Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /Juil /2008 17:06
                                                            DON JUAN I,1
INTRODUCTION

        *SITUATION :

    -générale (une fois pour toutes) de la pièce :en 1664, au milieu des tracas de son TARTUFFE, Molière décide d'écrire une pièce inspirée d'une œuvre de l'Espagnol Tirso de Molina (EL BURLADOR DE SEVILLA/ L'ABUSEUR DE SÉVILLE (en 1630) qui connut de nombreuses adaptations en Italie (CF P 145 DE NOTRE ÉDITION) avant de passer en France avec Dorimont & VILLIERS ou les comédiens italiens installés à Paris. Malgré un certain succès, Molière devra couper très vite certaines répliques et finira pas suspendre les REPRÉSENTATIONS.


     -nous avons à commenter la scène d’exposition, sa partie initiale.

        *LECTURE DE L'EXTRAIT.

........(fin de l'intro)...>

      -spécifique pour ce texte:


Au théâtre, il existe différents types d’exposition: ici nous avons affaire à deux valets, ce qui

•annonce la comédie

•d’autant plus que le personnage de Sg est repris d’autres pièces comiques de M.

Ce qui frappe d'emblée c'est la structure déséquilibrée de cette ouverture : beaucoup question du tabac, beaucoup moins d’Elvire.



  Deux éléments doivent être pris en compte très tôt : le tabac était dénoncé par l'Église alors...et Molière jouait le rôle de Sg.

PROBLÉMATIQUE : POURQUOI CETTE OUVERTURE SURPRENANTE?

•ANNONCE DE VOTRE PLAN


1)UNE OUVERTURE SURPRENANTE :

 (nous supposons que le premier à parler sur scène, Sg, est en train de faire une pause pour pétuner et qu'il prend cette occasion pour méditer sur le tabac.)[Ayez en tête les différentes versions scéniques que nous aurons vues en classe.]

    surprenante en ce qu’elle laisse une grande place à

a) un éloge qui donne lieu à une pause et ressemble à une digression: on a l'impression d'un élément superflu, gratuit, comme plaqué.

    -éloge du tabac, sujet curieux, intriguant:

•qui retarde l’exposition proprement dite

•alors que Guz, comme on l’apprend vite après, est impatient d’avoir des nouvelles.

    -une digression qui présente  le tabac comme la panacée.

    -digression que Sg quitte avec une phrase  de transition assez autoritaire:après cette pause consacrée au plaisir (du tabac),revenons aux choses sérieuses...

b) une digression d’une extrême bouffonnerie :frappant est le contraste entre le sérieux, le registre doctoral du personnage qui joue au maître et le comique qu’il crée avec

•un anachronisme : Aristote* n'a pu connaître le tabac. Disqualifier Aristote sur un point inepte c'est SE disqualifier soi-même.

•une prétention évidente : il connaîtrait toute la philosophie.

•un énoncé péremptoire : n'est pas digne de vivre, diable  ! pour du tabac!

•un contraste entre l'emphase de la phrase (il s'agit de morale (voc))  et son objet : le tabac.On hésite entre un discours savant et un boniment.


• surtout avec une position curieuse parfois, fondée sur trois qualités du tabac:1-on a longtemps soutenu les vertus curatives du tabac (admettons ce point : purgation des cerveaux, en faisant éternuer...Mais on verra Sg à l'acte III déguisé en médecin et on verra qu'il n'y connaît rien) ;2- Sg fait aussi du tabac un vecteur de  civilité (lexique à relever): honnête homme, honneur, vertu etc) mais  beaucoup plus étonnant 3-il fait d'un élément matériel un moyen de pédagogie spirituelle (instruit les âmes). Étrange. Il ya de quoi faire bondir un croyant ou un sage.

     =>Voilà un discours inattendu : comment en même temps cette matière (interdite) peut-elle réjouir et purger les cerveaux,  mener pédagogiquement à la vertu morale et sociale?

        *Nous découvrons un valet qui dit son aspiration à l'honnêteté mais les conseils qu'il donne pour y parvenir enfreignent les valeurs fondamentales de l'honnêteté. Un honnête homme*(bien savoir ce qu'on appelle ainsi au XVIIème) se mettrait-il autant en avant? Citerait-il Aristote pour le réfuter sur un point accessoire (et d'ailleurs inexistant)? Monopoliserait-il la parole comme il le fait sur un ton sentencieux, péremptoire? Et la manière d'aller chez les uns et les autres n'est-ce pas s'imposer de façon brutale?
  
  =>  l'effet ne peut être que comique. Mais il rend accablante la suite.

 Dans ce contexte

c)la situation d'Elvire, la maîtresse de Guz est elle aussi surprenante car inversée :le contraste est saisissant : Sg s'est arrêté longuement sur le tabac comme incitateur moral et semble ne pas être choqué par l'abandon de la maîtresse d'Elvire.

-nous apprenons

    - qu'elle court après le maître de Sg,

   - qu'elle est déjà séduite et non à séduire ou à épouser comme dans la comédie traditionnelle.

   - qu'elle  a comme une attitude militaire (en campagne) peu attendue d'une jeune femme noble.

BILAN: on se demandait où allait cette exposition, on avait un éloge du tabac qui mène à la vertu et nous voilà face à une situation d'un homme qui semble être peu vertueux: lâchement, il a fui une femme qui l'aime et sans lui signifier sa rupture.Le tabac mène au devant du souhait des gens ; Dj semble ici aller à l'opposé : il fuit mais en même temps il est déjà en chasse d'un nouvel "amour" (I,2).Premier indice: on court après DJ, arpenteur d'espaces. Mais on verra aussi qu'il court au devant du souhait des femmes..., souhait qu'il fait naître avec la rhétorique du séducteur.



2)CET ÉLOGE PARODIQUE, PARADOXAL* (tradition qu'on retrouve depuis longtemps dans la littérature (Lucien, Érasme, ÉLOGE DE LA FOLIE);Rabelais; très fréquent chez le vrai Cyrano de Bergerac (éloge du vol, du pouvoir des enfants)) NOUS RENSEIGNE POURTANT ABONDAMMENT.

  (*En langage pédant si l'éloge se dit encomium on appelle un éloge parodique pseudo-encomium. Procédés pseudo-encomiastiques. Retenez que dans la pièce DJ le pratiquera en faisant l'éloge de l'inconstance et de l'hypocrisie.)

  a)sur le caractère de Sg (allez vite) et déjà sur quelques aspects de DJ:

   Sg:c'est un valet qui aspire à dépasser sa condition, qui veut en imposer. Il se met en avant pour un rien comme le tabac. Il aime pérorer.

  -un individu sentencieux qui n'a pas les moyens de ses ambitions:son discours emphatique est creux, se veut universel (on , pluriels, tout le monde) et il exclut beaucoup de monde. En réalité il ne parle que de lui et de son plaisir.

    -un être contradictoire qui plaide la générosité mais n'en témoigne pas beaucoup.

  -indirectement nous apprenons quelques éléments du héros éponyme:Dj a abandonné Elvire visiblement sans scrupule et sans espoir pour elle. Il court beaucoup, change facilement d'espace : on le vérifiera dans la pièce.

 b) sur les grands thèmes du texte : sous les incohérences  de Sg apparaissent des éléments très sérieux .

  •l'irrespect envers les autorités: d'emblée Sg s'en prend à Aristote, autorité certes païenne mais amplement reconnue par les autorités religieuses ; cet éloge du tabac va à rebours de l'interdit de Louis XIII et des condamnations de l'Église...

........> curieusement voilà quelqu'un qui refuse  les autorités politiques et religieuses en se réclamant de la Morale . On l'a vu,son éloge n'est pas "très catholique": c'est le tabac qui donne vertu et honneur...

....>il faudra se souvenir dans le cours de la pièce que Sg se posera comme le défenseur de la religion contre les impiétés de son maître. Ce discours préliminaire ruine d'emblée toutes ses prises de positions ultérieures.

 ....>plus largement ET AU-DELÀ du simple cas de Sg, on suppose que les autorités et les normes admises risquent d'êtres malmenées dans cette pièce.



   •la question de la circulation, de l'échange  : prenons un instant Sg au sérieux :il célèbre dans le tabac  la vertu qu'il confère et la circulation qu'il engendre: dans l'éloge, il définit un idéal de civilité reposant sur un contrat implicite qui pourrait régler tous les échanges humains : on cherche à faire plaisir et l'autre va vouloir en faire autant. Entre le donneur et le preneur quelque chose se passe qui ne finira pas. Idéal social plus que généreux que le valet ne met pas en pratique en fréquentant un maître bien peu honnête homme (abandon d'Elvire).

  Indice précieux encore: en effet il sera beaucoup question dans la pièce de l'échange et des règles sociales. Et du plaisir. Nous verrons que Dj fera semblant de faire comme tout le monde dans l'étape de séduction mais profondément ne respectera aucun échange honnête. On mesurera bien vite l'importance de l'expression "mal payée" qui vient à la bouche de Sg...



   •l'importance des mots, des discours, du langage. : Sg tient un discours qui ne résiste  pas à la logique: il défend l'honneur et  Molière nous avertit : il faudra se méfier des discours, lire la parole réelle sous les beaux discours. Ici même il fait un dithyrambe du don et ne sourcille pas devant  l'abandon d'Elvire...Il cherche surtout à en imposer à Guz pour se faire valoir. Dj saura mieux parler que son valet mais surtout mieux mentir: abuser des autres sera pour lui abuser des mots.


cl: Cette ouverture annonce une pièce singulière et complexe:

   -elle est proche de la farce qui rappelle les  lazzi de la commedia dell'arte qui faisait rire tout public (y compris populaire)- ce que reprend Mesguich avec ses deux clowns- mais qui semble étonnamment provocatrice et irrévérencieuse envers les autorités morale, religieuse.


   -elle est ambiguë: un homme  développe sérieusement une thèse absurde dont on peut cependant tirer des motifs sérieux (la place de l'échange dans la société).

   -le sens de cette attaque nous échappe en raison de la pluralité de lectures qu'il provoque. Que cache encore  le tabac? Ce détour par le tabac ? Vient-il à la place d'autre chose?

   Ne peut-on penser qu'à l'insu de Sg, Molière qui tenait le rôle fait retentir un éloge du théâtre? Avec ironie et avec force maladresses de Sg ne retrouve-t-on pas la définition du théâtre tragique selon Aristote qui purge (catharsis) les esprits et a un rôle civil que lui conteste justement les religieux chrétiens depuis toujours.Théâtre qui montre le monde sous tous ses aspects, dans toutes ses impostures.Théâtre qui apprend à comprendre les malveillances, les malfaisances. Pièce sur l'échange authentique ou pipé, DJ s'annonce aussi comme une pièce sur l'échange théâtral.


••••••••

[pour répondre à une question sur les fonctions de l'exposition*,et de cet incipit en particulier, dites qu'il sert à donner:

1/DES INFORMATIONS :
      => cette scène permet de connaître contexte et personnages:

       -le lieu (en cette ville, AVEC LA DIDASCALIE EN SICILE + UN PALAIS)),

       -temps de l’action (Dj vient de fuir dans cette ville ),

      -l' identité des personnages (leur place sociale (Done Elvire  ta maîtresse)), les relations qui existent entre eux et ceux dont ils parlent : avant que ne commence la pièce on suppose que quelque chose s’est passé ou que quelque chose va commencer.Ce qui vient juste après l'évocation du tabac.Une femme court après un homme qui l'a délaissée.

2/DES INDICES (REPRENDRE LE II DE MON COURS )

       -sur quelques personnages : Sganarelle, son maître

        -sur les thématiques majeures pour la pièce: les autorités, l'échange, la parole.

         -sur le registre de la pièce : le comique devrait dominer malgré des situations pénibles comme celle de done Elvire.


cl : fonctions d'un tel texte : à la fois installer une situation, suggérer des pistes, intriguer : informé plus ou moins, le spectateur a alors le désir de voir plus loin  ce qui s’est seulement esquissé.]


Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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