Samedi 9 août 2008
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[mon I étant un peu long, je vous propose à la fin de ce cours un autre plan plus simple.]
DON JUAN IV,3 : MONSIEUR DIMANCHE
SITUATION : VOILÀ LA SCÈNE qui plaisait le plus aux spectateurs du Palais-Royal Scène qui gêne parfois les metteurs en scène : Chéreau la supprima en 69.
À la fin de l'acte III, Dj a invité à venir manger chez lui la statue d’un Commandeur qu’il tua. Pour une fois et dans tout l'acte, le burlador est dans son appartement (DIDASCALIE). Il semble ne pas croire à
l’événement troublant qui s’est passé dans le mausolée (soyez capables de le rappeler).
M. Dim est le premier fâcheux qui retarde le repas tant désiré de DJ (citez IV,1):son arrivée réintroduit une dimension comique et familière qui contraste avec l'animation
mystérieuse et angoissante de la statue. Les autres visiteurs seront don Louis, Elvire et enfin, à nouveau, mais comme prévu, la statue.
LECTURE
ENJEU: EN QUOI CETTE PETITE COMÉDIE EST-ELLE RÉVÉLATRICE DE DJ? mesurer la place du langage dans la stratégie
de DJ. et dans cette leçon de comédie. On la connaît en amour, on va la voir en "affaires".
PLAN de la lecture : (1) une scène comique (2) qui en dit long sur DJ et sur la société du XVIIème. Scène que nous ne verrons que dans sa première partie : la seconde
montrant Sg incapable de réussir aussi bien que son maître.
1)UNE SCÈNE COMIQUE :
Commençons par rappeler
a) le but de DJ ou plutôt les buts :
*ne pas honorer ses dettes. Tout faire pour empêcher Dim d’évoquer la raison exacte de sa venue. En limitant les interventions de Dim. ”J’étais venu ...”;”Je n’ai qu’un mot à
vous dire..”.
*faire rire toute la maison avec des laquais figurants & spectateurs.
* s'amuser à défier socialement un être dont il a besoin mais qu'il méprise. Homme de l'échange simulé, DJ va payer son prêteur en monnaie de singe.
=>scène reposant essentiellement sur le comique de situation. Éclate le contraste entre ce que prétend faire DJ (visiblement, spectaculairement) et ce que révèle
(profondément) son attitude. Cette situation entraînera comique de mot et de gestes. Comique fondamentalement de répétition et de variation sur la répétition (les JE de Dim..)[PLACER ICI LA
VERSION ALLÉGÉE]
b) les moyens de DJ
• en jouant sur la rapidité (allons vite etc): la scène dans la scène (les laquais étant figurants spectateurs) est enlevée, fondée qu'elle est
sur questions, interjections, impératifs.SOULIGNEZ LA BRIÈVETÉ DES RÉPLIQUES.
•en jouant en même temps du retard : tout faire pour que Dim ne dise le mot qu'il est venu dire
• surtout en feignant de le flattant, en l'honorant : regardons provisoirement la progression des marques d'attention :a) accueil, b) le siège, c) familiarité, d) pacte, e)
invitation, f) escorte. Voilà un bourgeois qui traverse en deux minutes ce qu'il faudrait à une famille sur au moins un siècle.
c)voyons et admirons en les détaillant ses marques d’attention qui sont autant d’ éléments tactiques d’obstruction :
•1• accueil avec civilités (il est unique, il a droit à un traitement privilégié (lire)).
•2xième tactique : il élève Dimanche socialement en lui offrant un siège qui fait de lui son égal. Le bourgeois est conscient de l'incongruité et la décline (relevez les
dénégations successives (ne, ne)). Mais DJ va porter la distinction jusqu'à l'absurdité: il fait remplacer le pliant par le fauteuil, ce qui revient à le traiter comme un Prince: le XVIIème était
très attentif à la hiérarchie des sièges (cf le grand écrivain Saint- Simon) et devait beaucoup rire au moment précis de cette scène. Du reste ces insistances pour faire asseoir Dim sont
assorties de considérations égalitaristes, burlesques pour l'époque: contre moi, point de différences entre nous.
Dj met l'étiquette sans dessus dessous. Profondément, il abaisse en élevant. En simulant l'abolition de la distance matérielle qui les sépare, il redouble la distance
sociale :
-DJ intègre de force Dim à un jeu qui lui échappe totalement. L'honneur qu'il lui fait est le plus odieux des avilissements.
-le comique est d'autant plus fort que Dj en se prétendant seulement l'égal de Dim adopte à son égard un ton
péremptoire qui prouve qu'il reste le grand homme. Il a le pouvoir de parler et de priver de parole.
-notez les verbes de volonté (relevez) adressés aux domestiques,
puis à Dim avec une intensité croissante: asseyez-vous est correct; mettez-vous là est déjà cassant et la fin tourne au chantage (non je ne vous écoute...)
-------->la première erreur de Dim: s'asseoir. Il cède au pouvoir de Dj qui aura barre sur lui. Il a été élevé en apparence mais abaissé physiquement
et moralement déjà.
•3sième tactique: la familiarité.
DJ demande des nouvelles de toute la famille successivement (à vous). Ce souci a un aspect ironique et riche de sous - entendus: si M Dim se porte si bien c'est qu'il est à l'aise et que
sa demande peut être différée...En plus il le traite en maquignon, avec mépris , comme Charlotte. On aura noté le mot à double entente : fonds certes de santé mais fonds économique
aussi....
Plus le passage en revue de la famille progresse (hormis la mère ils sont tous qualifiés de petit) et plus l’éloge se fait dégradant (ainsi l’enfant qu’il montre
bruyant); sans compter qu’il assimile le chien horripilant à la famille : c’est d’ailleurs du chien qu’il parle le plus longtemps. DJ donne en
passant une leçon de savoir vivre au bourgeois : comment comparer son accueil si amical de noble à l’accueil qui se résume à un chien envahissant et hostile et un enfant tambourinant?
Avec élégance mais cruauté Dj abaisse encore Dim: il le traite comme un animal (il tâterait presque ses joues) et prend souci de son chien...On note aussi qu’il ne cesse de
dire MONSIEUR DIM, rappelant ainsi, par ce nom commun, ses origines tandis qu’il lui coupe la parole chaque fois qu’il veut dire la raison de sa venue.
Sommet de l’ironie le mot à double sens : J’Y PRENDS BEAUCOUP D’INTÉRÊT: 1) au sens social, je suis très attentif à la santé de toute la famille;2) au sens de l’emprunt je vous
prends beaucoup d’intérêt, en ne vous rendant rien...
Résultat: c’est le “pauvre” Dim qui est socialement son obligé et qui doit reconnaître qu’il le reste.
• 4ème tactique : le pacte .
DJ va jouer sur la proximité amicale : après les honneurs, après le souci de l’autre, le piège de l’amitié.
Observons qu’il se sert à merveille de l’espace : il a fait asseoir Dim, s’est approché de lui, lui a touché la main comme avec les femmes (cf
CHARLOTTE en III, 2: TOUCHEZ DONC LÀ (=serrez la main en signe d’accord)
Il multiplie les formules emphatiques de dévouement ( citez : suis à vous +rien que je ne fisse pour vous) jusqu’à l’invitation qui précédera l‘éjection.
Sur ce plan ces formulations ne sont pas innocentes et opèrent d’habiles glissements:
-1-je suis à vous de tout mon cœur : formule d’amitié qui fait songer au discours amoureux. Dépendant financièrement de Dim (suis à vous) il donne un sens sentimental à cette dépendance et on
songe à des formules voisines qu’il employa avec Charlotte et Mathurine. Il parle de son cœur qu’il ne cesse de prodiguer comme on sait.
-2-l’ordre est inversé : DJ devient le vassal de Dim : il n’y a rien que je ne fisse pour vous
-3-mais l’ironie perce encore : et cela sans intérêt. Il s’est efforcé de montrer que son attachement était total, généreux, sincère , il lui dit que c’est sans arrière-pensée pour faire
oublier les intérêts qu’il doit à Dim: il prononce le mot pour lequel le gageur est venu.
Dim est écrasé sous le témoignage d’autant de “généreuse amitié”: "trop de bontés pour moi; je n’ai point mérité cette grâce assurément”. Le gageur devient le
débiteur. Dj use des mots, toujours contre du temps. La serviabilité de DJ aggrave la servilité de Dim.
•4ème et dernière tactique, le comble de l’audace: non content de le recevoir, de le prier de s’asseoir, de lui serrer la main, DJ invite Dim à souper , à consommer les fruits de sa dette, à s’entretenir lui-même, à gaspiller sur son propre compte.
La nouvelle erreur de Dim est de décliner l’invitation en prétextant le temps : il donne l’occasion attendue par DJ pour le mettre à la porte. Dj accélère soudain la manœuvre en simulant la
déférence (il ne veut pas le retarder) et la protection (escorte qui est surtout là pour qu’il ne revienne pas...).
La réaction de Sg (siège) prouve qu’on approche de l’estocade brillante il faut le dire et répétant en mineur toute la scène :Dj redit son intérêt pour Dim, se présente comme son
inférieur et comme son DÉBITEUR (personne qui doit une somme à une autre). Il dit ce pourquoi Dim est venu, ce qui entraîne une sorte d’expression d’aise chez le gageur : AH!MONSIEUR. Mais DJ
transforme sa dette en honneur : il le fait savoir à tout le monde augmentant donc sa clientèle ..
Dim tente une dernière fois de parler : Dj, sans gêne , pousse la transgression sociale le plus loin possible : il propose de l’accompagner, impensable évidemment à
l’époque. Refus prévisible de Dim presque scandalisé. Dont profite DJ pour franchir le dernier pas de cette comédie pour l’époque : il embrasse Dim (dernier rapprochement spatial) et le
quitte avec les mots qu’il a déjà employés . IL sort : la leçon de comique est finie.
Sg va prouver ensuite que se débarrasser de Dim n’est pas chose si facile. Il attestera que les mots doucereux, les gestes amicaux de DJ sont aussi une forme de
violence mais masquée.
2)UNE SCÈNE INSTRUCTIVE:la préférée du public, on l’a dit, mais sans doute pour de mauvaises raisons...
•a• elle confirme les grandes qualités de comédien du burlador:
-il joue devant ses serviteurs complices devenus spectateurs : au lieu de laisser Dim dans l'antichambre (lire fin de scène 2)comme le ferait Sg, il va s'en débarrasser de façon magistrale sur la
base bien connue depuis le début de la pièce : un mot pour une dette et PAS UN DOUBLE...(fin de IV,2);
-il simule l'intérêt, l'affection et exécute sa sortie de scène au moment opportun. Improvisateur de talent, il saisit avec habileté les occasions. Il va jusqu'à dire (comme Tartuffe) la vérité
(je suis ...votre débiteur) pour mieux la faire oublier. Il suffit de le comparer avec Sg dans la suite de la scène pour en prendre la mesure. Le valet a besoin de la force où son maître
use de la parole.
•b• ELLE NOUS RENSEIGNE SUR LES DIFFICULTÉS DE DJ: comme tous les nobles déjà (sauf Mme de Montpensier), il est endetté. Il est
aux abois. Menacé donc par la famille d'Elvire, il doit en outre honorer ses emprunts. On mesure aussi son train de vie puisque nous le voyons chez lui pour la première fois. Il a beaucoup de
domestiques, un serviteur (le siège), La Violette qui parle de Dim, 4 ou 5 hommes pour reconduire le gageur...Dj, l'
homme qui gaspille, l'homme qui vit de l’excès en tout.
•c• elle donne avec les autres scènes, une bonne idée de la société dans laquelle s'inscrit le héros:
*nous avons vu jusqu'alors des valets, une ex-religieuse noble, des voleurs, un pauvre, des paysans, un noble: il manquait la bourgeoisie que nous tenons avec Dim.
-Classe montante mais qui n'a pas toujours l'aisance que devrait lui donner son avantage économique. Il évite de s'imposer, refuse le souper, emploie beaucoup de négations: il
a l'argent mais pas encore la parole. Il a un pouvoir réel mais pas encore le pouvoir symbolique.
-à l'inverse, DJ, le noble, a besoin de ceux qu'il méprise et dupe: il apparaît comme oisif, parasite, exploiteur [il faudrait préparer une réponse sur la noblesse dans la
pièce en tenant compte de Carlos, de son frère, de Don Louis et de DJ] et seulement capable de jouer pour son plaisir avec tous en abusant du langage (performatif*).
*DJ semble rompre avec sa classe , mais il n'est pas affranchi des préjugés (arrogance, insolence) et privilèges dont il profite et abuse. Il ne viendra pas par hasard à
l’hypocrisie.Il est prêt depuis longtemps.
*on peut penser qu'il incarne un exemple passionnant de déclin de la noblesse dont Molière n’a pas forcément conscience.
•d• cette scène nous fait franchir une étape dans la connaissance de DJ qui se révèle d’avance comme l'homme qui refuse toute dette
symbolique (on va le confirmer après :valeurs morales, Père, Dieu)
mais il en est réduit à retarder ses remboursements avec une comédie...
cl: grande scène fort drôle dans un acte qui va mêler les registres (à vous, avec le reste de IV; aucun personnage n'a été à ce point victime de DJ (Charlotte avait des
réserves). Dim est une marionnette qui ne peut parler. Les rieurs dans la salle auront des descendants moins hilares...Le théâtre le montera assez vite avec la pièce de LESAGE, TURCARET.
D’autres visiteurs vont venir : d’autres dettes, d’autres intérêts, d’autres valeurs. Dj avec la statue tentera de faire raccompagner la statue avec un flambeau : la réplique
de l’homme de pierre sera cinglante (dernière phrase de l’acte).
[Scène qui gêne parfois les metteurs en scène par son côté farcesque: Chéreau la supprima de sa mise en scène en 69]
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POUR UN I PLUS RAPIDE VOUS POUVEZ TENTER l’assez ennuyeuse classification suivante:
I- cours supra puis dans les MOYENS, placez
LES DIFFÉRENTES FORMES DE COMIQUE : j’en oublie, vous compléterez avec le cours supra.
• comique de mots :
- le fond de sa stratégie : parler pour ne pas donner le moindre double. Le mot pour DJ est une force, une pièce stratégique mais il ne désigne rien dans son esprit et ne l’engage à rien.
-Dj parle du droit de M. Dim.....
-mot relevant de la double énonciation : l’accueil fait à Dim : il sermonne ses laquais complices en fait.
-mots avec lesquels il joue :
-je sais ce que je vous dois (jeu sur : devoir :1- il faut honorer un homme de sa qualité;2-je connais ma dette).
-il va même jusqu’à prononcer le mot que voulait placer Dim: débiteur.
- comique alors du "AH MONSIEUR" de Dim.
•comique de mots et de répétitions :
-répétition de Monsieur pour Dim et MD pour DJ qui insiste sur ce nom commun.
- l’interruption systématique des phrases de Dim.
-répétition de mots de scènes d’amour avec Charlotte (vanter le corps gras de Dim).
-la répétition cumulative: toute la famille est évoquée avec l arépétition du mot petit.
-ensuite, en mineur répétition maladroite par Sg.
• comique de gestes qu’on devine mais qui implique un jeu parfait dans et avec l’espace:
-rappeler sa double stratégie : parler pour faire taire & se rapprocher pour éjecter; il parvient à surmonter son mépris de classe et à le transformer en signes d’amitié
extrême.
-énumérez et commentez vite les étapes du manège :sa porte est toujours ouverte ; on approche un siège; il se penche vers le corps de Dim pour montrer son
intérêt; il touche la main;il l’invite à souper (partager son intimité); Dim refuse =>garde, protection qui reviennent à une expulsion. Comble du grotesque : ll l’embrasse ! Gag : c’est
Dj qui sort en acteur.
• comique de situation : double inversion.
-Dj veut aller vite et joue du retard;
-le grand se fait tout petit, se met à la hauteur du bourgeois, souligne même leur égalité pour que le demandeur devienne son obligé (début); le bourgeois en réalité est rabaissé : DJ lui donne
des ordres et entreprend même un CHANTAGE...; le rabaisse à son chien; il lui rappelle que chez les bourgeois comme Dim on ne sait pas recevoir.. Sa réception est une éviction.
••en réalité toute la scène est dominée par l’ironie que ne perçoit que le public. Dites combien est faux son intérêt pour la famille quand on aura vu Dj avec son père...(
scène suivante).