Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /Fév /2009 06:28
Partir de l'idée que le siècle des Lumières édifie patiemment une œuvre de libération de l'homme qui passe par la critique de ce qui est , de ce qui domine. Dire que sous un roman drôle souvent perce une mise en cause radicale de sa société.

1/LA CRITIQUE LA PLUS VISIBLE : SOCIALE ET POLITIQUE


•A•LA CRITIQUE RELIGIEUSE:


-avoir en tête quelques figures religieuses du roman:

     -le frère de Jacques qui est très mal vu ; son ami frère Ange que les moines veulent rendre fou;

      -les prélats clients de la jeune prostituées p170

       -le vicaire qui hait les Lumières et qui est capable de tout 170

      -le prêtre qui cherche à tirer bénéfice des d'Aisnon 198

      -Hudson que vous devez connaître un peu (relire quelques pages)


-QUELQUES IDÉES À PLACER :

       -DD est capable de célébrer un être profondément croyant comme Le Pelletier qui vit pleinement, sincèrement sa foi: le problème est que les Chrétiens le prennent pour un fou...

        -DD considère l'institution religieuse comme contre-nature.IL EST IMPOSSIBLE À UN HOMME de rester chaste et de vitre longtemps enfermé (DD a écrit LA RELIGIEUSE)

        -ce qui provoque chez les religieux une hypocrisie exceptionnelle et un goût extrême pour la sexualité dév Hudson.Par ailleurs ils sont prêts à tout pour avoir du pouvoir : ambitieux, les meilleurs sont machiavéliques et se vendent au plus utile à leur carrière.Ils passent leur temps en guerres fratricides entre écoles de pensées religieuses : jansénistes, jésuites etc. alors qu'ils prêchent la miséricorde.DD redoute leur proximité avec le pouvoir politique : Hudson va à Versailles p 255.

           -l'épisode de la Pom est terriblement accusateur : on peut apprendre la foi en quelques leçons de comédie....

          => bref les religieux sont fondamentalement immoraux  et nuisibles : DD pense qu'un matérialiste comme lui est moins dangereux que ces descendants de Tartuffe.


•B•CRITIQUE DE LA NOBLESSE

     

-NE JAMAIS OUBLIER L’ALLÉGORIE DU CHÂTEAU 36/7 ! Allégorie politique s’il en est : des vauriens ont accaparé les beaux appartements en prétendant que le château (la terre, le pays) leur avait été légué en toute propriété ; avec l’aide de coglions (police) leur pouvoir est renforcé et assuré.


Entendons : la noblesse occupe le château donc la France et le pouvoir.




• SAVOIR QUELQUES FIGURES =>Cette noblesse apparaît tôt certes avec le capitaine qui est tout de même un personnage à part, un hétéroclite, avec aussi le M mais on le découvre peu à peu et il faut la 8è journée et le récit de ses amours pour bien le cerner en tant que noble ; la noblesse vient tard donc, surtout à l’auberge du Grand-Cerf : on y rencontre une hôtesse qui est déclassée socialement, un marquis et on y entend son histoire avec une grande aristocrate, Pom. On entend ensuite parler à quelques reprises du châtelain Desglands, de deux de ses maîtresses, l’une fortunée et l’autre libertine et probe. Avec l’ami du M, le chevalier ST-Ouin on découvre une autre noblesse, peu honorable. Auparavant il est vrai il a été question d’un ministre, comte de Saint-Florentin, "roi" de la lettre de cachet. Hudson courra voir un ministre pour renforcer son pouvoir 256.


QUELLE IMAGE DE LA NOBLESSE?


   -ne travaillant pas, oisive vouée au jeu, au libertinage, au gaspillage;


   -classe parasite, en plein déclin (cf les maîtres de J p 226) et qui tombe même dans l'scroquerie et la délation à la polic e(Saint Ouin)


   -classe dont le M est le symbole : passif, réactif, marionnette, voué comme toute sa classe à la RÉPÉTITION ( le Capitaine ne cesse de se battre en duel etc).


donc =>au total


•C• CRITIQUE SOCIALE ET POLITIQUE :


     -dire deux mots de la critique du système juridique et de la justice :pensez à p 130 , l'abus des lettres de cachet (on les retrouvera avec Voltaire: symboles de la justice arbitraire)); dire surtout un mot de la p 322 (le limonadier).


     -nous voyons ce qu'il en est du peuple et surtout de la paysannerie ( où? à vous) :la misère règne.On devine que DD est partisan des physiocrates et ce n'est pas un hasard s'il fait naître son héros à la campagne.


       -J fait tout , sait tout, supplée son maître en tout: autrement dit il a du mérite (et le marquis des Arcis est étonné par son intelligence ( les chiens)) et de fait il doit être reconnu socialement et politiquement.Ce qui n'est pas le cas.


        -l'épisode capital est évidemment la querelle à l'auberge : il prend réellement  le pouvoir tout en laissant l'apparence symbolique au Maître.


        -un point capital : dans la querelle que règle l'hôtesse il est fait allusion à une affaire qui ébranla le pouvoir royal sous LOUIS XV (note p 234). Ici nous devons comprendre que DD rappelle que s'il n'est pas du tout contre la Royauté, il est pour un pouvoir équilibré par les Parlements.




2/UN ROMAN DE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE :un matérialisme discret mais bien  présent.


        -évidemment DD ne défend pas une thèse qu'il imposerait de force  au lecteur.Il propose ici ou là des angles  de réflexion qui doivent nous mettre sur le chemin de la pensée matérialiste qui lui semble juste.


          -rappel de quelques thèses de DD matérialiste : la Nature est Tout, tout est nécessaire, il n'y a pas de séparation de l'âme et du corps. Il y a parfaitement accord sur l'apprentissage, l'expérience. DD et J sont pour l'empirisme et contre le platonisme : les idées ne sont pas en l'homme à la naissance (de façon donc innée) mais elles se développent au gré des expériences et en fonction de la sensibilité et du cerveau de chacun.


         -bien dire que certains aspects, certaines images ne sont pas exactement fidèles à la pensée de DD :J par exemple prie à tout hasard...224, impensable chez DD le point le plus éclatant de l’écart entre J et son créateur est dans l’image du GRAND ROULEAU :


                 *pour J le grand rouleau a été écrit, une bonne fois pour toutes et il n’y a plus qu’à vivre au jour le jour le développement : en m’agitant, je suis agité par ce qui me PRÉ-cède. Dans sa prière  224/5 J croit qu’il y a un doigt, une main qui ont écrit ce parchemin. Vision anthropomorphique  que Dd ne peut accepter doublée d’une grave erreur : il y aurait un là-haut.

        -pour Dd au contraire le grand rouleau est celui de la matière infinie qui s’auto-développe infiniment et dans ce sens S’écrit EN TOUS POINTS. Aucun dieu créateur ( dans la célèbre phrase de Spinoza (”Deus sive natura”, “Dieu ou la Nature”, il choisit de ne retenir que la Nature comme agent et agi perpétuels).

          *Mais c'est au plan de la morale que DD se sert le plus de J : il a des défauts, il a violé l'amie de son ami mais au total il est gai, généreux et il ne fait pas pire que les moines, les évèques et tous les défenseurs de la morale chrétienne

3/CRITIQUE ARTISTIQUE ET ESTHÉTIQUE.Critique négative mais aussi critique de proposition : son roman est un manifeste en faveur d'un certain type de roman.

-pour des raisons assez peu nobles, il s'en prend à Goldoni p142

-il attaque certains travers du roman et en joue : il déteste les descriptions et s'amuse à nous parler du chapeau de jacques quand le roman est fini ; il prend la peine soudain de décrire la situation des personnages à l'auberge alors que cela n'apporte rien.

-il mène de front une double attaque ( à utiliser avec l'incipit):

        -avec le roman réaliste, il s'en prend au roman romanesque ( développez une ou deux contre-fictions: "je pourrais, cher lecteur etc.) Montrez que la dimension de dialogue improvisé est assez proche du désordre d'un dialogue comme un autre (sauf que DD a tout composé).

         -mais il ne nous ménage pas avec du romanesque : il multiplie les hasards, les invraisemblances et montre souvent que le réalisme est un code comme les autres (voir mon cours sur LE RÉALISME DE JLF in overblog , ici-même).

-il sait à merveille mélanger les genres  et les registres .

        -le lecteur reconnaît des emprunts à des genres nombreux : l’apologue (l’aventure d’Ésope, la mort de Socrate 103, les deux époux et l’anneau cassé 105), la fable (citée, Garo, inventée LA GAINE ET LE Couteau ), le conte (omniprésence d’un narrateur conteur, conte contenant de petits contes intérieurs (le pâtissier, les aventures de Gousse, les aventures amoureuses de J  à la campagne etc + la fin au château qui  ressemble à la fin de CANDIDE, le jardin), le portrait, le théâtre & ses formes (le dialogue de comédie, la comédie, le monologue de tragédie, le drame, le mélodrame) et il doit admettre qu’il y a souvent parodie (la scène du pardon d’Arcis est très excessive, quasi-mélodramatique);

-il n'hésite pas à être cru dans le langage( bigre, foutez) mais surtout

        -SURTOUT  il propose un roman qui aime la parodie,  le jeu littéraire
   
    POSEZ que cet aspect s’inscrit dans un ensemble plus vaste qu’on peut nommer mise en scène des formes du roman et de beaucoup d’autres formes artistiques.

    - on peut parler d’emprunts avec la vérité dans le Vin 339; le N  admet un plagiat avec la réécriture de Sterne, sans oublier p 385 l’allusion aux aventures du COMPÈRE MATTHIEU ; le lecteur averti sait que le début de J doit  beaucoup à Sterne également ( chaque balle a son billet);

   

    -au seul plan du roman, JLF emprunte partiellement, au roman d’aventure (les brigands, le faux cortège, le vol de la montre, le duel entre M & ST-Ouin et surtout à la fin avec Mandrin), au roman d’amour (sans en être un ), au roman picaresque (sans en être un non plus : sans jamais aller jusqu’à la bassesse du héros et surtout sans l’inscrire dans une pensée religieuse : songeons que Lazarillo de Tormes s’appelle Lazare avec une arrière -pensée évangélique... bien loin de DD)).

    -DD emprunte à de nombreux discours qu’il parodie souvent :

-le portrait de Socrate
-l’allégorie qu’il critique mais fait tout de même dans l’épisode du château
-l’oraison funèbre faite par le M;
-le discours empruntant au vocabulaire des maths 40
-le discours jésuitique (casuiste) du méchant prêtre à la d’Aisnon.
-le jugement de l’hôtesse, parodie d’un discours tenu au Parlement de Paris.

FONCTIONS :
    • amuser le lecteur (dimension ludique du roman à laquelle il ne faut pas simplement le réduire évidemment)  et lui apprendre à prendre des distances critiques à l’endroit de certaines formes :
            -divertir le lecteur, en appeler à sa culture .
            -de façon complexe et amusante , les interventions du n   critiquent les facilités des romans romanesques (lui prétend refuser d’inventer) mais imitent AUSSI celles des romans qui prétendent garantir ainsi la vérité...
            -ainsi la dimension orale du début du roman soudain contestée par l’apparition d’un manuscrit est une remise en cause de tous les romans qui s’appuient sur des manuscrits trouvés par hasard...,romans largement à la mode alors.

            -méditer sur l’empire et l’emprise du langage, y compris celui de la fiction : on a vu le pouvoir des mots et de la comédie dans la  manipulation, machiavélisme (Pom’, Hudson). Un tel roman rend attentif à toutes les possibilités de mystification. Dont il est un brillant exemple.  

     • rendre hommage à des auteurs aimés et admirés:
-le débat sur l’obscénité en art aboutit à une devinette sur une citation de Montaigne, penseur du mouvement si important aux yeux de DD.
-la gourde donne lieu à une allusion et une célébration de Rabelais, un maître pour DD.

     •enrichir le roman tout en prétendant le critiquer: rendre attentif à la forme. Libérer le roman et son lecteur.

    -réfléchir sur ce qu’est l’écriture toujours déterminée (fatalement!!!) par d’autres textes  mais lui dans un carnaval joyeux.

        =>    C’est à juste titre qu’on a pu parler de pantomime des discours littéraires au service du genre qui les tolère et les absorbe tous, le roman. En choisissant le roman, DD  choisit le genre le plus libre et qui ne va pas cesser de l’être dans l’Histoire des genres : au point qu’ à partir du XXème on prendra - enfin- conscience de l’originalité de Sterne et de DD.

cl : on vient de voir tous les aspects critiques du roman : insistez sur le fait que cette critique n'est pas facile, gratuite et qu'elle repose sur une pensée matérialiste qui a un souci moral et artistique. Pensez enfin à l'incroyable curiosité
de Dd pour les cas étranges et sa parfaite tolérance : comment oublier Gousse,Pom, Le Pelletier, Hudson pourtant détesté?





Par J-M. R. - Publié dans : JACQUES LE FATALISTE
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