Samedi 6 décembre 2008
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LA FIN DU MANUSCRIT DE JLF
SITUATION
-GLOBALE (à vous)
-partielle : J et son maître (arrivés au village où le M a mis en
nourrice son fils qui est en fait celui de Saint-Ouin et Agathe (à vous - bien savoir la situation) découvrent que le
vrai père et la mère les ont précédés : furieux (il vient d’être ridiculisé par J - à vous(histoire du cheval)), il dégaine et tue son rival avant de
s’enfuir. J demeuré sans cheval (hasard - romanesque) est fait prisonnier. Soudain le N arrête ce récit.
LECTURE
ENJEU : mesurer l’ampleur de la parodie chez DD( parodie des romans qui
veulent se donner pour vrais) au service d’une réflexion sur le roman./ OU PLUTÔT : MONTRER QUE LE JEU DU NARRATEUR & DU ROMANCIER PERMET UNE RÉFLEXION SUR LE
ROMAN.
PLAN DE L’ANALYSE.
(On risque de vous interrompre à un moment ou à un autre : tout le monde croit que l'auteur, le narrateur dans le texte est DD; non, il est le romancier qui joue
avec ce N-personnage qui lui ressemble en effet.)
1/UN NARRATEUR FIDÈLE À LUI-MÊME :
a) bavard comme depuis le début du livre, il interrompt une fois de plus son récit et dialogue avec le lecteur inscrit*
(citez son intervention : et les amours de J? Rappelez vite les échanges tendus qu'ils ont depuis le commencement: appuyez vous sur le refus
capricieux du N dans l'épisode du château/allégorie) ); plus bas : il multiplie les impératifs et donne des conseils.
Mais cette fois-ci ce pourrait être la dernière interruption.Ce n'est plus une lacune dans le manuscrit mais une absence complète de texte. Il manque la fin du
manuscrit.
b) comme depuis toujours il défend la véracité (citez vrai 385) de son texte : il
nous l’a caché un temps mais il "recopie "ou écrit depuis le début un manuscrit qui était en sa possession (385) et qui devrait revenir aux héritiers du M & du valet. La question devint
très claire p 307 après la gourde, quand il avoua qu’il avait changé un mot et que le document possède ici et là des lacunes que quelques savants gloseurs* tenteront de combler (bas de
307).
c)le narrateur demeure l’homme scrupuleux qu’il prétend être depuis le début : il a tellement le souci
de la vérité qu’il promet de travailler huit jours sur un livre déjà paru, des mémoires*:( désigne le récit fait par un homme ou
une femme d'importance qui donne sa vison de faits majeurs auxquels il a participé ; désigne aussi au XVIIIème une mode des textes
apocryphes* , des mémoires d'un personnage imaginaire : la mode du roman-mémoire fut grande et un éditeur-préfacier donnait toutes les (fausses) preuves de l'authenticité du récit qu'il
publiait) C'est la raison pour laquelle notre N se méfie (suspects) de ces MÉMOIRES mais par souci de "scientificité" (relevez et citez contention, jugement, impartialité : il va devenir l'équivalent d'un savant philologue ou plutôt d'un responsable d'une édition
critique d'un texte (avec des variantes etc....)= une plaisanterie évidemment) il va examiner pendant 8 jours les textes pour les comparer. Et en effet il se tarnsforme en éditeur
.Traditionnellement l'éditeur vient au début du texte de Mémoires pour en garantir l'authenticité.
Il nous faut maintenant prendre en compte
2/UN ROMANCIER QUI CONTINUE À JOUER AVEC SON LECTEUR : le romancier étant celui qui agite les
marionnettes que sont le N, J etc...
a) depuis le début on nous fait attendre les amours de J :
-deux explications :
1-J sait depuis longtemps que rien n'excite plus son M que des récits salaces de dépucelage ( citez 269 "j'ai toujours été
friand du récit de ce grand événement......le seul qui soit piquant"): il est hors de question qu'il fasse ce plaisir à son Maître.
-comme le rappelle le N, J avait prédit qu’il ne pourrait les raconter (et même le redoutait par...superstition
...un spinoziste ne pouvant pas être superstitieux...): en réalité J, fait ce qu'il veut et se joue de son M en se servant de sa théorie fataliste quand elle l'arrange.
2-en réalité Dd joue avec le retard, le délai pendant presque 400 pages et nous fait désirer le moment du grand
désir de J. Nous en sommes restés à la cuisse de Denise mais elle est fort longue...p380 et bien des épisodes ont encore interrompu le récit de J. DD joue depuis le début sur notre attente et
notre frustration. Il la renforce sciemment au moment crucial.Il nous interroge ainsi sur le désir sous-jacent à toute lecture : qu'est-ce qui fait le plaisir de la lecture?
b)le romancier caché derrière le narrateur nous propose différentes solutions toutes plausibles mais profondément ironiques
:
-le narrateur s’est interdit toute fantaisie ( à vous) mais libre au lecteur de finir le livre à sa façon. Solution fondée sur l’imagination.La
nôtre. Preuve de l'honnêteté du N.
-entretenant l’idée d’authenticité et de vérité, il nous suggère d’aller voir J en prison après avoir retrouvé Agathe (lire) : ce sera plaisant pour J
qui doit se morfondre dans sa prison.Solution fondée sur une participation réelle du lecteur et attestant si c’était encore nécessaire que J existe bel et bien...Mais qui peut le
croire?
-soudain un autre solution apparaît dont il faut reconstituer le parcours:toujours le jeu sur le retard (et si on allait trouver....?)
-il y a le manuscrit que le N vient de nous raconter, réciter ;
-il y aurait aussi un autre texte déjà publié , des mémoires , sur les entretiens de JLF et de son
maître (titre très prestigieux :avec un mot qui renvoie à un livre célèbre : entretien sur la pluralité des mondes ...de Fontenelle(1686));
-ce texte est suspect mais il est immense puisqu’il est
comparé au maître de DD, Rabelais ( rappelez l’hommage de la gourde), et au COMPÈRE MATHIEU de Laurent ,roman licencieux (notes en bas de page) auquel DD a un peu emprunté. Un texte suspect
mais immense dans la littérature !!Un texte donc littéraire et pas du tout une histoire simplement contée..Voilà notre manuscrit en concurrence avec un ROMAN !!!Le vrai et le romanesque
!
-mieux , après examen de la huitaine, il apparaît que le texte publié est le
même que celui de notre N et on se demande alors pourquoi
1-il le suspectait (un roman en plus, dit donc la vérité !!) , ce qui est un renversement complet des affirmations que nous assène le N depuis le début &
2-pourquoi il publierait le sien.Que nous avons entre les mains ....
- le romancier va relancer notre désir de lecture et le décevoir encore : un premier extrait jugé authentique sera
encore interrompu ; le second est interpolé et c’est une réécriture d’un texte de Sterne, de son TRISTRAM SHANDY. Le troisième terriblement romanesque (Mandrin, libération du château) nous mène
au-delà du mariage. Les amours de J, déjà vieilles de 20 ans ne seront jamais racontées.....
c) le romancier nous aura "promené "depuis le début : nous avons cru à un récit fait par le N ; il n’est pas de
première main mais recopié ; mieux on apprend que ce texte existe déjà, qu'il est publié et qu’il y a peu à rajouter.
=> Par amusement mais avec profondeur DD a joué sans cesse avec le vrai, le faux, le réaliste, l’invraisemblable, avec la mode des manuscrits
retrouvés qui donnent lieu à des textes romanesques que son N refusait (même le dernier est suspect) mais mode à laquelle il a obéi aussi.
Ce texte affirme le Triomphe ici de l’ironie et la volonté permanente d’ironie ludique. Ce roman est un jeu de miroirs où vrai et faux se
renvoient l'un à l'autre....Profonde interrogation sur ce qui fait un roman, l'illusion à laquelle on adhère et les techniques qui l'entretiennent. Roman gai et sérieux.
L'illusion entretenue et montrée, démontée n'aura pas empêché DD de dire quelques vérités morales, politiques, philosophiques...
cl : DD aura apporté sa pierre à l'histoire du roman et il aura prouvé tout et son contraire: en homme des
Lumières il nous a rendus méfiants, critiques. Le roman est déjà entré dans l'ère du soupçon (allusion au titre d'un livre du XXème
siècle de Nathalie Sarraute qui constatait une mutation dans le roman). Et enfin il nous a appris que le plaisir est aussi dans le retard.
Par J-M. R.
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Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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