Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /Mars /2009 08:00
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Aurai-je le temps de parler de l'influence de la Franc-maçonnerie?NON.


D'autre part j'ai passé sous silence un penseur capital de la fin du siècle, Condorcet ( à bien évoquer comme Réformateur de l'école sous la révolution) et délaissé quelques philosophes plus ou moins matérialistes. Mais on ne vous en demande pas tant....
]





RÉSUMÉ DE CE QUI SUIT : SACHEZ L'ESSENTIEL ET APRÈS IMPROVISEZ AVEC CE QUE VOUS AUREZ LU UNE OU ??? FOIS.

DITES à un moment ou à un autre que le grand combat fut finalement entre spiritualistes (déistes) et matérialistes.

1)UN ACCORD ENTRE TOUS : CONTRE L'AUTORITÉ DES INSTITUTIONS RELIGIEUSES.Facile.Appuyez-vous sur Voltaire et JLF.

2) LE CHOIX DOMINANT AU XVIIIÈ (dans l'élite et chez les penseurs) : le déisme

-façon Voltaire ( ses valeurs: cf la prière à Dieu)

-façon Rousseau : religion de la conscience, instinct divin dit-il.

3)L'OPTION RADICALE :matérialisme, athéisme, fatalisme mais en fait déterminisme ( par la connaissance on peut corriger les causes négatives)

-l'étonnant curé Meslier.

-DD

-D'holbach.

4)UNE QUESTION QUI DEMEURE : POLITIQUE ET RELIGION.

-une société peut-elle vivre sans lien? Pas forcément religieux.Qu'est-ce qui fait nous dans une société ?

-solution de JJR dans le CONTRAT SOCIAL. Avec le risque que manifeta la Révolution jacobine à partir de 1792.

-solution éthocratique façon d'Holbach.

=>En tout cas le legs des Lumières qu'il faut bien comprendre a eu lieu au début du XXème siècle avec la reconnaissance de la laïcité, la version française étant unique, minoritaire et toujours menacée.



  LES LUMIÈRES ET LA QUESTION DE DIEU

Au XVIII ce qu'on appelle l'orthodoxie se désagrège ET ELLE N'A PAS DE DÉFENSEURS DE LA TAILLE DE BOSSUET OU PASCAL. L'expérience religieuse a changé. Profondément et parfois radicalement.


1/UN POINT QUI FAIT PRESQUE L'UNANIMITÉ :le rejet des institutions et des intermédiaires.

  =>avec le souvenir lointain des guerres de religion (fin 16ème siècle), celui des guerres interminables entre doctrines  (protestantisme, jésuitisme, jansénisme), face aux  répressions faites au nom du Pape, des évêques comme des rois de droit divin, inspirées en principe de la vertu de CHARITÉ, deux éléments rassemblent les Lumières::


le refus de la théologie dogmatique :posons que de plus en plus ce ne sont plus les philosophes qui doivent rendre raison aux Théologiens* mais l'inverse. Radicale différence entre un Pascal qui au XVIIème humilie la Raison au nom des Miracles et les Lumières qui usent de Raison contre les miracles qu'ils demandent à examiner de près.



le refus de l'autorité des médiateurs religieux (prêtres, évêques etc):
Les penseurs voient bien l'empire politique de l'Église et c'est ce qui met en action un Voltaire. L'Église prétend dire le juste, le droit. Il n'y a pas pour les Lumières de RAISON d'Église comme on parle de raison d'État. JJR, calviniste d'origine et malgré un passage dans le catholicisme, ne supportra jamais les intermédiares et l'institution d'une Église toute-puissante: il y voit tyrannie des  consciences et perversions des esprits. Il n'y a pas plus grand adversaire des dogmes que R (même s'il respecte les Évangiles).


Plus concrètement JLF dresse un tableau édifiant des moines comme des abbés. Pensez à Hudson et à la corruption de certains curés. Pensez à la RELIGIEUSE  du même DD. Songez aussi à la critique que dresse Polly Baker de la trahison que font les hommes du message religieux : les croyants osent parler à la place de Dieu. En même temps les Lumières regardent de près les sources de la croyance : un Meslier dont nous reparlerons, un Voltaire comme un d'Holbach connaissent parfaitement la Bible et ses contradictions qu'ils se plaisent à moquer auprès de chrétiens qui ne l'ont pas aussi bien lue (le baptème exigé par  l'Ingénu est un exemple amusant). L'anticléricalisme de cette époque est évident. Rappelez la détestation des jésuites chez Voltaire et la dénonciation de leur empire dans l'INGÉNU ( père de la Chaise, TOUT-À-TOUS, le valet Valbled etc...)


En réalité nombreux sont les Lumières qui voient derrière la religion la tentation d'un État théocratique qu'ils accusent de tous les maux.

Au XVIIIè dans l'élite (le peuple n'est pas touché par les Lumières), la religion demeurera mais elle sera plus une expérience individuelle que la preuve d'une obéissance à une autorité. Le Dieu au XVIIIè quand on y croit devient personnel (presque privé) et JJR aura une influence considérable dans ce sens.



2/UN CHOIX RELIGIEUX DOMINANT PARMI LES LUMIÈRES DE L'EUROPE :le déisme que résume à lui seul V (voir cours sur la prière à Dieu+ annexe en bas ): il est un choix et ,en même temps, une  solution moyenne entre orthodoxie et athéisme radical.

  Ce fut le cas de l'Anglais  Locke qui
, défenseur d'un rationalisme religieux crut foi et raison complémentaires. Ce  sera  aussi le choix du jeune DD et de l'Écossais Hume, sceptique qui  va dans le sens de la tolérance.

-le déisme défend la lumière naturelle de la conscience et de la raison contre la lumière
de la Révélation, de Jésus Christ;

-le déiste veut la fin de la folie meurtrière des religions et seule la raison leur semble un garde-fou.

-il s'attaque aux superstitions, aux falsifications des textes sacrés, aux miracles, aux enthousisates délirants: toute église constituée est pour lui une  mystification.

-le déiste considère que le besoin de Dieu est humain, éternel, universel et que les religions l'ont dénaturé partout.

-il prône l'idée d'un dieu des hommes. Un dieu, une idée de Dieu qui rapproche au lieu de diviser.

( dans une certaine tendance, le déiste peut prêcher pour une tolérance envers les religions en souhaitant  qu'elles se multiplient le plus possible).

[∆ attention! ENTRE NOUS! V, toujours contradictoire, souvent courageux peut parfois comme dans le nègre de Surinam critiquer le lien religion/économie/colonialisme mais  souvent hypocrite, peut à la fois attaquer les institutions religieuses et en créer une petite église dans son château de Ferney : la religion sert à calmer les pauvres, pense ce cynique...]

un penseur à part comme toujours : JJR. Le déiste (qui se dit chrétien) sans doute qui aura été le moins entendu mais aussi le plus représentatif du siècle .

Dans un texte fameux, inscrit dans ÉMILE (CONDAMNÉ DANS SA VILLE PAR LES PASTEURS CALVINISTES!) et appelé LA PROFESSION DE FOI  DU VICAIRE SAVOYARD, on voit que le Dieu de R est un Dieu qui parle à la conscience, qui est sensible EN TOUT ET QU'ON NE SAURAIT ACCUSER DU MAL. LA CONSCIENCE conçoit un ordre dans le monde, une harmonie, un désir de bonté, une SUPRÊME INTELLIGENCE, ce ne peut être que l'effet d'un dieu incompréhensible MAIS dont on doit reconnaître la Volonté  bonne inscrite dans toute LA NATURE  et la capacité de Providence (grande querelle avec V sur le désastre de Lisbonne). Pour JJR, de toute façon le monde a été fait pour l'homme : on devine sa détestation de la position  de DD qui conçoit l'homme (une machine) et le monde comme transitoires...

Son  dieu est  fondamentalement moral et le Mal dans le monde R a tendance à le rapporter aux hommes, à leur société plus qu'à Dieu, évidemment..Retenez que V. qui ne pardonnait rien à R dit un jour qu'il lui pardonnait tout pour avoir écrit le VICAIRE SAVOYARD...

On voit qu'il y a presque autant de déistes que de déismes mais dans l'ensemble le siècle DOMINÉ par le déisme est  surtout agité par un combat millénaire qui prend une forme nouvelle : le grand clivage est comme toujours entre spiritualistes et matérialistes et au XVIIIè nous voyons apparaître un mouvement plus radical :

III-L'ATHÉISME MILITANT (j'ai laissé de côté La Mettrie, Helvétius, Morelly)


un cas sidérant, trop peu connu : celui du curé J.Meslier (né en 1664 et mort en 1729), qui exerça son sacerdoce dans les Ardennes mais en même temps rédigea un brûlôt incroyable contre la religion, Dieu et fonda presque une politique matérialiste. Allez voir Wiki, lisez en diagonale son TESTAMENT, mais attention ce n'est pas un libertin au sens strict et sachez que Voltaire qui le publia trahit complètement sa pensée....Je colle ici le plan de son ouvrage :


*le testament de Meslier se divise en huit parties, dont chacune vise à prouver la vanité et la fausseté des religions, en voici le plan :

  1. Elles ne sont que des inventions humaines.
  2. La foi, croyance aveugle, est un principe d’erreurs, d’illusions et d’impostures.
  3. Fausseté des « prétendues visions et révélations divines ».
  4. « Vanité et fausseté des prétendues prophéties de l’Ancien Testament ».
  5. Erreurs de la doctrine et de la morale de la religion chrétienne.
  6. La religion chrétienne autorise les abus et la tyrannie des grands.
  7. Fausseté de la « prétendue existence des dieux ».
  8. Fausseté de l’idée de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme.


Sans exagérer on doit bien admettre que ce texte écrit dans la solitude et avec peu de livres dans sa bibliothèque est le germe de tout l'athéisme du 18ème : on le lut, on le pilla souvent, sns rien dire. On le détourna comme Voltaire.


plus connus deux écrivains se dégagent comme matérialistes et athées:

  *DD : dites que son expression la plus audacieuse est dans son dialogue LE RÊVE DE D'ALEMBERT. Dites que vous avez lu avec moi la LETTRE À LANDOIS (dans vos archives).


>>>>>les patients iront lire l'interminable cours mis sur le site du lycée (intermède matérialiste 1); l'essentiel est dans le passage suivant : pressés,rendez-vous plus bas


•1• la Matière (la Nature) est Tout, elle ne dépend d’aucun Créateur, d’aucune transcendance : l’univers est totalement immanent. Pas de grand rouleau.. [ sauf à penser avec un immense anachronisme que la structure de la matière et celle de l’ADN écrivent infiniment le Tout…dans une auto-production infiniment développée. Le monde s’écrit alors dans un dépliement, un déploiement imprévisible et nécessaire].

- tout ce qui est, est NÉCESSAIRE ! cf J 357

-mouvement, sensibilité, vie sont des propriétés fondamentales de la matière. Matière et mouvement ou plutôt matière EST mouvement : unité fondamentale que DD doit aussi aux matérialistes antiques.

- la nature est éternelle, éternellement changeante à des rythmes infiniment complexes. Le Tout demeure quand tout change plus ou moins vite : JLF insistera beaucoup sur le changement, l’inconstance de tout(où? À vous). Au physique comme au moral comme on l’a deviné, puisqu’il n’y a pas de différence.

 

- elle est, en tout point et toute organisation, sensible (il en fait la démonstration dans LE RÊVE partie1), y compris l’apparemment inerte (la pierre). ” Pas un point dans la nature entière qui ne souffre ou ne jouisse” ! (Rv). Clef de la pensée de DD.

- elle connaît une infinité d’organisations toutes singulières avec des intermédiaires (minéral, végétal, animal, homme) : “chaque ordre d’êtres a sa mécanique particulière”. Et chaque être a sa composition singulière.

- changeante, elle est donc en évolution permanente : il parle de l’évolution des animaux dans le RÊVE (et même de possible métamorphose de l’Homme) ; évolution par essais, échecs, sélection. On aurait grand tort mais il est tentant de parler d’anticipation de Darwin. En réalité DD pense surtout à Lucrèce.

- évolution certes mais jamais rupture : tout est lié dans la nature, rien ne se fait par saut (c’est une loi générale dit EP).

[Mais il sera impossible de tout connaître : le Tout existe mais on ne peut le connaître que par îlots. Et gare aux liaisons fausses, qui s’appelleront magie, superstition etc.]


- la matière n’a pas de causes finales comme de nombreux théologiens en prêtent à Dieu (et comme le pense le M parfois). Elle est cause efficiente, développements et diversifications nécessaires et infinis d’elle-même. Inutile de croire par anthropomorphisme que la Nature veut quelque chose. La Nature ne veut rien, l’homme, on le verra, lui prête une volonté pour croire à sa propre liberté (et à sa volonté) : illusion.

- elle est indépendante de la pensée et de l’esprit qui au contraire dépendent d’elle et en sont des parties, des développements. L’Idée n’est pas innée en l’homme, l’idée platonicienne est exclue : elle est le produit d’un cheminement qui commence par le corps. Et finit par lui comme on verra.




 >>>>>les pressés s'appuieront sur JLF et simplement certaines images (ayez votre livre quand vous avez un texte de la séquence PHILOSOPHE);

-MATÉRIALISME : Dans la nature tout se tient et tout s'enchaîne implacablement selon un système  infiniment complexe mais mécanique.

-la gourmette p 10;
-le parchemin: dès p 9 le capitaine disait; p 16; le grand rouleau p 24;
-ATHÉISME : passage capital p 134 en haut "LE CIEL QUI VEUT...il n'en sait peut-être rien lui-même". Thèse de Spinoza reprise fidèlement : Dieu ne peut avoir de Volonté ( ce serait le limiter) ; ce que Dd traduit ainsi : la matière commande tout dans son auto-développement infini. TOUTE CETTE HISTOIRE DE PARCHEMIN EST UNE IMAGE VOLONTAIREMENT FAUSSE : il n'y a pas de là-haut pour un matérialiste. La nature écrit le livre du monde (ce que confirmeront Darwin et les théoriciens de l'évolution). Personne ne tient la plume sinon la nature inscrite dans le Temps.

 
(dites bien aussi que J est contradictoire: il lui arrive de prier..):

  • moins connu mai encore plus offensif le baron D'Holbach, allemand d'originé , élevé par son oncle dont il hérite la grande richesse. Études solides en Hollande. Travailleur acharné : il lit tout et écrit beaucoup même sur la verrerie, la minéralogie. Il publie ses textes philosophiques sous pseudonyme. Son salon très fréquenté (Diderot, Raynal, Becaria, Sterne, Hume etc.) sera un lieu d'agitation des idées : on y fait des exposés, on y débat. On parle de coterie holbachique.

Son œuvre connaît trois temps :

  étape 1)une attaque virulente contre le christianisme (avec LE CHRISTIANISME DÉVOILÉ 1761 et sa THÉOLOGIE PORTATIVE 1767 ou encore LA CONTAGION SACRÉE en 68; D'H à ce stade lit de façon précise les ouvrages de la Bible et comme Voltaire mais pour un but autre , les contradictions des livre sacrés. En rationaliste il démolit tout, Dieu, Jésus, les mystères...Il montre ce qui pousse les hommes à croire : la peur de la mort, l'absence de réponse aux grandes questions philosophiques; il affirme le rôle poltique de la religion établie : elle sert les pouvoirs forts en interdisant la réflexion et en encourageant la soumission, la docilité du peuple. Elle entretient la culpabilté et donc  l'ascétisme, la négation du corps et du plaisir.

Plus grave à ses yeux : un monde avec Dieu c'est le manichéisme assuré donc l'intolérance, le fanatisme, la violence la guerre.I l complète à sa façon les critiques des déistes - qu'il va dépasser.

   étape  2) l'élaboration du matérialisme athée avec son grand Œuvre LE SYSTÈME DE LA NATURE 1770 auquel répondra Voltaire lui-même en proposant Dieu comme réponse .

Il n'y a rien en dehors de la nature. Tout est matière et D'H reprenant Spinoza à la lumière des travaux scientifiques de son temps montre que tout tend à perséverer dans son être dans un mouvement infini des formes ; il attache une grande importance au cerveau et refute après d'autres les idées innées.Vous voyez la proximité avec DD.

    étape   3) une réflexion sur une société eudémoniste* et utilitariste. Avec de longs livres LE SYSTÈME SOCIAL  de 1773 et un assez bref L'ÉTHOCRATIE ou le gouvernement fondé sur la morale 1776.

Ses livres vout tous dans le même sens : l'homme est fait pour le bonheur, le plaisir, la jouissance. Mais quelle société peut permettre une telle possibilité jamais rencontrée dans l'Histoire?

Il va tenter de montrer qu'une société mécanique ( d'H est fataliste ) soumise au désir de se conserver et au  plaisir  de chacun peut  vivre  sans sombrer dans la paresse et la débauche (vieille question depuis Bayle : des athées peuvent-ils être vertueux?). Comment? Avec l'aide de la raison (il est alors déterministe) elle aura comme moyen de correction  l'éducation, les contraintes, les lois. On le verra ainsi féroce partisan de la peine de mort.

Chez un penseur considéré comme radical et /ou fou par ses adversaires on constate qu'il conserve dans ses théories le Roi , que, par tolérance , il garde les prêtres qu'il veut marier mais interdirait les moines et moinesses, jugés inutiles car improductifs.I l était pour la reconnaissance du divorce.

Déistes ou athées ont tous essayé de résoudre un point qui reste essentiel aujourd'hui mais sous d'autres formes.

IV-POUVOIR & RELIGION : pouvoir sans religion?Religion au pouvoir(théocratie?)Religion du pouvoir, religion civile?

Voilà la question  que les Lumières ont légué à la démocratie : les solutions variant avec les auteurs.

Quelle société voulons-nous? La voulons-nous  avec ou sans Dieu?

•Vous voyez la solution américaine : le président jure sur la Bible, "God bless America", et en même temps des centaines de croyance pullulent en presque harmonie. Une société puritaine, spiritualiste et "matérialiste"(pas au sens philosophique).

•On ne sait ce qu'aurait choisi les déistes : sans doute un pouvoir lui aussi déiste sans contrôle papiste ou épiscopal.

•le plus profond penseur sur cette question (comme sur les autres) est JJR : il a ajouté tardivement le dernier chapitre de son CONTRAT SOCIAL, le chapitre VIII, de LA RELIGION CIVILE où il propose une solution qui ne soit pas une théocratie ni une République divisée entre les devoirs envers l'État et les devoirs envers la religion (admirateur de l'Évangile, il considère toutefois que le christianisme forme trop les hommes à la passivité , à l'attente de l'autre Monde pour les voir se battre pour leur Patrie): il veut une religion civile, qui fixe les devoirs et droits du citoyen.Le Souverain pourra expulser celui qui ne respecte pas cette profession de foi civile : non pas comme impie mais insociable ..."comme incapable d'aimer sincèrement les lois, la justice, et d'immoler au besoin sa vie à son devoir". Les dogmes civils de R étant l'existence de Dieu puissant, intelligent, bienfaisant, prévoyant et pourvoyant, la vie à venir, le bonheur des justes , le châtiment des méchants, la sainteté du Contrat social et des Lois.

=>on connaît hélas ce qu'en fit la Révolution française avec son culte de l'ÊTRE SUPRêME et ses cérémonies ridicules débouchant sur ce R redoutait, l'intolérance. Condorcet fut celui qui comprit le tour dangereux de cette force contraigante de la religion civile sous les jacobins.

  Il reste que R avec Dieu (mais on peut penser le tout civil  sans lui) a pointé le plus délicat des problèmes pour une société : comment unir, comment faire un Tout qui ne soit pas agrégat d'individus égoïstes? Qu'est-ce qui peut faire lien civil?

• la question était aussi celle des athées : DD voulait absolument prouver que l'athéisme ne donnait pas une société anarchiste, vouée à la débauche mais qu'il y  avait une morale naturelle dont la liberté favoriserait le retour. D'Holbach l'a appelée ÉTHOCRATIE (pouvoir soumis à la morale) et tout en prônant liberté, plaisirs, voluptés, sans dicter l'égalité absolue, il veut un régime assez fort
(ON Y DÉCOUVRE  QU'IL N'EST PAS HOSTILE À LA PEINE DE MORT) soucieux du bonheur de tous .

••••EN TOUT CAS NOUS SOMMES LES HÉRITIERS D'UN CONCEPT QUI A PU DÉLIMITER UN DES GRANDS ACQUIS DES LUMIÈRES, celui si contesté encore de LAÏCITÉ.

Vous savez que dans les régimes dominés par une religion, la tentation est grande pour cette religion de dominer âme et corps, vie spirituelle et vie matérielle(cf Todorov p 58/59).Luther et le protestantisme ont commencé à créer une rupture.
Les Lumières, chacun à sa façon, ont préparé le terrain de la loi qui sépara sous la  IIIème République la séparation de l'église et de l'État.

La laïcité à la française défend (en principe) donc la liberté de conscience, la liberté de culte mais aussi la liberté d'incroyance et la liberté d'autonomie de l'État par rapport à n'importe quel culte.

cl: on voit que l'annonce de la MORT DE DIEU par Nietzsche avait été bien préparée...




ANNEXE : si on vous ennuie sur V et la PRIÈRE À DIEU FAITES ALLUSION À CE GRAND TEXTE DE VOLTAIRE.




SERMON DES CINQUANTE:




Cinquante personnes instruites, pieuses, et raisonnables, s’assemblent depuis un an tous les dimanches dans une ville peuplée et commerçante: elles font des prières, après lesquelles un membre de la société prononce un discours; ensuite on dîne, et après le repas on fait une collecte pour les pauvres. Chacun préside à son tour; c’est au président à faire la prière et à prononcer le sermon. Voici une de ces prières et un de ces sermons. 

Si les semences de ces paroles tombent dans une bonne terre, on ne doute pas qu’elles ne fructifient. 

Prière

Dieu de tous les globes et de tous les êtres, la seule prière qui puisse vous convenir est la soumission: car que demander à celui qui a tout ordonné, tout prévu, tout enchaîné, depuis l’origine des choses? Si pourtant il est permis de représenter ses besoins à un père, conservez dans nos coeurs cette soumission même, conservez-y votre religion pure; écartez de nous toute superstition: si l’on peut vous insulter par des sacrifices indignes, abolissez ces infâmes mystères; si l’on peut déshonorer la Divinité par des fables absurdes, périssent ces fables à jamais; si les jours du prince et du magistrat ne sont point comptés de toute éternité, prolongez la durée de leurs jours; conservez la pureté de nos moeurs, l’amitié que nos frères se portent, la bienveillance qu’ils ont pour tous les hommes, leur obéissance pour les lois, et leur sagesse dans la conduite privée; qu’ils vivent et qu’ils meurent en n’adorant qu’un seul Dieu, rémunérateur du bien, vengeur du mal, un Dieu qui n’a pu naître ni mourir, ni avoir des associés, mais qui a dans ce monde trop d’enfants rebelles. 

SERMON

Mes frères, la religion est la voix secrète de Dieu, qui parle à tous les hommes; elle doit tous les réunir, et non les diviser: donc toute religion qui n’appartient qu’à un peuple est fausse. La nôtre est dans son principe celle de l’univers entier, car nous adorons un Être suprême comme toutes les nations l’adorent, nous pratiquons la justice que toutes les nations enseignent, et nous rejetons tous ces mensonges que les peuples se reprochent les uns aux autres. Ainsi, d’accord avec eux dans le principe qui les concilie, nous différons d’eux dans les choses où ils se combattent. 

Il est impossible que le point dans lequel tous les hommes de tous les temps se réunissent ne soit l’unique centre de la vérité, et que les points dans lesquels ils diffèrent tous ne soient les étendards du mensonge. La religion doit être conforme à la morale, et universelle comme elle: ainsi toute religion dont les dogmes offensent la morale est certainement fausse. C’est sous ce double aspect de perversité et de fausseté que nous examinerons dans ce discours les livres des Hébreux et de ceux qui leur ont succédé. Voyons d’abord si ces livres sont conformes à la morale, ensuite nous verrons s’ils peuvent avoir quelque ombre de vraisemblance. Les deux premiers points seront pour l’Ancien Testament, et le troisième pour le Nouveau. 


Par J-M. R. - Publié dans : LES LUMIÈRES
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