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(1)Qu’est-ce que le phénomène
libertin ?
Introduction
Bien avoir en tête quelques distinctions : il y a les libertins qui ne laissent pas de traces écrites (mais dans les mémoires, ô combien ! cf le Régent Philippe d'Orléans) et les
libertins de plume que nous avons découverts.Des libertins écrivains et des libertins mis en scène par des auteurs (au XVIIIème) qui ne sont pas eux forcément libertins (Laclos). Il y a surtout
deux siècles qui voient des modifications historiques.
A- Un phénomène difficile à cerner:
1- Les études sur le phénomène sont rares malgré les travaux anciens
d'Antoine Adam et d'autres plus récente. Les seules éditions de Gassendi sont anglaises et sa pensée reste mal connues alors qu'onlui suppose des influences importantes sur Cyrano et
Molière.
D’un ouvrage critique à l’autre les informations fluctuent : pour certains, Saint-Amant est un
libertin, pour d’autres seulement un poète licencieux. Même problème pour
Fontenelle.
On sait que les libertins formaient certains cercles de
réflexions où l'on débattait souvent et où chacun gardait sa théorie (autour des frères Dupuy par exemple : on rencontrait Gassendi, Naudé, le Vayer)
2- L’ampleur du phénomène est difficile à évaluer :
a- Les libertins ne s’appelaient pas ainsi. Le mot n’apparaît d’ailleurs jamais dans nos textes. Les membres de ce
mouvement de pensée se donnent le nom d’«esprits forts». Le mot libertin a connu une évolution rapide :
* au départ l'étymologie latine est très claire : libertinus = qui de servage (esclavage)
a été mis en liberté (par son maître). Dans la langue juridique le libertin est l'enfant de l'esclave affranchi.
*très vite (XVIème) le mot va prendre la dimension de menace pour l'autorité religieuse et
politique. Ce mot va vite désigner des phénomènes très disparates, les illuminés, les hérétiques, même
les protestants ou plus facilement les athées, les matérialistes mais aussi les dépravés, les amateurs de vin et de plaisirs, tous seront accusés de libertinage.
Il devient d'emblée péjoratif ; le libertinage est une accusation qui tombe parfois facilement pour
contraindre au silence un adversaire : dans Tartuffe, Orgon menace ainsi Cléante :
Ce discours, mon frère sent le libertinage.
b- Et de nombreux témoignages sur les libertins proviennent de leurs adversaires, des apologistes de la religion
chrétienne, qui écrivent dans la contexte de véritable guerre des esprits comme le père Garasse avec sa
Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou prétendus tels, comme le père Beurrier, curé de la paroisse de Saint-Etienne-du-Mont de 1653 à 1675, mais ses Mémoires ont été
écrits en 1681, alors qu’il était très âgé ou encore Mersenne, en 1623, qui publie les Questiones celeberinae in genesim, contre l’athéisme qui se répand à la ville et à la cour. Mersenne se met au service de Richelieu pour défendre la foi et
diriger une croisade des «soldats de la vérité» contre l’athéisme et l’hérésie. Il voit jusqu’à 50 000 athées à Paris. Bref le démon libertin est légion, on le voit partout : fondamentalement (et souvent de façon inexacte) on confond libertinage, athéisme et
matérialisme.
3- Leur pensée est difficile à connaître
a- Les libertins étaient contraints de se dissimuler ne publiaient pas tous leurs textes. L’attribution de certains poèmes à Jacques des Barreaux est encore discutée. Ils restaient prudents (pas toujours dans leur vie privée...), allusifs : le lecteur doit dégager les implications de certaines
affirmations habilement distillées.
b- Ou encore ils avaient des attitudes contradictoires : dans certains textes, par exemple, La Mothe Le Vayer *dénonce
la vanité des preuves de l’existence de Dieu. Dans un autre, il publie un Petit discours chrétien sur l’immortalité de l’âme.
Leur attitude n’est pas toujours en conformité avec leur vie : Des Barreaux se confesse chaque fois qu’il est malade.
Cyrano aurait eu une mort chrétienne.
Richelieu lui-même qui combat les libertins fait travailler auprès de lui un de ses représentants : La Mothe le Vayer qui fut précepteur du jeune et futur Louis XIV !!!!
4- Il existe des libertinages. Les libertins ont été très nombreux, mais tous n’ont pas écrit des
ouvrages. Certains nous sont connus par leurs lettres ou par des témoignages.
B- Un phénomène difficile à circonscrire exactement dans le temps
1- qui traverse tout le XVIIème siècle mais se développe considérablement dans la première moitié du XVIIème siècle, après les guerres de religion :
-qui ont donné à réfléchir sur les méfaits de la Religion, du dogmatisme.
-qui ont été suivies d’une licence paisible ( cf Tallemant des Réaux*).
- nous sommes à un moment où l’Eglise tente de retrouver son pouvoir, épaulée en cela par la
monarchie de droit divin qui se met en place : Louis XIII et Richelieu tentent de créer un État puissant. Le duc de Luynes et l’ordonnance de 1717 tentent de rétablir une discipline
morale.
La réaction du roi a été parfois d’autant plus vive que c’est à la cour même que certains beaux esprits
faisaient profession d’incrédulité. Les libertins sont des hommes qui ont goûté aux licences joyeuses du début du siècle et qui rechignent à revenir sous la tutelle étouffante d’une
Église qui a montré ses limites.
Les libertins sont aussi les héritiers des humanistes du XVIème siècle : la Renaissance a redécouvert
les textes antiques, ses philosophies, et développé une culture nourrie du paganisme.
SURTOUT les progrès de la science avec Copernic, Képler , Galilée et les échos qu'ils ont eux vont jouer un rôle éminent
2-le libertinage va connaître d'autres formes notamment avec le XVIIIème siècle qui verra les philosophes occuper une place majeure dans le combat que menaient les libertins du 17ème.
- un moment historique essentiel: la Régence et ses roués ( l'après Louis XIV est vécu comme une
libération sans précédent) la débauche du Régent est à peine croyable mêlée à une entreprise de blasphèmes inédits à cette dimension.Tout est excès alors.
Le ROUÉ =
1. Personne qui a subi le supplice de la roue.
2-HIST. Les roués. Compagnons de plaisir du régent Philippe d'Orléans; ceux qui eurent la
même conduite à cette époque.
Le libertin est alors le scélérat par excellence. Sa gloire est dans la pratique de toutes les indignités: il saccage tout, ne respecte aucun lien. Cruel, cynique il feint d'aimer pour se
réserver le plaisir de rompre. Le cardinal Dubois, le plus frénétique, et le régent meurent de la vérole dans les années 1720. Louis XV vient au pouvoir pour prolonger les provocations, la
débauche.Il aura passé sa vie en plaisirs : appelé le BIEN-AIMÉ, il meurt détesté et ...vérolé.
-peu à peu le phénomène libertin entre dans le roman par lettres ou le roman tout court. En littérature s'impose avec
*CRÉBILLON fils (LES ÉGAREMENTS DU CŒUR ET DE L'ESPRIT(1736)),
* DUCLOS,
*LA MORLIÈRE (ANGOLA),
*VOISENON (LE SULTAN MISAPOUF 1746),
*DIDEROT (LES BIJOUX INDISCRETS),
*FOUGERET DE MONBRON (MARGOT LA RAVAUDEUSE (1748),
*DORAT (LES MALHEURS DE L'INCONSTANCE (1772),
*DENON (POINT DE LENDEMAIN (1777),
un libertinage moins violent devenu mode de vie presque civil, policé. Laclos vient assez tard
dans le siècle et montre la foideur des conquérants libertins mais aussi les limites de leur MÉTHODE et de leur SYSTÈME. Valmont tombe amoureux (même si Laclos entetient l'ambiguïté
jusqu'au bout) et l'orgueil les mènent à la mort ou à l'exil
[ entre nous, mais ce qui vient peut vous aider : quels personnages sont ou peuvent passer pour libertins dans JLF :
l'amant de Pom', le frère de Jacques, le curé ou les prélats amants de la fille d'Aisnon, Hudson évidemment...]
=>AU XVIIÈME LE LIBERTIN ÉCRIT , COMBAT POUR SES IDÉES et se voit accusé des pires transgressions ou blasphèmes ; AU XVIIIÈME LA CONTESTATION PASSANT PAR LA
PHILOSOPHIE, LE LIBERTIN EST EN VILLE, IL A UN MODE DE VIE DÉRÉGLÉE MAIS SURTOUT IL DEVIENT UN PERSONNAGE DE ROMAN. Romans qui seront tantôt extrêmement grossiers, tantôt décents, suggestifs,
tout en litote. CRÉBILLON, DUCLOS, DENON , LACLOS SONT LES PLUS BELLES RÉUSSITES DU ROMAN DE LIBERTINAGE MONDAIN.
LE ROMAN LIBERTIN qui nous occupe n'a pour décor que le petit monde d'une aristocratie qui est désœuvrée et ne connaît aucun problème économique.Aucun bourgeois
dans ces livres.
Le libertinage alors est un jeu où il faut être virtuose ( anecdote Prévan qui honore trois femmes dans la même nuit, séparément, à l'insu de toutes les trois et
de leurs amants; virtuosité de Valmont avec Émilie comme pupitre), une conquête qui prend souvent la femme comme victime ( mais il y Merteuil), un refus de l'amour et du sentiment, du
sentimentalisme. C'est un monde clos qui tourne sans cesse sur lui - même et fuit l'ennui dans le divertissement. L'inconstance est obligatoire dans ce monde et DD dans JLF ne dit iren d'autre
( le célèbre passage sur les serments): sauf que le fataliste J ne semble avor qu'un seul maour dans sa vie et paraît plus moral et constant que deux qui le critiquent.