• un penseur s'affranchissant (tentant de s'affranchir ) de tous les
dogmes, les préjugés,
-(1) il aspire à l'autonomie (voir Todorov pour ceux qui l'ont acheté et citer Kant ):
-autonomie de chaque homme qui doit pouvoir penser par
lui-même (cesser d'être mineur);
-autonomie de tout peuple qui doit pouvoir décider de son sort :
importance du CONTRAT SOCIAL de JJR contre des formes de gouvernement qui ôtent au peuple son droit à décider d'un destin commun.
-(2) il s'en remet à la raison (note1,ici infra) et ne recherche que (3) la vérité.
Citez Fontenelle et Dumarsais. Insistez sur les
précautions qui existent dans les deux textes de ces rationalistes. Refus d'une raison dogmatique chez Dumarsais: quand un philosophe ne sait pas, il se tait et réserve son jugement. Refus de
l'autorité chez Fénelon:les savants ont beau avoir de grands titres, ils sont ridicules. Autorité bafouée dans de nombreux contes de V. (CANDIDE). Tout ce qui nous est imposé de l'extérieur, d'autorité et sans adhésion réfléchie est contesté.Voltaire croit en la raison mais
croit aussi que la raison ne peut tout.
•chercheur de vérité, il s'intéresse naturellement aux sciences de la nature (DD participe à tous les débats,
D'Holbach fait de la minéralogie etc.) mais surtout à l'analyse de l'homme : l'empirisme* (j'apprends progressivement par les sens, par l'expérience) d'un Locke est déterminant (
refus de la notion d'idée innée : JLF dit bien que la raison est le produit de l'expérience); au plan psychique, les découvertes de R sur lui-même sont considérables. cf les
Confessions.
•un penseur soucieux des autres, un homme social et sociable
: bien redire la phrase tirée de Térence et présente dans Dumarsais: rien de ce qui est humain ne m'est étranger. (il faudrait faire
une place à part pour la question de la femme : elles ont une place importante par leurs salons (Mme du Châtelet (amie de Voltaire), Mme du Deffand etc.); un JJR est franchement
phallocrate, DD et Laclos écriront des textes qui ne sont pas déshonorants pour les hommes; Condorcet sous la Révolution demandera le droit de vote pour elle : enfin il faut connaître à la
même époque OLYMPE DE GOUGES....(fiche mail envoyée en avril))
-un homme de salon (cf chez D'Holbach), de Café , de
rencontres donc: la présence agitée de DD au café Procope est célèbre. À Paris viennent de grands étrangers comme Hume et Sterne que rencontra DD.
-un voyageur curieux de tout, observateur : admiration de
Voltaire pour l'Angleterre, errance fréquente de JJR qui alla en Angleterre; séjour de Voltaire chez Frédéric II de Prusse, DD en Russie chez Catherine II..
-un homme de "dialogue" : la Correspondance de Voltaire
avec l'Europe comme celle de DD contiennent des milliers de lettres;
-un penseur attentif aux autres civilisations même si ses
connaissances en sont médiocres (mais un DD se tient au courant de tous les témoignages sur les Indiens d'Amériques et combat le 'racisme" d'un Buffon). La technique du Persan ou de
l'Ingénu qui consiste à se regarder avec les yeux des autres est exemplaire de ce point de vue. L'ailleurs, l'autre servent souvent à humilier l'Europe et l'Européen. cf DD : SUPPLÉMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE.
[Il y aurait beaucoup à dire (à critiquer)sur ce point:si on vous ennuie sur ce point, ayez en tête ce que j'ai mis ci-dessous dans ce
qu'on reproche à certains penseurs des Lumières. En tout cas, Rousseau et DD ont toujours combattu colonialisme et esclavage.]
-un penseur attentif à penser la société comme un Tout qui a
une histoire: c'est ainsi qu'on voit naître avec Voltaire entre autres l'Histoire "moderne" (la "science" historique) même si depuis les Grecs et les Romains
il y eut des historiens enquêteurs-témoins et même si, vus d'aujourd'hui, leurs travaux ne sont pas à nos yeux franchement historiques. On a pu dire que l'Histoire "moderne" naissait au 18ème.
-un penseur obsédé par la question de la Justice et surtout
du Droit (naturel qu'il ressent dans sa conscience):il touche ainsi l'économie, la société, le
rapport entre les hommes. Posant la liberté au centre de tout il vise un droit universel, intemporel, placé au-dessus de toutes les formes soumises à l'Histoire.
-un penseur qui ne néglige personne dans la société :(si
Voltaire, roturier anobli fier de sa particule, déteste le peuple entendu comme populace et n'a aucun espoir pour les paysans...), vous avez lu que JLF défend le peuple et les paysans, que
Rousseau dans son deuxième discours et avec le CS se permet d'expliquer rationnellement l'inégalité et met le PEUPLE au cœur de la
politique.
-un homme soucieux de vulgarisation, de diffusion des
connaissances (ENCYCLOPÉDIE-autre fiche envoyée par mail)
&
-forcément, au rebours de Gousse, soucieux de réfléchir à l'instruction et à l'éducation. Place immense de l'ÉMILE de JJR. Plus tard Condorcet aura en charge une reflexion sur
l'enseignement.
-un homme le plus souvent ayant foi en un concept qui apparaît lentement : le progrès ( votre fiche (deuxième colonne mais sans exagérer leurs attentes à tous, y compris celles de Voltaire )) mais attention un JJR va
totalement à l'encontre de cette position. Dév.ses deux discours, surtout le premier.
-un écrivain qui sait heureusement mêler sérieux et fantaisie : le conte philosophique
(Voltaire( et DD(deux amis de Bourbonne, Madame de la Carlière)-autre question de
synthèse) et le roman philosophique ( DD: JLF)
•un homme de combat :voir fiche.
Il y a une dynamique des Lumières qui dépasse les autres grands moments de la
philosophie.
Voulant expliquer, faire connaître, diffuser le PL doit beaucoup lutter pour dénoncer ou imposer sa pensée.
Il prend des coups pour l'audace de ses textes (Rousseau voit ses livres condamnés, brûlés (ÉMILE & CS).DD fut mis en prison en
1749 pour un de ses essais philosophiques. Même L'ESPRIT DES LOIS de Montesquieu est condamné par la Sorbonne en 1750..
De même l'ENCYCLOPÉDIE connaît la censure de son propre éditeur Le Breton; les réactions du pouvoir politique et religieux mènent à des interdictions fréquentes.
Heureusement le directeur de la Librairie, M. de Malesherbes protège du mieux qu'il peut l'entreprise.
Il prend de tels risques qu'il lui faut publier en Suisse ou en Hollande.
Mais le symbole du combat c'est évidemment Voltaire.Vous savez, en principe, son rôle dans l'affaire Calas, dites
deux mots sur sa défense du chevalier de La Barre, condamné à mort en 1766 à 19 ans pour blasphème (langue, poing et tête coupés,c orps brûlé, privé de sépulture). Pendant l'enquête on trouva
un texte de V chez le jeune chevalier.V, énergique malgré ses 72 ans, fit faire une enquête dans la ville et comprit que La Barre avait été accusé à la place des philosophes dont un juge
voulait se venger. La Révolution réhabilita la mémoire du chevalier en 1793.La plaidoirie de V a été magistrale. On en trouve un écho dans l'article TORTURE de son DICTIONNAIRE
PHILOSOPHIQUE.
• un combattant au nom de
l'universel. Todorov a une formule heureuse :à l'intérieur des frontières d'un pays tous les êtres ont le doit d'être des citoyens égaux (ce qui signifie l'abolition de
l'esclavage, reconnaissance des droits des femmes (Laclos, Olympe de Gouges); tous les habitants du globe sont , d'emblée des êtres humains. La conséquence et politique et morale , ce que montrera Kant. On verra apparaître surtout la notion de DROIT UNIVERSEL, relevant
d'un doit naturel. Ce qui donnera la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (en 1789).
cl : il ne faut pas exagérer le pouvoir des philosophes et leur attribuer la Révolution française. Ils ne touchaient
pas exactement le Peuple( l'ENCYCLOPÉDIE n'était lue que par une élite) mais ils ont contribué à former les esprits : V influença les débuts de la Révolution, Rousseau la phase
jacobine. Ils ont posé les conditions d'une réflexion universelle sur le bonheur en société. Nous n'avons conservé que la part individuelle et individualiste de leur pensée.(On peut dire que Voltaire l'a emporté sur Rousseau...]
Bilan : le pl n'est pas
-seulement philosophe (mais écrivain)
-métaphysicien, théologien de formation car il rejette la notion de philosophie abstraite et systématique ( fixée en un système parfait mais froid et irréaliste: le grand penseur allemand
Kant sera lui un immense penseur systématique (ce qui ne l'empêchea pas de dire des énormités sur la hiérarchie des races dans œuvres secondaires).
-seul, confiné dans son cabinet de réflexion (comme le montre Rembrandt) ou sa cellule (comme on imaginait Pascal) mais bien ouvert à toutes les rencontres comme l'étaient les humanistes du
16ème, et prêt à combattre pour ses idées, en prenant des risques.
-au service de la seule pensée mais pour le partage, la diffusion large de cette pensée qui dépasse le seul champ de la philosophie.
Que sont devenus les philosophes depuis le XIXème?
Le plus souvent des professeurs et des universitaires influencés par de grands penseurs étrangers (allemands), de plus en plus spécialistes de philosophie et de rien d'autre. Rarement
des contestataires ou des artistes écrivains (mis à part Nietzsche) sauf au XXème où l'on retrouve un penseur qui a toutes les possibilités littéraires d'un philosophe à la
française : Sartre qui toucha à tous les genres mais ne fut pas vraiment un homme attentif à la science. Polémiste talentueux, il théorisa la notion d'engagement en la poussant
bien plus loin que celle d'un Voltaire. Mais on ne saurait lui trouver beaucoup de ressemblances avec les philosophes des Lumères.
RÉCAPITULATIF : LES VALEURS DES LUMIÈRES
•la connaissance, la raison liguée contre les préjugés, les dogmes, les superstitions; connaissance qui voit naître des sciences comme la psychologie, la sociologie (Montesquieu),
l'ethnologie, l'anthropologie(JJR).
•le progrès (sauf JJR); rejet de tout ce qui humilie, réduit l'homme et l'empêche de se libérer.
•la civilisation: le mot apparaît au 18ème. Civilisation qui doit conduire au bonheur terrestre et non céleste.
•tolérance; fraternité (mot que Voltaire utilise volontiers, même s'il est d'origine religieuse)
•humanité de tous, rien de ce qui est humain ne m'est étranger; reconnaissance des différences. Avec un peu d'anachronisme on peut penser à la déclaration (ironique sans doute de Don Juan:
va, va je te le donne pour l'amour de l'humanité...). Les croyants nombreux au XVIIIè respectent Dieu mais s'intéressent beaucoup plus à l'Homme qu' ils débarrassent de la notion de péché
originel. Le rapport de l'homme à l'homme devient plus intéressant que le rapport de l'homme à Dieu.
Une seule chose est commune à tous les hommes: leur humanité.C'est ce qui fait qu'il y a un droit de l'homme. L 'homme est enfin SUJET DE DROIT.
Cette humanité veut se défendre contre les pouvoirs qui la menace : on verra beaucoup de projet de PAIX perpétuelle en Europe. La guerre est l'obsession des Lumières qui en connurent
peu par rapport aux siècles suivants.
•liberté , liée à la notion de droit naturel:la liberté est l'expression juridique de la nature de l'homme: elle est un droit naturel.
La liberté étendue à tous les hommes (avancée immense de JJR) entraîne
• l'égalité: tout homme a des droits et comme on n'est pas plus ou moins homme tous les hommes sont égaux.
• esprit critique, à commencer par soi. Admettre le regard d'autrui, d'ailleurs sur soi (d'où l'importance des civilisations lointaines).
•laïcité (à voir avec la question religieuse)
L'ENVERS DES LUMIÈRES. Ce qu'on leur
reproche :leur procès est ancien et il a encore aujourd'hui des procureurs (il n' y avait pas pire accusateur des Lumières que le nazisme). La papauté, en particulier Jean-Paul II, ne
manquait jamais une occasion de dénoncer leur héritage.Un examen intelligent a été proposé par
Régis Debray dans AVEUGLANTES LUMIÈRES chez Gallimard.
• dans l'"anecdotique"
-on observe que l'apôtre de la tolérance et de la discussion que fut
Voltaire a pu être à son tour un fanatique anti-fanatiques et a pu tomber aussi bas dans ses attaques contre Rousseau (lettres anonymes...tout de même...).
-on note qu'un Voltaire est plus que réticent à l'égard du Peuple qu'il veut maintenir sous tutelle : sa
détestation de Rousseau vient qu'il a bien deviné que son bien-être bourgeois allait être menacé ainsi.
-le même Voltaire, grand pourfendeur des guerres et des conflits était très fier d'avoir inventé un canon plus
mortel que les autres: il tenta de le faire employer par de nombreux pays....
-on s'étonne de voir DD faire confiance à Catherine II de Russie pour réformer son pays. Cet aveuglement volontaire
choque nombre de ses amis.
•plus sérieusement :
-on trouve curieux que Montesquieu, adversaire de l'esclavage des noirs
dans un de ses textes ait vécu sans broncher à Bordeaux, ville qui faisait sa fortune sur ce commerce immonde, codifié par le sinistre CODE NOIR.CF http://pagesperso-orange.fr/jacques.morel67/ccfo/crimcol/node51.html.
(CERTAINS ONT PU ACCUSER Voltaire(l'auteur du négre de Surinam!!) D'AVOIR PROSPÉRé DANS LA NAVIGATION DE L'ÉBÈNE.
- les croyants leur reprochent d'avoir divinisé l'homme et de
l'avoir mis à jamais dans une situation de liberté dangereuse. Commençait alors l'ére du TOUT EST PERMIS.
=>c'est oublier que la liberté n'a pas duré et que Bonaparte a liquidé les
acquis des Lumières le plus vite possible. Mise au pas de la femme, reprise de l'esclavage aboli tardivement par la Révolution française etc..
-la question de l'universel se pose toujours : on accuse les
Lumières d'avoir prétendu atteindre à l'Universel et d'avoir servi ainsi à justifier le colonialisme (le raisonnement étant le suivant : nous sommes supérieurs, nous voulons le Bien des
autres, nous allons les forcer à se soumettre à notre Vérité qui est évidemment LA Vérité).
=> le colon a sans doute repris de tels
arguments (et Jules Ferry a eu des propos pro-colonialistes mais dans une situation historique bien différente): c'est oublier tout de même que les philosophes du type des Lumières
n'étaient plus là et on ne saura jamais ce qu'ils en auraient pensé et c'est oublier de se demander aujourd'hui si le relativisme
absolu (une sottise au plan logique) qui l'emporte dans tout l'Occident est préférable.
-la question du progrès qui naît avec certains penseurs des lumières leur est reprochée, en raison des ravages
que certains progrès ont occasionné: c'est plutôt le positivisme du XIX qu'il faut attaquer.
∆ si j'ai le temps je vous ferai une note sur philosophes des Lumières et révolution française.