Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 17:29
    DON LOUIS IV,4 (simple fiche au cas où l’interrogateur ferait du hors-liste)

SITUATION :

    *générale : à vous

    *particulière : acte IV, acte des visiteurs indésirés, des fâcheux : successivement on lui demande des comptes financiers, ici familiaux ensuite religieux avec El & la statue.

        -Dj a deux tactiques pour renvoyer les gêneurs : la volubilité ou le quasi-silence. Voyons ici sa seconde tactique.
Dire le contraste flagrant avec la scène de Dimanche. À tout point de vue. Nous entrons en principe dans une scène héroïque. Dj ne trahit pas  seulement un homme, Dim mais une généalogie et des Valeurs.

LECTURE

ENJEU : éclairer un autre défi de DJ : le social et le familial.

PLAN : annonce.

1)UNE SCÈNE D’UNE RARE VIOLENCE: L'infamie de DJ éclate. Sa vie est en danger.

    -accueil du fils (enrager) / réponse du père: il regrette la naissance d’un fils qu’il demanda au Ciel..

    -insolence (mot même du père) du fils qui se soucie de la fatigue du père, façon de lui reprocher la lenteur et la longueur de sa tirade.

    -colère du père
passant du VOUS au TU (fin de la scène): sa volonté d’expulser la souillure qu’e représente DJ (fin de son discours): en attendant que Dieu s'en charge, il souhaite qu'on enferme son fils, qu'on l'empêche de nuire..

    -le cri assassin du fils dans la scène suivante: “eh mourrez ...”

Tout semble prouver qu’ils attendent chacun la disparition de l’autre. Le père traite son fils de MONSTRE DANS LA NATURE, il est vain (au sens de fat) mais surtout il descend en vain de ses ancêtres : il est donc de trop...

=cette scène permet d’entendre

2)UN ÉLOGE ET UNE DÉFINITION DE LA NOBLESSE :

    a) une tirade de grande ampleur, un discours très élaboré : ne gardez que quelques points, évidemment, et l’idée dominante.

-signalez les articulations évidentes:mots de liaisons (aussi, ainsi, enfin);

-montrez l’alternance de 3 éléments : des propos généraux sur la noblesse, des remarques personnelles (je,aveu autobiographique), et enfin une argumentation ad hominem : il cherche à impliquer son fils par des questions rhétoriques. Dire lesquelles.

 -montrez les nombreuses antithèses ( chagrin & supplice//joie & consolation; gloire /infâme ou honte; crocheteur/ fils de monarque) etc.);

-indiquez l’ampleur de sa phrase :

        -en particulier DE QUEL ŒIL ...MES AMIS : cet ou cette + relative et même deux relatives à la fin.
        -indiquez des éléments binaires  avec un parallélisme : “et si vous êtes las de me voir // je suis bien las aussi de vos déportements”;
        -indiquez un rythme ternaire, garantie d’ampleur (sinon d’emphase : nous le verrons plus bas) :

- quand, quand, que =>“Hélas, que nous savons peu ce que nous faisons, quand nous ne laissons pas au Ciel le soin des choses qu'il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui, et que nous venons à l'importuner/(suite binaire) par nos souhaits aveugles, et nos demandes inconsidérées!

        -signalez l’alexandrin “je suis aussi bien las de vos déportements”; l'octosyllabe cinglant (ah quelle bassesse est la vôtre!)

        -soulignez l’extrême longueur de sa dernière phrase (clausule):rythme quaternaire=>

    Apprenez enfin qu'un (1) gentilhomme qui vit mal, est un monstre dans la nature, que (2) la vertu est le premier titre de noblesse, que (3) je regarde bien moins au nom qu'on signe, qu'aux actions qu'on fait, et que (4) je ferais plus d'état du fils d'un crocheteur, qui serait honnête homme, que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous.

   
 Voilà un parole grave, aux cadences régulières,  portée aussi vers la sentence : la naissance n’est rien où la vertu n’est pas.

Ce discours très composé se veut



     b)une définition de la noblesse :dimension cornélienne de ce grand noble. Il y a beaucoup de valeurs romaines dans ce discours.

-partez du vocabulaire : mérite, vertu, gloire, honneur;

-c’est un code strict ( s’efforcer; impose) qui exige qu’on lui obéisse  continuellement: une espèce de dette infinie qui indique qu’il faut suivre le modèle des ancêtres et tenter de les imiter. Les ancêtres surplombent les vivants. Ils les ENGAGENT !!!

-pressé par la situation, voulant humilier son fils,  DL va distinguer deux noblesses :

                *celle de "droit", de naissance, la sienne, celle du Nom et des armes  qu’on défenden s’inspirant des normes des prédécesseurs illustres.

                *celle de fait, celle de l’action (de la vertu (en un sens précis) : que Molière emprunte à des auteurs latins (Juvénal, Sénèque) et que le Figaro  de Beaumarchais reformulera, un siècle plus tard. Ici le mot vertu a un sens capital ( virtus en latin / aretè en grec, mots impossibles à traduire !)  c'est en quelque sorte la qualité intrinsèque d'un être ou d'une chose, son "principe" moteur - ainsi un char ou un bandit ont leur propre vertu dans la mesure où ils accomplissent les actions en adéquation parfaite avec leur nature. La vertu du fils du crocheteur c'est peut-être aussi d'être un vrai "fils", agissant en fils de crocheteur, vrai prolongement de son père et donc bon crocheteur. Faire bien ce pour quoi on est fait, quel que soit le niveau social, quelle que soit l’activité, telle est la virtus. Un crocheteur honnête est préférable à un fils de monarque sans honneur. D’où sa question : qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme?

        Dom Louis défend une morale du respect, de l’effort, de la grandeur intransigeante. Il donne une définition extensive de la noblesse. Ce qui paraît généreux...

    3)UNE SCÈNE QUI ÉCLAIRE CRÛMENT PÈRE ET FILS:

    a) le fils est bien cerné :

-il récuse toute dette biologique, familiale (rejet du père), idéologique (la classe sociale qui engage à un rôle déterminé);
-il parasite sa classe d’origine en  instrumentalisant des notions généreuses, en utilisant son prestige mais en  trahissant à chaque fois ses valeurs et en en ridiculisant  les membres.
-il pousse son père à faire l’éloge de la noblesse de fait....un comble tout de même.


    b) le père n’est pas sans ambiguïté :

- ses raisons sont surtout celles du besoin de  tranquillité (obligé sans cesse de rattraper les mauvaises actions du fils), de la réputation, de son crédit auprès du Roi..(obsession du regard : citez le lexique de l’oeil, de la lumière). Après avoir traité d'Idéal dans la noblesse il en appelle à la force...

-avec sa tactique du silence, Dj fait retentir un certaine rhétorique, une certaine boursouflure dans le discours de DL. une emphase qui sonne soudain creux. Le père ne sait que parler, son discours est beau mais vide n’a pas prise sur son fils qui ruine la réputation de sa famille et plus largement celle de la noblesse. Le discours de DL semble usé soudain et n’a plus d’effet sur le fils. Dj ne répond pas : aucun souci de réfutation, de défense.

-paradoxalement cette tirade évoque un "péché" du père : il a trop imploré le Ciel ! La mort du fils viendrait annuler sa faute initiale...Curieux échange...

Comme toujours et en très peu de mots, Dj est parvenu à faire avouer les vraies raisons des mots généreux...

cl:après Dimanche et un DJ comédien, nous avons vu  face à un DJ peu loquace, DL qui critique toute la vie  de son fils et en souhaite la fin grâce au Ciel, annonçant par avance la visite de la statue.




Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés