Jeudi 17 janvier 2008 4 17 /01 /Jan /2008 17:36

Notion commune aisément compréhensible mais finalement assez peu définie.

    Ce n'est pas l'ironie classique où l'on dit le contraire de ce que l'on veut dire.
    l'IT suppose une situation où entrent en contraste une attente, une proximité et où ce qui promettait d'être heureux se retourne en crise, en catastrophe. La fameuse phrase "Et tout change en son contraire"participe à sa façon de l'IT.

    On peut distinguer l'ironie dramatique fondée sur l'ignorance d'un personnage ou de plusieurs et la connaissance du spectateur: elle relève du discours (ainsi R trouve J bien vivante dans le caveau: et pour cause, elle est seulement endormie). L'ironie tragique relevant du discours et surtout de la situation.

       La plus célèbre tragédie antique avec ANTIGONE est
OEDIPE ROI dans laquelle le spectateur connaisseur du mythe peut comprendre les nombreux vers à double sens et la progression des situations irréversibles qu'Œdipe ne saisit que très tard.

        Il me semble que l'ironie tragique a forcément rapport au temps. Temps du personnage enfermé dans sa temporalité qu'il croit dominer et temps du spectateur qui sait : surtout dans R&J où le prologue I dit tout d'avance.

            L'ironie vient avec tout son poids d'amertume au moment où le tragique s'impose et vient contercarrer l'attente du héros et secrètement, la nôtre.

            Dans R & J W nous offre une quantité impressionnante de cas : le nombre élevé fait déjà sens. La composition de l'œuvre doit être serrée, tenue avec virtuosité. Quand la pièce est finie, on s'aperçoit que le destin, la fortune et surtout le dramaturge ont joué de toute la gamme des formes d'I T.

             Isolons quelques exemples :
Nous avons vu l'ironie de la scène centrale III,1:c’est au moment où a eu lieu le mariage entre un Cap et une Mont, où les liens se nouent secrètement que tout éclate et sur un geste qui montre deux cas éloquents d'I T:

        1)Mercutio était un homme qui dépassait les clivages claniques et qui en meurt et provoque tout ce qui va réveiller la haine. Si, par hypothèse, il voulait sauver son ami, il l'enferme de façon plus grave dans le conflit. À long terme, le geste de Merc poussera le couple à la mort.
               2) le geste bienveillant de R donne lieu à la mort de son ami.

 Double ironie tragique.

             Le cas de FL est significatif : maître du temps, défenseur d'un temps ni trop lent, ni trop précipité, il est piégé par un retard dans un message et une course trop précipitée de R.Le mariage qui paraissait une bonne solution devient un piège de bigamie avec la volonté de Cap d'accélérer les choses après la mort de Tyb que J est supposée pleurer...


    La forme la plus cruelle d'IT est bien dans la question du temps: il suffisait de quelques secondes et tout était possible dans le caveau. La comédie de la mort est prise pour mort réelle par R.

        Thématiquement la pièce commence avec un R amoureux de la nuit; avec J il rêve d'une nuit lumineuse; lui et J meurent dans un caveau : lui en avalant un poison qui doit imploser en lui et avoir l'effet de la poudre et du feu...

    Le travail de W va jusque dans le détail d'un mot: dans la scène du baiser en fin de I il est question d'un PIEUX (HOLY) baiser; au moment de mourir, R veut donner un pieux (RIGHTEOUS) baiser. Entre les deux, une passion de 5 jours....et un Pâris qui donna lui aussi en guise d'adieu
dit-il 140 (mot du texte en français) un HOLY KISS. Il ne la reverra que morte - de façon simulée, sans même la revoir vivante.

cl=Dans un monde instable et ambivalent, l'ironie est la loi du regard tragique.

Par J-M. R. - Publié dans : Shakespeare : Romeo & juliet
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés