Partager l'article ! En quoi Jacques le Fataliste est-il un roman des Lumières?: Bien vite situer et caractériser le mouvement des Lumières. AUTRE SÉQU ...
Bien vite situer et caractériser le mouvement des Lumières. AUTRE SÉQUENCE BIENTÔT[on ne sait quand a émergé exactement ce mot et à qui on doit son essor vers la fin du 17 et début du 18ème ; on le trouve chez Descartes, Bayle etc ; on le doit sans doute à l’influence de l’enlightment anglaise si importante et évidemment cette image très ancienne a servi avant dans des contextes religieux qui n’ont absolument rien à voir.] Retenons que DD fait partie des Lumières à sa façon car il n’y a pas un mouvement homogène des L (quoi de vraiment commun entre J-J et les autres, entre Diderot et Voltaire malgré des cibles semblables etc ?),et qu’il emploie le mot en épigraphe d’une de ses œuvres avec un vers de Lucrèce “des ténèbres nous pouvons voir ce qui est la lumière”.]
Partir de l’éloge de Socrate par le M, éloge où tout est dit sur le rôle des philosophes 101.
1/UN ROMAN QUI A UNE DIMENSION “DIDACTIQUE” :
• au sens où les Lumières veulent éclairer en diffusant savoirs, techniques et pensées. Parler du projet de l’ENCYCLOPÉDIE. Même si le mot ne correspond pas à notre idée actuelle de démocratie, il y a chez les Lumières une volonté de démocratisation : ils veulent mettre à la portée d’un plus large public les acquis de la connaissance. Dans JLF on voit mis en fiction de profonds débats sur la liberté, le matérialisme réservés en principe à l’essai ou au gros livre de philosophie.
• le choix du genre est révélateur d’un homme des Lumières : Voltaire avait opté pour le contes (donnez quelques titres), DD a voulu un roman dialogué qui n’hésite pas à faire des allusions à CANDIDE (LISBONNE). DD ne passe pas ici par le genre “noble” à l’époque , le théâtre, il préfère le roman tout en gardant une structure dialoguée très forte, symbole profond des Lumières, soucieux de débats et d’ouverture face à des adversaires plus soucieux de censure et de dogmatisme.
Par exemple un sujet apparemment anecdotique revient régulièrement dans le roman : celui de la superstition et du pressentiment que Dd distingue pour laisser une place à l’intuition (chez le “génie” selon DD). Ce sujet est essentiel pour les Lumières : la superstition hante encore les esprits et pas seulement populaires (voir le maître et les emballements du cheval).
Dans ce dernier domaine comme en d’autres, un tel roman montre l’importance de la raison et du doute . Sans oublier non plus l’intérêt pour les différences et les êtres différents qui s’affirme dans le livre : on peut avoir peur de Pom mais elle a droit à quatre jugements : celui du M, de J, de l’hôtesse et celui très long du N . Tolérance, esprit d’examen, relativisme en découleront.
• enfin le roman lui permet de nous faire suivre les aléas d’un voyage et d’une vie, celle de J un héros très peu héros, un homme du commun, un homme issu du peuple et fréquentant des classes plus élevées. Songeons que dans le cours du roman le narrateur, citant J, souligne combien le peuple est dans une situation d’abjection scandaleuse. Avec J, il est facile, pour un lecteur peu familier des joutes philosophiques, de s’identifier au personnage principal et de suivre ses discussions si concrètes (les cousins pour débattre de la nécessité) - pour ensuite se faire une opinion qui ne sera pas forcément celle du valet.. J certes a des convictions, il est presque dogmatique sur certains articles de pensée mais il est inconséquent et c’est moins un système qu’il impose qu’une sagesse qu’il fait aimer et désirer.
Ce roman divertit mais permet de réfléchir : il vulgarise sans mépris, il rend accessible une pensée difficile, il n’idéalise pas son héros, il en montre les limites. Il est bien des Lumières.
2/UN ROMAN QUI EMBRASSE UN GRAND NOMBRE D’ASPECTS DE LA SOCIÉTÉ ET EN TÉMOIGNE DE FAçON CRITIQUE : amuser par la satire en dépassant le simple divertissement. Pour une prise de conscience.
• beaucoup de classes sont traversées et, sur ce point, il a des ressemblances avec le picaresque *: nous avons des paysans (à vous), des artisans, des bourgeois, des nobles et les différences à l’intérieur des classes sont bien montrées : la noblesse de Pom est très éloignées de celle du M de J. Ce roman ne s’enferme pas dans une classe. Il n’exclut personne.
• la dimension critique et satirique est patente : à vous (vous avez des cours) : faire vite sans tomber dans le catalogue.
*la lumière de la raison (et du comique de satire) ouvre les yeux sur=>
-les religieux : (il rejoint dans ce cas Voltaire) moines, Jean, Hudson. Les Lumières sont contre l’obscurantisme *et DD frappe assez fort dans ce domaine. Mise en scène et en cause des tartuffe : c’est le couvent, le monastère contre-nature qui choquent en ce qu’il fabriquent des haines, des perversions voire de la folie (frère Ange+ déclaration des Arcis).Dire que dans l’épisode Pom’ les Lumières sont clairement montrées comme des adversaires par le parti noble et par les cléricaux...
-les aristocrates : cf cours SUR LE SITE DU LYCÉE
-la question du pouvoir et de sa confiscation apparaît avec l’allégorie du château. Préciser.
-la royauté est attaquée de façon latérale par la mise en évidence de la misère du peuple, des soucis des paysans, par le célèbre passage sur l’injustice envers les orphelins du limonadier 322/3, par la dénonciation des lettres de cachet (Saint-Florentin dans l’affaire du pâtissier), par la connivence avec l’Église (Hudson) pour endormir les consciences (ce qui d’ailleurs avec cynisme Pom’) : insister sur la parodie de l’hôtesse qui reprend des éléments d’un conflit sérieux entre le Roi et le parlement de Paris : conflit dans lequel les Lumières avaient pris parti pour le parlement censé représenté les droits du peuple et d’un petit contre-pouvoir.
• le souci de reconnaissance politique & sociale :
-parler du paradoxe de DD : niant la liberté, il est le plus grand avocat de la liberté dans tous les
domaines
-la reconnaissance du mérite : dév le cas de J, ses capacités incontestables, ses qualités d’observation (les chiens, Richard), sa prise de pouvoir : la conclusion s’impose. J vaut mieux qu’un aristocrate paresseux ou parasite. Confions à des J des responsabilités dont ils sont plus dignes que d’autres. Conception qui accompagne la montée de la bourgeoisie qui prendra sous peu le Pouvoir avec la Révolution.
3/MAIS LES LUMIÈRES NE SONT PAS UN MOUVEMENT HOMOGÈNE : DD REPRÉSENTE UNE PARTIE TRÈS SINGULIÈRE DES LUMIÈRES.
• DD est un penseur matérialiste qui n’expose pas complètement sa pensée dans le roman (ce n’est pas le lieu) mais laisse deviner bien de ses options - en dépit des erreurs et des méconnaissance de J : placer ici (vite fait) les grandes thèses du matérialisme qu’on recense dans l’œuvre (avec d’autres cours) : dire ce qu’implique le fatalisme de DD.[ Tout est dans le fatalisme de J etc]. Le matérialisme, même à peine effleuré ici, n’aurait jamais convenu à Voltaire par exemple.
[LE PASSAGE QUI SUIT EST TROP DIFFICILE: LAISSEZ TOMBER..
• des passages du roman prouvent que le débat passe entre des auteurs qui ont parfois travaillé ensemble pour l’Encyclopédie : le débat sur les cousins, sur l’opposition entre Providentialisme et déterminisme voit apparaître, en passant, un jeu sur deux prénoms proches : Jacques n’est pas Jean-Jacques 359. Ce qui est un façon de montrer que si le combat est commun, au cœur des Lumières, un Rousseau avec son génie campe sur des positions religieuses certes originales mais jugées dangereuses par un DD. Autre question , autre dialogue à distance : la question de la pitié (dire les occasions où le mouvement de compassion apparaît) : DD s’en prend implictement à Helvétius. Voilà un roman des Lumières conscient des diversités des Lumières. Les combats sont loin d’être uniformes.]
• enfin, comme mouvement émancipateur, les Lumières cherchent des précurseurs, des modèles et ils ont un souci de libération Y COMPRIS au plan esthétique. La préoccupation du présent oriente leur attente de l’avenir, dans tous les domaines.
-en général les Lumières doivent beaucoup à des philosophes du XVIIème (Hobbes, Leibniz, Locke) et sur bien des points on a vu la dette de DD : ainsi J a entendu parler en particulier de l’empirisme qu’il utilise bien (31).DD va beaucoup plus loin que bien des Lumières. Surtout s’appuyer sur Spinoza (même avec un avocat, J, peu initié) est un geste de pensée d’une grande valeur subversive à l’époque (Spinoza incarnant le diable...) : rares étaient ceux qui le suivaient sur ce terrain même si lui-même en avait une connaissance imparfaite.
-au plan littéraire le roman rend hommage à deux écrivains qui n’avaient pas tout à fait encore droit de cité : Montaigne apparaît à des moments essentiels du roman (l’obscénité, la verdeur de langue) et surtout Rabelais semble un maître dans la revendication carnavalesque : ce choix de filiation n’est pas innocent (cf mon cours sur la gourde).
-Dd assume donc un héritage choisi, orienté mais en même temps il met d’emblée en cause la forme littéraire qu’il a choisie ; c’est un roman certes mais c’est un roman qui critique beaucoup de genres romanesques et qui se met en scène, en cause en tant que roman et amène à penser autrement la vérité, la fiction, le vrai et le faux. On sait que sur ce terrain il doit énormément à Sterne.Dont les admirateurs français ont longtemps été peu nombreux.
cl : un roman des Lumières, oui, qui pousse à l’observation, à la prise de conscience critique, qui met en avant le dialogue comme moyen de penser sans intolérance mais un roman d’un certain courant des Lumières, l’un des plus radicaux, courant qui ne se contente pas de dénoncer ou de proposer mais qui interroge aussi la forme artistique choisie tout en se démarquant de bien d’autres.