Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /2007 06:28

Prologue vu à part.

I,1• Étant entendu qu la division en acte et scènes n’existait pas à l’époque.

 

a)deux valets des Cap’ prouvent que la haine entre les familles est vivace et touche tout le monde jusqu’aux serviteurs. Ce que confirme la venue des laquais des Montaigus qui se battent avec eux, surtout quand les partisans des Cap’ voient venir comme renfort, le sauvage, le méprisant Tybalt qui n’aspire qu’au meurtre et ne parle que de haine. Côté Mont’, Benvolio le bien nommé a tenté de séparer les combattants mais Ty le provoque trop.

 

b) deux laquais puis deux autres laquais, des parents des deux familles, l’effet fait "boule de neige" : la violence au coeur de la ville irrite les citoyens /bourgeois de Vérone qui veulent la fin de ce conflit chronique : rien n’y fait encore et les pères et mères des familles rivales viennent à la rescousse, les femmes tentant de freiner leur maris passablement ridicules. Il faut l’intervention du Prince pour faire cesser cette rixe. Il incarne la loi et promet la sanction (mortelle) en cas de récidive.

 

c) dialogue entre parents Montaigu et Benvolio (le neveu) qui résume ce qu’on vient de voir : la mère constate que quelqu’un manque, Roméo qui semble absent, en dehors de tout. Nous allons avoir un premier regard extérieur, une première caractérisation : R est mélancolique, insomniaque, il n’aime que la nuit, fuit tout le monde. Le mystère tient à la cause de cette maladie dont on veut le guérir (v151) : Benv va tenter d’en savoir plus.

 

d) première apparition de R, le R d’avant Ju : il va mêler des phrases évoquant le temps, les heures et la tristesse (sadness) avec des observations contradictoires sur ce qui vient de se passer ( il demande ce qui a eu lieu mais le sait ; il demande à dîner à 9 heures du matin).

 

-le bon Benv va droit à l’essentiel de façon pragmatique :

 

* il veut connaître la cause de la tristesse. L’amour : une femme non encore nommée, indifférente à tout et qui veut rester chaste.

* Benv propose sa solution pour ne pas sombrer dans l’amour idéalisé et maladif : regarder ailleurs, d’autres belles. Impossible, c’est à chaque fois se souvenir de l’incomparable. Fin de la scène : l’élève R affirme que la leçon de sagesse de son “maître” Benv ne le servira en rien et jamais.


 I,2•

    3 moments: des Cap' à Roméo (Benv) par l’intermédiaire d’une lettre invitation  portée par un valet illétré.

        a) le long terme en principe et l’immédiat :

-Capulet qui paraît las de cette interminable querelle répond à une nouvelle requête de Pâris qui veut épouser Juliette. Pas question avant deux ans, J n’ayant que presque 14 ans. Voilà pour le long terme. [indice que nous comprendrons très bientôt : Cap’ père ne connaît pas vraiment la Juliet que nous allons  découvrir dans la scène suivante.]

-dans l’immédiat annonce de la fête du soir (dimanche), fête traditionnelle des Cap: Pâris est invité, il y aura beaucoup de beautés; Capulet conseille à Pâris (comme Ben à R) de les regarder et de les comparer à J.

        Cap ordonne à son valet (Pierre) d’inviter dans Vérone les personnes dont le nom figure sur une liste. Malheureusement, le serviteur ne sait pas lire (élément comique qui n’est pas seulement drôle dans la logique de la pièce : ce “hasard” aura un grand rôle dans le cours de la tragédie). Il va demander l’aide de Benv et R, représentants du “camp” adverse.

        b) R et Benv poursuivaient la conversation précédente de I1. Benv propose toujours (avec variations) sa cure d’amour : un autre amour, une autre flamme, une autre douleur peuvent remplacer ce qu’on croit éternel. Roméo répond avec une solution médicinale qui rabaisse le niveau des exemple de Benv (le plaintain soigne les os brisés, et il le propose pour les coeurs brisés (broken heart/broken shin ): ce dernier le traite de fou. Ce qu’admet Roméo qui se dit lié, enfermé (shut up in prison), privé de tout et torturé. En réalité R parle de cette façon pour suggérer à son ami qu’il ne peut être compris. En même temps il y a dans cet amour fou, de la pose, de l’emphase qui passe par de grands mots et des fantasmes de tortures. Nous prolongeons notre connaissance du  "premier" Romeo, qu'il faut comprendre pour en saisir la métamorphose en fin d'acte.

    Roméo aperçoit le serviteur analphabète et le salue (rupture intéressante :R passe de l’évocation la plus pénible à la formule de politesse destinée à un inconnu inférieur socialement). Pierre le serviteur demande à R s’il sait lire : sa réponse est un trait d’esprit (le fameux wit) (mine own fortune in my misery [ il y a ici un jeu de WS avec son personnage  qui prétend savoir lire dans son destin alors que c’est cette lettre qui écrit partiellement ce qui va se décider très vite] que le serviteur comprend vite et auquel il réplique spirituellement. R jouant encore avec les mots, P veut partir : R le retient.

    R lit l’invitation pompeusement rédigée : R comprend peu à peu qu’il s’agit d’une fête chez les Capulet.

    Notez que parmi les hôtes nous trouvons Tybalt mais surtout Mercutio qui est donc apparenté aux Cap’ et surtout Rosalyn, l’idéal de R.(sa Délia).

        c) Benv saisit l’occasion pour "soigner" R qui n’a qu’à aller à la fête annuelle et voir Rosalyn : la guérison de son ami est prévisible. Il pourra comparer: son swan (cygne) ne lui semblera plus qu’un crow(corbeau). Protestation de R : Roasalyn est parfaite, sans équivalent depuis la naissance du monde.

    Image essentielle : le pélerin  veut bien souffrir du feu agressant ses yeux s’il s’est trompé, si jamais il change de “maîtresse”. Il a donc une dévotion amoureuse pour Rosalyn et changer d’amour serait comme une hérésie qu’on devrait punir par le feu né des larmes (mutation des contraires).

        R ira au bal : pour confirmer la supériorité de Rosalyn.

    Au plan dramatique on n’a qu’une amorce discrète de l’éclat de la rencontre. On observe que tout "naît" d’une lettre d’invitation lue par R.

    Jusque là les femmes étaient absentes et évoquées : nous avons alors une scène où elles apparaissent de façon centrale. APPARITION DE J.

I,3• beaucoup plus tard en ce dimanche. Scène d’intérieur. Trois femmes : la mère, la nourrice, la fille. On se souviendra de cette scène en IV.5.

    On attend J qui vient enfin. Lady Cap’ veut parler mariage à sa fille. Son âge prochain l’y autorise.
    Âge qu’on va calculer facilement grâce à une longue tirade de la nourrice qui est une précieuse informatrice dans cet acte.
    Lady Cap’s, à l’inverse de son mari, presse J d’épouser R. Elle pense que d’autres jeunes filles ont été mariées plus jeunes, et qu’elle - même avait enfanté Ju avant 14 ans.
    Lady  C' et la Nourrice font l’éloge de J. qui ne dit mot.Lady C' fait aussi un portrait de Pâris fondé sur une longue métaphore filée: il est un beau livre d’amour auquel il ne manque qu'une couverture ..En outre, au plan économique, J. n'y perdra rien, au contraire.

    La nourrice pense tout de suite à cet intérêt mêlé à l'"amour" (sans oublier l'enfantement).


    J ne paraît pas enthousiaste, il s’en faut. Elle reprend habilement certains mots de sa mère. Elle n'encouragera pas le conte par des oeillades.Le fil de la flèche amoureuse (Cupidon) prépare le coup de foudre de la scène I,5.


    Scène interrompue par un serviteur : la fête a commencé. Scène qui s’achève sur une pression “amicale “ des deux femmes âgées. Silence de J.

       NB: Roméo tantôt solitaire, tantôt loquace, sentencieux ; J silencieuse, retenue, réservée. J qui, enfant, avait dit innocemment OUI à une plaisanterie graveleuse de la nourrice et de son compagnon et semble dire ici  non implictement.

  Changement de lieu et de camp : la rue avec  des M'.

I-4• Extérieur nuit. À la porte des C'. 8 ou 9 personnes. Scène de groupe. Les proches de R : pour la première fois Mercutio, le seul invité (parent du Prince).Mercutio, nom remontant à Mercure et au mercure: vif, vif-argent imprévisible et au  messager

    Des masques veulent s’inviter à la fête. Motif majeur de la pièce (Mercutio va y revenir très vite).Tradition sous les Tudor : on venait sans prévenir mais on était accueilli.
    R veut se contenter de porter la chandelle, autrement dit se tenir à l’écart pendant que les autres s’amuseront. Mélancolique, jouant aussi à être mélancolique, il se dit lourd, incapable de mouvement, de danse: on a un jeu de mots : eux les frivoles ont "nimbles soles" tandis que lui a “a soul of lead”. Au contraire Merc lui vante l’air, la légèreté et va l'accuser de se laisser tomber dans la fange de l'amour.

    On découvre en Mer un être apparemment bien vivant,très dynamique et actif, détestant perdre son temps, vif à la réplique (la joute verbale avec R semble une passion et un rite) et qui critique  avec plus d’autorité cynique que le trop doux Benv. Il donne une longue tirade sur la reine Mab l’incube, apportant à tous les vivants de grandes illusions et poussant au sordide.

      Nous étudierons cette tirade particulèrement importante.

    Retenons de Merc qu’il avance vite une réflexion sur le masque et de visage qui est en soi masque. Il semble être l'homme qui ne croit pas en la pureté, voit illusion partout et se plaît à rabaisser tout (au niveau sexuel) en prônant un hédonisme de façade peut-être.

  Après l’évocation de Mab, Roméo a une prémonition étrange : astre, course funeste, il voit sa mort (cf cours de Laroque sur le net) venir très vite ; il va quand même au bal.

I,5:scène qui clôt l’acte : scène où tout bascule dans un lieu où sont réunis les deux camps ennemis. Fin d’un certain Romeo, commencement de l’intrigue et préparation du noeud de la pièce

    Intérieur, salle de réception, préparatifs puis fête.

    a) comme à la scène I,1 tout commence avec des serviteurs qui sont pressés de préparer le repas. Jeux de mots avec des noms communs devenus propres.

    b) d’après une  didascalie venant du quarto I (?), pendant que les serviteurs s’affairent, tous les Caps arrivent par une porte et les masques par l’autre : rencontre des Cap et accueil. Bienvenue souhaitée par Cap qui dans un langage peu relevé souligne son âge et invite à la danse. Il donne des ordres pour faciliter la danse et s’entretient avec son cousin : ils évoquent le temps lointain où ils mettaient eux aussi des masques. Sur fond de querelle inepte, soudain R demande à savoir qui est la dame qu’il vient de voir au bras d’un cavalier. Il est le premier Mont masqué à parler...

    Coup de foudre. Un dizain exprime l’émotion de R. Un distique final dit l’oubli de tout ce qu’il a dit et fait à propos de Rosalyn :d’emblée la jeune lady paraît lumineuse, une étoile, un  joyau ,un bijou brillant à l’oreille d'une Éthiopienne. Feu, foudre. Femme qu’il voit déjà aussi interdite. R se sent d’avance grossier devant elle. Idolâtrie supérieure à la précédente. Vocabulaire pétrarquisant et religieux.Rosalyn est oubliée à jamais.
   
    Tybalt a reconnu la voix d’un Montaigu: il veut ferrailler tout de suite. Cap lui dit qu’il s’agit de Romeo. Cap lui demande de se calmer. R a bonne réputation et il n’est pas question de troubler la fête (indice tragique : un Cap reconnaît le mérite d’un ennemi, ce qui rendra d’autant plus dérisoire la suite).

     Querelle violente entre Tyb et Cap : en réalité, bataille pour le pouvoir: qui est le maître? Menace de Cap. qui réclame de la lumière (!!!) et veut faire taire Tyb. qui part furieux et sûr que sa patience augmentera sa rage. Indice évident pour la suite : on le reverra et sa haine pourra s’exprimer.

 
    C’est à ce moment que W place le grand duo (public), le premier entre R & J: sommet de l’acte, dans le sillage du coup de foudre de R (voir notre étude).

    Rupture dans le  lyrisme de la pièce : par la nourrice qui apprend à R que J est une Cap. Sa vie devient dette de son ennemi.

    La soirée s’achève : tout le monde sort.

    Nous avons la même révélation pour J: elle cherche à savoir qui est le jeune homme qu’elle a embrassé mais, habile, elle le demande après interrogé à propos de bien d’autres. Elle craint un homme marié. Pire. Un Mont. Elle a alors un quatrain fondamental  à savoir par cœur(?)

        My only love sprung from my only hate!   
        Too early seen unknown, and known too late!   
        Prodigious birth of love it is to me,   
        That I must love a loathed enemy.

    FIN DE L'ACTE I



           ACTE II : le NOEUD qui prépare la crise
   
DANS CERTAINES ÉDITIONS IL Y A SIX SCÈNES AU LIEU DE CINQ: on sépare alors la 1 en deux. Peu importe.


PROLOGUE (vu à part)

    Acte tout a fait dans le prolongement temporel et spatial du la fin du I. La fête s'est achevée.

    II-1/a Roméo se cache dans le verger des Cap’: sorti de chez C, il demande à revenir où est son amour et retourne donc sur ses pas. Son corps, sa glaise, son corps d’argile (dull earth), son microcosme ont trouvé leur axe. Il disparaît. Dans le jardin des ennemis, les C.

 De là, il peut entendre ses amis Mer et Benv qui parlent de lui et de son amour pour Rosalyn. Mer et Benv qui sont évidemment en retard sur la révélation: ils en restent à la passion pour Rosalyn.

 
    Mercutio, toujours
persifleur, joue (il y a du jeu chez Mer mais un jeu presque tragique) un simulacre d’invocation pour faire apparaître R : il se présente un peu plus encore comme  cynique, railleur (il parle du corps de Rosalyn, ce que R ne voit, ne voyait évidemment pas exactement en ces termes!), salace en multipliant les jeux de mots à dimension sexuelle.

    II-1/b: antithèse absolue : le balcon. ÉTUDE À PART ÉVIDEMMENT.

-scène qui au plan de l’intrigue accélère nettement l’action : il s’agit de décider au plus vite du mariage.

    II-2: scène au  lever du jour: donc le lundi matin.

    Espace religieux avec un personnage inconnu jusqu'alors.

  

   Frère Laurent dans sa cellule méditant sur la Terre, la nature, les plantes pouvant être, comme tout être, unique dans l’univers  vénéneux et curatif. Il voit la dualité des êtres en tout et affirme que tout ce qui se détourne de son but sombre dans le mal.Mais en même temps il croit évidemment au rachat. Il élargit son propos à l’homme en qui se battent la RÉVOLTE ET LE GRÂCE.

     Entre Roméo.

Laurent se demande s’il a vraiment dormi : il est inquiet. R parle de douceur mais pas à cause de Rosalyn.
En réalité il veut être marié dès aujourd’hui.

IMPORTANCE  décisive DANS L’INTRIGUE.

Laurent s'étonne du soudain changement de son visiteur. R se défend. Le frère accepte de l’aider pour abolir la haine entre les familles.





    II-3: longue scène apparemment comique : en plusieurs étapes mais deux grandes parties (A/railleries, passe d’armes, moquerie contre la nourrice ; B/ dialogue seul à seul pour fixer un rdv)


    Benv et Mercutio déjà vus en II-1 cherchent R  ; eux en restent à R amoureux de Rosalyn ; R arrive et c'est une nouvelle passe d'armes rhétoriques et égrillardes entre Mer et lui; Mercutio maltraite la nurse et tous laissent R avec elle et son serviteur :

   * en terme d’intrigue :

-1) importance de la lettre de Tybalt (L'ÉCRIT, les lettres jouent un grand rôle dans la dramaturgie). Ses amis se demandent s’il est HOMME  à se battre contre TY.79.

-2) les choses s’accélèrent après les plaisanteries multiples très profondes malgré leur semblant. La N apprend les horaires de R pour le mariage (88) et elle apprend aussi qu'il faut préparer une échelle de corde.
Une ultime méditation sur le prénom Roméo.

   II-4:
la scène comique du délai.
    Midi.
    J attend avec impatience le retour de la N: quelle est la réponse de R? J médite sur l'opposition jeune et vieux.

  la N enfin revenue fait tout pour retarder l’annonce du rdv pour agacer, jouer avec J (elle
se plaint de mille maux).

    J apprend enfin qu'elle doit aller chez le frère pour le mariage secret et que la N préparera une échelle de corde pour la nuit.

  II-5 :

    -scène qui clôt l'acte : R accepterait même la mort après l'instant qui va venir.FL prêche la sagesse. J médite l'accroissement de son amour

    -le noeud du mariage va être scellé hors-scène: le mariage comme solution, alors qu’ils sont dans la transgression des ordres sociaux.


  FIN DE L'ACTE II, acte du nœud tragique .

Précisons : le noeud est ce qui va mettre en place les éléments de la crise qui appartient au III.

Nous passons de la fin de nuit (du dimanche au lundi ) à l'aube avec FL puis vers 9 heures du matin pour la scène avec Mercutio et la nourrice pour passer vers midi avec Juliette qui voit enfin revenir  son envoyée pour appredre que le maraiage aura lieu l'après-midi.

Pour l'espace il y a aussi des éléments nouveaux :
                                 -R a prolongé sa visite chez les Cap, non sans prendre de risque.
                               -un espace nouveau apparaît: la cellule de FL où se rejoignent un Mont et une Cap en fin d'acte (j sortant de chez elle pour la première fois de la pièce). Lieu consacré à la religion où il est beaucoup question de nature. Et de nature de l'homme.Un lieu où s'unissent Cap et Mont....


                          -une rue voit une scène de provocations de Mercutio et d'"ambassade de la nourrice.
                              .

En terme d'action quelques éléments se préparent en secret:les fils vont se nouer.Intrication lente

                   -
dans l'intrigue "politique", de façon souterraine, à peine sensible progresse la provocation de Tyb: il a écrit (nouvelle lettre) et il va falloir répondre à ce défi 79;Mer ironise beaucoup sur ce sujet.


                -l'intrigue amoureuse (forcément inséparable de l'intrigue interclanique) avance à grands pas : le "balcon" débouche sur une décision voulue par Ju: il faut se marier au plus vite et en effet ils seront mari et femme dans l'après-midi de ce même jour. Frère Laurent semble devoir jouer un grand rôle : de conseiller mais aussi dans l'action proprement dite.

                            -faisant lien encore très peu apparent la question de Paris :

Le paradoxe est le suivant : le mariage va accorder deux êtres de famille ennemies : i
Par J-M. R. - Publié dans : Shakespeare : Romeo & juliet
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Dimanche 14 octobre 2007 7 14 /10 /2007 15:59
                      

    -le plus célèbre pour lui-même et grâce au grand nombre de réécritures et variations.


    -conte sans antécédent écrit connu : CP l’a sans doute entendu car une version connue existait dans la Nièvre (voir le texte que je vous ai donné et lu). Son apport est, si l'on peut dire, dans la réduction (il élimine deux passages, on va les voir) et dans une fin malheureuse pour l'héroïne.


    -version souvent décriée : le conte qui finit mal chez un auteur qui passe pour moins cruel que d’autres ! Colère de grands lecteurs (A. France, Bettelheim etc..) qui pensent, à juste titre, qu’il s‘agit alors d’un conte de mise en garde, d’avertissement (y compris pour les mères..:le pcr écoute le loup, ne tient pas compte du pari avec le loup, n’écoute pas sa première impression (peur devant la voix du loup) etc...). Bettelheim trouve ici Perrault trop métaphorique, trop rationnel, trop pédagogique, imposant de force son sens au lieu de laisser le lecteur libre de faire son interprétation. Il ne tient pas compte du fait que  les "enfants" n'ont jamais lu ou compris la moralité.


    -méditez le titre (qui revient combien de fois dans le fil du conte?=        );comptez aussi l’occurrence du mot petit);

-cf définition de l’Académie p108 (bande de velours ou satin que les filles ou femmes qui n’étaient point demoiselles attachaient sur leur tête); La Fontaine l’emploie pour désigner servante ou demoiselle de compagnie aux enfants ; ajoutons que dès 1690, le chaperon est une coiffe appartenant aux femmes d’âge qui acceptent d’accompagner les jeunes filles pour reprendre leur faute de conduite...Titre qui, par synecdoque, donne tout le personnage principal  assez peu chaperonné si on peut dire.On note que petit égare  et étonne un peu sur l'âge de l'héroïne : la coiffe peut être petite sans que l'enfant le soit tellement...


        *à première lecture du titre (mais existe-t-il une première fois?) on hésite sur chaperon : il désigne un élément de coiffure, une jeune ou une vieille femme qui surveille ou joue avec un enfant; il va désigner l’enfant.

    -mémorisez bien l’importance du manger, de la dévoration: au départ, événement déclencheur, il s’agit de nourrir la grand-mère malade...Pensez à d’autres contes de dévoration.

    -le vêtement essentiel ici rejoint celui d’autres contes (voir fiche sur le vêtement)
   
   -on retiendra que ce conte présente bien des répétitions, élément de la poétique du conte:
            -formules
            -la dévoration
            -le suspens de la fin tient à la répétition de questions.
    -répétitions qui donnent pas lieu, pour une fois, à une issue heureuse, rassurante. Vous savez combien la répétition compte pour un enfant qui maîtrise son angoisse en sachant la fin.
   
    -c'est sans doute le conte qui laisse le plus l’impression d’une double lecture : naïve pour enfant qu’il faut avertir ; plaisante pour jeunes filles averties...La moralité de CP impose, si ce n’est déjà fait, une relecture...Vous aurez vérifié le sens de l’expression “voir le loup”, atténuation regrettable de “danser le branle du loup” très employé au XVIIème.

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DESCRIPTION DE LA STRUCTURE : je reviens ensuite sur les remarques consacrées au conteur.


    -I-SITUATION INITIALE-

    - précisée ultra - rapidement:

-une famille sans père ; une enfant d’une grande beauté adorée par mère et grand-mère à l’origine d’un don (le chaperon);

-trois âges de la femme.

-élément simple qui va être déclencheur : la mission du pcr: UN JOUR...il faut porter galette et pot de beurre à la grand-mère souffrante..qui réside dans un autre village.

-une enfant intermédiaire entre deux femmes folles d’elle.

-une affaire de nourriture encore.

-le conteur nous avertit très tôt qu'il y a dans le comportement des "mères" un excès, une folie. Quelque chose ne va pas dans cet univers pourtant heureux.

    II-LA (mauvaise) RENCONTRE : le loup et l’"innocente".

-un bois, un loup qui parle évidemment, une enfant qui parle trop et désigne le lieu de sa perte (là-bas..) : on ne l’a pas prévenue. Le lecteur est lui bien averti par l'évocation du besoin du loup et par  les discrètes interventions du conteur (compère, au sens de rusé; la pauvre..;)

-la fausse épreuve proposée par le loup stratège : faire la course (à qui sera premier arrivé) en prenant deux chemins différents (le conteur ici élimine le nom des deux chemins : celui des aiguilles et celui des épingles, il ne conserve que les chemins le plus court et le plus long).Le piège est posé. L’héroïne est sans adjuvant. Les bûcherons sont loin.

-l’enfant musarde,oublie quelque peu sa mission (encore que...elle peut très bien vouloir faire de petits dons à sa mère-grand...)), prend tout son temps, s’amuse avec insouciance et légèreté : l’enfant est ...une enfant. Le conte apprend aussi à réprimer (partiellement) le plaisir de l’enfance.... Elle a même oublié le pari avec le loup....
    Le conteur,
lui, n’oublie pas de retarder cette enfant pour faire peur à l’enfant qui écoute...Le retard pris condamne le pcr.

    -III- : le piège fatal:

a) premier temps : éliminer prestement la grand-mère : rien de plus facile pour un loup imitant la voix de petite fille et à qui on donne le moyen d’entrer : il n’attend pas, il a faim, il dévore. Le conteur se fait explicatif de façon amusante( "car il y a avait plus de trois jours...). Il va tout de même très vite.

        -la langue ici se fait largement archaïque, même pour un contemporain de CP.

b) deuxième temps : approcher de  l’enfant : se déguiser en mère - grand, prendre sa place et répéter la scène précédente. Sauf que le loup a un peu mangé et compte sur une scène plus ralentie, plus proche, sans doute plus perverse....
            -le conteur prend un étrange plaisir à répéter strictement la scène précédente...

        -CP évite n aturellement le cannibalisme involontaire de la petite fille...(cf infra) dans la version nivernaise : le chat a disparu aussi.

c) troisième temps : dévorer l'enfant après un échange verbal.

        -CP fait dans l’elliptique et ne détaille pas le déshabillage de l’enfant mais ensuite il joue de la répétition des questions dont il réduit le nombre par rapport à d'autres versions qu'il a pu entendre (les bras puis les jambes, ensuite le "visage" en se rapprochant de la bouche....On observe que la grand-mère peut embrasser l'héroïne en la tutoyant mais qu'ensuite le tutoiement ne reviendra que pour l'élimination.)

    C’est le moment de la découverte du corps de "l’autre" :

-le conteur joue à la fois 1) sur la peur enfantine qui vit l’opposition nette entre petit et grand répétés 5 fois) et qui sait ce que peut un loup et sur 2) l’ambiguïté sexuelle que nous verrons avec la moralité.

    La fin est expéditive et inédite quand on connaît les versions du centre de la France. Tellement qu’elle a provoqué les réactions des successeurs qui ont tout fait pour la remplacer. Les Grimm voulaient absolument rassurer leurs lecteurs. Passer, et aussi vite,du rouge du chaperon au sang rouge de la dévoration a paru irrecevable.

    Rien de rassurant pour un jeune lecteur : ses angoisses ne sont pas soulagées prétend Bettelheim qui dénie à ce conte de CP le nom de conte de fées.

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    • BILAN SUR LE CONTEUR
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        -concis comme jamais : le plus court des contes !

      -ce que ne sait pas forcément le lecteur :le conteur élimine BEAUCOUP.

-le choix des chemins dans la course avec le loup (aiguilles ou épingles)
-l’avertissement d’une chatte qui dénonce la petite fille mangeant la grand-mère..lire p 110

    &

-trois points majeurs du récit oral : on dit souvent par bienséance (mais P respecte-t-il souvent ces fameuses bienséances? Méditez tout de même l’ogresse de BBD, le plaisir pris à “décrire” les cadavres dans BB, l’inceste dans PDA, le scatologique des SR...):il écarte donc

    -le cannibalisme involontaire de l’enfant:la petite fille est HABITUELLEMENT invitée par le loup à manger la grand-mère ..


    -le déshabillage détaillé de la petite fille (tablier, corset, robe,cotillon, chausses :le loup grand-mère désigne l’endroit où il faut mettre chacun cf p 110)


    -la fin heureuse, celle de la version du bzou: l’enfant veut aller dehors et l'animal lui fixe un fil de laine au pied ; il croit qu’elle joue à la corde; elle s’est sauvée et le loup s’en rend compte trop tard..


        -beaucoup d’éditeurs "censureront" la version CP: lui préférant celle très heureuse de la version populaire ou finalement heureuse des Grimm. Anatole France ne comprit jamais CP sur ce point. Pourquoi?Il faut regarder de près
               
                -la moralité que P a rédigée est en deux temps (6 vers puis la fin du poème) et qui dérange beaucoup certains lecteurs parce qu’elle oriente nettement la relecture vers une dimension sexuelle (l’énoncé des parties du corps supposées terroriser serait en lieu et place d’autres éléments moins effrayants....) et mondaine (libertine?).

       Que dit notre moralité? Je (le conteur) suis en tant que conteur celui qui avertit contre les hommes...je prends la place de ces mères oublieuses...: gare au loup, au désir du loup (le sien et celui de la jeune fille), gare aux séducteurs prêts à vous dévorer...On passe spatialement et socialement du bois à la ruelle (autour du lit), de la jeune enfant aux jeunes filles et jeunes demoiselles.

            -ceux qui critiquent CP insistent beaucoup sur sa volonté d’archaïser la langue pour en faire un conte d’origine populaire marqué comme tel (oralité mimée p 110 en haut + répétitions de toc toc, petit pot de beurre et chevillette) et avec lequel il joue qui donne sur une moralité bien actualisée pour un public d'élite  : CP dirait ”Chères lectrices n’oubliez pas la vieille leçon du conte mais dans un contexte de cour...”.
        On peut hésiter comme souvent avec CP: veut-il vraiment avertir ou avertit-il un lectorat déjà bien informé et qui a ri discrètement sinon à la lecture du moins à la relecture...Disons que nous tenons un conte d'avertissement certes (et certaines de vos camarades de l'an passé tenait absolument à voir la figure du pédophile derrière le loup !Certains y voient encore celle du violeur) mais pour un lectorat complice.

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    •LECTURES qui ne portent pas forcément sur CP mais l’éclairent en creux:

-anthropologique d’Yvette Verdier : les versions orales antérieures à CP  ne donneraient pas une place immense au loup mais plutôt aux 3 "femmes”, aux trois âges de la femme (fille, mère, grand-mère) et la scène de cannibalisme et de sang bu servirait de leçon : il est des moments de passage où les mères doivent céder la place - y compris par leur disparition. Conte initiatique selon la chercheuse : le chemin des épingles (la couture), la cuisine, la sexualité (avec le loup).....
.Il faut que le temps passe, que les générations se renouvellent.


-psychanalytique : allez voir B. Bettelheim qui rejette CP et n’apprécie que les Grimm: le loup y est puni comme on sait et l’aventure se répète à l’avantage de la fille : le loup tombe du toit.La fille serait aux prises avec le conflit oedipien (évidemment) et serait tentée par le séducteur(un double du père) mais sauvée par un bon père, le chasseur ! Elle prendrait trop plaisir à emprunter la chemin des épingles et à éliminer par avance une des figures maternelles (grand-mère, substitut de la mère). Mieux le pcr dirait au loup “va chez la mère-grand qui est une femme mûre et plus expérimentée...”. En même temps le loup serait ce que craint l’enfant de lui-même, la punition qui l’attend s’il désobéit trop et va vers des tentations. Dans la fin, au deuxième épisode la fille a compris qu’il ne fallait pas se tourner contre la mère mais en faire une alliée dans la conquête d’un homme qui ne serait pas un père....

-"lecture"de Doré :

    [ 
    *Attention ! l’ordre des textes n’est pas celui voulu par CP: PCR en premier (souvent au XIXème)
    * Attention encore : deux vignettes appartiennent à l’introduction de Hetzel (p XII & XIV en face du chapitre de préface “la galette du PCR” (avec en XVIII le PP et son ogre (notre édition p257)) et une seule est dans le corps du conte (la rencontre - notre couverture), en fait, en face de la première page du conte.
    -autrement dit la chronologie du texte de P n’est pas respectée dans la présentation des images de Doré : dans le conte nous n’avons que la RENCONTRE; dans l’introduction les deux scènes les plus inquiétantes. Introduction adressée aux...parents. Pour l’enfant la première  gravure de D correspond donc à ce qui va précéder la dévoration de la mère-grand.]

    *p233:

        -résumons les acquis de Pocket et mêlons-y quelques points:

-un plan plus large que les deux autres gravures de ce conte ;
-un espace fermé, imposant une verticalité à un regard supposé être à une hauteur voisine de celle de la protagoniste.
-un mouvement d’encerclement du loup, un mouvement de corps du pcr, beaucoup de rondeurs, de courbes, un ovale suggestif qui réunit les deux personnages.
- en traçant verticales et diagonales on voit que le centre exact du “tableau” passe par le noir interstice situé à la rencontre de la peau de la bête et de la robe dans l’ombre. La verticale centrale fait en sorte que les deux êtres soient encore minutieusement séparés si l’on excepte un bout de patte et...l’ombre du loup qui empiète sur le tablier.
-l’enfant indique bien le chemin à suivre.
-que dire du visage ? Un regard qui semble aller droit dans les yeux, une face qui semble confiante. Une tête tournée de la même façon dans la scène du lit.

   
    *p234 :vue légèrement en contre-plongée, presque à hauteur de loup.

-juste avant la dévoration de la g-m : moment qui précède le saut (il ne reste plus qu’une jambe à hisser et la tête et une patte ont  déjà franchi la droite coupant l’image en deux) et met en valeur les mouvements des êtres (peur d’un visage au front plissé, le drap relevé et en même temps agrippé par le dévoreur), d’objets (chat fuyant,lorgnon et tabatière tombant);
-comme on ne verra pas la dévoration de l’enfant chez D cette image en tient lieu.

    *p235 : minime contre-plongée, le regard de l’enfant dominant un peu le loup. Lecture complexe qui dégage bien des ambiguïtés.

-loup et enfant côte à côte: le loup de face, enfin, affublé d’une charlotte étonnante qui ne vient pas de CP..Quel est l’effet de cette coiffe sur l’enfant lecteur - contemplateur ? Peur, sentiment de distanciation comique?

-on se demande à quel moment précis du conte nous sommes: les grandes jambes, les grands bras ont-ils été vus? Avant l’entrée dans le lit? Et les oreilles, comment les voir?

-geste de la main gauche du pcr difficile à commenter: rejoindre la chaleur d’un bon lit ou tenter un repli ?

-le loup n’est pas tourné vers l’enfant et n’a pas un regard de prédateur.

    Quel est le regard du pcr de Doré?Pas de peur, peu d’expression, un visage assez figé (par la fascination ( attirance, répulsion)?). Mais vous pouvez avoir un autre regard.


Par J-M. R. - Publié dans : Contes de Perrault
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Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /2007 05:52
 -le premier conte du recueil de 97, ce qui importe évidemment. À l’opposé, le PP.

-dans Pocket 82 vous verrez que CP accordait une grande importance à ce conte et à sa promotion dans le public.

-le conte de la surabondance des fées et de la méditation sur le fatum (88+89) : la moralité n’est pas peu surprenante...

- le conte de l’ORALITÉ (en tous les sens du mot).

-un conte qu’on coupe souvent de façon inepte mais significative : ce qui fait lien, le manger.

 *la version des Grimm mérite d’être lue. Elle est très condensée par rapport à CP et les fées sont des sages-femmes..

Nos pistes d’étude :

1-description du conte centrée sur le manger et quelques remarques sur les fées ; les moralités ; 2 : le conteur ; 3 : le travail de Doré.


1/DESCRIPTION DE LA COMPOSITION : en gros deux grandes parties assez déséquilibrées. Un conte en plusieurs actes.

1ere partie : qui va d’un festin troublé manqué (A) à un festin réussi qui débouche sur une nuit d’amour (B).

-après un mensonge du prince à son père tournant encore autour de la nourriture=>

2ème partie : l’ogresse a faim mais elle finit “dévorée” par des serpents....

en I on vainc la méchante fée, en II on doit vaincre l’ogresse, deux figures de mauvaise mère.

I :Situation initiale :

- un manque soudain comblé  : naissance d’une enfant dans un couple royal qui a tout fait pour le voir naître (pas d’annonce de la naissance par une grenouille comme chez Grimm) :au baptême, surabondance de fées au berceau:7 (12+1 chez Grimm). Bonheur parfait garanti par un échange de dons (objets en or) contre dons (des fées, chacune ayant une spécialité comme on va voir)

- écart, élément perturbateur (7+1) :rupture de la belle harmonie :

-hélas on a oublié une vieille fée (qu’on croyait morte ou prisonnière d’un enchantement dans une tour) : son destin est un indice : elle a disparu depuis 50 ans....

[pour les fées en général on note qu’elles sont nombreuses en cet endroit, qu’elles ont chacune une spécialité, qu’elles sont sensibles à l’or travaillé par les hommes, qu’elles ont de l’appétit et qu’elles peuvent se battre entre elles.... J’anticipe de quelques lignes : on note dans ce conte de fées que la parole féerique peut être performative : pour une fée, dire c’est faire et on ne peut y revenir : la question de la parole dans le conte devra être traitée à part ; ayez en tête les méfaits de la parole dans SR, la parole peu efficace de la fée chez PDA, le rôle du serment fait à la fée dans C]

-la fée oubliée s’invite et ne reçoit pas de beau cadeau en or : l’enfant qui devrait être évidemment la plus belle du monde reçoit toutes les chances (beauté donc, intelligence, grâce et (trois) dons artistiques) mais la fée revêche et maléfique la condamne à être piquée par un faisceau et à mourir. C’est l’effroi dans l’assemblée. Heureusement une (jeune) fée a fait en sorte de passer derrière elle dans l’ordre des voeux ; elle sauve de la mort l’enfant qui dormira 100 ans et sera réveillée par un prince. Voilà la menace : le bonheur suspendu à cet événement qui aura lieu tôt ou tard.

-par précaution le roi son père promeut un édit qui cherche à protéger la jeune fille : l’effet est certain pendant 15/16 ans.

=>Programme Narratif : que va-t-il advenir ? Malgré l’édit du roi la piqûre est certaine : quelle fée aura l’avantage ? La jeteuse de mauvais sort ou la plus jeune si protectrice ? Mort ou salut sommeil ? Quelle parque l’emportera ? Le titre a déjà tout dit.

-II- : les conséquences lointaines du baptême.

A/une parade humaine (et royale) qui échoue ; une solution durable.

•LA PÉRIPÉTIE ATTENDUE : BBD se pique comme prévu au doigt dans une maison de plaisance, chez une vieille femme oubliée, elle aussi, qui file. [Scène que Doré choisit d’illustrer en plan américain/italien (resserré par rapport aux autres de la série BBD) et en prenant le moment qui précède juste la rencontre du doigt et du fuseau. La quenouille qui fait presque obstacle ne retiendra pas la main de la jeune fille fascinée par cet objet inconnu. Méditez chez Doré le mouvement et son suspens. Le centre du tableau est absolument noir comme les plumes du maléfique corbeau, noir qui sépare le visage de la fille de quinze ans du rebord du fauteuil de la brave vieille. Pas de fée chez Doré.] Observez que chez Grimm la blessure a lieu dans le palais royal et que tout le château sera endormi, parents (roi et reine y compris).

-vive, étourdie, la belle est victime naturellement de l’ARRÊT DES FÉES (selon le conteur qui est celui qui tire les fils...) ; le fatalisme du roi est souligné 89.

- avec l’endormissement, on a droit à un tout petit portrait de la bbd : elle a bien toutes les perfections physiques et heureusement elle respire. La jeune fée l’a emporté.

•UNE SOLUTION DURABLE : la FÉÉ ADJUVANTE. Passage majeur pour la question des fées.

 On appelle la bonne fée de Mataquin :nous avons là une fée quasiment “hollywoodienne” :célérité du porteur de nouvelle (avertissement par un (PETIT !) nain, bottes de 7 lieues (qu’une parenthèse nous explique : une lieue=4 km soit une enjambée plus longue que celle d’une Atalante ou de Carl Lewis, entendez 28 km) et vitesse de la fée avec chariot de feu et dragons (une heure pour 48 mille kms).

 La fée, prévenante, endort tous ceux qui sont alors dans le château, y compris Pouffe la chienne (longue énumération : humains, animaux, feu) ; mieux encore : le château est protégé par une verdure immense qui doit décourager tout audacieux forêt. Tout est caché et inaccessible. La fée contient cent ans de vie dans le sommeil ET accélère la maturation de la végétation (à retenir pour les fées). Ralentir et accélérer . Le conteur mêle l’invraisemblance au plus petit détail (broche, perdrix 91) ”réaliste”....

[ chez Grimm, pas de fée : l’endormissement de tout le château suit immédiatement la piqûre et l’ensommeillement de bbd : les parents eux aussi s’endorment.]

B/la délivrance. 93 sq

•CENT ANS APRÈS..le miracle, la magie plutôt a lieu. Le tout conté avec “réalisme” (attention à ce mot) et beaucoup d’humour que je reprendrai plus longuement ensuite.

 -un Prince, évidemment chasseur, interroge ses gens sur les tours du château visible “au-dessus d’un grand bois fort épais”.

[Il est passionnant de comparer P et Doré : le graveur donne une dimension vertigineuse (esthétique particulière que vous lirez dans la conférence que je vous ai indiquée (site)) à un texte qui n’en a pas vraiment et qui va aller dans la direction de dialogues assez drôles au deuxième degré.]

 -on lui donne plusieurs explications : un château hanté (des esprits) ; le rendez-vous des sorcières ; la demeure d’un ogre ; heureusement vient la révélation d’un paysan : il tient de son père l’histoire voulue par la fée. On s’amusera de ce conte qui élimine des versions invraisemblables au profit d’une autre encore plus magique...mais qui repose sur un témoignage digne de foi...ou presque....93.

 -le prince en feu s’avance avec audace et souci de gloire : bien entendu tout s’ouvre magiquement devant lui.

[ prolepse dans notre parcours : un mot sur le conteur qui s’égaie à tenir un discours auctorial très humoristique :

-un prince jeune et amoureux est FORCÉMENT vaillant= le code narratif et ses valeurs sont surmarquées...Double jeu : pour quel lecteur ?
-plus loin 95 même discours : le conteur trouve des excuses amusantes au prince (la belle endormie avait des années et des rêves d’avance...)

 -on sait que dans d’autres versions ce n’est pas rêves qu’il s’agit mais de viols..]

*c’est cette partie du conte que Doré va illustrer avec insistance (infra)

 Fondée sur une antithèse prévisible (le réel traversé équivalant à une quasi-mort, la beauté divine de bbd demeurant dans le sommeil et échappant au vieillissement) c’est la découverte progressive des “gisants” : grand “réalisme” (le petit détail vrai : nez bourgeonné, vin, ronflement etc) d’une longue description qui, paradoxalement, souligne un peu plus le merveilleux ; le héros passe de lieu en lieu pour arriver à l’écrin doré d’une jeune fille divine...devant laquelle on ne peut que s’agenouiller...[Scène qui mêle paganisme et religion ]

-réveil de la princesse et de tout le palais :manger, se marier, s’aimer. Enfin la malédiction du repas de baptême est levée.

•fin très amusante de l’enchantement de la princesse (double, triple trait d’humour :l’attente de 100 ans, le premier regard étonnamment tendre (il est le prince attendu, quelle préscience !), l’explication de la supériorité de la princesse (100 ans d’avance) et maintenant on compte les heures (4 heures de discours amoureux ! qui ne suffisent pas....) ;

•réveil de tout le palais : on a faim, cent ans, ça creuse !! ; humour du décalage dans le temps (collet monté) ; tout est réuni, une vraie fête des sens, y compris artistiques (dons des fées).

-le temps s’accélère : mariage sans les parents, nuit d’amour délicatement suggérée (pour elle et pour lui (il faut tout de même rentrer)).

[À cet endroit les Grimm sont expéditifs : le prince a réveillé tout le monde : on célèbre les noces et ils vécurent heureux.Les conteurs allemands font eux aussi l’impasse sur la deuxième partie de CP.]

                            FIN DE CERTAINES ÉDITIONS.

Nous sommes passés donc d’un baptême gâché à un réveil heureux qui donne vite sur une nuit d’amour. Fête des sens, du corps et de l’esprit.

III - LE VRAI CAUCHEMAR

Deuxiéme partie qu’il ne faut pas négliger : un autre “festin” (humour ?) : nous passons de la mauvaise fée à l’ogresse.

Une affaire de repas encore :LA DÉVOREUSE DÉVORÉE (schéma qui reviendra ailleurs dans d'autres contes).D’un bois où l’on dort à un bois où la mort rôde.

A/la reine ogresse :

•UNE OPPOSITION dans le tempo du récit : après 100 ans de sommeil enjambés rapidement, après une découverte détaillée des êtres endormis nous vivons une accélération du récit : les années passent vite, les enfants naissent, grandissent (enfants qui ont un nom ayant rapport au Temps). La bbd restera passive.

• deux ans de secret : après une nuit d’amour le prince croit bon de rentrer chez le roi son père. Mensonge du prince (il invente la hutte de charbonnier :pain noir et fromage, nourriture du peuple et non rouge de viande humaine ou carnée des nobles). Méfiance de sa mère, soupçon qui l’amène à le pousser au mariage :il connaît alors deux ans de clandestinité.

-mensonge par omission surtout à cause de la mère qui est de race ogresse, ce qu’on murmure même au palais ;

-comme par hasard survient la mort du père roi, après deux ans :le prince révèle l’existence de sa femme et de ses enfants : cérémonie qui consacre l’épouse qui était déjà infante, il y a 100 ans. Étrange intronisation d’un couple déjà marié en secret.

la terreur : sous la reine, l’ogresse.

- écart déclencheur  : comme par hasard encore, le nouveau roi doit aller guerroyer tout un été contre l’empereur Cantalabutte (nom très sérieux !) et laisse le pouvoir de régence à la reine-mère qui représente le pouvoir et celui de transgression. Elle en profite pour éloigner bru et enfants dans une maison de campagne dans les bois pour satisfaire à son vice.

- étapes  :répétition (une des clés du conte en général : cf G, PCR etc) de peurs provoquées (aux enfants) et de solutions par un brave adjuvant...Retenir le jeu sur les registres. LE PATHÉTIQUE ÉTANT JOUÉ COMME TEL.

-1-le tour d’Aurore en sauce - robert :une ogresse qui a du goût. Sauvage et raffinée dans sa sauvagerie. Scène touchante de pathétique : le maître d’hôtel substitue un agneau à la place de la petite fille de 4 ans et la cache dans une basse-cour (destin voisin de celui de pd’a).

-2- 8 jours après : même demande de la Reine-Mère avec son petit-fils Jour ; même sauce mais avec un chevreau pour suppléant, même cachette. Le conteur insiste sur les traits d’enfants destinés à accroître l’empathie du petit lecteur.

-3- un soir, la reine veut manger sa belle-fille (qui a en fait 20 ans +100...humour en passant...(peau dure...)) ; “suspense” : quel substitut pour la mère ? Impossible d’en trouver. Nouvelle scène de pathétique (touchant pour un enfant mais surjoué pour les adultes) : la mère héroïque acceptant le sacrifice de sa vie pour rejoindre ses enfants 101. Heureusement le maître d’hôtel a une intuition : une biche (qu’il avait sous la main ?) conviendra.

Chacun est satisfait : la reine-mère a bien mangé, s’est débarrassée de sa bru et de ses enfants qui incarnaient le Temps, sa promesse d’avenir :elle fera croire au roi son fils que des loups enragés les ont mangés. Toujours la dévoration.

B/ la dévoreuse dévorée :une image sans doute très puissante dans le fantasme des enfants (seulement ?).

écart  : en quête de chair fraîche la reine mère entend des cris d’enfants qu’elle reconnaît (UNE ÉDUCATION RUDE DE LA PART DE LA BBD 103). Par vengeance la reine fait préparer une exécution de tous ceux qui l’ont trahie ; on les jettera dans une grande cuve de bêtes repoussantes (dont le crapaud, associé depuis toujours aux sorcières) ; scène très théâtrale de “sadisme” avec bourreaux et mains liées.

•retour magique et inattendu du roi (humour évident du conteur) ;

•la reine dévoratrice se jette dans la cuve pour être dévorée..dit curieusement le conte. Punition qui peut satisfaire l’angoisse d’un enfant.Cf cours sur ogre

IV-SF : retour du droit

On fait difficilement plus court : le nouveau roi est peiné en tant que fils mais bien vite heureux en tant que roi et mari et père.


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LES MORALITÉS :qui se disent vaines..Le conteur abdique pour deux raisons - en disant JE.

1/effet de recul : cettte histoire est trop loin dans le temps et la patience d’une jeune femme d’aujourd’hui (pour lui) n’est plus possible : il fait comme si le conte vantait la patience dans le choix d’un époux...BBD un conte d’avertissement ? CP s’amuse.

2/autre tentative pour moraliser dans le même sens : le conte semble encourager à l’attente dans le domaine du mariage (qui en décide à l’époque ?) : mais les femmes de son temps attendent tellement de l’hymen et de la foi conjugale qu’on ne saurait insister...On se souviendra de la foi conjugale avec les missions du pp...Morale en forme de clin d’oeil peu moral ?

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LE CONTEUR

J’insiste ici beaucoup sur l’humour du conteur, ses traits d’esprit riches de connivence :

-évidemment le plus délicatement humoristique : la princesse se plaint auprès du prince 95 :il fut long ;

* J’aime bien aussi “la princesse qui avait 20 ans sans compter les 100 ans(101) ; on peut goûter le passage de la première partie (où le temps est suspendu (sommeil)) à la seconde où tout s’accélère. Le feu du château endormi s’éteint ; le prince qui le découvre devient TOUT DE FEU...93

- il joue avec le code du genre : je délaisse les superlatifs, les attribut.

-ainsi il pratique un discours auctorial 93 (un prince est toujours...) :un stéréotype du conte de fées. Un vérité de...conte.

-il pratique le nom de fantaisie comme avec le nom “empereur de CANTALABUTTE”.

-il paraît épouser la thèse de la fatalité des choix des fées 89

-il pratique en passant comme si tout était naturel une ellipse de 100 ans ;

-en réalité il ne tient pas compte des invraisemblances : comment le prince qui connaît sa mère à pulsion d’ogresse peut-il s’absenter aussi longtemps ? Il en rajoute : au retour du prince devenu roi il écrit évidemment qu’on ne l’attendait pas de si tôt...(redoublement du hasard et de l’inconséquence 103) ;

-en même temps il nous donne des détails qui font presque “réalistes” : les endormis ronflent, le nez est bourgeonné 95, un enfant mangé soit MAIS À LA SAUCE ROBERT ! Plus loin l’autre sauce répugnante à base de bave de crapauds (mélange de l’ogresse sorcière) ;

-merveilleux trait d’esprit 93 : il rapporte (avec humour) les légendes concernant le château :il élimine des rumeurs pour faire croire à la validité d’un endormissement de 100 ans...

-il sait user du sous-entendu ( les amants dormirent peu (97)) mais semble donner deux explications qui font sourire...tout en se fondant sur la raison et le vraisemblable....

-il pratique plus souvent qu’ailleurs la parenthèse ou quelque chose d’équivalent :il se fait ironiquement explicatif :

    -87 une parenthèse pour le chiffre, une explication pour les coutumes des fées en ce temps-là (ironie)

  -91 :il explique le pouvoir des bottes (mélange de surnaturel et d’explication du surnaturel dans un conte où dans la phrase suivante il est question de dragon ...)

   - il fait en son nom (l’histoire n’en dit rien) une hypothèse audacieuse

-plus beau encore : il montre le malaise du prince et EXPLIQUE rationnellement (sic) la supériorité de la belle 95 : elle avait de l’avance..

- il donne la raison de la rapidité de l’intervention de la fée 91(ironie : en ce temps là...ou par essence, les fées allaient vite...)

- à retenir sa capacité à changer très vite de registre (le conte c’est la vitesse : ici on a en passant un grand pathétique avec litote (bas 101).

-il s’amuse du décalage dans le Temps : les endormis ont 100 ans d’écart, clin d’oeil aux Modernes et aux Anciens ?

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DORÉ :l’homme du suspens, du geste ne peut qu’apprécier le geste arrêté...Il ne s’intéresse qu’à un seul moment du conte.

-nous avons déjà vu pp 227 et 228.

-p 229 très proche dans le temps de la narration, c’est l’avancée du prince vers le château lumineux sous une arche d’arbres qui sont supposés s’être levés magiquement. Dimension fantasmatique que vous avez reconnue.

-p 230 qui fait diptyque avec 231 chez Hetzel : extérieur /intérieur

        *extérieur qui impose une époque (XVIème siècle cf Pocket) au regard du lecteur : trois moments de vie dans une verticalité imposée par la pierre :vie

                     -endormie ressemblant à la mort : des gisants proches de la pierre.

                      -lente : montée du lierre.

                      -renaissante : surgissement du prince éclairé : lumière qui va raviver les ensommeillés.


        *intérieur : chaos, pêle-mêle de formes, de lignes (armes, toile d’araignées etc)

- p232 le très attendu, très "romantique" réveil de la bbd :le feuillage aperçu à l’extérieur allait envahir (menacer) la jeune femme : venant du sombre, du noir le prince élancé comme un danseur traverse la lumière qui isole la pure et blanche endormie dans le bel écrin du lit à baldaquin.    Scéne très théâtrale, presque d’opéra.

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LA LECTURE DE BETTELHEIM

Selon lui l’adolescence a besoin de contes tantôt tournés vers l’activité qui montreront comment on devient quelqu’un (on peut penser au pp qu’il n’évoque pas) ; la BBD est un conte tourné vers l’intériorité, la concentration que connaîtraient à la puberté, garçons et filles mais sur des registres évidemment différents. Un conte comme la BBD permettrait aux adolescents de se rassurrer sur leurs longues périodes de repli, d’isolement. L’enfant doit grandir, doit apprendre à découvrir des êtres hostiles et peut mieux accepter sa tendance à la passivité. Et les parents doivent eux accepter de voir fille ou garçon grandir. Bettelheim croit fonder son analyse sur la piqûre au doigt qui devient chez lui le symbole de la menstruation ( !) : la jeune fille peut être tentée de se replier sur elle-même : heureusement la rencontre avec un autre n’appartenant pas à la famille est un moyen d’y échapper.

À vous d’apprécier cette lecture...
Par J-M. R. - Publié dans : Contes de Perrault
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /2007 18:19
Remarques initiales

-le titre est double (ou) : il faudra y revenir. Il annonce un sobriquet marqué par le feu éteint (avec, en plus, une curieuse position qu’on découvrira) et un objet étrange, peut - être transparent. “Petit” revient comme dans PDA et bien d’autres contes. Cendrillon va vite apparaître comme une atténuation de CUCENDRON (on note la proximité du titre avec celui de PDA).

-conte universel (voir Pocket 154) :la version de CP devrait à BASILE (LA GATTA CENERENTOLA (UNE CHATTE CENDREUSE) mais quelle économie de moyens chez P ! Pas de colombe, de dattier doré, de seau d’or, de formule magique) et elle est contemporaine de FINETTE CENDRON de Mme d’Aulnoy (voir mon envoi) ;

-un conte d’injustice, de réparation, de compensation. Sans violence physique mais psychique.

-un conte de métamorphoses (objets et jeune fille rendue à elle-même, en fait).

-un parcours : nous allons d’un monde heureux à peine évoqué (avant-conte), seulement deviné, à la sombre et opaque cendre du deuil et de la relégation puis vers un palais grâce à la magie d’une fée et d’un objet transparent (verre) ; de la cendre qui se disperse au verre qui ne casse pas.

-on notera la présence de beaucoup de nombres (11/12 coups ) : le conte est aussi compte (étymologie) et répétitions.

-dans un des contes de fée qui se racontent selon le frontispice de Clouzier devant l’âtre, les cendres du foyer jouent un rôle hautement symbolique.

-vous retiendrez l’hypothèse sophistiquée de Michel Serres : ce texte serait une variation virtuose autour et à partir de cu/cendron et avec la langue latine (cucuma=vaisselle ; cubiculum=chambre ; focus =foyer(centre), cucurbita=citrouille, cucumi =carrosse ;speculum = miroir= ;un galant=cuculus) : la baguette magique serait alors celle ....du langage.

Un conte qui aide à lire quelques autres, en particulier G (patience : le mot apparaît 157), PDA.

I/DESCRIPTION DE LA STRUCTURE

-I–Situation initiale

Une antithèse qui construit l’ouverture et, au-delà, tout le conte : la belle et les haïssables. La belle et bonne en pénitence incompréhensible face à une marâtre et ses détestables filles. Un monde coupé en deux avec un père presque absent. Une mère morte (parfaite mais à peine évoquée au contraire des Grimm) et l’amour perdu d’un père.

Deux temps : une présentation générale ; des scènes qui l’illustrent.

présentation générale : plutôt longue pour CP.

Une famille assez riche, recomposée comme on dit : deux “camps” se dégagent dès l’incipit :

     -un gentilhomme (point significatif) veuf a une fille (parfaite, présentant toutes les vertus (beauté, douceur, bonté)) ; il s’est remarié (le conteur élimine la “lune de miel”) alors que sa femme était la meilleure personne du monde.

         -une épouse, mère de deux filles qui ont toutes trois les défauts de dédain et de fierté, avec une différence : l’aînée est la pire des deux (Javotte). Filles qui font grande figure dans le pays, SANS ÊTRE NOBLES(159).

La seconde épouse domine le nouveau mari, ce qui permet à ses filles de maltraiter la fille unique.

L’antithèse initiale (humeur/bonté, douceur) se décline facilement :

                -les méchantes vivent dans le luxe, la mode, l’obsession de soi, le narcissisme (miroir devenu à la mode depuis peu ; on verra plus loin qu’elles ont un souci de poids, de “formes” 159) ;

                -la belle et bonne est reléguée (haut, grenier, paillasse), vouée aux tâches humiliantes, subalternes, à l’entretien, au sale (plancher à nettoyer) : elle sert de souillon, comme PDA, elle occupe d’elle-même la cendre (chez Grimm la jeune fille a été dépossédée de ses signes de richesse...). Son surnom est humiliant, elle est réduite, par rapprochement, à l’ignoble, à l’éteint, elle est comme victime d’une malédiction. Cendres assimilées aussi à la pénitence dont elle a moins besoin que ses soeurs....[ Cendres qui disent à la fois la mort et la renaissance possible : le deuil inachevable de la mère par la fille (et d’une certaine idée du père qui a trahi cette mère est explicité chez Grimm]

-le surnom de cette sans-nom (méditez les “noms” des héros) résume toute la situation de C : le mot condamne la jeune fille. Comme il avait condamné pda.

Le Programme Narratif est évident : l’héroïne marquée par la beauté et la bonté 159 de la mère peut - elle rester attachée au deuil, au noir, au feu mort ou à peine tiède ? Va-t-elle ranimer cette cendre et à quelles fins ? Pourra-t-elle retrouver la place qu’elle mérite, en fille de qualité ? Par vengeance alors qu’elle est la bonté même ? Conte prévisible dans son ensemble.

l’écart, l’élément qui perturbera cet équilibre injuste : 159

 Survient un événement qui va faire écart plus grand que prévu. En principe nous devrions avoir une répétition qui confirmerait la situation initiale : l’écart simple d’une fête parmi d’autres qui offre évidemment une scène de préparatifs et d’humiliation (reprise de tout ce que l’on sait : C, pleine d’abnégation, serviable, bonne mais toujours raillée. Plaisir pervers des soeurs qui passe par les mots suggestifs lors de l’évocation des habits. Plaisir pour soi et contre l’autre. Méchanceté feutrée mais réelle. G n’est pas loin : patience , générosité).

 Dans la solitude du départ coulent les larmes de C. Cercle de la clôture. Sa vie n’est qu’une parenthèse. Elle ne saurait quitter le foyer, son lieu de réclusion. Soudain un écart imprévu.

-II-LA MARRAINE (l’ADJUVANT unique) : le don et le serment.

• venue d’on ne sait où (dans PDA on allait la voir), surgit la marraine fée : une célérité inconnue, une capacité à tout deviner même un désir secret pudiquement retenu au bord des mots.

[chez Doré, la fée est une sombre vieille qui se présente avant la métamorphose : elle semble accompagner l’émotion et la souffrance de sa protégée ; chez Grimm, point de fée : des oiseaux (tourterelles, pigeons) ]

• la préparation féerique : objets métamorphosés par la baguette magique (citrouille creusée=carrosse doré, souris=devenant chevaux ; rat, cocher, lézards, laquais : tout ce qui sert le déplacement de C est d’origine animale ou végétale : ce qui vêt C est transformation miraculeuse de ses pauvres habits ; la fée semble faire un don spécial, celui des pantoufles (mules) de verre (et non de vair comme le pensait, entre autres, Balzac (Pocket 162)). Le titre avait attiré notre attention sur ce point.

 Deux remarques en passant : nous y reviendrons.

 1) C est très active dans cette préparation, sans doute pas autant que PD’A. Mais la fée est bien plus habile que celle du conte en vers. Cependant

 2) quelque chose étonne : le merveilleux de cette fée introduit une sorte de logique dans l’irrationnel :

-la citrouille creusée servira d’enveloppe au carrosse : le lien peut être considéré comme lointain.

-les souris mènent aux chevaux par leur gris pommelé ;

-le rat renvoie aux moustaches du cocher ;

-les lézards, symboles (abusif !) de la paresse font venir les laquais qui ont justement la réputation de paresse...

*une partie au départ (couleur, moustache, connotation) donnera le tout des choses ou des êtres à l’arrivée.


LA CONDITION, le contrat à respecter : le moment précis du retour sinon la magie n’aura plus d’effet.



-III- “ÉPREUVES” - à répétition.

1ère épreuve : quel sera le succès ( tout de même garanti par la fée) et le contrat sera-t-il respecté ?

-on notera que C arrive nécessairement en retard....Pour finir par partir en avance.

-un triomphe : ses qualités naturelles sont renforcées par le don, elle sidère toute l’assemblée (roi, dames (que le conteur satiriste moque 165), prince), en devient le centre (alors qu’elle est l’exclue par excellence), tout s’arrête, tout est suspendu à cette merveilleuse apparition : C n’oublie surtout pas d’être généreuse avec ses soeurs (don de citrons et oranges).

-le contrat est honoré : elle part à temps.

-le triomphe se prolonge au retour : demande à la marraine (répéter cette soirée, le prince l’ayant invitée), comédie jouée aux soeurs & nouvelle humiliation mais en fait C a l’avantage désormais : elle feint (d’avoir dormi), elle provoque à plaisir. Scène antithétique de celle du départ pour le bal. Elle a eu un miroir grandeur nature dans la soirée, ses soeurs lui tiennent lieu aussi de miroir.

Plaisir rassurant pour le lecteur : C tient une revanche et on la sait protégée. Plus profondément devenue objet de désir et d’admiration, elle ne se contentera plus de la cendre du deuil, du sacrifice.

Elle est sur le plan de la séduction beaucoup moins active que pda mais sa marraine est plus douée.... En outre elle a retrouvé une “classe” qui est la sienne d’origine : elle s’éloigne du deuil du passé, de la répétition. Elle a un avenir.

2ème épreuve 167sq : l’échec n’était pas loin. Le récit s’accélère, devient elliptique car le temps de l’amour passe trop vite (ce qui n’est pas le cas chez les Grimm qui aime la répétition détaillée des épisodes) : il est presque trop tard ; la métamorphose à l’envers se déclenche (ni carrosse, ni laquais etc) : heureusement un signe demeure, le verre (acte volontaire ? Chez les Grimm c’est le prince qui laisse de la poix pour garder la pantoufle qui n’est pas de verre ; chez CP le lecteur hésite un temps mais voit surtout le calcul) ; on la cherche au château, on n’a vu qu’une paysanne ; le prince contemple la pantoufle : la partie (le pied) donnera le tout de la jeune fille qui n’était que fille partielle, (mise) à part, une fille résumée par une position (sur la cendre) et une partie jugée peu “noble” de son corps... En attendant le prince est sidéré : dans le reste de la soirée , il ne voit que la pantoufle.

*Le parallélisme avec C est évident : la pantoufle et l’anneau (faut-il y voir une allusion sexuelle comme dans une psychanalyse de magazine ?)

Un détail : les soeurs sont capables d’un compte-rendu objectif de la soirée...

=>peu de jours après ....

3ème “épreuve”( vraiment ?), glorifiante : le prince fait savoir qu’il épousera celle qui mettra le pied adapté à la pantoufle : essais, rapidement évoqués (grande violence chez Grimm : on se coupe l’orteil et le talon) qui rappellent étroitement PDA et sa bague ; parmi les rires elle sort évidemment la deuxième qui fait la paire.

Trois moments glorieux (nous le confirmons : le conte de fée est aussi un compte de fée) :

-la pantoufle convient ;

-C possédait la deuxième ; -la marraine l’habille magiquement.

Le sacre de C est elliptique. Tout de suite c’est la

-IV- Situation finale :

-on identifie C, elle est reconnue mais le triomphe est dominé, la vengeance n’a pas lieu :première leçon de morale : le pardon chrétien.

-le tempo s’accélère : mariage en peu de jours.

-nouvelle générosité envers les soeurs : mariage qui élève les soeurs et les place au palais. Jeune femme devenant fée, marraine sociale pour ses soeurs...

-on notera la disparition complète d’autres mariés, le père et la mère.

•• MORALITÉS essentielles qui nous retiendront dans le cours sur cette question générale.

1) une morale présentée comme admise (cf la parenthèse du huitième vers) : la beauté est un trésor mais le vrai don des fées est la bonne grâce (la bonté, la complaisance, la soumission souriante,la générosité, l’indulgence). Qui lui a donné cette qualité ? La fée qui l’a dressée ! Où, quand ? La bonne grâce est un fait d’éducation. La fée a façonné et éduqué l’enfant. Moralité qui étonne par son rapport peu étroit avec le récit.

2) on peut avoir toutes les qualités, les avantages y compris et surtout de noblesse, il y faut parrains et marraines : soit les fées...ou plutôt des protecteurs sociaux .... CP joue incontestablement sur une ambiguïté. La féerie soudain semble bien rabaissée.


_________


•II• POUR MÉMOIRE  :

-un monde manichéen engendrant une structure adéquate (facile à illustrer).

-l’importance du deuil de la mère que les Grimm vont développer. Survivre à la mère, accepter, prendre sur soi la “faute” du père....

-la fée, ses pouvoirs, sa capacité à tout transformer mais avec un soupçon de “rationalité”. Une fée comme on les attend tout de même.

-importance des objets.

-le rapport à G pour la patience et à PDA pour l’épisode de la cendre lié à la peau d’animal.

-une morale implicite avec des enjeux différents :

*évidente la morale du pardon et de magnanimité ; la dimension chrétienne est incontestable et les Grimm s’en débarrasseront, lui préférant une punition cruelle pour les soeurs ;

* plus profonde au plan psychique : la pénitence (survivre à la mère, à un être essentiel idéalisé, ne doit pas mener à la mélancolie, à la répétition d’un rituel qui peut vous faire régresser ; en outre la “faute “, s’il y a faute (ce qui n’est pas le cas dans la réalité mais dans le fantasme), est celle d’un autre et il est encore plus inutile de la prendre sur soi.

- deux moralités surprenantes (supra).

•III• “ILLUSTRATIONS” DE DORÉ : à reprendre en synthèse.

Trois planches : deux représentant C en public, l’après-magie , ses effets : le commentaire de Pocket peut vous aider (278/9) :

 •p 247 : l’emprunt à un tableau et à une époque qui renvoient à la cour des Valois (Henri III ; mariage du duc de Joyeuse : en plan plus serré ) nous donnent un passé défini où le conte en principe est sans références exactes (il faudra nuancer avec CP). On s’attroupe autour de C :le cercle ne se ferme pas mais presque. C’est la dimension caricaturale qui frappe et non complètement la féerie : j’aime bien la figure étrange du géant qui tend son cou pour voir la beauté : une espèce de marionnette.

 •p 248 : D ne respecte pas le texte à la lettre. La scène de la pantoufle a lieu au bal, dans une salle qui sert de théâtre (rideaux) avec non un gentilhomme comme examinateur mais des nobles chenus vaguement fétichistes et comiques : un prince médite à gauche, les soeurs au fond complotent et l’on retrouve des têtes nettement caricaturées au fond.

* l’avant - magie.

 •p 246 : celle qui pourrait se rapprocher du conte frappe encore plus : D veut montrer C avant l’opération magique et dans les conditions modestes de son existence ; au centre, éclairée par la bougie de sa filleule, la fée ressemble à une grand-mère active avec un couteau lumineux évidant la courge au milieu d’une pièce qui est l’espace de travail de C. On se demande encore plus ici pourquoi la fée a besoin de travailler alors quelle est la faiseuse de métamorphose par excellence. La magie ne retient pas GD.
Par J-M. R. - Publié dans : Contes de Perrault
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /2007 11:42
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Les différents cours proposés sont accessibles dans le menu de droite.

Pour rappel, voici le programme de l'année 2007/2008.

Pour l’année 2007-2008, la liste des objets d’étude et des œuvres obligatoires inscrits au programme de littérature de la classe terminale de la série littéraire est la suivante :

A. Domaine : Grands modèles littéraires - Modèles européens

Œuvre : Roméo et Juliette de William Shakespeare.

B. Domaine : Langage verbal et images - Littérature et langage de l’image

Œuvre : Contes de Charles Perrault illustrés par Gustave Doré : Grisélidis, Peau d’Âne, Les Souhaits ridicules, La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maître Chat ou Le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou La Petite Pantoufle de vair, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet. Une note d’accompagnement figure en annexe.

C. Domaine : Littérature et débats d’idées - Invention romanesque et débat philosophique

Œuvre : Jacques le fataliste de Denis Diderot.

D. Domaine : Littérature contemporaine - Œuvres étrangères en traduction

Œuvre : Le Guépard de Giuseppe Tomasi de Lampedusa.


Annexe

PROGRAMME DE LITTÉRATURE POUR LES CLASSES DE TERMINALE “L”

Dans le cadre d’une entrée du programme intitulée “Langage verbal et images”, aucune question à l’examen ne pourra porter sur une analyse de l’image seule. lI est rappelé en effet que l’objectif est de permettre aux élèves de réfléchir aux problèmes posés par les relations entre un texte littéraire et les choix opérés par un artiste qui, en imaginant de l’illustrer, crée sa propre œuvre. Cette notion d’“illustration” appelle par elle-même une problématisation, qui pourra se construire, au fur et à mesure des séances, dans une double direction, sensible et historique : on prendra en compte le retentissement et la fascination provoqués chez le lecteur par les images (ou “tableaux”) de Gustave Doré, tout en replaçant celles-ci dans leur contexte, esthétique et éditorial, sans entrer dans des recherches spécialisées sur les graveurs, leurs techniques et le statut de leurs images dans la hiérarchie des genres. L’étude indispensable de la mise en page, du chromatisme, du choix opéré de représenter tel moment dans l’épisode, ne visera pas une analyse exhaustive de toutes les illustrations proposées dans les éditions. Le programme est une invitation, en effet, à lire les Contes de Charles Perrault illustrés par Gustave Doré, et non à analyser la lecture que celui-ci en a suggéré comme une fin en soi. Les Contes, en effet, s’inscrivent eux-mêmes dans une histoire de la sensibilité, dans un contexte et des polémiques littéraires et intellectuelles très prégnants, qui en font des récits subtilement codés, emboîtant dans leur apparente limpidité plusieurs niveaux de sens, que l’illustrateur n’a pas seul la charge de suggérer.

Par J-M. R. - Publié dans : Programme
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