Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /Nov /2008 15:26
Simple fiche qui doit vous permettre de répondre à des questions pouvant émerger dans l'entretien :

-quel est le défi théâtral de la pièce? Est-elle baroque*( cf infra, après ce cours, ma remarque d'avertissement)? Classique*? (Bien savoir et dire que ces notions esthétiques étaient inconnues de M).



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1665 :  alors que ce qu'on appellera bien plus tard le baroque se meurt (si on vous demande une pièce baroque à strictement parler vous citerez L'ILLUSION COMIQUE de Corneille ou LE VÉRITABLE SAINT GENEST de Rotrou) et que la théorie dite classique* a gagné la bataille du théâtre (unités, bienséances, vraisemblance), M reprend à Tirso et aux Italiens un canevas  qui deviendra mythe : longtemps oubliée, négligée et surtout  critiquée pour son côté hybride, cette pièce retient l'attention depuis 50 ans et même pour sa composition longtemps déconsidérée.

Parlrons-nous d'ordre ou de désordre dans la composition de la pièce?



1/UNE COMPOSITION QUI SURPREND AU PREMIER ABORD et semble relever du baroque :



  •a• par ses écarts par rapport aux 3 unités :

        -difficile de trouver une unité de lieu (à vous ), de temps ( le Commandeur invite DJ pour le lendemain alors qu'il s'agit du souper en IV) ou d'action : s'agit-il de l'action du séducteur? Il n'en est plus question après l'acte II ; s'agit-il de la question de Dieu? Elle n'est vraiment présente qu'à partir de III. Pour qu'il y  ait action, il faut des obstacles : DJ les nie, les fuit, s'en débarrasse et même la statue n'en est pas un. On a le sentiment d'un parcours de héros improvisant sans cesse (certains ont pensé à une dimension picaresque*).



         -la vraisemblance* est malmenée: de lieu en lieu ce n'est qu'une succession de rencontres qui paraissent dues au hasard: Elvire certes court après Dj qui court après la jeune promise d'un couple mais après, les paysannes surviennent comme surgissent dans une forêt vraiment fréquentée un pauvre, des brigands , des frères d'Elvire et un mausolée qui s'ouvre de lui-même.
Autre cas voisin : quelle curiosité que cet acte V où DJ rencontre vraiment beaucoup de monde!!!dans un lieu aussi écarté ! Plus étonnant encore : M a ôté le lien familial entre la femme abandonnée et le Commandeur tué (Anna en est la fille);

         - la bienséance* si prisée par spectateurs et théoriciens est toute relative.
Évidemment, M a évité les outrances de ses "modèles"(Villiers etc.) : pas de meurtre sur scène, pas de coups assénés à Louis, pas de repas de serpents mais certains comportements (la  promiscuité avec les paysannes; la volonté de mise à mort du  père) et certaines expressions (l'habit purgatif du "médecin" Sg) choquèrent.
     
                  =>C'est pour ces raisons que cette course à travers l'espace, cette mobilité de DJ a pu être taxée de baroque tardif  quand on a évoqué l'esthétique de la pièce.

   •b• baroque renforcé par une diversité de registres très apparente :

                      -dans le farcesque (où? à vous), dans sa gourmandise, dans son goût pour l'argent , dans sa fatrasie (sa tirade d'anadiploses), il y a chez Sg des éléments du bouffon de Commedia dell'arte. Il y a chez lui aussi du burlesque* quand il parle sérieusement et gravement de choses qu'il  connaît mal (le tabac, la religion de DJ); burlesque de Dj recevant Dim comme un Prince..;

                    -les paysans relèvent de la farce le plus souvent et d'une sorte de pastorale*(atmosphère de noble galanterie de pseudo-paysan dans un environnement naturel) inversée (ces paysans ici n'ont rien de noble) ;


                      -Carlos semble sortir de chez Corneille ; Dom Louis relève comme lui de la tragi-comédie* ; il y a du tragique chez la seconde Elvire et de toute façon dans son destin de femme irrémédiablement trompée et abandonnée. Héroïne presque racinienne avant l'heure.

                       -sans compter sur les apparitions dues à des machines et qui introduisent un merveilleux  largement aimé des baroques.

     •c• baroque qui convient parfaitement à la philosophie du héros, homme du change en amour (à vous avec tirade du séducteur + paysannes), de la comédie, du masque qui passe surtout chez lui par le discours de la tromperie.

*vous pouvez ne développer que la dimension de comédien de Dj (comédien en amour (art du mensonge, rhétorique de séduction et de persuasion), comédien dans le religieux (il joue les Tartuffe avec la première Elvire; il évite le débat avec Sg; à l'amour de dieu du pauvre, il substitue un étonnant amour de l'humanité), comédien socialement avec le jeu du mariage, avec les promesses faites à Carlos, la comédie avec Dim ( sorte de pièce dans la pièce) et enfin, aboutissement nécessaire la comédie de l'hypocrisie  (pléonasme). Seule la fin le montre ne jouant plus mais soupçonnant jusqu'au bout une comédie qu'on pourrait lui jouer.


  Si l'on pose que le mouvement baroque cherche à épouser l'instant, le flux du Temps, qu'il met en scène les changements et les métamorphoses, on peut dire que Molière  a su donner à son    héros  le cadre qui lui convenait
  -avec le changement de cap permanent du protagoniste
& le changement incessant de décor,
  - avec le changement des êtres (Elvire),
  -avec le changement tactique (hypocrisie) de DJ
  -avec cette statue, cette  pierre qui bouge, libère du feu.

    Cette mobilité, cette
mutation des choses et des êtres impliquent surtout  leur caractère éphémère et donc mortel : la marche à la mort, la représentation allégorique de la mort ne sont pas malséants dans cette pièce à dimension baroque. Évoquez le spectre de la fin qui devient le Temps.

        Mais il ne faut pas s'y tromper : dans le baroque même ,le désordre s'appuie sur un ordre caché et Molière a su faire preuve aussi de rigueur dans la structure.

2/UNE COMPOSITION plus SERRÉE, une pièce PLUS HOMOGÈNE  qu'il n'y paraît  :

  M a préféré

   •a• une unité  créée par l'omniprésence du héros et de son valet:

-Dj est presque toujours là (et quand il ne l'est pas, on parle de lui), il décide, oriente tout. Lui et Sg  font  souvent les enchaînements de scènes (conclusion / ouverture: exemple en III: on reprend la question de l'habit de fin de II, on parle théologie et Dj constate qu'il faut demander sa route; après le pauvre, DJ aperçoit un combat déséquilibré et il va aider Carlos ; seul , délaissé par son couard de valet, Dj appelle Sg et c'est la scène du mausolée).

-M a ainsi choisi la technique du miroir, double : chaque personnage permet l'éclairage d'une facette du burlador ( le séducteur pressé avec les paysannes, le noble endetté et méprisant, le goujat avec Elvire, le fils méprisable etc.);  en même temps,  Dj révèle chaque être, sa vérité (l'hypocrisie du père, le rêve de Charlotte, l'impuissance provisoire du bourgeois Dim etc.)et son mensonge.

- l'unité est bien donnée par
le duo  qui est comme le noyau dramaturgique de la pièce : l'interdépendance des deux personnages, l'éclairage de chacun par l'autre donne une homogénéité incontestable à l'œuvre.

Cette unité est complétée par


    •b•une unité thématique, celle des défis du libertin que la pièce décline progressivement.

*vous pouvez utiliser ce qui suit pour montrer l'ampleur des défis:

-dans les actes I & II l'infidélité est théorisée (tirade du séducteur) et mise en pratique (abandon d'Elvire, recherche de la jeune fille à la barque, séduction des paysannes).Ce libertinage ne va pas sans trahisons morale, religieuse et sociale.

-à partir de l'acte III, le défi devient plus religieux et social:

       -sollicité par Sg, Dj ridiculise la médecine et au plan théologique lâche une formule (2+2) complexe qui révolte le valet croyant;

         -liant religion et morale sociale, Dj "attaque" le pauvre.

         -fait étonnant : Dj prouve une morale de classe en sauvant Carlos mais ne laisse pas de doute sur sa prochaine trahison: il ne reviendra pas auprès de sa femme Elvire.

          -pour finir Dj , poussé par la poltronerie de Sg en vient à inviter un mort à manger : parodie de civilité et mépris pour les morts.

-l'acte IV récapitule tous les défis :

        -social avec Dim;

        -familial et social avec Louis.

        -amoureux et religieux : Elvire.

      -religieux : il traite la statue visiteuse comme si de rien n'était.

-en V, pour des raisons personnelles mais profondes, M ajoute un défi qu'il considère comme gravissime : l'hypocrisie. Défi qui touche au religieux mais aussi  à toute la société. Au dénouement, Dj affronte la mort avec hauteur. Ultime défi.

 En quelque sorte on peut dire que le grand défi de DJ (outre le défi baroque à la vie en tous ses mouvements) est celui qui consiste à s'attaquer à tout ce qui fait lien : Dj joue avec les liens humains et c'est quand il se fait hypocrite qu'il devient le plus dangereux aux yeux de M.
       

•c• face à ces défis et pour les compléter, M a su créer une unité de
périls acceptée par les théoriciens du théâtre de l'époque de M :

  *Dj est menacé de noyade, il est poursuivi (changement d'habits), il doit revenir à Elvire ou se battre contre Carlos, il doit prendre garde aux menaces de son père (appel à la loi pour l'enfermer), il lui faut se rendre à une invitation de Commandeur.

   *Sans compter les menaces et prédictions proférées par tous  qui annoncent que le Ciel veut sa mort (à vous : Sg, Louis, Elvire (sa dernière apparition où elle souligne l'urgence d'un repentir etc)).

  Sous la course apparemment picaresque perce une montée des périls qui connaît un crescendo admirablement construit. Ainsi vous pouvez montrer ce que Mesguich ne veut pas voir dans sa scénographie : Dj n'est chez lui, dans sa ville qu'à l'acte IV. Repli évident sur un espace familier.


cl : voilà une œuvre construite et non hybride comme on la dit et cru longtemps.M ne pouvait se poser des questions artistiques et esthétiques qui vinrent après (le baroque) mais il a su trouver une composition qui sert d'écrin éloquent à son personnage principal : sans aller jusqu'aux excès de ses prédécesseurs il a su à la fois épouser la course  improvisée et désordonnée  de Dj et lui donner un ordre significatif et bien calculé : dans tous les cas il a fait sinon l'éloge de ce comédien du moins l'éloge du théâtre capable de tout dénoncer, en particulier ceux qui veulent le censurer.

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    POUR UNE QUESTION TOURNANT AUTOUR DU BAROQUE

    Avoir pratiqué Google:

  par exemple :

  http://www.picturalissime.com/art_baroque.htm

  http://www.espacefrancais.com/baroque.html

   Partir d’évidences :savoir

-l’histoire du mot : sans doute emprunté au portugais barroco « rocher granitique » et « perle irrégulière » en  joaillerie et qualifiant en espagnol un syllogisme plutôt étrange. En architecture le mot définira  longtemps « un  style architectural très orné et tourmenté ».

-la période baroque en art correspond au départ à une reprise en main du pouvoir religieux (grâce aux Jésuites) sur les peuples : la Contre-Réforme.
 
-l’apparition tardive du concept dans l’histoire de l’art (fin XIXème) en tout cas de façon positive (baroque a longtemps été péjoratif pour critiquer qui s'écarte des règles de la Renaissance classique);

-les désaccords entre les théoriciens depuis 50 ans. ON NE SAIT plus bien qui est ou n’est pas baroque.

-il est délicat de s’accorder sur le “moment” baroque.Pour faire vite 1570/1650 (encore faut-il dire où exactement, dans quel pays: on a tendance à penser que la France (qui a eu son  heure baroque ) a eu tout de même une réticence que n'ont pas eue d'autres pays (Espagne, Allemagne).

-utiliser mon 1) du cours qui est ci-dessus.


  
               
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Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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