Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 06:57
Le romantisme (surtout allemand)  a donné au Poète une tâche immense qui ressemblait beaucoup au Sacré (par exemple la notion de voyance qui est déjà chez Hugo et après chez Rimbaud se trouve chez Novalis). Il y a un héritage du religieux chez le poète romantique ( qui n'ignore pas que les grands textes religieux sont aussi de la poésie Bible, Coran,Rig-Véda en Inde) et cette conception va hanter des poètes qui ne sont pas romantiques au sens étroit.


Dans notre corpus nous trouvons des conceptions assez opposées sur cette question.

NOUS DÉCOUVRONS chez certains UNE DIMENSION MEDIUMNIQUE, SOUVERAINE, SACRIFICIELLE ET DÉMIURGIQUE.

*mediumnique :Hugo dans UN JOUR,contemple le monde en une scène de bord d'océan : il entend une voix insituable qui lui parle et approuve sa mission : le poète en rapporte les propos.

Il est donc clairement

1-l'intermédiaire entre le "Divin," le surnaturel ,et le reste des hommes

&

2-son interprète, son traducteur , celui qui doit dire aux hommes que dans la mer, le vent , dans la nature , partout, une âme cherche à se faire entendre. La communion humaine ne peut s'accomplir  que par le poète qui est déjà chez lui prophète, voyant.Le poète est le truchement de l'Invisible et de l'Inouï.On ajoutera avec les vers 11/12 qu'il fait venir au jour, à la conscience, des choses enfouies, ignorées. Vates, il est bien devin.Rappelez que cette pensée n'est pas neuve chez lui et que dans des œuvres plus anciennes il avait écrit que le monde est une voix, un arrangement de voix, une polyphonie et avait affirmé "Sous l'être universel, vois l'éternel symbole"Pour la dimension prophétique Hugo a toujours prétendu que "

"Le poète en des temps impies/vient préparer des temps meilleurs" ( proposition impensable chez Baudelaire).

* dimension souveraine :Baudelaire avec L'ALBATROS donne une image de l'oiseau  SOUVERAIN dans son domaine : il règne en toute liberté dans les airs, ne craint pas les gouffres amers , hante les tempêtes et se rit de l'archer. Liberté donc, risque, audace, élégance qu'il faut comprendre allégoriquement : le poète est capable de tout dans son univers, il est roi de l'azur,donc du haut, du pur, prince des nuées, il prend lui aussi des risques, traverse des tempêtes physiques morales, intellectuelles, physiques mais les vainc à conditions de ne pas tomber parmi les hommes.Dans le reste de son œuvre, il apparaîtra comme


*en lectures complémentaires nous avons vu aussi un autre pouvoir : le pouvoir sacrificiel qu'on a découvert dans LE PÉLICAN  de Musset qui meurt pour les hommes et LE PIN DES LANDES  de GAUTIER qui meurt du cœur pour donner de l'or aux hommes.Dans la lettre du VOYANT on a un peu cette vision grandiose  du poète qui fait toutes les expériences, connaît toutes les tortures, risque la folie pour apporter aux hommes le feu de la Vie.


*enfin nous avons observé le pouvoir démiurgique(l'ambition démiurgique)

[Démiurge

Un démiurge est une divinité créatrice et organisatrice du monde. Nom donné par Platon (La Timée) au Dieu organisateur qui créa le monde à partir de la matière préexistante.]
 
  démiurgisme du Poète avec Rimbaud :à partir d'éléments délaissés, simples, rudimentaires il a tenté de trouver une langue universelle qui parlerait à tous de l'âme à l'âme. Il voulait être un ALCHIMISTE DU VERBE: il désirait une transmutation du monde, de nos sensations à partir des lettres qui auraient été sons, images, parfums, couleurs etc...Il y a chez lui une recherche de l'origine, d'une parole créatrice, d'une parole pleine, une parole de communcation dépassant le seul sens des mots mais engageant tous les sens...Il voulait vraiment redonner au monde d'autres dimensions et aux hommes d'autres perceptions et sensations.

Cette obsession de la TOTALITÉ sera celle de nombreux poètes qui rêveront de clore l'univers dans un Livre:

Citez Laforgue :

  "FORMULEZ TOUT !EN FUGUES SANS FIN DIRE L'HOMME !"

Évoquez la folle ambition de Mallarmé qui rêva d'un LIVRE qui aurait exprimé l'essence du monde.Il s'agissait de transformer la poésie en cérémonie quasiment religieuse.

DANS TOUS CES CAS LE POÈTE EST FORTEMENT IDÉALISÉ ET IL HÉRITE DE BIEN DES POUVOIRS ARCHAIQUES , MAGIQUES QUE L'ÂGE DE LA RAISON ET DE LA TECHNIQUE BALAYAIT ET OUBLIAIT. C'est ainsi que Rimbaud parle dans sa lettre du Voyant d'un poète voleur de feu.

Mais Corbière lui se contente de voleur d'étincelles...

_______________________
IL CONVIENT donc DE VOIR AUSSI LES DIFFICULTÉS,LESLIMITES,L'IMPOUVOIR,L'IMPUISSANCE DU POÈTE, dans une société donnée, celle du XIXème et sans doute dans toute société.

On sait que la notion de POÈTES MAUDITS baptisée par Verlaine en l'honneur de Rimbaud, Corbière, Mallarmé en dans les années 1880 est louable, généreuse mais n'est pas originale au fond: la malédiction pèse sur les poètes depuis le romantisme qui en avait déjà fait le constat.

Notre cours évoque deux cas assez différents :

-Baudelaire dans son ALBATROS, très précoce dans sa carrière poétique nous montre que le poète est

   -incompris

   -méprisé,

   -maltraité (citez les vers qui le disent)et nécessairement solitaire. Il vit parmi les hommes comme dans un exil, notion et état  que Baudelaire développera, de façon presque métaphysique (on a pu dire qu'il était très proche sur ce plan de Blaise Pascal), pour lui-même (parlez de ANYWHERE OUT OF THE WORLD) et pour les blessés de la vie (LE CYGNE).Mais jusqu'au bout Baudelaire écrira, même pour appeler au VOYAGE dans la mort,pour y trouver du nouveau..

-avec Corbière le cas est plus délicat :il prend à rebours le mythe du voleur de feu en se moquant d'un enfant qu'il fut et qu'il reste. Il dut  se contenter d'étincelles éphémères (ses poèmes) dont personne ne fut durablement éclairé, surtout celles qui lui déclarèrent de l'amour. Personne ne viendra l'honorer dans son caveau. Son art fut un échec mais on ne sait si la faute revient aux autres ou à lui-même ou les deux. Désespéré il songe à sa mort, se parle, se retrouve seul mais dépasse la négativité, le nihilisme en créant une sublime ronde. L'albatros est hué, raillé par les autres; l'enfant (de) Corbière se torture cruellement et son poème est comme un appel sans destinataire.

Chez Corbière c'est la vie aussi qui est jaune mais il a su en un recueil faire une œuvre remarquable qui fait de la critique, de la déconstruction de la poésie une œuvre poétique exceptionnelle.Il a su garder un pouvoir au...poème.


-DÉLIRES II de Rimbaud est ambivalent quant à la question du pouvoir du poète :

   -son retour autobiographique dit à la fois l'ambition qui fut la sienne (alchimie du verbe - à vous avec le cours et le commentaire sur TROUVER LA LANGUE)et son abandon: parle-t-il d'échec ou de dépassement? Il semble critique à l'égard de ses illusions mais

1-c'est oublier les poèmes extraordinaires qu'il a livrés et
2-c'est oublier que cette étape alchimique a permis de passer à celle des poèmes en prose qui seront les ILLUMINATIONS.

(Puisque Rimbaud affirme avoir connu le risque de la folie , sachez que  la folie a touché bien des poètes : le grand romantique allemand Hölderlin, Nerval l'ont connue de façon tragique.)



Notre corpus est réduit et donc notre réflexion incomplète :

SI ON VOUS DEMANDE CE QU'EST DEVENU LE POÈTE français  AU XXÈME( faites quelques promenades sur Google):(à l'étranger citez Rilke, Benn, Mandelstam, Garcia LLorca, Neruda, les poètes de la BEAT GENERATION (Ginsberg)etc.)

  dites

    -que c'est le siècle où la poésie a explosé paradoxalement : on n'a jamais vu autant de poètes et jamais aussi peu de lecteurs de poésie, en France.La popularité d'un Hugo n'a pas d'équivalent au XXème.
 
   -que le pur travail formel est revenu à quelqu'un comme Valéry (CHARMES, LA JEUNE PARQUE)

   -que la dimension magique inspirée de Rimbaud a beaucoup guidé les surréalistes comme Breton-

    -que de nombreux poètes ont choisi l'engagement ARAGON, ÉLUARD);

     -que la dimension incantatoire et presque philosophique revient à René Char; 

     -qu'un certain hermétisme a dominé ( Bonnefoy, Paul Celan) et que la poésie dite , récitée souffre beaucoup en France en comparaison avec d'autres pays (USA,Allemagne, Russie) et que si le poète a encore une place dans la mythologie moderne il n'a plus le pouvoir et le prestige d'un Hugo: il n'y a pas 100 000 personnes à l'enterrement d'un poète aujourd'hui. Mais la tombe de Baudelaire est toujours fleurie...  .

        
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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