Voltaire, Traité sur la tolérance, antépénultième chapitre, le
XXIII.
SITUATION:
-biographique : vous avez vos
éditions de L’INGÉNU. Dites deux mots de cette vie si riche et surtout rappelez quelques-une de ses grandes œuvres.
- du texte :tout part de
l'affaire Jean Calas, protestant à tort accusé puis exécuté atrocement (supplice de la roue) pour le crime de son fils qui selon la justice voulait se faire
catholique. V. prit trois mois pour étudier le dossier.Il obtiendra de haute lutte la réhabilitation
posthume de la victime de l'intolérance.
En même temps il publie en 1763 son TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE dans le sillage de cette affaire qu'il évoque au début de
son livre. Cette défense de la tolérance fera le tour de l'Europe. Nous sommes alors dans la grande campagne de Voltaire contre tous les fanatismes,
nommée par lui ÉCRASONS L'INFÂME (ATTAQUE SURTOUT DE LA THÉOLOGIE CHRÉTIENNE).
LECTURE
STRUCTURE DU TEXTE
Ligne 1 à 5 : la prière à Dieu (en apparence)
Ligne 5 à 19 : contenu de la prière avec énumération des différents aspects de l’intolérance en matière de
religion.
Ligne 20 à 25 : dénonçiation des tyrannies religieuses, appel aux hommes au sein de la paix et pour une union
bienfaisante.
ENJEU DE LA LECTURE :VOYONS COMMENT V S’Y PREND POUR DÉTOURNER LA FORME DE LA PRIÈRE [(une belle rhétorique axée sur la
persuasion): si nous avons une condition humaine aussi pénible faisons en sorte de ne pas l’alourdir de notre fait.]
LECTURE ANALYTIQUE d'un texte qui a toute
1/ L’APPARENCE D’UNE PRIÈRE :
• à Dieu : il s’adresse à lui (1), il parle de demande 3, il l’implore (daigne 4),
sollicite sa pitié (4), il lui parle à l’impératif.
• une adresse (une demande) qui passe par le tutoiement( 1+3 etc jusqu’à la fn ( ta
bonté..)),MAIS il admet l’audace de sa démarche, de sa supplique (S'IL EST PERMIS).
Pourquoi? À cause de la disproportion entre Dieu et l’homme, si chétif: V travaille alors sur un réseau
d’antithèses fondé sur l’opposition du Grand et du petit (l’homme, un atome 10, imperceptible dans l’univers) en multipliant les marques de la supériorité de Dieu:
-il met en regard:
-l’éternel divin (2+4) / la vie passagère de l’homme (7) et donc l’immuable et le changeant;
-le pouvoir de Dieu et la faiblesse des hommes, si fragiles (débiles corps);
-le savoir de Dieu 18 et l’ignorance des hommes.
Comment oser parler à Dieu, quand les langages humains sont si INSUFFISANTS 8, à Dieu si grand devant l'homme qui
n'est qu'un ciron dans l’univers (pour reprendre le vocabulaire de Pascal, admiré et haï de Voltaire)?
• en tout cas V le tente avec une solennité pleine d’éloquence :
-les phrases sont d’une extraordinaire longueur (l'une va de 5 à 19),
-elles ne manquent jamais de souligner les vertus de dieu (don généreux de tout, capacité de pitié, bonté (la fin))à
des endroits significatifs et la situation presque tragique de l’homme (sa dimension dérisoire).
- elles s’appuient sur des anaphores vigoureuses (à TOI =1+3+3, ce qui donne un rythme ternaire ample) et surtout
celle de l’optatif QUE qui revient régulièrement comme s’il était le grain d’un chapelet.
V nous donne bien l’impression de rédiger une pière à Dieu en reconnaissant sa supériorité, en appelant à sa
générosité, à sa pitié, à sa protection... Mais si ses DÉCRETS SONT IMMUABLES, on se demande vite si Dieu est le vrai destinataire...
2/EN RÉALITÉ UNE PRIÈRE DESTINÉE AUX HOMMES :une
exhortation.
• malgré l’attaque de notre texte (lire 1) le destinataire n’est pas vraiment dieu comme le montrent
:
-le léger glissement des pronoms: si tu et toi dominent le début et le
tu revient à la fin du § et de l‘extrait, le NOUS s’impose peu à peu ( citez-en quelques-uns) et devient important dans le deuxième § (citez). Soulignons la force des
nous (p.personnel) et des nôtre (adjectif possessif) situés autour de la préposition ENTRE: comprenons bien= l’homme est pour quelque chose
dans les malheurs du monde.
- ce qui entraîne une légère rectification lourde de conséquences :il nous a tout donné; il
ne nous a pas donné un cœur pour nous haïr, des bras pour nous égorger: donc l’homme détourne le don de Dieu..
-l’uitlisation habile de l’écart (typographique) entre fais
écrit à l’attaque de la période et la conjonction de subordination (que) qui en dépend pour introduire la proposition: on en vient à oublier FAIS au profit de QUE LES HOMMES ou
nous, ou ceux etc (citez un ou deux exemples).
Il y a comme un procès indirect des hommes dont il pointe la cruauté (égorger) , la violence morale
(haïr), le fanatisme (tyrannie, brigandage..)
•que faire alors pour l’homme devant le tableau de cette désolation ? On comprend mieux le
recours-détour à Dieu.
-en fait, il demande aux hommes d’adopter mentalement le point de vue de Sirius ou de Dieu : regardons le monde avec
"l’œil" de Dieu, sa hauteur, sa distance. Faisons en sorte d’être non Dieu mais de contempler de loin le monde humain. De relativiser les nuances, les divergences.
-nous verrons alors que l'humain est limité et, à cette distance, tout est égal :
nous nous combattons pour de petites différences que nous grandissons de façon mortelle.Pensez à la conversion du jésuite Gordon par l'ingénu
Hercule.
-nous comprenons que l'homme peut connaître le bonheur même limité (fin/
citer) et que l’instant pourrait durer si l’homme prenait conscience de sa responsabilité.
=>autrement dit cette prière est :
3/UNE PRIÈRE SI, ON VEUT, MAIS DÉISTE:qui opère sur trois
plans
1)une critique sévère des religions constituées et des comportements qu’elle induisent :citons tout
de suite 20 tyrannie sur les âmes : les religions imposent de force leurs dogmes et leurs pratiques. Elles ignorent la liberté d’âme et de pensée.Relayée par les Pouvoirs poltiques et des justices aveugles, cela donne l'affaire Calas.
-il souligne les mécanisme de la haine (5+11) et de l’intolérance : les petites différences, ces nuances 10 grandies
exagérément :
*il s’en prend à la valorisation excessive des rites avec des parallélismes (que
ceux qui...) et des antithèses qu’il ne faut pas opposer mais admettre (il emploie des verbes significatifs (supportent/ne détestent pas) dans leur variété tolérons aussi
bien:
-les croyants qui célèbrent Dieu en plein jour, à l’extérieur (les animistes par
exemple) comme ceux qui prient à l’intérieur, dans un temple, une église, en plein midi;
-les croyants qui ont une aube blanche ou noire et qui disent la même
chose;
-les croyants qui par exemple prient en latin ou dans la langue de leur pays ( pourquoi forcer les
Indiens, les Chinois et même les Français à prier en latin?). Soyons tolérants pour les jargons [S'emploie à propos d'une lang., d'un discours, d'un style que l'interlocuteur ne comprend pas, qu'il juge obscur, hermétique, affecté: je pense que V l'emploie ici au sens
d'idiome], puisqu'aucune langue ne saurait parler de façon transparente de et à Dieu...
*dans le même sens, il ajoute une autre critique double et un souhait :1/il y a une hiérarchie dans
l’Église catholique (cardinaux et ..) et on sait que V n’aime pas les médiateurs de la foi et 2/ces êtres se comportent de façon peu chrétienne: ils ne sont pas charitables (ils ont des biens
(or et sols, terrains), ce qui est dit par une périphrase très ironique) et ils tombent sous le péché d’orgueil, un comble pour un supérieur catholique. Comme V ne déteste pas les
hiérarchies il souhaite que l’envie, l’avidité ne soient pas le moteur des rancœurs et des violences. N'attisons pas les rancunes contre les hiérarchies. Et SURTOUT QUE LES SERVITEURS DE DIEU ne soient pas oublieux de cette vertu de charité qu'ils chantent en parfaits
Tartuffe....
=>L’intolérance est bien suggérée dans son mécanisme violent:des différences exacerbées, des croyants qui sont des
hypocrites.
b)il ajoute une dimension sociale à cette critique
religieuse :il propose des mots qui ont une force nouvelle :
-il fait un parallèle audacieux entre religion et brigandage d’état (impots): façon discrète de souligner le lien
église et État,visible dans l'INGÉNU ( à vous);
-il suggère frère, fraternité 20 comme moyen de réduire le manichéisme* inhérent à toutes les religions
instituées. Le mot FRÈRE est d'emploi chrétien depuis le 2ème siècle après J.C., à la lecture de
l'Ancien Testament et du Nouveau Testament et il suppose une sorte d' égalité; V le sait et il l'emploie à dessein pour maintenir l'ambiguïté de sa prière: frère doit êre entendu par ceux qui
respectent la tradition chrétienne autrement dit il tente de piéger ceux qui emploient des mots qui ont perdu tout sens dans l'histoire de l'église intolérante. (Le mot peut avoir un sens
un peu franc-maçon*: V. fut initié en effet mais très tardivement).
Avec la mutualité 6 il veut que la tolérance religieuse et, en fait, la seule adoration d’un dieu indéfini favorise la compréhension réciproque
des hommes.
c)mais l’essentiel de la page est dans l’idée de déisme, dans la promotion de l’idée et de
sagesse déistes.
De quel Dieu parle V?
- d'un Dieu universel :entendons unique, Dieu de tous les êtres, sans
exclusives (les religieons sont inclusives et donc elles excommunient, anathèmisent):
-de tous les temps : V ne comprendra jamais qu’on ne prête pas
attention et admiration aux êtres (Socrate, Confucius) qui ne pouvaient connaître le Christ qu’il traite comme un homme et non comme le fils de Dieu (il admet son existence et se
rapprochera de lui après 1766 quand il voit monter l’athéisme): il l'appellera le Socrate de Galilée). Dieu est hors du Temps et aucune religion n'a le droit d'imposer sa
chronologie aux autres.V est farouchement hostile à l'idée de Révélation.
-de tous les mondes : éternels et insituables dans des fables
ridicules (V passe son temps à dénoncer avec ses sarcasmes les mythes religieux, de toutes les croyances).
cl : une prière très retorse qui semble s’adresser à un Dieu mais est destinée à la promotion d’un dieu
unique sans incarnation, sans image ou les ayant toutes, sans représentants, interprêtes ni commentateurs (prêtres, rabbins, pasteurs, imams).V. PARLA À L'ÉPOQUE DE RELIGION
PURE.Un dieu à qui il ne pose pas ici (obsession de sa vie et son œuvre) la question du Mal pour ne s’intéresser qu’au mal
d’origine humaine et religieuse.[ Ne parlez pas de cette question du Mal si vous ne voulez pas qu'on vous ennuie avec] V. restant
toujours attaché à la notion certes limitée (on le voit fataliste sur la guerre 22) mais capitale de plaisir (lire les deux dernières lignes).Il y a si peu de joie sur terre, il vaut
mieux éliminer les raisons strictement humaines de nos malheurs.
=>Un dieu, un seul, indéfini pour que les hommes prennent leur destin en main et atténuent les difficultés que V
souligne beaucoup pour persuader ses lecteurs. Que les instants rares de bonheur soient étendus dans la mesure de notre possible.
Quand le peuple ovationna le convoi funèbre de Voltaire, c'était le Voltaire de l'affaire Calas qu'on
applaudissait.
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À SAVOIR SEULEMENT
___________________AUTRE MOT EMPLOYÉ TARDVEMENT PAR V : THÉISME.
Ce mot apparu sous sa plume en 1751, après 1860 aura
tendance à remplacer celui de déisme pour mieux lutter contre la montée de l'athéisme militant.Le théiste croit en dieu évidemment, en une Providence générale qui domine mystérieusement
l'univers, qui punit et récompense une pratique vertueuse et pacifique.
Il écrivit un article "théiste" dans son
dictionnaire philosophique ( ajouté en 1765).
Savoir aussi que V ne comprit jamais l'athéisme et le matérialisme, par souci de certitude: vous connaissez sa célèbre formule écrite dans une lettre : "SI DIEU N'EXISTAIT PAS, IL FAUDRAIT
L'INVENTER ; MAIS TOUTE LA NATURE NOUS CRIE QU'IL EXISTE"
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questions reformulées :
QUEL EST LE DIEU DE V. D'APRÈS CE TEXTE ?
S'AGIT-IL D'UNE PRIÈRE?
QUELS MAUX V. DÉNONCE-T-IL?
CF L'ANNEXE : QUELLES SONT LES AUTRES GRANDES PENSÉES RELIGIEUSES AU XVIIIÈME ?