Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /Mai /2009 19:14
(n'oubliez pas le rôle de Fontenelle comme  passeur entre les uns et les autres )




Une comparaison entre  le libertin érudit et le philosophe des Lumières fera mieux comprendre la spécificité des Lumières:

       Considérons d’abord ce qui les rapproche:
:
- comme le libertin, le Philosophe n’admet que ce qui ne répugne pas à la raison.

-  la critique des superstitions, des dogmes, un anticléricalisme, qui peut aller jusqu'à la remise en cause de l’existence de Dieu. Mais tous les libertins et tous les philosophes des lumières ne sont pas athées, il s'en faut. à vous..

- le souci de l’étude, la soif d'apprendre des sciences, (Képler, Copernic, Galilée pour l'un, les mêmes mais surtout Newton pour l'autre) la primauté accordée à l’observation, à l'expérience, une ouverture d’esprit, une curiosité pour les publications nouvelles (dév l'incroyable curiosité de DD pour tout)

- le recours à l’ironie (D'assoucy, Cyrano)..



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      Mais leur contexte historique est bien différent :

     *le libertin sait qu’en son  temps de renforcement de la religion, il doit cacher ses pensées. Le philosophe du XVIIIème siècle a le sentiment de participer à une période exaltante, où finira par triompher la raison sur les forces de l’obscurantisme, même si les horreurs et les injsutices demeurent sous Louis XV et XVI : citez les affaires traitées par Voltaire (Calas, La Barre etc.)


       Et d’un  point de vue social le philosophe se distingue du libertin :

     *les libertins se retrouvent entre eux  (autour de Gassendi se rapprochent Naudé, La Mothe Le Vayer,  Patin , sans doute Cyrano et Molière et dialoguent discrètement ); le philosophe, même s’il doit parfois se cacher, ou quitter la France pour éviter d’être inquiété,  s’exprime publiquement, prend parti dans certaines affaires, se mêle, au nom de ses valeurs, aux activités de la cité. On est très loin d’un Mothe le Vayer qui  dans le secret écrivait des dialogues libres-penseurs et publiait un ouvrage sur l’existence de Dieu.

     *Les libertins éprouvaient souvent du mépris pour le peuple, estimaient qu’eux ne devaient point croire aux dogmes, mais qu’en revanche le peuple devait être maintenu dans cette croyance sans quoi la société serait ingouvernable. Les philosophes du XVIIIème ( pas tous, Voltaire n'aime pas vraiment le "bas "peuple, il s'en méfiait estiment au contraire que chacun doit être éclairé par les Lumières de la raison, et que les hommes sont égaux.


     *Le libertin s’opposait  à l’honnête homme : considérez Don Juan : il vit en marge de la société, acoquiné de son valet Sganarelle,  abandonne une épouse noble, séduit des paysannes, évite la fréquentation de ses pairs ; sa conversation, qui devrait être plaisante pour tout un chacun,  est une suite de provocations. On tenait le libertin pour inférieur au chrétien et  à l’honneête homme. Le philosophe réussit à renverser l’équilibre des forces. Son adversaire fut baptisé péjorativement du nom de dévot. Au XVIIIème siècle, le philosophe est aussi un honnête homme, qui tend et doit tendre (pensez à l’article “philosophe”) à vivre parmi les hommes. Le salon, le Café sont des hauts lieux de culture (le PROCOPE, cher à DD).


    *Le libertin du XVIIème ne se souciait pas de progrès technique, du bonheur en société qui sont au contraire au centre des péoccupations des philosophes. Sa cible est  le dogmatisme religieux et il ne va guère au-delà.

      * sans être des penseurs systématiques comme un Spinoza (Voltaire déteste l'esprit de système), le philosophe des Lumières français est tout de même plus théoricien que le libertin : on ne trouvera nulle part une réflexion économique comme chez le libéral Voltaire ou une pensée politique aussi révolutionnaire que chez Rousseau.


  *au XVIIème siècle, on ne se déclarait pas libertin publiquement : le terme était employé plutôt comme une accusation : dans le Tartuffe de Molière, Orgon reproche à son beau-frère Cléante, homme sage, réfléchi, qui n’entre pas dans  les excès du maître de maison” : Ce discours sent le libertinage (acte I). Au contraire au XVIIIème siècle, à en croire le début de l’article philosophe de Dumarsais, nombreux  sont  ceux  qui se prennent pour des philosophes : PHILOSOPHE, substantif masculin. Il n’y a rien  qui coûte moins à acquérir aujourd’hui que le nom de philosophe ; une vie obscure et retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s’en honorent sans le mériter.
Par J-M. R. - Publié dans : LES LUMIÈRES
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