Samedi 26 juillet 2008 6 26 /07 /Juil /2008 16:18
•INTRODUCTION:

  •GÉNÉRALE:COURS N°1

  •SPÉCIFIQUE :nous sommes dans la scène d'exposition, la tirade du tabac.
Dans une ville où DJ, un jeune homme de qualité (noble) est de passage, poursuivi par Elv,, sa femme récemment épousée. Les deux valets dialoguent et Sg informe Gus de la situation: il pense que contrairement à tous les usages et aux signes de gage qu'il a donnés et que Guz rappelle dans la réplique précédente, son maître a abandonné la maîtresse de G qui vient de donner sans le vouloir une première idée de DJ (séducteur pour qui tous les moyens sont bons et qui peut même enlever une jeune fille d'un couvent). Nous allons vérifier combien sa phrase finissant par "manquer à sa parole" dit presque l'essentiel du burlador.

  •LECTURE DU TEXTE


   •COMPOSITION DE L'EXTRAIT qui est la réponse aux interrogations de Guz.

Dans ce texte, trois parties: 1-le rapport de DJ à Dieu puis 2-aux femmes;3-le valet maudit son maître mais reconnaît qu'il doit lui obéir et finalement prouve sa lâcheté (dire les lignes à chaque étape).

   •PROBLÉMATIQUE : QU'APPORTE CETTE TIRADE?

   •PLAN DE L'ÉTUDE

Nous suivrons deux directions :

•un portrait de DJ

•un autoportrait de Sg, les deux dominés par des élément comiques mais cernant bien les deux personnages avant l'entrée en scène du personnage éponyme.

1)UN PORTRAIT DE DJ :le vocabulaire de la peinture apparaissant au milieu du texte (à vous). Un libertin sans que le mot n'apparaise encore.

  Portrait qui va illustrer un énoncé  péremptoire :UN GRAND SEIGNEUR (la dimension sociale et son sillage de morgue, de mépris cruel pour autrui) MÉCHANT HOMME (l'attribut essentiel du maître selon le valet, attribut complété par l'hyperbole (le plus grand scélérat...(criminel: avec le superlatif nous comprenons qu'il réunit tous les crimes) ).

Qu'est-ce qui autorise Sg à résumer aussi durement le caractère et le comportement de son maître ?

Il est méchant (
méchant=qui témoigne du désir de provoquer la souffrance physique ou morale chez autrui) sur au moins  trois plans selon Sg:

     a)DJ l'irreligieux: libertin de pensée mais perçu au filtre (limité) de la pensée de Sg.

- à la fin du procès religieux de DJ, une phrase compte plus que d'autres : "traite de billevesées tout ce que nous croyons":

            -il semble que selon Sg, Dj ne croit à rien, à aucune forme de croyance, quelle qu'elle soit et paraît sourd à tout ce qu'on peut lui reprocher. Il faudra vérifier cette définition du burlador.

  [Si ce qui suit vous dérange, allez directement à la fin de ce crochet.

-il faudra le vérifier car Sg n'est pas ici d'une grande précision : il le traite de façon peu cohérente :il est tout à la fois
    - malade, il a la rage ou il est habité par un désir ardent;
    -un animal (chien) autrement dit sans pensée et langage articulé. Inférieur à l'Homme.
    -un ange déchu (un diable), un suppôt de Satan;
    -un Turc, autrement dit un être voué à une religion extrérieure à la chrétienté et donc maudit à l'époque par intolérance;
   -un hérétique mais un hérétique croit en adoptant une option schismatique , différente par rapport à la religion dominante.
    -un être qui ne reconnaît pas le Ciel OU L'ENFER (
métaphores spatiales de la religion chrétienne pour Dieu et diable).].
               

  Cette énumération n'a aucun sens : Sg accumule des caratéristiques qui ne vont pas ensemble et qui pour lui sont sans doute synonymes...Sans compter qu'aux yeux de Sg le refus de croyance en loup-garou paraît rhédibitoire alors qu'il relève d'une croyance païenne bien peu compatible avec le dogme (nous retrouverons plus loin en III,1 le même problème avec le moine bourru). Ce  supposé défenseur de la pensée chrétienne est ici bien peu catholique.

   Selon le discours incohérent de Sg son maître serait sans doute athée. Il faudra encore vérifier cette affirmation.Un des enjeux de la pièce.

=> Découvrons le Méchant en amour. Libertin de mœurs.

   b)l'amoureux qu'a connu Gus n'est qu'un conquérant de femmes et ce ne sont pas ses sentiments qui frappent mais sa technique unique.


    
-sa technique unique (son piège pour attraper les belles/épouseur à toutes mains (de toutes les femmes)) : c'est le mariage qu'il bafoue à chaque fois et ce n'est pas rien dans sa contestation globale (à suivre : si l'on sait que le diable est celui qui divise, Dj divise tout en simulant l'union);on voit apparaître le mot contracter : Dj est l'homme du contrat qu'il ne respecte jamais.


     - c'est donc un conquérant : dans tous les lieux, il aime vaincre toutes les femmes, sans restriction ni exclusive...de

- classe (dame, demoiselle= nobles; bourgeoises, paysannes comme nous verrons à l'acte II;

      ou

-sexuelle (chaud/froid)LD

       -le nombre de victimes est immense (Molière utilise la métaphore du livre (chapitre immense) qui ne vient pas de Molina mais des Italiens et où Mozart fera le sublime air du catalogue)

      

Mais  Sg accuse encore le trait en prolongeant son portrait :

    c)un conquérant qui n'est qu'un débauché selon le valet

-on comprend que la sexualité importe plus pour Dj que l'amour: la sensation plus désirée que le sentiment.

-il est vu  comme un animal (chien,bête brute ), comparaisons toujours dévalorisantes.

-plus grave : il est vu selon le stéréotype qu'on répète depuis Horace, comme un épicurien considéré encore comme un animal, un pourceau alors que l'épicurisme* n'est pas un matérialisme épais mais au contraire une sagesse qui fuit l'excès en tout. Défenseur du plaisir, tel est le vrai épicurien mais on ne trouve pas chez lui  la moindre débauche.

-ultime accusation : Dj est comparé à Sardanapale, personnage authentique mais devenu légendaire sous forme de débauché notoire qui a sacrifié un jour ses animaux, ses esclaves, ses femmes. Véritable hyperbole de la débauche.

=> Dj est donc coupable de tout et capable de tout.

 
-Voilà bien l'esquisse du maître. On comprend la surprise de Gus...Le valet sans le vouloir nous livre encore

2)UN AUTOPORTRAIT DE SGANARELLE. Complément à la tirade du tabac. Où nous découvrons que le valet est l'antithèse du maître.

    a)un bavard impénitent, passablement cuistre - quand son maître est absent. Il participe largement à la dimension comique de la scène alors que ce qui est dit est scandaleux aux yeux et oreilles de nombreux spectateurs.

-il semble qu'on ne puise pas l'arrêter (pas même lui (sorti un peu vite de la bouche)): il multiplie les accumulations* de mots (à vous:un enragé etc...) qui ont valeur à ses yeux d'hyperbole;il apprécie les vraies hyperboles ( être au diable que d'être à lui)

-pédant, il utilise le latin (inter nos), cite Sardanapale, en même temps sa langue est souvent familière et reflète un homme aux origines populaires: pélerin,épouseur à toutes mains venant du dressage des chevaux; disons qu'on doit comprendre qu'il apprend des locutions, des phrases, des bribes au contact de DJ et qu'il s'en sert de façon très approximative.

-il met un temps certain à mesurer l'étonnement de Gusman (tu demeures surpris): c'est dire assez qu'il aime s'écouter parler et en imposer aux autres.

C'est ce bavard qui est chargé d'être

    b) le critique de Dj:


-face à DJ, on devine qu'il lui parle souvent et qu'il fait office de censeur :nous découvrirons ce qu'il en est.

-quand son maître est absent comme ici;

         * que représente-t-il?

-il incarne la position religieuse classique, populaire  mais avec une naïveté, superstition (il parle de loup-garou, (personnage légendaire qui prouve que notre valet est surtout  proche du paganisme(légende d'un homme se métamorphosant en loup gigantesque),mot occupant une position scandaleuse dans l'accumulation) et inconséquence (il assimile athée, hérétique, musulman etc) qui le rendent burlesque. Sera-t-il un contre-poids sérieux? (On pourra vous interroger sur ce point en entretien: facile).

Au total nous découvrons

    c)un être contradictoire : qui aime plus sa dépendance qu'il ne la flétrit en apparence.

•d'une part il  critique DJ longtemps ici  et même le maudit et voudrait le voir bien loin de lui (citez): il en prévoit  froidement la fin tragique (que le courroux du ciel l'accable quelque jour);

•d'autre part on le voit fasciné par la rhétorique, art de parler qu'il ne maîtrise pas vraiment mais qu'il doit sans doute à sa fréquentation du burlador; il aime, à l'image de son maître avec lui, occuper une place supérieure comme on le voit depuis le début de I,1 avec Gus;

•en outre, "courageux" critique de DJ quand il s'absente, il devient soudain couard  et même menace de mentir quand le séducteur s'annonce à l'horizon (on se souvient que deux minutes avant il célébrait la vertu). Il joue double jeu : il parle dans le dos de DJ et face à lui mentirait à Gus.Nous nous en souviendrons au moment de sa réaction à la tirade de l'hypocrisie.

       =>fasciné est bien le mot qui convient (étymologie) : il dit la répulsion (Sg est scandalisé par DJ) et l'incapacité de s'en détacher (il faut que je lui sois fidèle en dépit que j'en aie) au point de tenter de l'imiter. Il semble qu'il y ait en DJ une force, une énergie qui attache Sg au point d'être transformé en spectateur (citez:applaudir...) des  transgressions qu'il désapprouve. Bref il a beau dire, il lui plaît de demeurer à son service...
            


cl: voilà un portrait charge du maître par le valet. L'image est-elle juste, gauchie, inférieure à la "réalité"? DJ apparaît sur la scène : nous allons nous faire un idée par nous-mêmes...


                     
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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