Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /2009 08:26

En arrivant devant le prof pour parler d'une des poésies , sortez tous les textes pour l'entretien.


Bien dire tout de suite qu'il est difficile de réfléchir à partir d'un corpus aussi limité
puisque nous n'avons que brièvement la représentation romantique ( LE PÉLICAN de Musset , LA MORT DU LOUP de Vigny, LE PIN DES LANDES de Gautier (qu'on range dans les Parnasssiens) et que nous n'avons pas vu d'importantes images postérieures (le CYGNE de Mallarmé)  mais qu'on peut faire quelques remarques tout de même.....[si vous la connaisssez,vous pouvez  vous appuyer ici sur l'autre synthèse concernant le pouvoir des poètes]


on note évidemment beaucoup de symboles et d'allégories :

-Hugo apprend de la Voix qu'il doit déchiffrer le monde en voyant l'âme divine derrière tout;

-le poème de B est une allégorie qui se "traduit "au dernier quatrain;

-Corbière fait de l'enfant le symbole du poète qu'il est.


on observe que, pour être banales parfois (l'albatros reprend le pin des landes),  ces images sont très personnelles :

- Hugo parle à la première personne;Hugo se pense toujours comme prophète, guide, éclaireur, comme auditeur des faces sombres de l'homme.

-Bien que précoce l'image de l'Albatros annonce bien des déclarations de Baudelaire sur l'homme et la société ( dans MON CŒUR MIS À NU ).




-on comprend que Corbière se parle à lui-même, se persécute ;

-Rimbaud multiplie les JE dans une sorte de bilan.Dimension de rétrospection "autobiographique".

l'image est flatteuse, souvent sacralisante, mais pas toujours:

-on comprend que chez Hugo le poète est un élu, qu'il a une capacité de voyance et d'écoute de la nature animée par Dieu (panthéisme) : dév en vous appuyant sur le texte.

-de la même façon, l'oiseau baudelairien survole, domine les airs, néglige tous les dangers(citez)et donne une idée supérieure du poète.Images de ROYAUTÉ, de SUPÉRIORITÉ.

-si l'on ne tient pas compte de son bilan critique et qu'on en reste à l'idée de la voyance (lettre),Rimbaud semble vraiment un Titan, un voleur de feu, inventeur de verbe.Un alchimiste du Verbe qui veut trouver une nouvelle langue, un VERBE qui recrée la perception du monde OU QUI EN CRÉE UNE NOUVELLE(bien connaître la lettre de la Voyance.

-en revanche Corbière donne une image tragique, désenchantée : l'enfant poète ne fut qu'un voleur d'étincelles. Développez.

-de même Rimbaud paraît sévère envers l'étape sur laquelle il se penche : certains verbes ressemblent à une condamnation( citez), la critique d'une illusion. Mais il a déja franchi un cap : il a commencé et il poursuivra sa tâche immense aves les ILLUMINATIONS.

la mission, la situation  du poète sont variées selon les images:

-Hugo est à l'écoute : il a la capacité de recevoir des signes de la nature (air, eau), il est un medium , un intermédiaire entre le monde et les hommes (citez le poème).

-le poète de CB et de TC est seul : l'un est captif sur un bateau, l'autre dans un tombeau; l'un est torturé par les hommes, l'autre revit tous les abandons des femmes et des amis et en se dédoublant se maltraite ; l'albatros a du génie que ne comprend pas le reste des hommes; l'enfant avait peut-être du génie mais le poète se torture avec des sarcasmes (dans le CRAPAUD, Corbière montre encore une idée dévalorisée de lui-même mais aussi l'insensibilité de la femme qui l'accompagne ce soir-là).

-grandiose était la mission que se donnait Rimbaud (à vous : revoir tous les moyens poétiques, repenser la langue, inventer une langue). Chez lui (lettre de la Voyance),  l'entreprise est risquée et sa voyance a peu à voir avec celle de Hugo : chez Hugo,Dieu parle, le monde attend son messager, interprète; chez R il y a une expérience sur soi, un travail, une recherche.Un risque. Une possiblité de délires, de folie.

=> ce qui frappe dans l'ensemble c'est la solitude inhérente à ces représentations: Hugo se pensant comme intermédiaire est le plus proche des hommes et ses combats politiques le prouvent ( député, adversaire de Napoléon III); mais Baudelaire isole bien l'albatros, Corbière pense à son caveau oublié et Rimbaud ne parle que de lui et semble ne parler qu'à lui-même.


cl : nous avons vu quelles images quelques poètes donnaient  d'eux-mêmes. Il en est d'autres mais le XIXè est le moment (un critique l'a appelé à juste titre l'âge du sacre du poète) où l'on a vu émerger des images très fortes : moment sans doute unique d'élan, d'une certaine reconnaissance  populaire (d'une certaine angoisse aussi, certains grandissant le poète en ayant en même temps conscience d'un risque de rabaissement) que les grands poètes du XXè ne trouveront pas ou de façon plus limitée.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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