Dimanche 14 octobre 2007
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-le plus célèbre pour lui-même et grâce au grand nombre de réécritures et variations.
-conte sans antécédent écrit connu : CP l’a sans doute entendu car une version connue existait dans la Nièvre (voir le texte que je vous ai donné et lu). Son apport est, si l'on peut dire, dans la réduction (il élimine deux passages, on va les voir) et dans une fin malheureuse pour l'héroïne.
-version souvent décriée : le conte qui finit mal chez un auteur qui passe pour moins cruel que d’autres ! Colère de grands lecteurs (A. France, Bettelheim etc..) qui pensent, à juste titre, qu’il s‘agit alors d’un conte de mise en garde, d’avertissement (y compris pour les mères..:le pcr écoute le loup, ne tient pas compte du pari avec le loup, n’écoute pas sa première impression (peur devant la voix du loup) etc...). Bettelheim trouve ici Perrault trop métaphorique, trop rationnel, trop pédagogique, imposant de force son sens au lieu de laisser le lecteur libre de faire son interprétation. Il ne tient pas compte du fait que les "enfants" n'ont jamais lu ou compris la moralité.
-méditez le titre (qui revient combien de fois dans le fil du conte?= );comptez aussi l’occurrence du mot petit);
-cf définition de l’Académie p108 (bande de velours ou satin que les filles ou femmes qui n’étaient point demoiselles attachaient sur leur tête); La Fontaine l’emploie pour désigner servante ou demoiselle de compagnie aux enfants ; ajoutons que dès 1690, le chaperon est une coiffe appartenant aux femmes d’âge qui acceptent d’accompagner les jeunes filles pour reprendre leur faute de conduite...Titre qui, par synecdoque, donne tout le personnage principal assez peu chaperonné si on peut dire.On note que petit égare et étonne un peu sur l'âge de l'héroïne : la coiffe peut être petite sans que l'enfant le soit tellement...
*à première lecture du titre (mais existe-t-il une première fois?) on hésite sur chaperon : il désigne un élément de coiffure, une jeune ou une vieille femme qui surveille ou joue avec un enfant; il va désigner l’enfant.
-mémorisez bien l’importance du manger, de la dévoration: au départ, événement déclencheur, il s’agit de nourrir la grand-mère malade...Pensez à d’autres contes de dévoration.
-le vêtement essentiel ici rejoint celui d’autres contes (voir fiche sur le vêtement)
-on retiendra que ce conte présente bien des répétitions, élément de la poétique du conte:
-formules
-la dévoration
-le suspens de la fin tient à la répétition de questions.
-répétitions qui donnent pas lieu, pour une fois, à une issue heureuse, rassurante. Vous savez combien la répétition compte pour un enfant qui maîtrise son angoisse en sachant la fin.
-c'est sans doute le conte qui laisse le plus l’impression d’une double lecture : naïve pour enfant qu’il faut avertir ; plaisante pour jeunes filles averties...La moralité de CP impose, si ce n’est déjà fait, une relecture...Vous aurez vérifié le sens de l’expression “voir le loup”, atténuation regrettable de “danser le branle du loup” très employé au XVIIème.
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DESCRIPTION DE LA STRUCTURE : je reviens ensuite sur les remarques consacrées au conteur.
-I-SITUATION INITIALE-
- précisée ultra - rapidement:
-une famille sans père ; une enfant d’une grande beauté adorée par mère et grand-mère à l’origine d’un don (le chaperon);
-trois âges de la femme.
-élément simple qui va être déclencheur : la mission du pcr: UN JOUR...il faut porter galette et pot de beurre à la grand-mère souffrante..qui réside dans un autre village.
-une enfant intermédiaire entre deux femmes folles d’elle.
-une affaire de nourriture encore.
-le conteur nous avertit très tôt qu'il y a dans le comportement des "mères" un excès, une folie. Quelque chose ne va pas dans cet univers pourtant heureux.
II-LA (mauvaise) RENCONTRE : le loup et l’"innocente".
-un bois, un loup qui parle évidemment, une enfant qui parle trop et désigne le lieu de sa perte (là-bas..) : on ne l’a pas prévenue. Le lecteur est lui bien averti par l'évocation du besoin du loup et par les discrètes interventions du conteur (compère, au sens de rusé; la pauvre..;)
-la fausse épreuve proposée par le loup stratège : faire la course (à qui sera premier arrivé) en prenant deux chemins différents (le conteur ici élimine le nom des deux chemins : celui des aiguilles et celui des épingles, il ne conserve que les chemins le plus court et le plus long).Le piège est posé. L’héroïne est sans adjuvant. Les bûcherons sont loin.
-l’enfant musarde,oublie quelque peu sa mission (encore que...elle peut très bien vouloir faire de petits dons à sa mère-grand...)), prend tout son temps, s’amuse avec insouciance et légèreté : l’enfant est ...une enfant. Le conte apprend aussi à réprimer (partiellement) le plaisir de l’enfance.... Elle a même oublié le pari avec le loup....
Le conteur, lui, n’oublie pas de retarder cette enfant pour faire peur à l’enfant qui écoute...Le retard pris condamne le pcr.
-III- : le piège fatal:
a) premier temps : éliminer prestement la grand-mère : rien de plus facile pour un loup imitant la voix de petite fille et à qui on donne le moyen d’entrer : il n’attend pas, il a faim, il dévore. Le conteur se fait explicatif de façon amusante( "car il y a avait plus de trois jours...). Il va tout de même très vite.
-la langue ici se fait largement archaïque, même pour un contemporain de CP.
b) deuxième temps : approcher de l’enfant : se déguiser en mère - grand, prendre sa place et répéter la scène précédente. Sauf que le loup a un peu mangé et compte sur une scène plus ralentie, plus proche, sans doute plus perverse....
-le conteur prend un étrange plaisir à répéter strictement la scène précédente...
-CP évite n aturellement le cannibalisme involontaire de la petite fille...(cf infra) dans la version nivernaise : le chat a disparu aussi.
c) troisième temps : dévorer l'enfant après un échange verbal.
-CP fait dans l’elliptique et ne détaille pas le déshabillage de l’enfant mais ensuite il joue de la répétition des questions dont il réduit le nombre par rapport à d'autres versions qu'il a pu entendre (les bras puis les jambes, ensuite le "visage" en se rapprochant de la bouche....On observe que la grand-mère peut embrasser l'héroïne en la tutoyant mais qu'ensuite le tutoiement ne reviendra que pour l'élimination.)
C’est le moment de la découverte du corps de "l’autre" :
-le conteur joue à la fois 1) sur la peur enfantine qui vit l’opposition nette entre petit et grand répétés 5 fois) et qui sait ce que peut un loup et sur 2) l’ambiguïté sexuelle que nous verrons avec la moralité.
La fin est expéditive et inédite quand on connaît les versions du centre de la France. Tellement qu’elle a provoqué les réactions des successeurs qui ont tout fait pour la remplacer. Les Grimm voulaient absolument rassurer leurs lecteurs. Passer, et aussi vite,du rouge du chaperon au sang rouge de la dévoration a paru irrecevable.
Rien de rassurant pour un jeune lecteur : ses angoisses ne sont pas soulagées prétend Bettelheim qui dénie à ce conte de CP le nom de conte de fées.
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• BILAN SUR LE CONTEUR
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-concis comme jamais : le plus court des contes !
-ce que ne sait pas forcément le lecteur :le conteur élimine BEAUCOUP.
-le choix des chemins dans la course avec le loup (aiguilles ou épingles)
-l’avertissement d’une chatte qui dénonce la petite fille mangeant la grand-mère..lire p 110
&
-trois points majeurs du récit oral : on dit souvent par bienséance (mais P respecte-t-il souvent ces fameuses bienséances? Méditez tout de même l’ogresse de BBD, le plaisir pris à “décrire” les cadavres dans BB, l’inceste dans PDA, le scatologique des SR...):il écarte donc
-le cannibalisme involontaire de l’enfant:la petite fille est HABITUELLEMENT invitée par le loup à manger la grand-mère ..
-le déshabillage détaillé de la petite fille (tablier, corset, robe,cotillon, chausses :le loup grand-mère désigne l’endroit où il faut mettre chacun cf p 110)
-la fin heureuse, celle de la version du bzou: l’enfant veut aller dehors et l'animal lui fixe un fil de laine au pied ; il croit qu’elle joue à la corde; elle s’est sauvée et le loup s’en rend compte trop tard..
-beaucoup d’éditeurs "censureront" la version CP: lui préférant celle très heureuse de la version populaire ou finalement heureuse des Grimm. Anatole France ne comprit jamais CP sur ce point. Pourquoi?Il faut regarder de près
-la moralité que P a rédigée est en deux temps (6 vers puis la fin du poème) et qui dérange beaucoup certains lecteurs parce qu’elle oriente nettement la relecture vers une dimension sexuelle (l’énoncé des parties du corps supposées terroriser serait en lieu et place d’autres éléments moins effrayants....) et mondaine (libertine?).
Que dit notre moralité? Je (le conteur) suis en tant que conteur celui qui avertit contre les hommes...je prends la place de ces mères oublieuses...: gare au loup, au désir du loup (le sien et celui de la jeune fille), gare aux séducteurs prêts à vous dévorer...On passe spatialement et socialement du bois à la ruelle (autour du lit), de la jeune enfant aux jeunes filles et jeunes demoiselles.
-ceux qui critiquent CP insistent beaucoup sur sa volonté d’archaïser la langue pour en faire un conte d’origine populaire marqué comme tel (oralité mimée p 110 en haut + répétitions de toc toc, petit pot de beurre et chevillette) et avec lequel il joue qui donne sur une moralité bien actualisée pour un public d'élite : CP dirait ”Chères lectrices n’oubliez pas la vieille leçon du conte mais dans un contexte de cour...”.
On peut hésiter comme souvent avec CP: veut-il vraiment avertir ou avertit-il un lectorat déjà bien informé et qui a ri discrètement sinon à la lecture du moins à la relecture...Disons que nous tenons un conte d'avertissement certes (et certaines de vos camarades de l'an passé tenait absolument à voir la figure du pédophile derrière le loup !Certains y voient encore celle du violeur) mais pour un lectorat complice.
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•LECTURES qui ne portent pas forcément sur CP mais l’éclairent en creux:
-anthropologique d’Yvette Verdier : les versions orales antérieures à CP ne donneraient pas une place immense au loup mais plutôt aux 3 "femmes”, aux trois âges de la femme (fille, mère, grand-mère) et la scène de cannibalisme et de sang bu servirait de leçon : il est des moments de passage où les mères doivent céder la place - y compris par leur disparition. Conte initiatique selon la chercheuse : le chemin des épingles (la couture), la cuisine, la sexualité (avec le loup)......Il faut que le temps passe, que les générations se renouvellent.
-psychanalytique : allez voir B. Bettelheim qui rejette CP et n’apprécie que les Grimm: le loup y est puni comme on sait et l’aventure se répète à l’avantage de la fille : le loup tombe du toit.La fille serait aux prises avec le conflit oedipien (évidemment) et serait tentée par le séducteur(un double du père) mais sauvée par un bon père, le chasseur ! Elle prendrait trop plaisir à emprunter la chemin des épingles et à éliminer par avance une des figures maternelles (grand-mère, substitut de la mère). Mieux le pcr dirait au loup “va chez la mère-grand qui est une femme mûre et plus expérimentée...”. En même temps le loup serait ce que craint l’enfant de lui-même, la punition qui l’attend s’il désobéit trop et va vers des tentations. Dans la fin, au deuxième épisode la fille a compris qu’il ne fallait pas se tourner contre la mère mais en faire une alliée dans la conquête d’un homme qui ne serait pas un père....
-"lecture"de Doré :
[
*Attention ! l’ordre des textes n’est pas celui voulu par CP: PCR en premier (souvent au XIXème)
* Attention encore : deux vignettes appartiennent à l’introduction de Hetzel (p XII & XIV en face du chapitre de préface “la galette du PCR” (avec en XVIII le PP et son ogre (notre édition p257)) et une seule est dans le corps du conte (la rencontre - notre couverture), en fait, en face de la première page du conte.
-autrement dit la chronologie du texte de P n’est pas respectée dans la présentation des images de Doré : dans le conte nous n’avons que la RENCONTRE; dans l’introduction les deux scènes les plus inquiétantes. Introduction adressée aux...parents. Pour l’enfant la première gravure de D correspond donc à ce qui va précéder la dévoration de la mère-grand.]
*p233:
-résumons les acquis de Pocket et mêlons-y quelques points:
-un plan plus large que les deux autres gravures de ce conte ;
-un espace fermé, imposant une verticalité à un regard supposé être à une hauteur voisine de celle de la protagoniste.
-un mouvement d’encerclement du loup, un mouvement de corps du pcr, beaucoup de rondeurs, de courbes, un ovale suggestif qui réunit les deux personnages.
- en traçant verticales et diagonales on voit que le centre exact du “tableau” passe par le noir interstice situé à la rencontre de la peau de la bête et de la robe dans l’ombre. La verticale centrale fait en sorte que les deux êtres soient encore minutieusement séparés si l’on excepte un bout de patte et...l’ombre du loup qui empiète sur le tablier.
-l’enfant indique bien le chemin à suivre.
-que dire du visage ? Un regard qui semble aller droit dans les yeux, une face qui semble confiante. Une tête tournée de la même façon dans la scène du lit.
*p234 :vue légèrement en contre-plongée, presque à hauteur de loup.
-juste avant la dévoration de la g-m : moment qui précède le saut (il ne reste plus qu’une jambe à hisser et la tête et une patte ont déjà franchi la droite coupant l’image en deux) et met en valeur les mouvements des êtres (peur d’un visage au front plissé, le drap relevé et en même temps agrippé par le dévoreur), d’objets (chat fuyant,lorgnon et tabatière tombant);
-comme on ne verra pas la dévoration de l’enfant chez D cette image en tient lieu.
*p235 : minime contre-plongée, le regard de l’enfant dominant un peu le loup. Lecture complexe qui dégage bien des ambiguïtés.
-loup et enfant côte à côte: le loup de face, enfin, affublé d’une charlotte étonnante qui ne vient pas de CP..Quel est l’effet de cette coiffe sur l’enfant lecteur - contemplateur ? Peur, sentiment de distanciation comique?
-on se demande à quel moment précis du conte nous sommes: les grandes jambes, les grands bras ont-ils été vus? Avant l’entrée dans le lit? Et les oreilles, comment les voir?
-geste de la main gauche du pcr difficile à commenter: rejoindre la chaleur d’un bon lit ou tenter un repli ?
-le loup n’est pas tourné vers l’enfant et n’a pas un regard de prédateur.
Quel est le regard du pcr de Doré?Pas de peur, peu d’expression, un visage assez figé (par la fascination ( attirance, répulsion)?). Mais vous pouvez avoir un autre regard.