allait prendre racine : laquelle? Que le Castillan et le N était des hommes sauvages qui n'avaient pas eu la chance de posséder...quatres jambes)qui réprimèrent cette intuition du peuple...

a- nous assistons à la dévalorisation de l’homme présenté comme

-une brute l 15 : sens de brute?
-voire pire qu'une bête l 3
-pire qu'un monstre L 4

 -et en tout cas  désigné comme  si peu de chose  L16/17

tandis que les créatures à quatre jambes  y sont  présentées comme une «chose si précieuse» L11 et comme seuls humains !!!6/7

=>Le vocabulaire est significatif : «nous autres nous marchons à quatre pieds» (l.7) ; les bipèdes sont sur deux «pattes».  Le sort du bipède s’exprime aussi en termes péjoratifs :  l’"homme" , le terrien que les Séléniens prennent pour un lunaire ...a été dédaign[é]»(l.14), «abandonn[é]» (l.15)

b- le bipède est présenté  même comme inférieur aux animaux vivants sur la lune: il serait plus logique que «nos animaux domestiques» soient reconnus comme des hommes plutôt que ces étranges créatures à deux pattes (Critique de l’éthnocentrisme).

   Plus loin, les prêtres soutiennent l’idée que les oiseaux sont supérieurs  aux deux créatures parce qu’ils ont l’avantage des plumes.

L’homme terrestre arriverait donc tout en bas de la création animée, simple caprice de la Nature l15 .

c- Les prétendus "arguments" fournis par les prêtres sont nourris :

-Le bipède vient d’un autre  monde ( ce qui n' est un argument que pour eux)

- il est inférieur parce que la position sur  quatre piliers  est plus stable que la position sur deux pattes...

-il n’est pas rapide comme l’oiseau, ou le quadrupède  ; il est limité, et  tombe prisonnier des quadrupèdes plus véloces.

-la position de la tête indique une position de suppliant ( point très ironique : on sait que dans LES MÉTAMORPHOSES  Ovide (un païen) fait du regard tourné vers le haut un attribut majeur de l’humanité ; en outre se tourner vers le haut c’est pour un croyant se tourner vers Dieu mais eux, les quadrupèdes sont tellement nantis qu'il leur suffit de se tourner vers le sol sans jamais se plaindre: ils n'ont rien à demander, ils ont tout : autrement dit suggère CdB, le regard vers le divin dépend de notre constitution et de notre éducation..... Propos polémique.

Cyrano prend position ici dans deux débats :

(1) les Séléniens  chantent, ils ont leurs valeurs( en particulier celle du poème comme monnaie d'échange...); donc ce que nous prenons pour animal, le quadrupède ici, doit être respecté.

    Évidemment Cyrano de Bergerac ne prétend pas absolument que l’animal soit supérieur à l’homme. Simplement il prend position dans un débat très vif au XVIIème siècle sur le statut de l’animal. Il dénonce l’anthropocentrisme, la prétention de l’homme qui croit que le reste de la création n’existe que  pour lui,  et nous invite à plus d’humilité  et de respect envers les animaux.

(2)Mais l'enjeu du texte est ailleurs : nous, hommes agissons comme ces prêtres séléniens, nous  méprisons les animaux, pire nous méprisons ceux qui ne nous ressemblent pas, nous les classons comme inférieurs, nous utilisons des justifications confuses ou peu fondées (l'apparence corporelle) pour nous croire supérieurs.

 Le détour de cette fiction est de nous mettre dans la situation de l'Autre que l'Humain, de l'autre que le Blanc, que l'Européen, de tous les autres (dont l'animal) que nous traitons par le mépris et l'ignorance: ce monde inversé placé dans une fiction nous pousse à changer notre regard, à nous libérer des regards imposés (on a déjà à l'œuvre la technique du Persan de Montesquieu). Il tourne alors à la satire au service d'une dénonciation de ceux qui voilent notre regard . Passons alors à


II- Une critique des prêtres séléniens mais évidemment surtout français.Une universalité chrétienne bien bousculée:

a-et tout d'abord de leurs victimes  trop vite consentantes:

 Cyrano se livre à une double dénonciation : il fait une critique de ce qu’on appelait avec mépris le vulgaire au XVIIème siècle. Mais une critique nuancée. Il nous livre en même temps une réflexion sur les hommes de façon générale.


Dans un premier temps, avant notre extrait  le peuple des  Séléniens a eu un doute et s'est demandé si ces créatures bipèdes ne seraient pas finalement des hommes mais seulement sauvages. Il a fallu un long travail d'embrigadement "théologique" pour asservir le vulgaire comme on l'appelait au XVIIème.  Ce qui nous donne deux observations:

-1)le peuple est capable de justes intuitions;

-2) mais il est bridé (l32), étouffé. A la fin, à force d’entendre les discours des prêtres, les hommes finissent par se rallier à leur avis, les peuples se laissent facilement endoctriner par quelques individus. Ils peuvent juger par eux-mêmes mais on ne leur en laisse pas le temps et on ne leur en donne pas les moyens . Quitte à imposer un avis qui n'a pas de sens  :  «il fut arrêté que  je ne passerais tout au plus que pour un perroquet sans plumes» : l’image est amusante car paradoxale. Un perroquet sans plumes ne ressemble pas à un perroquet, mais à un abominable résidu de poulet. 

   L’image a aussi, sous une invention amusante, une signification philosophique :  Platon  avait défini  l’homme comme un  bipède sans plume et qui avait une âme. Diogène pluma un coq et l'amena à l'école de Platon. "Voilà, dit-il, l'homme de Platon !" D'où l'ajout que fit Platon à sa définition : "et qui a des ongles plats".  Ici, il n’est plus question d’âme :  l’homme n’est plus qu’un perroquet (parce qu’il parle comme lui)  mais  privé de son beau plumage. Cyrano montre en passant et avec le rire combien toute définition est susceptible de critique et d'examen sérieux..

b- Le texte dénonce l’attitude des prêtres

(1)- Leur dogmatisme*
( Disposition d'esprit d'une personne à affirmer de façon péremptoire ou à  admettre comme vraies certaines idées sans discussion)

- ils s’opposent systématiquement à ce que pensent les autres , surtout le peuple jugé ignorant.

- ils présentent leur avis comme une certitude absolue qu’ils étayent au moyen d’un raisonnement nourri, multipliant causes ( “à cause qu’ils sont nés” /, “parce que “” car”)  et conséquences. La raison est détournée de sa fonction : elle devient un raisonnement, une logique fondée sur deux (faux)arguments:

- d’abord l’ethnocentrisme  (les bipèdes ne sont pas des hommes parce qu’ils sont étrangers) et, ensuite, l’intentionnalité,  la finalité:


a-de Dieu (citez) b-de la Nature(idem)(=anthropomorphisme)  plutôt que sur des faits observés, et vérifiés.

Car, dans leur orgueil , les prêtres prétendent lire, parler au nom de Dieu, connaître sa volonté («Dieu ne voulut pas»), ses sentiments («il eut peur»), ses intentions («il prit la peine de l’asseoir sur quatre piliers afin qu’il ne pût pas tomber»).

Ils parlent de Dieu  comme s’il s’était révélé à eux et était un familier, et comme s’il y avait eu une intentionnalité divine, comme si Dieu avait décidé de tout.

En même temps, ils donnent une idée très incohérente de Dieu : n’est-il pas absurde en effet que Dieu  qui méprise le bipède soit tout de même responsable de sa création puisqu’il l’a confiée  à la nature? S’il n’en voulait pas, pourquoi s’en embarrasser ? Implicitement c’est un argument souvent brandi par les athées qui appert ici :  comment le monde qui n’est pas parfait aurait pu être créé par Dieu qui est parfait ? N’est-ce pas que ce n’est pas Dieu qui l’a créé, et donc que Dieu n’existe pas ? (on peut dire que ce point était "réfuté" par des théologiens et par un génial contemporain de Cyrano, Pascal. Sans grand succès toutefois.)

    Plus curieux encore: ils établissent  une bizarre hiérarchie entre  Dieu et la Nature : ce dont Dieu n’a pas voulu, c’est la nature qui l’a construit : le bipède a été abandonné au caprice de la nature [point capital : Cyrano est persuadé que la nature, l'histoire de la vie sont dues au hasard] . Le monde aurait été donc créé en partie par Dieu, en partie par la nature. Ils ne s’aperçoivent pas que leur explication qui  justifie l’existence de créatures aussi mal faites que les hommes (comment Dieu parfait aurait-il créé des créateurs aussi monstrueuses) est boiteuse :  si  la Nature a créé une partie du monde, que ne l’a-t-elle créé tout entier ?

D’une manière générale, les prêtres savent tout sur tout : si les hommes sont debout  c’est pour supplier Dieu. Ils en sont convaincus sans avoir eu besoin  d’interroger les bipèdes pour en connaître les raisons.

c-la pique ultime de notre extrait :  les moins passionnés sont déjà très véhéments. Qu’en est-il des autres ?

Pour impressionner les autres Séléniens, ils leur font peur : c’est une impiété épouvantable L 2/3 ( hyperbole = qui doit épouvanter, terroriser) que de penser que les bipèdes sont des hommes.

Tous les jours ils endoctrinent le peuple.Derrière ces prêtres séléniens Cyrano vise aussi les moralistes, les philosophes chétiens...


  cl Dans notre  extrait   des Etats et empires de la lune, on retrouve la même dénonciation de la prétention humaine, de l’obscurantisme religieux. Mais la critique ici  cible les représentants du clergé, individus obtus, imbus de leur pouvoir, s’arrogeant une prétendue connaissance des volontés divines.  Le prêtre est  à la fois celui qui condense en lui les défauts humains que sont la prétention et le dogmatisme et qui exploite à merveille la naïveté de ses semblables.  La raison ne nous grandit pas ; elle n’est qu’un prétexte à ratiocination, à sophisme.  Le libertin est sans illusion sur l’homme mais s’amuse ici encore à inverser  nos valeurs pour mieux mettre en cause nos certitudes.

Dans le reste du voyage Dyrcona qui sera passé par la cage des oiseaux du roi et de la reine découvrira que le quadrupède à des belles initiatives : y a-t-il une guerre? Voir notre extrait donné en fin d'année ( équité , courte paille).

Il sera déclaré homme, finalement assez vite.Le Séléniens se débarassent mieux et plus vite de l'empire du clergé que les hommes, les terriens.

LE HÉROS À SON RETOUR SUR TERRE SERA MIS EN PRISON : les prêtres se méfient de lui, évidemment. Heureusement il s'envolera vers l'empire du soleil gouverné par les ...oiseaux mais pas les aigles...les colombes! Une pie lui fera découvrir l'importance d'une monarchie dont les représentants sont élus...Il a un siècle d'avance.

Nous aurons donc  appris sur nous avec les erreurs de certains Séléniens proches de nous en sottise (prêtres) et d'autres qui mettent en cause par des initiatives et par leur seule existence nos certitudes prétentieuses.

Un tel livre ouvre une voie royale au conte et au roman philosophiques du XVIIIéme : de qui ? À vous.



ANNEXE(1) :de façon très implicite, Cyrano veut nous convaincre sur certains points:

  (1)dans la recontre avec les Séléniens,Cyrano souhaite  montrer que ceux que nous prendrions pour des animaux parlent : ce qui signifie en clair qu'au plan philosophique qu'ils ont une ÂME, fait récusé par les théologiens et les philosophes souvent.ÂME mortelle comme celle ...des hommes.

   (2) l'homme est debout : nombre de philosophes (dont Aristote) ont affirmé que c'était la singularité de l'homme qui est "né" bipède. Pour Cyrano rien n'est moins sûr. Comme Vanini, Cyrano pense que l'homme fut quadrupède. Nouvelle attaque contre l'homme selon la Bible.


DÉTAIL/ANECDOTIQUE:Sachez que dans ses deux romans Cyrano a anticipé sur bien des réalisations techniques :il invente presque le montgolfière, le mégaphone, le magnétophone,la caravane ou le camping-car... une sorte de voiture magnétique.



Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /2009 05:28
TEXTE 1:


        - QUELLE EST L'ORIGINALITÉ  DE L'INCIPIT ?

        -EN QUOI CET INCIPIT RELÈVE-T-IL DE LA CRITIQUE DANS LE ROMAN ?


TEXTE 2:GOUSSE.

        -QUELLE EST LA DIMENSION "PHILOSOPHIQUE" DE CE TEXTE?


TEXTE 3: LA GOURDE


          -EN QUOI CE TEXTE EST-IL UN TEXTE DES LUMIÈRES ?



TEXTE 4: FIN DU MANUSCRIT


           -QUELLE EST LA PART DE L'HUMOUR, DE L'IRONIE, DE LA PARODIE DANS CE TEXTE ?

         
Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /2008 16:49
INTRODUCTION

   a) l'auteur:(WIKIPÉDIONS!)


Jacques Vallée, seigneur Des Barreaux1599/ 1673, était le fils d’un président au grand conseil,et fut éduqué chez les Jésuites au collège de La Flèche où il fut le condisciple de Descartes . Pourvu de bonne heure d’une charge de conseiller au parlement de Paris, il s’en démit pour se livrer plus librement à son goût pour la bonne chère et le plaisir.

Des Barreaux fut lié avec les beaux esprits de son temps : Guez de Balzac (pas celui que vous connaissez) et Théophile (SAVOIR RÉPONDRE À DES QUESTIONS SUR LUI).IL FUT PLUS TARD AMI DE CHAPELLE ET MOLIÈRE. EN HOLLANDE IL FUT L'HÔTE DE DESCARTES.


Très connu de son temps plus pour ses frasques, ses palinodies, sa veulerie dans le procès de son amant Théophile de Viau que pour ses poésies.


  [si l'examinateur vous demande à un moment ou à un autre : mais pourquoi étudier un poète peu connu?

Votre réponse :

(1)méconnu ne veut pas dire sans talent; il est des hiérarchies imposées par le temps et l'habitude qu'il faut renverser;

(2)étudier le  texte d'un libertin mineur aide à mieux cerner la force du mouvement tellement combattu....]



    b) l'œuvre de dB est mince: de plus, ses poésies et chanson n'ont pas été publiées. Elles ont circulé sous le manteau. Nous ignorons la date exacte de rédaction de notre poème qui semble bien inspiré par celui de Vauquelin des Yvetôt .

LECTURE

ENJEU : tenter de lire dans ce poème construit sur une accumulation d'infinitifs rarement reliés (asyndète), comment dB détourne le sonnet*consacré à la poésie amoureuse ou galante et en fait un manifeste au service d'un art de vivre en libertin.

1/UN MANIFESTE :

   a) un manifeste se reconnaît à la généralité du propos :

•le texte est écrit à la troisième personne :

  -soi (v2)
  -son (5), s'étudier (v4)

  *c'est parfois un pronom indéfini on (8).

=> Entendons : n'importe qui (tout le monde) peut devenir le sujet actif de ces phrases et reprendre à son compte le  contenu texte : je ne serai ni...ni.

•les quelques verbes conjugués le sont au présent gnomique ou de vérité générale : voit 8, doit 10 ; font 14. Vérité recevable en tout lieu et en tout temps.

•les termes utilisés sont aussi généraux imprécis, sans référent unique .

Il suffit de regarder les déterminants :


   -parfois aucun : ni magistrat, ni prêtre (deux professions sont rejetées, pas des individus);

    -parfois c'est l'article indéfini qui donne valeur générale au nom : UN docteur de la Loi=un laisse entendre qu'il s'agit de la profession en général;

    -même l'article défini (le/la/les) prend une valeur générale : dB parlant de la cour ou du roi , il ne vise personne en particulier...

Enfin la plupart des mots servent à eux seuls la généralité du propos :isolons

> bien n'est pas précis.

>VIVRE MORALEMENT
(v11). Proposition absolue, sans aucun détail..

> PARTOUT (V14): Universalité du propos et des propositions du poème.

  b)[allez vite sur ce point , vous risquez de vous perdre dans des détails]un manifeste  critique fondé sur le rejet de nombreux éléments moraux, sociaux et structuré par une grande quantité de négations contre-carrées parfois:

   •Le premier mot du sonnet est une négation coordonnée à trois autres ( ne /ni reliés par une polysyndète );  si nous restons sur le premier quatrain nous observons une alternance de vers :

  v(1): structuré par des négations

 v(2): vers positif fondé sur la question du bien (argent, propriété)

 v(3) : avec
sans , préposition qui exprime le refus

 v(4): une comparaison (plus.....qu'à...) qui valorise un aspect de l'antithèse (jou/ir > à connaître).

Un quatrain qui offre  donc avant tout des éléments négatifs  et éliminés  compensés par ce qui est la base de la philosophie de notre libertin.


  [ Dans les autres strophes on peut relever

-négation restrictive : ne ..que

-négation totale : ne savoir point mentir

-négation totale renforcée : n'avoir aucun remords.]

  Mais ce qu'il faut retenir c'est cet arrangement de vers et de strophes qui multiplient pour les opposer les négations, les restrictions et les affirmations:

  -un vers (11) est significatif : un hémistiche élimine l'épreuve du remords ; l'autre affirme simplement la morale du libertin.

  -mieux : le second tercet est remarquablement construit autour de la notion de Temps :

-v 12 : vers affirmatif consacré au présent: la clé du bonheur ( proche du carpe diem*)
-v13:vers qui élimine les tentations de crainte et espérance qui seraient dues à l'avenir;
-v14: enfin la pointe du sonnet : alors qu'il est question  du seul avenir certain, la mort, les mots sont rassurants (attendre/doucement)



 c)un manifeste  se reconnaît à la généralité du propos , à ses propositions critiques mais aussi à son CARACTÈRE PRESCRIPTIF:

  • les infinitifs ont cette valeur :

-Que d'infinitifs (une 20aine)!!!

L'infinitif est la forme apersonnelle (aucune marque de la personne) et atemporelle (aucune marque du Temps : elle se prête fort bien aux énoncés à valeur générale voire universelle).

-en outre les verbes à l'infinitif se dirigent vers  un sujet grammatical DÉMESURÉ: LES VERS DE 1 À 13 FORMENT LE SUJET du verbe situé au v 14 : la protase (partie ascendante) de la phrase est très longue, l'apodose très brève.

-enfin il y a un effet des verbes : l'infinitif  qu'on peut entendre comme un impératif est accentué par un jeu d'homéotéleutes( rapprocher des mots ayant même fin ) dans le second quatrain( avoir/voir/savoir/vouloir) qui donne un caractère plus insistant aux conseils .

  »»»»»L'ensemble de ces procédés répétés , insisants, contribue à donner à ce texte sa force de conviction et nous donne à lire un manifeste dressant le portrait du bon libertin.


2/LA "PHILOSOPHIE" DU LIBERTIN selon notre poète.

Dans tout le poème le mot libertin n'est pas prononcé mais se devine en creux: ce qui le définit c'est la volonté d'affranchissement au cours d'une vie qui nous est  évoquée jusqu'à la mort, élément central dans l'attitude de des B et des libertins. Toujours rappeler l’étymologie de libertin: un esclave affranchi. Il s'agit alors de voir que ce poème met en valeur tout ce qui s'écarte d'un institution, quelle qu'elle soit.

  •a• un affranchissement social :

Le premier vers met sur le même plan trois "destins" considérés comme imposés plutôt que choisis librement :

-la voie du droit (celle de dB) , celle des enfants de la bourgeoisie ( cf  Molière, La Bruyère)

-celle du mariage (affaire arrangée entre parents ( cf La Fontaine)

-celle de la carrière ecclésiastique, réservée aux cadets de familles nobles.

       =>il s'agit de refuser les charges, les fonctions contraignantes pour soi et les autres:

             -la magistrature est écartées v1, moyen ordinaire de gagner sa vie : dB refuse  ce  qui constitue pour l’essentiel la noblesse de robe et la haute bourgeoisie. Rappel autobiographique : il avait vendu sa charge de conseiller pour en dissiper le prix en débauches.
         -ce refus a une autre cause : db ne veut affecter d'être un docteur de la loi autrement dit un comédien de la justice, un hypocrite. Mieux vaut s'étudier à bien profiter de la vie. La loi de la vie heureuse est plutôt son domaine...

         *refus du lien conjugal et amoureux : significativement placé entre deux professions!!!!Une CHARGE comme les autres !!!!

Le mariage est rapproché en v1 de la prêtrise (d'ailleurs le prêtre officie dans le mariage): le prêtre est symbole  de soumission à une institution, une hiérarchie. Le mariage, institution socle de la société d'alors, est alors lui aussi considéré comme aliénant ,sans doute pour les deux partenaires.

DB va plus loin : il refuse une maîtresse v5 : non par chasteté  grand dieu !!!mais parce qu'il entend  dépendance dans le mot maîtresse.Libertinage de mœurs.

          •b•refus des ambitions sociales :

  -un peu de bien suffit : le libertin méprise le faste et la cupidité (ce sera différent au 18ème et il faut admettre que les libertins ne sont pas souvent issus du peuple..;DJ est habillé en courtisan , il s'endette sans payer M. Dimanche pour garder une  force d'ostentation,  dB lui-même ne manquait de rien...)

   -il n’a aucune envie d'être remarqué à la cour, par le roi : il ne les fréquente que par accident, hasard. Ce libertin  veut se détacher de la courtisanerie, du suivisme sot qui pousse à jouer la comédie (cf portraits dans les caractères de La Bruyère) et à subir nombre d'humiliations.

  -tout maître (en quelque domaine que ce soit) est refusé : être le favori n'est pas l'école de l'indépendance.

  Liberté donc loin des autres, des illusions et même des illusions sur soi (v8), preuve d’humilité qui ne  sera pas l’apanage d’autres libertins (DJ est-il humble?)

  •c• le libertin cherche aussi un affranchissement moral: ce qui ne signifie pas abandon, perte des valeurs : au contraire, selon lui. C'est sur ce point que le combat est rude avec les croyants comme le père Garasse ( qui est-il ?)

  Il faut avoir la conscience en paix (aucun remords)([premier accroc à la religion = sans remords pas de repentir...Mais attendons la suite]: dB recommande de vivre moralement mais il se garde d’aller trop loin dans ce domaine.

Il avance deux principes :

- ne point mentir;

-bien garder sa foi: respecter sa parole , se engagements donnés ( le contraire de Dj). Il s'agit d'être un homme d'honneur.

Toutefois on a compris que sa morale est avant tout hédoniste : avoir peu de bien , l'appliquer tout à soi, s'étudier à bien jouir = se suffire à soi-même.

        Le pronominal s'étudier dit le rapport  à soi, l'essentiel de sa pensée. Il ne faut  jamais se quitter , il ne faut comme critère que le plaisir. Le plaisir est moral : proposition qui faisait bondir un censeur à l'époque.

La reprise du mot bien, nom puis adverbe confirme sa morale épicurienne : la quantité compte peu , seule compte la qualité de la sensation, sa plénitude. Sentir c'est approfondir son être ; connaître c'est s'égarer, se disperser, sortir inutilement de soi. S’étudier oui, se connaître mais pas chercher à connaître le monde ( nous sommes loin des libertins érudits).

([à partir de maintenant ayez bien  en tête LA LETTRE À MÉNÉCÉ]

  •c• enfin le libertin affirme un certain affranchissement religieux  DE FAçON PRUDENTE, MODÉRÉE. (ou peut hésiter : sincérité ou précaution oratoire qui mettrait le libertin en contradiction...en le montrant un peu hypocrite? Je vais montrer qu'il en dit tout de même beaucoup , sans trop insister.)

  -on a vu qu'il refuse la prêtrise par volonté de ne pas subir un code social (le cadet étant obligé de se soumettre) et par mise en cause d'un assujettissement à une institution.Il remet en cause la prêtrise pour la question du bonheur de vivre, il ne dit pas s’il condamne la prêtrise en elle-même.

-il veut avoir l'esprit purgé des erreurs populaires : le peuple pour le libertin c’est le lieu où dans les consciences dominent  l'irrationnel,  la superstition. Cf Sganarelle.

-prudent, il dit respecter les mystères (les miracles (comme la multiplication des pains par le Christ ou tout ce qu'ont faitsles saints de la légende dorée DE J DE VORAGINE), les dogmes: PAR EXEMPLE la divinité en trois personnes). Respect et non adhésion de sa foi. Visiblement, il  ne veut pas d'ennui : il a vu la torture de Vanini *et a connu le procès de Th de Viau. Il a opté pour la discrétion.

- mais il avance tout de même son opposition la plus nette : il ne veut pas admettre la foi inculquée par peur de l'au-delà et de la mort : il ne craint ni n'espère ( v13). En épicurien il sait qu'il ne faut pas craindre la mort ; notre âme étant mortelle nous retournerons  à la matière. Point final. Une théorie matérialiste émerge doucement.

 C'est tout de même sur cette affirmation que se clôt le poème dont la fin clausule surprend : on a attendu la principale pendant 13 vers; le mot mort est placé entre des mots auxquels on ne l’associe pas.
Le libertin, en fin de poème comme en fin de vie a atteint l'a sagesse ( j'hésite pour employer l'ataraxie, surtout pour DB) et  accepte la mort avec des mots aux rimes qui sonnent de façon douce ( /en/), en rime masculine autant que féminine.


cl:un manifeste serein, convaincu mais discret qui ne parle ni de débauche et prend des distances discrètes avec la religion mais sans blasphème voyant. Un art de vivre humble, modeste qui doit beaucoup à l’épicurisme,  écartant le plus possible les contraintes extérieures pour vivre librement et choisissant le plaisir, étant entendu ou du moins suggéré qu'après la mort, il n'y a rien...Propos évidemment irrecevable pour une pensée religieuse.

Par J-M. R. - Publié dans : libertinage XVII et XVIII
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Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /2008 17:45



VERSION BRÈVE : votre fiche de base.

  Rappeler l'apparition récente du mot (1724) et bien dire que DD ne pouvait connaître le mot déterminisme apparu après lui ; apprécions la définition de l’abbé Pluquet en1757 : “Le fatalisme est un système qui suppose que tout existe nécessairement, et qui attribue tous les phénomènes de la nature à une force sans liberté”.Voyons ce qu'en pense J dont le prénom est associé  dès le titre à ce concept philosophique

 


1/LES CONVICTIONS DÉCLARÉES de J :


A/SES REFUS :

-le finalisme dans la nature et le providentialisme :rien dans la nature n'a été fait par une Volonté (divine) et encore moins par une Volonté qui aurait voulu le meilleur pour l'homme.


B/SES PRINCIPES :


-tout est lié dans la nature, tout ce qui est est nécessaire (243 etc). Au sens de : devait avoir lieu. On pense évidemment à l’incroyable série causale qui va du cabaret au genou de Denise et constitue le récit des amours..

L’absence de lien sera appelé hasard qui ne sera que le résultat d’une ignorance.


  Tout dans la nature et en l’homme est à la fois cause et effet, causes et effets aux intensités multiples 360. L’image forcément simpliste et réductrice de la gourmette sert à comprendre ces liens.



-être c’est être un effet, en réalité une infinité d’effets et de causes.


-J va plus loin : comme une déjà longue tradition, il associe l’homme à une machine, une sorte d’automate avec un ressort de plus mais qui réagit dans la rencontre des parties de son corps et des parties extérieures (tel fait, tel acte etc).


-la conséquence logique suit : J fidèle à Spinoza récuse les concepts de libre-arbitre, de liberté humaine, de volonté (humaine ou divine même comme on sait) : dév la pierre de Sp ou la boule de J 243. 



- autre conséquence capitale qui fait hurler les théologiens : il récuse la distinction d’un monde physique et d’un monde moral : inutile d’introduire une âme qui serait à part et relancerait l’idée d’une origine divine.



C/LA CONSÉQUENCE MORALE, enjeu fondamental du débat:


-l’effet de cette pensée sur la morale est évident.  


          - s’il n’ y a que causalités à l’œuvre, s’il n’ y a pas de liberté, il n’y a ni vertu, ni vice. J hausse les épaules 243.


         - il y a des êtres heureusement nés pour la bienveillance ou malheureusement nés pour la malveillance.


      


  -sur ces bases qui choquent les spiritualistes, J prouve fréquemment (comme la maîtresse de Desg (personnage capital ! 347/8)) que la liberté de moeurs  comme la théorie fataliste n’empêchent pas d’être à peu près honnête, loyal, ... : question de constitution, de corps : la pitié est aux endroits décisifs du roman et on sait qu’elle dépend des entrailles selon DD. Le malfaisant devra tâter du bâton - ou pire selon la lettre à Landois. Mais il faut compter avec la culture, l’éducation.


[Dans la lettre à Landois, il est patent que DD croit jusqu’à un certain point à l’efficacité de l’éducation (par l’exemple, le discours, le grand modèle, par la souffrance d’autrui etc.)]


Il y a chez le matérialiste une morale sociale.



II/UNE PRATIQUE BIEN PEU FATALISTE - plutôt déterministe même si le mot n’existait pas.. .



A/ J EST INCONSÉQUENT (il le dit clairement et se traite souvent de sot)


-certes au quotidien, quand les problèmes ne surgissent pas, il a un certain détachement et aime prendre son temps : cf J à cheval 21 & 46 : J ne se presse pas souvent et ne s’étonne pas non plus beaucoup.


-sa sensibilité est peu fataliste au sens strict : pourquoi pleurer un frère, un capitaine (et de façon presque pathétique 69) ? Retenons d’emblée que pour quelqu’un qui, devenu concierge enseigne Zénon de Cittium, on n’a pas affaire à un vrai stoïcien : il a essayé de l’être mais sans résultats cf 117(page capitale). Encore que dans sa prison, il le soit plus.


-il se met en colère, il réplique vivement, il fonce chez les brigands, il se maudit dans la négociation avec le chirurgien 110, il se plaint des cousins-moustiques, il regrette son beau geste (cruche). Spontanément. C’est une part automatique de son être :110 il tempête, il jure. Après réflexion il revient à son refrain comprend son erreur et se console.



*J dirait que sa nature, son être ont été constitué ainsi : se fâcher, se contredire font partie des causes contre lesquelles il ne peut rien spontanément.


Disons que DD fait un portrait lucide d’un être partagé entre conception théorique et pratique.


Mais J est plus que cela :il se sert de son fatalisme bien habilement.


B/Un FATALISME QUI CACHE SOUVENT UN DÉTERMINISME : une arme et un alibi



Sans connaître Spinoza, J a, sans le savoir, croisé, un tout tout petit peu, la connaissance du deuxième genre de Sp : la connaissance des rapports, la connaissance par la raison et donc des causes et des effets.



On peut avec l’aide de la raison comprendre non toutes les causes mais essayer d’en déterminer quelques - unes : après examen intelligent. Certes tous les signes sont potentiellement ambigus (et on connaît sa théorie du quiproquo et on a du mal à savoir dans le texte même quand et où le capitaine de J est mort), mais on peut modestement deviner que Richard a été moine, qu’un cheval récalcitrant est un cheval qui refuse les travaux de la campagne ; on peut chercher à comprendre pourquoi tel cheval s’emballe sans avoir recours comme le maître à la superstition....


On peut étudier les êtres, les deviner quand on a repéré des constantes : par exemple le M est un automate, il réagit plus qu’il n’agit, il est passif, on le tient par des contes, il est bon malgré ses colères, on peut le moquer. En le fréquentant J a appris à le maîtriser, à tout faire à sa place, bref à le dominer pour le profit des deux.




- nous sommes déjà à une degré supérieur et on saisit que le déterminisme (mot, répétons-le toujours, qui n’existait pas au temps de DD) ne se confond pas avec le fatalisme : dans le premier, je pense les causes (au plan scientifique et même social : j’examine la religion et ses effets pervers, la mauvaise justice et plus généralement l’État et ses dysfonctionnements et je peux intervenir en amont, par boucle de rétroaction). La raison ne vient pas d’en haut, elle progresse, elle s’affine par l’apprentissage, avec la répétition des expériences. Le hasard, ce que l’on nomme hasard ou ce que J quand il récite son refrain appelle écriture d’en-haut est un déterminisme non décelé encore. Le déterminisme est la meilleure remontée de la pente fataliste.



C/TOUT SAUF UNE RÉSIGNATION (comme l'indique le sens classique de fatalisme)


J a conscience de ses nombreuses limites (par exemple il ne devine pas que l’homme civil qui le sauva est un bourreau, lui qui sait pourtant deviner la cause de l’attitude automatique d’un cheval) et DD lui-même devait reconnaître chaque jour les limites du savoir humain, ce qui le rendait curieux de tout. On ne peut que progresser dans l’accumulation des acquis et des remises en cause des dogmes. Il est des causes partout : il est permis de travailler sur certaines de ces causes.

Le roman (le romancier) par le biais d’un J aux intérêts limités (encore que d’après le passage sur la gourde il se prononce sur absolument tout...) suggère qu’il faut œuvrer à la libération de l’homme (au plan social, religieux, politique) en sachant qu’on ne peut tout et qu’il y a aura des résistances. Avec la raison mais en sachant que la raison est parfois fantaisie. En sachant qu’on n’est pas libre absolument mais que la connaissances des conditions et des rapports peut améliorer les effets de certaines causes..L’homme peut agir et penser et faire des causes des leviers de son action.



Dans son domaine modeste, J a tout de même bien œuvré : il prend le pouvoir par “contrat”, “humilie” le maître, refuse les coups qu’il acceptait de façon fataliste à la première étape ....mais la bride de son cheval casse et il se retrouve en prison. La vie est certes une machine mais vivante et elle n’est heureusement pas une machine intégralement prédictible. Faute de connaissance et non effet du hasard.


cl : le fatalisme de J est étonnant : voilà un être voué socialement à la dépendance et qui théorise une dépendance absolue de l’homme vis à vis des causes : en même temps on a rarement vu agent aussi libre et aussi maître de son maître...Avant tout, au quotidien, son fatalisme est un cadre de pensée du monde, une consolation devant le pire, un levier (il permet d’agir, de composer des rapports avec autrui qui tournent - plus ou moins - à l’avantage des deux, il permet une libération des dépendances par la connaissance des causes et l’appréciation des effets) et souvent un alibi : pour ne pas agir et pour n’en faire qu’à sa tête....Puisqu’il est écrit qu’il n’en ferait qu’à sa tête....

Par J-M. R.
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Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /2008 16:17


  Rappeler l'apparition récente du mot (1724) et bien dire que DD ne pouvait connaître le mot déterminisme apparu après lui ; apprécions la définition de l’abbé Pluquet en1757 : “Le fatalisme est un système qui suppose que tout existe nécessairement, et qui attribue tous les phénomènes de la nature à une force sans liberté”.

 

-le fatalisme est une doctrine considérée comme scandaleuse par les spiritualistes* et acceptée par d’autres franchement athées : le fatalisme (qui n’est pas un, qui est divers) provoque à la fois débat sur la connaissance mais surtout sur la morale [et on comprend vite que derrière ce concept se cache la question : qui est Cause de toutes les causes ? Dieu, la matière ? Le roman ne répondra que très indirectement à la question.]



1/LES CONVICTIONS DÉCLARÉES de J :


A/SES REFUS :

-le finalisme dans la nature et le providentialisme :rien dans la nature n'a été fait par une Volonté (divine) et encore moins par une Volonté qui aurait voulu le meilleur pour l'homme.

-un de passages les plus spinozistes que J ne confirme pas souvent tient dans sa mise en cause d’une volonté divine 134.


B/SES PRINCIPES :


-tout est lié dans la nature, tout ce qui est est nécessaire (243 etc). Au sens de : devait avoir lieu. On pense évidemment à l’incroyable série causale qui va du cabaret au genou de Denise et constitue le récit des amours..

L’absence de lien sera appelé hasard qui ne sera que le résultat d’une ignorance.


Il y a une chaîne infinie d’éléments qui se développent selon une logique extérieure (la rencontre, le choc, l’assimilation etc) et intérieure (chaque sujet réagit à sa manière singulière suivant les lois uniques de son corps) : tout dans la nature et en l’homme est à la fois cause et effet, causes et effets aux intensités multiples 360. L’image forcément simpliste et réductrice de la gourmette sert à comprendre ces liens.



-être c’est être un effet, en réalité une infinité d’effets et de causes.


-J va plus loin : comme une déjà longue tradition, il associe l’homme à une machine, une sorte d’automate avec un ressort de plus mais qui réagit dans la rencontre des parties de son corps et des parties extérieures (tel fait, tel acte etc).


-la conséquence logique suit : J fidèle à Spinoza récuse les concepts de libre-arbitre, de liberté humaine, de volonté (humaine ou divine même comme on sait) : dév la pierre de Sp ou la boule de J 243. [C’est seulement ce qu’on retient à tort de l’appendice du livre I de L’ÉTHIQUE. Sp étant bien un grand penseur de la liberté ...Allez voir le titre du Livre V de l’ÉTHIQUE, sommet de la pensée spinozienne. De la Pensée.]


-J va jusqu’à récuser la notion d’acte gratuit* dans l’aventure du cheval (à la fin) précédée d’un dialogue (sur les cousins)) qui montre que l’acte gratuit dostoïevskien ou gidien (LES CAVES DU VATICAN) est impossible : une liberté qui cherche à se prouver absolument est une obéissance à une cause, à une interpellation.


- autre conséquence capitale qui fait hurler les théologiens : il récuse la distinction d’un monde physique et d’un monde moral : inutile d’introduire une âme qui serait à part et relancerait l’idée d’une origine divine.



C/LA CONSÉQUENCE MORALE, enjeu fondamental du débat:


-l’effet de cette pensée sur la morale est évident.  RETENIR L’ESSENTIEL.


- s’il n’ y a que causalités à l’œuvre, s’il n’ y a pas de liberté, il n’y a ni vertu, ni vice. J hausse les épaules 243.


-il y a des êtres heureusement nés pour la bienveillance ou malheureusement nés pour la malveillance.


-le jugement est toujours complexe (qui peut juger Gousse ?) et le relativisme des valeurs est nettement souligné dans le roman même si deux postulats sont sans cesse rappelés : il faut penser à soi (se défendre est naturel, survivre est naturel, ainsi même les moustiques...) et, dans le même temps notre identité commune (êtres de nature) nous rend naturellement solidaires de l’humanité. Ne pas aller dans ce sens est rédhibitoire aux yeux de DD. Il y a en nous un universel, le code de la nature que la morale notamment religieuse contrarie au point d’être contre - nature.  Il faut de toute urgence détacher l’homme de la servitude religieuse et lui apprendre à percer à jour avec la raison les tartufferies d’un Hudson.


-sur ces bases qui choquent les spiritualistes, J prouve fréquemment (comme la maîtresse de Desg (personnage capital !)) que la liberté de moeurs  comme la théorie fataliste n’empêchent pas d’être à peu près honnête, loyal, ... : question de constitution, de corps : la pitié est aux endroits décisifs du roman et on sait qu’elle dépend des entrailles selon DD. Le malfaisant devra tâter du bâton - ou pire selon la lettre à Landois. Mais il faut compter avec la culture, l’éducation.


[Dans la lettre à Landois, il est patent que DD croit jusqu’à un certain point à l’efficacité de l’éducation (par l’exemple, le discours, le grand modèle, par la souffrance d’autrui etc.)]


Il y a chez le matérialiste une morale sociale.



II/UNE PRATIQUE BIEN PEU FATALISTE - plutôt déterministe même si le mot n’existait pas. .



A/ IL EST INCONSÉQUENT (il le dit clairement et se traite souvent de sot) et vit à sa façon le clivage pratique / théorie que Dd avouait pour lui-même dans sa RÉFUTATION D’HELVÉTIUS (voir la fiche de citations que je vous ai donnée un beau jour)


-certes au quotidien, quand les problèmes ne surgissent pas, il a un certain détachement et aime prendre son temps : cf J à cheval 21 & 46 : J ne se presse pas souvent et ne s’étonne pas non plus beaucoup.


-sa sensibilité est peu fataliste au sens strict : pourquoi pleurer un frère, un capitaine (et de façon presque pathétique 69) ? Retenons d’emblée que pour quelqu’un qui, devenu concierge enseigne Zénon de Cittium, on n’a pas affaire à un vrai stoïcien : il a essayé de l’être mais sans résultats cf 117(page capitale). Encore que dans sa prison, il le soit plus.


-il se met en colère, il réplique vivement, il fonce chez les brigands, il se maudit dans la négociation avec le chirurgien 110, il se plaint des cousins-moustiques, il regrette son beau geste (cruche). Spontanément. C’est une part automatique de son être :110 il tempête, il jure. Après réflexion il revient à son refrain comprend son erreur et se console.


-par rapport à Dieu, notons aussi l’inconséquence de la prière de J : elle contredit l’idée de J selon laquelle Dieu ne saurait avoir de volonté : il parle de corps (doigt), de volonté de Dieu 225. Or le spinozisme dont il se réclame refuse toute volonté à Dieu : Dieu voulant quelque chose se LIMITERAIT. Absurde en termes spinozistes.


*J dirait que sa nature, son être ont été constitué ainsi : se fâcher, se contredire font partie des causes contre lesquelles il ne peut rien spontanément.


Disons que DD fait un portrait lucide d’un être partagé entre conception théorique et pratique.


Mais J est plus que cela :il se sert de son fatalisme bien habilement.


B/Un FATALISME QUI CACHE SOUVENT UN DÉTERMINISME : une arme et un alibi

[il faut bien saisir que J est un personnage de fiction façonné à des fins persuasives et démonstratives par DD : il lui prête des erreurs, des approximations qui révèlent une réflexion insuffisante : ainsi de l’image du grand rouleau, du là-haut. (auquel DD ne croit pas) J a parfois des propositions étranges : il prie à tout hasard ( !!!) et on a vu qu’il parle du doigt de dieu 225 , véritable bouffonnerie aux yeux de DD (et "accessoirement" de Spinoza).


Sans connaître Spinoza, J a, sans le savoir, croisé, un tout tout petit peu, la connaissance du deuxième genre de Sp : la connaissance des rapports, la connaissance par la raison et donc des causes et des effets.



On peut avec l’aide de la raison comprendre non toutes les causes mais essayer d’en déterminer quelques - unes : après examen intelligent. Certes tous les signes sont potentiellement ambigus (et on connaît sa théorie du quiproquo et on a du mal à savoir dans le texte même quand et où le capitaine de J est mort), mais on peut modestement deviner que Richard a été moine, qu’un cheval récalcitrant est un cheval qui refuse les travaux de la campagne ; on peut chercher à comprendre pourquoi tel cheval s’emballe sans avoir recours comme le maître à la superstition....[Le romancier Dd lui sait bien où il veut en venir : le cheval est un automate, habitué aux fourches patibulaires..]


On peut étudier les êtres, les deviner quand on a repéré des constantes : par exemple le M est un automate, il réagit plus qu’il n’agit, il est passif, on le tient par des contes, il est bon malgré ses colères, on peut le moquer. En le fréquentant J a appris à le maîtriser, à tout faire à sa place, bref à le dominer pour le profit des deux.


On peut même anticiper  comme le laisse entendre (plaisamment et de façon rusée ) le dithyrambe de la gourde  non comme une astrologue mais pour tenter de deviner sur fond d’expérience ce qui va se produire comme dans un travail scientifique : la gourde est une astuce de J (boire sans remords) et un symbole fondamental pour DD : l’intuition du génie (scientifique, littéraire, politique) est dans le lien inédit qu’il fait entre des éléments jamais rapprochés et qu’il va unir pour créer, inventer, découvrir, transformer. Le scientifique anticipe, il a une idée produite par son travail, il se lance dans une hypothèse folle, on le croit saisi d’ivresse : la gourde alors est, à une autre échelle que celle de J, le symbole de son génie qui déborde de la normalité trop commune.


- nous sommes déjà à une degré supérieur et on saisit que le déterminisme (mot, répétons-le toujours, qui n’existait pas au temps de DD) ne se confond pas avec le fatalisme : dans le premier, je pense les causes (au plan scientifique et même social : j’examine la religion et ses effets pervers, la mauvaise justice et plus généralement l’État et ses dysfonctionnements et je peux intervenir en amont, par boucle de rétroaction). La raison ne vient pas d’en haut, elle progresse, elle s’affine par l’empirisme, avec la répétition des expériences. Le hasard, ce que l’on nomme hasard ou ce que J quand il récite son refrain appelle écriture d’en-haut est un déterminisme non décelé encore. Le déterminisme est la meilleure remontée de la pente fataliste.



C/TOUT SAUF UNE RÉSIGNATION


J a conscience de ses nombreuses limites (par exemple il ne devine pas que l’homme civil qui le sauva est un bourreau, lui qui sait pourtant deviner la cause de l’attitude automatique d’un cheval) et DD lui-même devait reconnaître chaque jour les limites du savoir humain, ce qui le rendait curieux de tout. On ne peut que progresser dans l’accumulation des acquis et des remises en cause des dogmes. Il est des causes partout : il est permis de travailler sur certaines de ces causes.

Le roman (le romancier) par le biais d’un J aux intérêts limités (encore que d’après le passage sur la gourde il se prononce sur absolument tout...) suggère qu’il faut œuvrer à la libération de l’homme (au plan social, religieux, politique) en sachant qu’on ne peut tout et qu’il y a aura des résistances. Avec la raison mais en sachant que la raison est parfois fantaisie. En sachant qu’on n’est pas libre absolument mais que la connaissances des conditions et des rapports peut améliorer les effets de certaines causes..L’homme peut agir et penser et faire des causes des leviers de son action.


Ainsi, pour revenir à J et à sa morale, on le croit indifférent aux récompenses et aux punitions mais il croit comme DD en la MODIFICATION  On peut transformer une situation en l’éclairant et c’est la même chose pour les êtres et en principe pour les êtres en société : DD n’est pas convaincu que l’éducation fasse tout (comme Helvétius) mais il ne va pas jusqu’à la thèse de Gousse qui réfute l’idée du moindre profit de l’École : pourquoi aurait-il entrepris cette “folie” qu’était L’ENCYCLOPÉDIE si ce n’est pour éclairer, orienter, donner les clés de la connaissance transformatrice ? DD croit en l’exemple, en la formation. J a la fin, concierge de château, devient à son tour initiateur : il enseigne encore et toujours Zénon  et Spinoza.


Dans son domaine modeste, J a tout de même bien œuvré : il prend le pouvoir par “contrat”, “humilie” le maître, refuse les coups qu’il acceptait de façon fataliste à la première étape ....mais la bride de son cheval casse et il se retrouve en prison. La vie est certes une machine mais vivante et elle n’est heureusement pas une machine intégralement prédictible. Faute de connaissance et non effet du hasard.


cl : le fatalisme de J est étonnant : voilà un être voué socialement à la dépendance et qui théorise une dépendance absolue de l’homme vis à vis des causes : en même temps on a rarement vu agent aussi libre et aussi maître de son maître...Avant tout, au quotidien, son fatalisme est un cadre de pensée du monde, une consolation devant le pire, un levier (il permet d’agir, de composer des rapports avec autrui qui tournent - plus ou moins - à l’avantage des deux, il permet une libération des dépendances par la connaissance des causes et l’appréciation des effets) et souvent un alibi : pour ne pas agir et pour n’en faire qu’à sa tête....Puisqu’il est écrit qu’il n’en ferait qu’à sa tête....


  Rappeler l'apparition récente du mot (1724) et bien dire que DD ne pouvait connaître le mot déterminisme apparu après lui ; apprécions la définition de l’abbé Pluquet en1757 : “Le fatalisme est un système qui suppose que tout existe nécessairement, et qui attribue tous les phénomènes de la nature à une force sans liberté”.

 

-le fatalisme est une doctrine considérée comme scandaleuse par les spiritualistes* et acceptée par d’autres franchement athées : le fatalisme (qui n’est pas un, qui est divers) provoque à la fois débat sur la connaissance mais surtout sur la morale [et on comprend vite que derrière ce concept se cache la question : qui est Cause de toutes les causes ? Dieu, la matière ? Le roman ne répondra que très indirectement à la question.]



1/LES CONVICTIONS DÉCLARÉES de J :


A/SES REFUS :

-le finalisme dans la nature et le providentialisme :rien dans la nature n'a été fait par une Volonté (divine) et encore moins par une Volonté qui aurait voulu le meilleur pour l'homme.

-un de passages les plus spinozistes que J ne confirme pas souvent tient dans sa mise en cause d’une volonté divine 134.


B/SES PRINCIPES :


-tout est lié dans la nature, tout ce qui est est nécessaire (243 etc). Au sens de : devait avoir lieu. On pense évidemment à l’incroyable série causale qui va du cabaret au genou de Denise et constitue le récit des amours..

L’absence de lien sera appelé hasard qui ne sera que le résultat d’une ignorance.


Il y a une chaîne infinie d’éléments qui se développent selon une logique extérieure (la rencontre, le choc, l’assimilation etc) et intérieure (chaque sujet réagit à sa manière singulière suivant les lois uniques de son corps) : tout dans la nature et en l’homme est à la fois cause et effet, causes et effets aux intensités multiples 360. L’image forcément simpliste et réductrice de la gourmette sert à comprendre ces liens.



-être c’est être un effet, en réalité une infinité d’effets et de causes.


-J va plus loin : comme une déjà longue tradition, il associe l’homme à une machine, une sorte d’automate avec un ressort de plus mais qui réagit dans la rencontre des parties de son corps et des parties extérieures (tel fait, tel acte etc).


-la conséquence logique suit : J fidèle à Spinoza récuse les concepts de libre-arbitre, de liberté humaine, de volonté (humaine ou divine même comme on sait) : dév la pierre de Sp ou la boule de J 243. [C’est seulement ce qu’on retient à tort de l’appendice du livre I de L’ÉTHIQUE. Sp étant bien un grand penseur de la liberté ...Allez voir le titre du Livre V de l’ÉTHIQUE, sommet de la pensée spinozienne. De la Pensée.]


-J va jusqu’à récuser la notion d’acte gratuit* dans l’aventure du cheval (à la fin) précédée d’un dialogue (sur les cousins)) qui montre que l’acte gratuit dostoïevskien ou gidien (LES CAVES DU VATICAN) est impossible : une liberté qui cherche à se prouver absolument est une obéissance à une cause, à une interpellation.


- autre conséquence capitale qui fait hurler les théologiens : il récuse la distinction d’un monde physique et d’un monde moral : inutile d’introduire une âme qui serait à part et relancerait l’idée d’une origine divine.



C/LA CONSÉQUENCE MORALE, enjeu fondamental du débat:


-l’effet de cette pensée sur la morale est évident.  RETENIR L’ESSENTIEL.


- s’il n’ y a que causalités à l’œuvre, s’il n’ y a pas de liberté, il n’y a ni vertu, ni vice. J hausse les épaules 243.


-il y a des êtres heureusement nés pour la bienveillance ou malheureusement nés pour la malveillance.


-le jugement est toujours complexe (qui peut juger Gousse ?) et le relativisme des valeurs est nettement souligné dans le roman même si deux postulats sont sans cesse rappelés : il faut penser à soi (se défendre est naturel, survivre est naturel, ainsi même les moustiques...) et, dans le même temps notre identité commune (êtres de nature) nous rend naturellement solidaires de l’humanité. Ne pas aller dans ce sens est rédhibitoire aux yeux de DD. Il y a en nous un universel, le code de la nature que la morale notamment religieuse contrarie au point d’être contre - nature.  Il faut de toute urgence détacher l’homme de la servitude religieuse et lui apprendre à percer à jour avec la raison les tartufferies d’un Hudson.


-sur ces bases qui choquent les spiritualistes, J prouve fréquemment (comme la maîtresse de Desg (personnage capital !)) que la liberté de moeurs  comme la théorie fataliste n’empêchent pas d’être à peu près honnête, loyal, ... : question de constitution, de corps : la pitié est aux endroits décisifs du roman et on sait qu’elle dépend des entrailles selon DD. Le malfaisant devra tâter du bâton - ou pire selon la lettre à Landois. Mais il faut compter avec la culture, l’éducation.


[Dans la lettre à Landois, il est patent que DD croit jusqu’à un certain point à l’efficacité de l’éducation (par l’exemple, le discours, le grand modèle, par la souffrance d’autrui etc.)]


Il y a chez le matérialiste une morale sociale.



II/UNE PRATIQUE BIEN PEU FATALISTE - plutôt déterministe même si le mot n’existait pas. .



A/ IL EST INCONSÉQUENT (il le dit clairement et se traite souvent de sot) et vit à sa façon le clivage pratique / théorie que Dd avouait pour lui-même dans sa RÉFUTATION D’HELVÉTIUS (voir la fiche de citations que je vous ai donnée un beau jour)


-certes au quotidien, quand les problèmes ne surgissent pas, il a un certain détachement et aime prendre son temps : cf J à cheval 21 & 46 : J ne se presse pas souvent et ne s’étonne pas non plus beaucoup.


-sa sensibilité est peu fataliste au sens strict : pourquoi pleurer un frère, un capitaine (et de façon presque pathétique 69) ? Retenons d’emblée que pour quelqu’un qui, devenu concierge enseigne Zénon de Cittium, on n’a pas affaire à un vrai stoïcien : il a essayé de l’être mais sans résultats cf 117(page capitale). Encore que dans sa prison, il le soit plus.


-il se met en colère, il réplique vivement, il fonce chez les brigands, il se maudit dans la négociation avec le chirurgien 110, il se plaint des cousins-moustiques, il regrette son beau geste (cruche). Spontanément. C’est une part automatique de son être :110 il tempête, il jure. Après réflexion il revient à son refrain comprend son erreur et se console.


-par rapport à Dieu, notons aussi l’inconséquence de la prière de J : elle contredit l’idée de J selon laquelle Dieu ne saurait avoir de volonté : il parle de corps (doigt), de volonté de Dieu 225. Or le spinozisme dont il se réclame refuse toute volonté à Dieu : Dieu voulant quelque chose se LIMITERAIT. Absurde en termes spinozistes.


*J dirait que sa nature, son être ont été constitué ainsi : se fâcher, se contredire font partie des causes contre lesquelles il ne peut rien spontanément.


Disons que DD fait un portrait lucide d’un être partagé entre conception théorique et pratique.


Mais J est plus que cela :il se sert de son fatalisme bien habilement.


B/Un FATALISME QUI CACHE SOUVENT UN DÉTERMINISME : une arme et un alibi

[il faut bien saisir que J est un personnage de fiction façonné à des fins persuasives et démonstratives par DD : il lui prête des erreurs, des approximations qui révèlent une réflexion insuffisante : ainsi de l’image du grand rouleau, du là-haut. (auquel DD ne croit pas) J a parfois des propositions étranges : il prie à tout hasard ( !!!) et on a vu qu’il parle du doigt de dieu 225 , véritable bouffonnerie aux yeux de DD (et "accessoirement" de Spinoza).


Sans connaître Spinoza, J a, sans le savoir, croisé, un tout tout petit peu, la connaissance du deuxième genre de Sp : la connaissance des rapports, la connaissance par la raison et donc des causes et des effets.



On peut avec l’aide de la raison comprendre non toutes les causes mais essayer d’en déterminer quelques - unes : après examen intelligent. Certes tous les signes sont potentiellement ambigus (et on connaît sa théorie du quiproquo et on a du mal à savoir dans le texte même quand et où le capitaine de J est mort), mais on peut modestement deviner que Richard a été moine, qu’un cheval récalcitrant est un cheval qui refuse les travaux de la campagne ; on peut chercher à comprendre pourquoi tel cheval s’emballe sans avoir recours comme le maître à la superstition....[Le romancier Dd lui sait bien où il veut en venir : le cheval est un automate, habitué aux fourches patibulaires..]


On peut étudier les êtres, les deviner quand on a repéré des constantes : par exemple le M est un automate, il réagit plus qu’il n’agit, il est passif, on le tient par des contes, il est bon malgré ses colères, on peut le moquer. En le fréquentant J a appris à le maîtriser, à tout faire à sa place, bref à le dominer pour le profit des deux.


On peut même anticiper  comme le laisse entendre (plaisamment et de façon rusée ) le dithyrambe de la gourde  non comme une astrologue mais pour tenter de deviner sur fond d’expérience ce qui va se produire comme dans un travail scientifique : la gourde est une astuce de J (boire sans remords) et un symbole fondamental pour DD : l’intuition du génie (scientifique, littéraire, politique) est dans le lien inédit qu’il fait entre des éléments jamais rapprochés et qu’il va unir pour créer, inventer, découvrir, transformer. Le scientifique anticipe, il a une idée produite par son travail, il se lance dans une hypothèse folle, on le croit saisi d’ivresse : la gourde alors est, à une autre échelle que celle de J, le symbole de son génie qui déborde de la normalité trop commune.


- nous sommes déjà à une degré supérieur et on saisit que le déterminisme (mot, répétons-le toujours, qui n’existait pas au temps de DD) ne se confond pas avec le fatalisme : dans le premier, je pense les causes (au plan scientifique et même social : j’examine la religion et ses effets pervers, la mauvaise justice et plus généralement l’État et ses dysfonctionnements et je peux intervenir en amont, par boucle de rétroaction). La raison ne vient pas d’en haut, elle progresse, elle s’affine par l’empirisme, avec la répétition des expériences. Le hasard, ce que l’on nomme hasard ou ce que J quand il récite son refrain appelle écriture d’en-haut est un déterminisme non décelé encore. Le déterminisme est la meilleure remontée de la pente fataliste.



C/TOUT SAUF UNE RÉSIGNATION


J a conscience de ses nombreuses limites (par exemple il ne devine pas que l’homme civil qui le sauva est un bourreau, lui qui sait pourtant deviner la cause de l’attitude automatique d’un cheval) et DD lui-même devait reconnaître chaque jour les limites du savoir humain, ce qui le rendait curieux de tout. On ne peut que progresser dans l’accumulation des acquis et des remises en cause des dogmes. Il est des causes partout : il est permis de travailler sur certaines de ces causes.

Le roman (le romancier) par le biais d’un J aux intérêts limités (encore que d’après le passage sur la gourde il se prononce sur absolument tout...) suggère qu’il faut œuvrer à la libération de l’homme (au plan social, religieux, politique) en sachant qu’on ne peut tout et qu’il y a aura des résistances. Avec la raison mais en sachant que la raison est parfois fantaisie. En sachant qu’on n’est pas libre absolument mais que la connaissances des conditions et des rapports peut améliorer les effets de certaines causes..L’homme peut agir et penser et faire des causes des leviers de son action.


Ainsi, pour revenir à J et à sa morale, on le croit indifférent aux récompenses et aux punitions mais il croit comme DD en la MODIFICATION  On peut transformer une situation en l’éclairant et c’est la même chose pour les êtres et en principe pour les êtres en société : DD n’est pas convaincu que l’éducation fasse tout (comme Helvétius) mais il ne va pas jusqu’à la thèse de Gousse qui réfute l’idée du moindre profit de l’École : pourquoi aurait-il entrepris cette “folie” qu’était L’ENCYCLOPÉDIE si ce n’est pour éclairer, orienter, donner les clés de la connaissance transformatrice ? DD croit en l’exemple, en la formation. J a la fin, concierge de château, devient à son tour initiateur : il enseigne encore et toujours Zénon  et Spinoza.


Dans son domaine modeste, J a tout de même bien œuvré : il prend le pouvoir par “contrat”, “humilie” le maître, refuse les coups qu’il acceptait de façon fataliste à la première étape ....mais la bride de son cheval casse et il se retrouve en prison. La vie est certes une machine mais vivante et elle n’est heureusement pas une machine intégralement prédictible. Faute de connaissance et non effet du hasard.


cl : le fatalisme de J est étonnant : voilà un être voué socialement à la dépendance et qui théorise une dépendance absolue de l’homme vis à vis des causes : en même temps on a rarement vu agent aussi libre et aussi maître de son maître...Avant tout, au quotidien, son fatalisme est un cadre de pensée du monde, une consolation devant le pire, un levier (il permet d’agir, de composer des rapports avec autrui qui tournent - plus ou moins - à l’avantage des deux, il permet une libération des dépendances par la connaissance des causes et l’appréciation des effets) et souvent un alibi : pour ne pas agir et pour n’en faire qu’à sa tête....Puisqu’il est écrit qu’il n’en ferait qu’à sa tête....


 

 

Par J-M. R.
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