Dom Juan

Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 11:08
Il s'agissait de voir en cours deux théories sur l'acteur :

1)l'une, partagée par de nombreux acteurs et spectateurs, pense que l'acteur est ému, qu'il vit son rôle , devient un autre, le personnage qu'il incarne : ce que défend Louis Jouvet quand il répète sans cesse dans ses cours sur DJ : il faut penser au sentiment.Citez  LA MÉTHODE de STANISLAWSKI et plus tard son héritière lointaine  CELLE DE L'ACTOR'S STUDIO À NYC  d'ou sortent les grands acteurs américains (dont le plus grand Brando): on y cherche dans son passé d'homme ou de femme une scène particulière que l'on revivra pendant la pièce pour donner l'équivalent de ce que ressent le personnage qu'on joue.


2)Plus critiques sont les pensées de DD et Brecht:

-pour DD dans LE PARADOXE SUR LE COMÉDIEN il s'agit de refléchir au travail de l'acteur et il distingue l'acteur d'âme et l'acteur de réflexion, de cerveau : selon lui l'acteur travaille pendant des mois, observe, refléchit, s'inspire de mille personnages vus ou enregistrés par sa mémoire. Un beau jour il tient son personnage : il ne changera rien et jouera sans avoir la moindre émotion. Il animera de l'intérieur son personnage mais en contrôlant tout. Un acteur d'âme est bon un soir et pas le lendemain, bon au début mais pas à la fin de la pièce; à la 500ème il récite mécaniquement etc. Tandis que l'acteur de tête selon DD ne varie pas.(Vous retombez sur le problème de l'inspiration ou du travail cf la synthèse pour la poèsie).

-pour BB ( cf autre fiche) l'acteur ne doit pas être le personnage, il ne doit pas le vivre et s'identifier à lui pour éviter que le spectateur ne s'identifie à son tour.

À vous de dire votre préférence.    :

l
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 09:44


RAPPELEZ LE DOMAINE D'ÉTUDE : acteur ému ou émouvant.


Brecht, un des grands auteurs dramatiques du XXème siècle (auteur de LA VIE DE GALILÉE, de MAÎTRE PUNTILA & SON VALET MATTI, LA RÉSISTIBLE ASCENSION D'ARTURO UI etc) et un des théoriciens les plus radicaux (avec Artaud).

 


La distanciation est un procédé esthétique  élaboré par Bertolt Brecht et visant à introduire une distance, un recul critique par rapport à l'illusion théâtrale.

 

S'il ne fut pas le premier à en parler, il est celui qui l'a théorisé et pratiqué le plus loin, parfois sous le nom « effet V ».Le concept de Verfremdungseffekt a été employé par lui dès 1923  mais il ne le théorisa qu'à partir de 1948 dans son Petit Organon pour le théâtre.

 

Dans ses pièces l'effet d'étrangeté est évident : Jeanne d'Arc est employée dans des abattairs de Chicago et Hitler est un petit chef de gang dans ARTURO UI.

 

Pour se faire comprendre Brecht s'attaqua à ce qu'il appela la forme aristotélitienne du théâtre, le philosophe grec ayant rédigé une poètique du théâtre qui domine depuis 25 siècles.


Brecht  posa que depuis Aristote le spectateur (pris dans l'effet de la catharsis) est tenu de s'identifier au personnage du héros, ce qui donne forcément un théâtre de psychologie.

 

Ce que Brecht refuse pour des raisons esthétiques et politiques: il considère que le théâtre a une autre mission. Certes il est là pour donner du plaisir mais aussi apporter un savoir qui ne peut venir que depuis une prise de distance de la part du spectateur, guidé par la distance prise par

 

-le metteur en scène

 

&


-l'acteur.

 

•le metteur en scène se doit de "casser"l'identification et l'illusion : il doit toujours s'efforcer de montrer que nous sommes au théâtre : par exemple Chéreau dans sa mise en scène de DJ met une scène sur la scène et un faux décor baroque en miniature; il place des êtres en guenilles qui,allongés regardent  vaguement la scène : ils font changer le décor entre les actes.Ils sont les pauvres dans le monde où DJ se moque de tous.


Un autre brechtien aurait pu pendant la scène de séduction de Charlotte faire défiler sur un écran les chiffres des morts dans le peuple pour maladies, famines, pauvreté.


  Chez ou selon BB le contexte vient briser l'illusion d'un beau spectacle qui oublie la vérité des situations historiques.Il faut d'après Brecht briser la barrière entre le théâtre et le monde vivant.À cette condition le théâtre cessera d'être une illusion qui endort les consciences.

 

Dan la scène du Pauvre, Chéreau transformait Sg en bourreau du mendiant : histoire de montrer que Sg est un traître à sa classe politique.


•l'acteur brechtien de son côté  ne doit pas être Napoléon , Néron, Don Juan , il doit toujours faire comprendre qu'il est un acteur qui joue DJ et le cite.

Par exemple dire la tirade du séducteur est complexe : on entend Dj développer sa thèse de l'homme obéissant aux désirs de la nature et se flattant de tout conquérir.Le comédien brechtien devra montrer dans sa voix, son intonation, ses gestes qu'il y a chez ce personnage que lui n'est pas, un tyran, un bavard narcissique.



=>

•conséquence : on comprend la dimension politique d'un écrivain qui fut marxiste toute sa vie et qui ainsi voulait transformer le monde et qui considérait l'art comme un procédé devant inciter le public à remettre en cause sa vision du monde imposée par l'idéologie dominante comme on disait.

 


La distanciation introduit un « effet d'étrangeté » : le spectateur doit être surpris, étonné et à partir de là prendre conscience que tout n'est pas simple, lisse dans une société ou dans une pièce. Il saura prendre sa distance à l'égard de sa propre société qui sait l'entretenir dans ses illusions...Il aura plus les moyens de développer son regard critique.


 

Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 06:16
J'ai pu apprécier :

-la qualité de l'acteur qui joue Sganarelle : sa force, son énergie, son dynamisme.

       - à son sujet sa dimension de clown n'est pas dérangeante : elle renvoie à une tradition qui ménerait de la Commedia dell' arte au clown.

        -avec lui la tirade du tabac est originale et commence dans la salle pour montrer que la pièce n'a pas encore commencé et qu'en hésitant sur le mot t...abac alors qu'il commence par dire théâtre il veut bien faire comprendre que cette tirade n'est pas marginale, n'est pas une scène plaquée pour faire rire au contraire mais qu'elle fixe le véritable enjeu de la pièce.


-l'idée d'un DJ collectionneur d'objets d'art comme il est collectionneur de femmes.Un esthète.


-la dimension poétique, onirique de l'acte des paysans que DM ne voulait pas rendre de façon réaliste  dans la mesure où elle lui semble très choquante par l'idée qu'elle donne des paysans sous le début du règne de Louis XIV.


J'AI PEU APPRÉCIEÉ, J'AI TROUVÉ DISCUTABLE, CONTESTABLE ....:

•l'actualisation de la pièce (je ne suis pas contre par principe) avec des anachronismes qui égarent l'attention au lieu de l'attirer.La musique, les scènes de music hall nous détournent du sujet.

       *par exemple la scène de Dimanche ( qui montre comme prêteur de DJ un juif et sa famille avec l'idée de flambeau qui mène aux bûchers nazis et aux chambres à gaz ) me semble de la provocation gratuite.

•la volonté très moderne du metteur en scène de ne pas respecter le texte : le premier acte, Molière le veut devant un palais dans une ville qui n'est pas celle de DJ: DM nous place dans un appartement de DJ, ce qui va à l'encontre de l'errance du burlador dans la pièce.Mais il est vrai que DM fait de son héros quelqu'un parfois de las...


 
Mesguich est-il brechtien? Pas du tout :certes il multiplie les décalages temporels mais il n'a aucune intention d'explication du monde mis en scène par Molière. Il correspond à l'esthétique du post-modernisme qui comme en architecture cherche à mêler des genres et des registres hétéroclites. C'est Patrice Chéreau qui fit un DJ brechtien.

Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 05:45




DES FORMES VARIÉES :M mêle les traditions comiques .

  Partir du duo M & V : un comique fréquent qui lie tous les éléments de la pièce.

     •le comique de geste :relevant souvent de la farce

-Pierrot giflé et ...Sg;

- dans deux et deux + 4, Sg devenant automate + sa chute, volontaire

-les invitations à Dimanche qui est obligé de s'asseoir .



-la scène des couverts à la fin de l'acte IV.


    •le comique de paroles:

-la langage paysan qui n'appartient à aucune région en particulier;

-les énumérations de Sg ;sa grossièreté pour dire sa lâcheté face à DJ devenu défenseur de Carlos( habit purgatif).

-son éloge paradoxal du tabac, véritable manifeste burlesque -au sens de l'époque;

-certaines de ses répliques :il montre la qualité de l'émétique en affirmant qu'il  a réussi en tuant un malade qui ne pouvait pas mourir...;   il reconnaît un fantôme au marcher;

-il s'emmêle assez vite dans des discours trop ambitieux pour lui : avant 2+2=4.

-il croit aider le pauvre, il ne fait qu'aggrave sa situation.

-comique et tragique la tirade de Sg après la vocation d'hypocrisie = concaténation d'anadiploses.

-chez DJ, ses flatteries à Dimanche, ses jeux de mots sur intérêt etc.Sa virtuosité avec Charlotte

-plus profond : l'éloge paradoxal avec l'éloge du séducteur et l'éloge de l'hypocrisie.

        •le comique de situation :

-Sg tenu de s'adresser à un maître absent pour faire des reproches à DJ: où?.

-Sg encore obligé d'expliquer le départ de DJ à Elvire; obligé de lancer l'invitation au Commandeur alors qu'il est mort de peur.

-Sg croyant se débarrasser de Dimanche comme DJ et qui ne s'en sort qu'avec de la violence.

-Dj faisant une déclaration presque simultanée à Charlotte et Mathurine.

-Dj assiste silencieux à la querelle entre les deux frères.

          •Une ironie fréquente qui a des vertus satiriques

-cruel avec son père, lui lançant une formule irrespectueuse ( vous en seriez mieux assis etc), il révèle l'hypocrisie sociale de son père.

-une ironie dans la remarque qu'il fait au pauvre : "ton avis est intéressé à ce que je vois".

-Dj touche à tous les codes et toutes les traditions : il les érode l'un après l'autre.Un doute est jeté en passant : cela suffisait pour ne plus faire rire un certain public.


             ••une ironie qui touche toute la pièce, y compris DJ condamné à éblouir, frapper, choquer Sg qui est tout de même médiocre.Ce qui jette une autre lumière sur leur duo : il y a du jeu entre eux et non toujours l'énoncé d'une théorie. Autre point : la fin à machine est-elle à prendre au sérieux?




Finir sur la plus grande ambiguïté de la pièce :

-le rire que provoque Sg avec "mes gages , mes gages" a choqué à l'époque : Sg, apôtre de la pure religion, ne tenant pas compte du miracle auquel il vient d'assister et ne pensant égoïstement qu'à lui comme si Dieu n'était juste qu'avec les nantis et non le fidèle valet....

 




Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 11:20
•Connaissez-vous d'autres mythes modernes qui ne doivent rien aux Grecs et Latins?

 Tristan et Iseult; Faust.

Date de publication de L'ABUSEUR DE SÉVILLE ?

1630 à Barcelone : anonyme
.


À QUEL GENRE APPARTIENT LE DJ DE MOLIÈRE ? la comédie mais on y trouve de la tragi-comédie avec les frères d'Elvire, de la tragédie avec Elvire.

DIRIEZ-VOUS QU'IL S'AGIT D'UNE PIÈCE DE LA COURSE DE DOM JUAN OU DE SA FUITE ?

   a) apparemment une pièce de sa course : il est dans une ville pour enlever une jeune file (développez);

  b) en réalité il fuit (surtout à la fin), il est assailli.. son espace se resserre.L' idéalisation romantique en a fait un héros errant.



•DJ : en quoi est-il COMÉDIEN?


        *tout d'abord il est souvent spectateur :

- il regarde le monde avec appétit et goût  et c'est un esthète : il regarde froidement le combat entre les deux frères.

-il a observé les hypocrites, leur machine à convaincre et persuader par le geste théâtral ...

         *il a besoin de jouer, de leurrer.Il vit dans la performance : il lui faut triompher de toute adversité, en comédien.Il est toujours dans une certaine théâtralité.

-il récite un peu toujours le même texte aux femmes avec des improvisations selon les cas: dév cette dimension avec les deux paysannes;

-il aime la double énonciation = avec Carlos.

-il aime se donner en spectacle, jouer un rôle : la scène avec Dimanche

et

-il a toujours besoin d'un spectateur au moins , Sg.

-à la fin il opte pour la solution de l'hypocrisie= masque de théâtre (dév).Preuve que la comédie est son domaine.

-est-ce en comédien ou en homme courageux qu'il tend la main au Commandeur? À vous de répondre.Son ah final est-il une dernière comédie?


QUEL EST LE PLAISIR DE DJ ?

  Difficile de répondre car Dj reste énigmatique, il garde une distance en tout et ne se prononce pas souvent finalement.

 Plaisir"amoureux" admettons mais qu'il faut définir avec lui avec la tirade de la séduction: plaisir pris à la beauté dit-il ,plaisir de la séduction, donc du commencement, plaisir de jouer la comédie amoureuse; plaisir surtout de la conquête militaire (citez), de la réduction de la femme à l'oubli; plaisir de collectionneur;

   -plaisir d'esthéte, de calculateur, de cynique , plaisir cruel qui se développera chez Valmont.

  -plaisir pris à se mettre en scène, à jouer de l'apprence

  -plaisir pris à nier, à détruire: finir sur le AH! très ambigu.


QUELS SONT LES AUTRES DJ QUE VOUS CONNAISSEZ ?

 Évidemment à l'opéra, Don Giovanni de Mozart ( 18ème);


-au théâtre Goldoni (18ème), Pouchkine(19ème), E. Rostand(celui de Cyrano), Montherlant(20ème), Brecht qui a réécrit celui de Molière, Anouilh, Max Frisch  etc

-dans le roman , Balzac avec L'ELIXIR DE VIE; Mérimée, LES ÂMES DU PURGATOIRE;

-en poésie, Byron, Gautier (LA COMÉDIE DE LA MORT),un poème de Baudelaire (et un projet d'opéra , non abouti)

-en peinture: un tableau de Delacroix, qui inspira le poème de Baudelaire.


À quel libertinage appartient DJ ?

   -il parle peu finalement sur les grandes questions philosophiques et seuls quelques points relèvent du LIBERTINAGE D'ESPRIT:

           -on comprend par Sg qu'il ne croit pas à un monde crée et qu'il pense plutôt en disciple de matérialistes comme Lucrèce;

           -bien dire la difficulté d'analyse du 2+2=4.Mais on peut en faire un matérialiste qui ne croit qu'en la géométrie et se passe de l'hypothèse de Dieu.

           -face au surnaturel , il tente une explication scientifique (début de IV) et de plus en plus il se lance dans des provocations qui relèvent plutôt d'une attitude de noble orgueilleux.

  -il s'agit bien plutôt d'un libertinage de MŒURS :

-plaisir amoureux, recherche de la volupté , rejet de tout ce qui s'y oppose: lois, règles, discours qu'on imite mais qu'on ne respecte pas.




Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 17:16

NB : vous pourriez avoir la moitié de la question : quel est le rapport de DJ à Sg ou l'inverse quel est le rapport du valet au maître...
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Introduction
:


   Dj vient de Tirso, Sg de la comédie italienne :  il a été utilisé six fois ailleurs  dans son œuvre par M.

  Dj, 25 scènes, Sg, 26: c'est cette présence scénique presque équivalente que nous interrogerons avec un duo dont nous verrons les dépendances et interdépendances. DJ, l'homme qui défait les couples a un lien profond avec son valet.

   Posons d'emblée que si Sg ne sert à rien quand on le compare à Scapin par exemple,  DJ a besoin d'un serviteur-complice-confident-miroir-spectateur-repoussoir et que notre plaisir de spectateur vient du jeu des contraires et de l'éclairage successif que chacun donne de l'autre.

1/DEUX EMPLOIS POUR DEUX VISIONS DU MONDE :

   A)DJ, LE NOBLE TRAITRE:

  • noble :

-son habit le montre soucieux de son apparence et Pierrot parle de courtisan.
-comme tous les nobles de l'époque, il a des dettes dont il se moque;
-son père est proche du Roi (et lui demande son appui pour cacher ses frasques (où l'apprenons-nous?));
- Dj a  parfois des comportements dignes de son nom : à vous (Carlos);
-son discours est d'une puissante rhétorique.

•mais il trahit sa classe, sans scrupule:

-ce que lui dit nettement son père ( citez);
-il est le parasite de la noblesse : il utilise son prestige, son aura, les signes de puissance pour de basses œuvres (séduire une paysanne en lui faisant miroiter le mariage...).

B)SGANARELLE, L'HUMBLE COMIQUE :

- homme issu du peuple, on lui découvre une solidarité éphémère avec les paysannes (à vous); il "croit" aider le pauvre ( à vous);

-il se retrouve désargenté (vraie solitude finale (gages)) ;

-il a une foi de charbonnier et croit beaucoup aux superstitions (Moine- Bourru; loup-garou);

-il a un langage qui se veut recherché mais qui tombe vite dans l'a-peu-près et l'incohérence (fatrasie de la fin);

-homme du bas, du grossier, il prend des coups, il est le bavard, le gourmand (où?), le malséant (habit purgatif), le poltron (où?), il relève de la farce le plus souvent.

Pourtant il faut admettre que le bas peut s'élever et que le supposé digne s'abaisse : ainsi Dj le séducteur débite mécaniquement et platement  son discours à Charlotte  et paraît burlesque tandis que Sg se hisse, au cœur du comique même, à la hauteur du pathétique dans sa tirade du marabout-bout (concaténation d'anadiploses) de ficelle de l'acte V.

  c) deux "philosophies", deux modes de pensée et de vie qui s'affrontent perpétuellement.

* le système d'oppositions est évident :  le mécréant, le croyant; le rebelle, le partisan de l'ordre établi; le rationaliste , le superstitieux; l'homme des conquêtes féminines, le valet sans femme et n'en parlant jamais..

*la base de leur opposition tient à l'usage différent du langage :

     - Dj se joue des autres en promettant toujours et sans attacher la moindre valeur de vérité aux mots et aux échanges. Le langage est une arme qui sert à un rapport de force dans lequel  Dj veut l'avantage. On a dit du burlador qu'il avait une conception performative du langage.

      - Sg a foi en une certaine capacité du langage à dire le vrai et le faux car il le croit garanti par le VERBE divin et les Écritures.

=> le jeu des contraires semblent bien tranché : mais on a déjà constaté qu' il arrive que Sg passe du côté de son maître (avec le pauvre) et leurs rapports ne sont pas aussi manichéens qu'on croit.

 Voyons

2/UN SYSTÈME D'ATTRACTION / RÉPULSION:

  a) une connaissance ancienne réciproque et intime (malgré la jeunesse de DJ):

*du côté de Sg: il est fier de posséder son DJ par cœur (où "sur le bout du doigt" :où? à vous). Il sait prévoir ses réactions, ses conquêtes et comprend très vite le sens de certains mots ( cf I,2 PAIX! /DE QUOI EST-IL QUESTION?):

         -une exception, de taille : il ne devine pas en V que la conversion de DJ est une comédie.

*du côté  de DJ :  il sait les défauts de son valet : sa gourmadise en fin de IV, sa sensiblerie (avec Elvire IV, tu pleures, j'espère), sa couardise, sa culture limitée (il le laissse parler par belle malice (2+2). Il lui offre quelques moments de liberté (où?) mais c'est pour mieux renforcer son pouvoir sur ce faire-valoir. Et cet  officier des basses œuvres comme lorsqu'il répond à la place de son maître face à Elvire.

   b) une relation d'autorité parfois contestée :

*Sg est le souffre-douleur de son maître :

     -il a droit à bien des injures (coquin, fat etc.)
     -il reçoit un coup destiné à Pierrot
     -il doit inviter le commandeur à diner à la place de Dj et donc partager son blasphème.
     -il est en IV1 menacé d'une punition terrible avec nerf de bœuf;
     -il risque la mort quand il lui faut revêtir l'habit de Dj (où?).

* mais  de temps en temps il cherche à contrecarrer les agissements de son maître :

     -il s'habille autrement (médecin)
     -il parle dans son dos ( avec Gusman, avec les paysannes);il aime l'a parte
    
  Généralement Sg emploie trois  méthodes pour oser résister à DJ en sa présence:

-il peut se taire (il ne dit pas qu'Elvire est dans la ville).
-il feint de moraliser un autre maître ( où?); il ironise aussi après la visite de Louis ;
-il parle mais avec l'autorisation du maître et à condition de ne pas franchir le pas des remontrances...(à vous : où?)

-il l'attaque frontalement une seule fois (marabout...) dans une scène comique et pathétique...

Malgré tout, ce qui se dégage de leur relation c'est

   c)une complicité fondamentale :

*côté Dj, on devine une dépendance inavouée mais réelle par rapport au valet : Sg est plus qu'un personnage distrayant ; il est le confident, le témoin de toutes ses provocations, il a besoin de lui comme étalon de ses transgressions. Sg représente la société, ses normes et le provoquer c'est se contempler dans un miroir comme un triomphateur permanent  

-la preuve éclatante : quand DJ décide de se faire dévot il a BESOIN de Sg comme témoin, il lui dit et comme unique spectateur de sa  méchanceté
virtuose.

  Voulant sans cesse prouver sa supériorité et sa liberté il dépend aussi de ce valet bien méprisé pourtant.

*côté Sg, on ne peut nier une admiration certaine (il l'imite, s'identifie à lui), cherche à parler comme lui, à s'assurer comme lui une maîtrise sur les autres (Gusman, il échoue avec Dim( à vous)) , admiration inséparable de sa réprobation déclarée à tout moment : s'il dépend socialement du maître, il en dépend surtout dans l'idée qu'il voudrait avoir de lui-même. Mais il n'existe qu'en s'opposant à Dj ( il le lui dit dans 2+2) sans jamais le quitter parce qu'il a le sentiment de participer à quelque chose d'exceptionnel (le plus grand scélérat...).On doit admettre un vrai attachement pour son maître : même si d'autres raisons moins avouables sont bien présentes aussi.

  _____>ils sont inséparables : le valet est aimanté par un maître qu'il condamne ( ô complaisance maudite IV,5) et Dj a besoin d'un repoussoir qu'il entretient pour son plaisir plus que pour son service (que de serviteurs chez DJ..!).

  ____>le maître parasite l'Ordre qui le fait maître; Sg participe à la course du burlador au nom d'un Ordre social dont il est la première victime...(il est seul, à la fin..tout le monde est content..)



cl : voilà bien des rapports riches, complexes de répulsion et de connivence. Conscience tiraillée ente admiration et rejet, Sg  qui ouvre la pièce et la conclut  représente sans doute bien sur scène l'ambivalence du spectateur par rapport au libertin [vous risquez d'avoir une question sur la position réelle de Molière : ferai une fiche].

  Soyez prêts à répondre à une question sur les valets importants qui viendront après,  dans le théâtre : des valets  chez Marivaux,( Arlequin dans l'ÎLE DES ESCLAVES),  le Figaro de Beaumarchais et au XXème, Mati chez Brecht dans MAÎTRE PUNTILA ET SON VALET MATI...


Que répondriez-vous à la question: pourquoi Molière a-t-il choisi de jouer lui-même Sg dans DJ?









 












 

 
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /Nov /2008 15:26
Simple fiche qui doit vous permettre de répondre à des questions pouvant émerger dans l'entretien :

-quel est le défi théâtral de la pièce? Est-elle baroque*( cf infra, après ce cours, ma remarque d'avertissement)? Classique*? (Bien savoir et dire que ces notions esthétiques étaient inconnues de M).



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1665 :  alors que ce qu'on appellera bien plus tard le baroque se meurt (si on vous demande une pièce baroque à strictement parler vous citerez L'ILLUSION COMIQUE de Corneille ou LE VÉRITABLE SAINT GENEST de Rotrou) et que la théorie dite classique* a gagné la bataille du théâtre (unités, bienséances, vraisemblance), M reprend à Tirso et aux Italiens un canevas  qui deviendra mythe : longtemps oubliée, négligée et surtout  critiquée pour son côté hybride, cette pièce retient l'attention depuis 50 ans et même pour sa composition longtemps déconsidérée.

Parlrons-nous d'ordre ou de désordre dans la composition de la pièce?



1/UNE COMPOSITION QUI SURPREND AU PREMIER ABORD et semble relever du baroque :



  •a• par ses écarts par rapport aux 3 unités :

        -difficile de trouver une unité de lieu (à vous ), de temps ( le Commandeur invite DJ pour le lendemain alors qu'il s'agit du souper en IV) ou d'action : s'agit-il de l'action du séducteur? Il n'en est plus question après l'acte II ; s'agit-il de la question de Dieu? Elle n'est vraiment présente qu'à partir de III. Pour qu'il y  ait action, il faut des obstacles : DJ les nie, les fuit, s'en débarrasse et même la statue n'en est pas un. On a le sentiment d'un parcours de héros improvisant sans cesse (certains ont pensé à une dimension picaresque*).



         -la vraisemblance* est malmenée: de lieu en lieu ce n'est qu'une succession de rencontres qui paraissent dues au hasard: Elvire certes court après Dj qui court après la jeune promise d'un couple mais après, les paysannes surviennent comme surgissent dans une forêt vraiment fréquentée un pauvre, des brigands , des frères d'Elvire et un mausolée qui s'ouvre de lui-même.
Autre cas voisin : quelle curiosité que cet acte V où DJ rencontre vraiment beaucoup de monde!!!dans un lieu aussi écarté ! Plus étonnant encore : M a ôté le lien familial entre la femme abandonnée et le Commandeur tué (Anna en est la fille);

         - la bienséance* si prisée par spectateurs et théoriciens est toute relative.
Évidemment, M a évité les outrances de ses "modèles"(Villiers etc.) : pas de meurtre sur scène, pas de coups assénés à Louis, pas de repas de serpents mais certains comportements (la  promiscuité avec les paysannes; la volonté de mise à mort du  père) et certaines expressions (l'habit purgatif du "médecin" Sg) choquèrent.
     
                  =>C'est pour ces raisons que cette course à travers l'espace, cette mobilité de DJ a pu être taxée de baroque tardif  quand on a évoqué l'esthétique de la pièce.

   •b• baroque renforcé par une diversité de registres très apparente :

                      -dans le farcesque (où? à vous), dans sa gourmandise, dans son goût pour l'argent , dans sa fatrasie (sa tirade d'anadiploses), il y a chez Sg des éléments du bouffon de Commedia dell'arte. Il y a chez lui aussi du burlesque* quand il parle sérieusement et gravement de choses qu'il  connaît mal (le tabac, la religion de DJ); burlesque de Dj recevant Dim comme un Prince..;

                    -les paysans relèvent de la farce le plus souvent et d'une sorte de pastorale*(atmosphère de noble galanterie de pseudo-paysan dans un environnement naturel) inversée (ces paysans ici n'ont rien de noble) ;


                      -Carlos semble sortir de chez Corneille ; Dom Louis relève comme lui de la tragi-comédie* ; il y a du tragique chez la seconde Elvire et de toute façon dans son destin de femme irrémédiablement trompée et abandonnée. Héroïne presque racinienne avant l'heure.

                       -sans compter sur les apparitions dues à des machines et qui introduisent un merveilleux  largement aimé des baroques.

     •c• baroque qui convient parfaitement à la philosophie du héros, homme du change en amour (à vous avec tirade du séducteur + paysannes), de la comédie, du masque qui passe surtout chez lui par le discours de la tromperie.

*vous pouvez ne développer que la dimension de comédien de Dj (comédien en amour (art du mensonge, rhétorique de séduction et de persuasion), comédien dans le religieux (il joue les Tartuffe avec la première Elvire; il évite le débat avec Sg; à l'amour de dieu du pauvre, il substitue un étonnant amour de l'humanité), comédien socialement avec le jeu du mariage, avec les promesses faites à Carlos, la comédie avec Dim ( sorte de pièce dans la pièce) et enfin, aboutissement nécessaire la comédie de l'hypocrisie  (pléonasme). Seule la fin le montre ne jouant plus mais soupçonnant jusqu'au bout une comédie qu'on pourrait lui jouer.


  Si l'on pose que le mouvement baroque cherche à épouser l'instant, le flux du Temps, qu'il met en scène les changements et les métamorphoses, on peut dire que Molière  a su donner à son    héros  le cadre qui lui convenait
  -avec le changement de cap permanent du protagoniste
& le changement incessant de décor,
  - avec le changement des êtres (Elvire),
  -avec le changement tactique (hypocrisie) de DJ
  -avec cette statue, cette  pierre qui bouge, libère du feu.

    Cette mobilité, cette
mutation des choses et des êtres impliquent surtout  leur caractère éphémère et donc mortel : la marche à la mort, la représentation allégorique de la mort ne sont pas malséants dans cette pièce à dimension baroque. Évoquez le spectre de la fin qui devient le Temps.

        Mais il ne faut pas s'y tromper : dans le baroque même ,le désordre s'appuie sur un ordre caché et Molière a su faire preuve aussi de rigueur dans la structure.

2/UNE COMPOSITION plus SERRÉE, une pièce PLUS HOMOGÈNE  qu'il n'y paraît  :

  M a préféré

   •a• une unité  créée par l'omniprésence du héros et de son valet:

-Dj est presque toujours là (et quand il ne l'est pas, on parle de lui), il décide, oriente tout. Lui et Sg  font  souvent les enchaînements de scènes (conclusion / ouverture: exemple en III: on reprend la question de l'habit de fin de II, on parle théologie et Dj constate qu'il faut demander sa route; après le pauvre, DJ aperçoit un combat déséquilibré et il va aider Carlos ; seul , délaissé par son couard de valet, Dj appelle Sg et c'est la scène du mausolée).

-M a ainsi choisi la technique du miroir, double : chaque personnage permet l'éclairage d'une facette du burlador ( le séducteur pressé avec les paysannes, le noble endetté et méprisant, le goujat avec Elvire, le fils méprisable etc.);  en même temps,  Dj révèle chaque être, sa vérité (l'hypocrisie du père, le rêve de Charlotte, l'impuissance provisoire du bourgeois Dim etc.)et son mensonge.

- l'unité est bien donnée par
le duo  qui est comme le noyau dramaturgique de la pièce : l'interdépendance des deux personnages, l'éclairage de chacun par l'autre donne une homogénéité incontestable à l'œuvre.

Cette unité est complétée par


    •b•une unité thématique, celle des défis du libertin que la pièce décline progressivement.

*vous pouvez utiliser ce qui suit pour montrer l'ampleur des défis:

-dans les actes I & II l'infidélité est théorisée (tirade du séducteur) et mise en pratique (abandon d'Elvire, recherche de la jeune fille à la barque, séduction des paysannes).Ce libertinage ne va pas sans trahisons morale, religieuse et sociale.

-à partir de l'acte III, le défi devient plus religieux et social:

       -sollicité par Sg, Dj ridiculise la médecine et au plan théologique lâche une formule (2+2) complexe qui révolte le valet croyant;

         -liant religion et morale sociale, Dj "attaque" le pauvre.

         -fait étonnant : Dj prouve une morale de classe en sauvant Carlos mais ne laisse pas de doute sur sa prochaine trahison: il ne reviendra pas auprès de sa femme Elvire.

          -pour finir Dj , poussé par la poltronerie de Sg en vient à inviter un mort à manger : parodie de civilité et mépris pour les morts.

-l'acte IV récapitule tous les défis :

        -social avec Dim;

        -familial et social avec Louis.

        -amoureux et religieux : Elvire.

      -religieux : il traite la statue visiteuse comme si de rien n'était.

-en V, pour des raisons personnelles mais profondes, M ajoute un défi qu'il considère comme gravissime : l'hypocrisie. Défi qui touche au religieux mais aussi  à toute la société. Au dénouement, Dj affronte la mort avec hauteur. Ultime défi.

 En quelque sorte on peut dire que le grand défi de DJ (outre le défi baroque à la vie en tous ses mouvements) est celui qui consiste à s'attaquer à tout ce qui fait lien : Dj joue avec les liens humains et c'est quand il se fait hypocrite qu'il devient le plus dangereux aux yeux de M.
       

•c• face à ces défis et pour les compléter, M a su créer une unité de
périls acceptée par les théoriciens du théâtre de l'époque de M :

  *Dj est menacé de noyade, il est poursuivi (changement d'habits), il doit revenir à Elvire ou se battre contre Carlos, il doit prendre garde aux menaces de son père (appel à la loi pour l'enfermer), il lui faut se rendre à une invitation de Commandeur.

   *Sans compter les menaces et prédictions proférées par tous  qui annoncent que le Ciel veut sa mort (à vous : Sg, Louis, Elvire (sa dernière apparition où elle souligne l'urgence d'un repentir etc)).

  Sous la course apparemment picaresque perce une montée des périls qui connaît un crescendo admirablement construit. Ainsi vous pouvez montrer ce que Mesguich ne veut pas voir dans sa scénographie : Dj n'est chez lui, dans sa ville qu'à l'acte IV. Repli évident sur un espace familier.


cl : voilà une œuvre construite et non hybride comme on la dit et cru longtemps.M ne pouvait se poser des questions artistiques et esthétiques qui vinrent après (le baroque) mais il a su trouver une composition qui sert d'écrin éloquent à son personnage principal : sans aller jusqu'aux excès de ses prédécesseurs il a su à la fois épouser la course  improvisée et désordonnée  de Dj et lui donner un ordre significatif et bien calculé : dans tous les cas il a fait sinon l'éloge de ce comédien du moins l'éloge du théâtre capable de tout dénoncer, en particulier ceux qui veulent le censurer.

••••••••••••••••••••

    POUR UNE QUESTION TOURNANT AUTOUR DU BAROQUE

    Avoir pratiqué Google:

  par exemple :

  http://www.picturalissime.com/art_baroque.htm

  http://www.espacefrancais.com/baroque.html

   Partir d’évidences :savoir

-l’histoire du mot : sans doute emprunté au portugais barroco « rocher granitique » et « perle irrégulière » en  joaillerie et qualifiant en espagnol un syllogisme plutôt étrange. En architecture le mot définira  longtemps « un  style architectural très orné et tourmenté ».

-la période baroque en art correspond au départ à une reprise en main du pouvoir religieux (grâce aux Jésuites) sur les peuples : la Contre-Réforme.
 
-l’apparition tardive du concept dans l’histoire de l’art (fin XIXème) en tout cas de façon positive (baroque a longtemps été péjoratif pour critiquer qui s'écarte des règles de la Renaissance classique);

-les désaccords entre les théoriciens depuis 50 ans. ON NE SAIT plus bien qui est ou n’est pas baroque.

-il est délicat de s’accorder sur le “moment” baroque.Pour faire vite 1570/1650 (encore faut-il dire où exactement, dans quel pays: on a tendance à penser que la France (qui a eu son  heure baroque ) a eu tout de même une réticence que n'ont pas eue d'autres pays (Espagne, Allemagne).

-utiliser mon 1) du cours qui est ci-dessus.


  
               
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Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Samedi 25 octobre 2008 6 25 /10 /Oct /2008 08:52
          les défis ou le libertinage* de DJ

*(nous reviendrons longuement sur les libertinages parmi lesquels on distingue le libertinage sceptique et érudit, le libertinage épicurien et jouisseur  et le libertinage naturaliste radical: nous en reparlerons aussi avec les extraits des LIAISONS DANGEREUSES.)


INTRO :

Deux mots résument DJ : séduction et défi. Étudions les en séparant arbitrairement des domaines parfaitement unis en la personne de DJ qui est à lui seul un défi.

Nous verrons ce qu'on appelle libertinage de mœurs et de pensée.


Un mot tout d'abord sur


LE DÉFI QUI CONDITIONNE TOUT :l'emploi du langage.

DJ abuse des autres en abusant des mots. Voulant agir sur autrui, il le paie en monnaie de singe comme Dim.(et déjà dans la première scène Sg dit : j'ai peur qu'elle ne soit mal payée de son amour...).Loin du vrai et du faux, il ne veut qu'une parole efficace et heureuse qui lui donne barre sur tous. Parler (avec une rhétorique maîtrisée) c'est faire du mot un outil au service d'une force.

Le cas le plus probant est son utilisation de la Promesse: DJ s'engage en tout et ne tient jamais son engagement.,Chaque fois qu'il dit "je promets", il ne ment pas : sans faire référence à ce qu'implique sa parole, il dit seulement ce qu'il fait :il promet.

Tous ses échanges  détournés seront fondés sur ce modèle.

[La question va évidemment très loin : DJ incarne un scepticisme réel quant au pouvoir de Vérité du langage : en même temps il agit en sophiste* pour assurer ses triomphes..]



LE LIBERTIN DE MŒURS:


LE DÉFI AMOUREUX :sachez bien la tirade de présentation par SG (capitale) et la tirade du séducteur, évidemment. Sans oublier la réplique de Gusman qui raconte comment sa maîtresse a été séduite.

À l'amour durable, vainqueur du Temps,
À l'amour communion,

                            DJ oppose l'inconstance, l'infidélité, la quête perpétuelle et perpétuellement relancée, l'intérêt pour le nouveau, l'amour des commencements et les commencements de l'amour, la passion de la beauté et la soumission à la nature: dév PENTE NATURELLE(III,5). Place consacrée au corps (pensez simplement à sa faim au moment où (IV) une statue de pierre pourrait venir; pensez aux lèvres appétissantes de Charlotte), plaisir, désir énoncés si souvent (et dénoncés par Sg qui parle de chien, de pourceau d'Épicure), tout devait choquer une société accordant tout de même (en principe seulement (pensez aux maîtresses de Louis XIV...)) une large place à la privation et à l'ascétisme.

 Voué à la séduction, DJ est le comédien (tirade du séducteur) qui a besoin d'obstacle pour pouvoir vaincre et s'imposer dans une conquête  de la femme considérée comme une pièce dans un Jeu.[On retrouve les mêmes images chez Valmont dans LES LIAISONS DANGEREUSES (à suivre)]. Il dupe, abandonne cruellement (cf Elvire), prend plaisir aux larmes de sa femme convertie((IV): il a un peu du prédateur (séduction grossière avec les paysannes) même s'il y a en lui un amateur déclaré de la beauté.  Il provoque le romanesque d'Elvire mais ne laisse aucune illusion sur l'amour. Il est l'anti-Tristan*.

[Dans la femme, dans le plaisir pris à la conquérir, dans la volonté d'imposer sa domination, dans la volonté de les quitter, on doit insister sur la notion de séduction (se-ducere=mener à part, séparer, détourner du vrai...) qui dépasse sans doute la femme en elle-même.]

Observez tout de même que le DJ de Molière parle beaucoup d'amour (et son valet en I,1 fait un portrait de grand ' "épouseur à toutes mains") mais les femmes n'occupent qu'un quart de la pièce et il ne réussit pas vraiment dans ses entreprises: il échoue dans l'enlèvement de la jeune promise (naufrage), il doit quitter Charlotte et Mathurine. Dans la suite de la pièce il ne sera plus question de conquête.


LE DÉFI SOCIAL & MORAL: DJ s'en prend à tout ce qui fait norme, tout en en usant et abusant.[une de ses grandes ambiguïtés ]. Tout ce qui fait loi, norme, à ses yeux est infondé et entre dans la catégorie de l'apparence dont il est le maître.

-certes il conserve des réflexes de classe (il ne comprend pas l'habit d'Elvire en I,3, il sauve Carlos), il profite des interventions de son père auprès du Roi (les a-t-il demandées?), il a des attitudes de hauteur aristocratique (son orgueil à la fin) MAIS, fondamentalement,

 -il s'attaque à la famille : il est l'épouseur du genre humain et fait du mariage une formalité vide. Il rejette la famille et en crée plusieurs. Il promet les épousailles aux deux paysannes. Sa cible c'est l'Institution sociale dont le mariage est le plus beau fleuron. Symboliquement, après des tentatives manquées, il veut enlever une future mariée (fin de I)

-Dj, dans le conflit avec son père, défie aussi sa classe, son Nom par son comportement scandaleux: il trahit père, nobles amis du père et confiance ou action du Roi (discours du père en IV)

-il pervertit l'échange social :

       -quand il fait répondre à Elvire par son valet grossier.

       -quand il n'a aucune reconnaissance pour son sauveur, Pierrot;

         -quand il promet (en III) à Carlos en sachant qu'il ne tiendra pas sa parole.

        -quand il maltraite le Pauvre (si vous le voyez ainsi).

        -quand il se joue méchamment de son gageur Dimanche (dire comment).

         -quand il n'honore ni les dettes financières ni les dettes symboliques (le père, dont il souhaite la mort)

Il ne pouvait que trouver la solution de l'hypocrisie : il trompe son père. Beaucoup moins Carlos.

Dj est parfaitement cynique : il détourne à son profit les valeurs qui cimentent la société dominée par sa propre classe aristocratique. Au plan social il est un parasite de sa classe et c'est sa plus grande contradiction, celle qui le rend  beaucoup  moins fascinant. Il ne délaisse pas les conventions quand elles servent ses intérêts.

»»»»»Dans le même temps il éclaire bien les contradictions morales des autres, souvent par son silence.

Sa valeur c'est le plaisir et son profit personnel. Mais il montre ici et là que ceux qui prétendent avoir une Morale la détournent aussi à leur profit : il montre au Pauvre qu'il n'est pas désintéressé et il fait énoncer à son père l'éloge de la noblesse d'un crocheteur ou mieux encore lui fait avouer  ses recours aux aides du Roi...Père qui redevient très (trop?)vite aimant et oublieux du passé de son fils quand ce dernier lui joue le rôle de l'hypocrite (début de V).

   =>Dj en bon libertin vit pour le plaisir (et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir I,2) et ne tient aucun compte de ce qui est supposé limiter, reprimer, condamner le désir.

  COMME LA MORALE SOCIALE d'alors (en dehors de la morale aristocratique) doit beaucoup à la morale religieuse, il est temps d'en venir au point le plus complexe.




LE LIBERTINAGE DE PENSÉE (étant entendu que nous sommes au théâtre et que le personnage n'a pas à faire des dissertations sur sa pensée comme pouvaient le faire les libertins dits  érudits comme NAUDÉ).



•LES DÉFIS RELIGIEUX: clef de voûte de tous les autres défis du burlador.

         nb: la composition de la pièce repose sur un parallélisme entre deux mouvements : on poursuit DJ à cause de ses abandons amoureux pendant qu'il court vers d'autres conquêtes; on avertit sans cesse DJ de sa fin terrible pendant qu'il multiplie les provocations  ou les signes de son indifférence ou son scepticisme radical.

  -DJ est libertin, aux dires de Sg (où?):

  -naturellement il raille toutes les superstitions : à vous (loup garou, Moine-bourru).

-en pratique DJ  bafoue ou les tient pour nuls (les ignorant donc) tous les articles du credo chrétien:

            *les institutions religieuses (couvent, mariage= mystère sacré dit Sg)

            *les vertus chrétiennes: la charité, le repentir, le pardon (tirade de l'hypocrisie (2ème partie))=éloge de la vengeance;) au contraire il péche souvent (luxure) et ne tient pas compte des Commandements (il tue, il n'honore pas père et mère, il commet l'adultère, il vole indirectement).

.

             *il transgresse les interdits :il valorise le corps et profane un mort.

               *il rejette d'un revers de main, face à Sg, le Ciel, l'enfer, l'immortalité de l'âme etc...Citez III,1

               *plus la pièce avance, plus le surnaturel se manifeste et plus DJ multiplie les blasphèmes ou ses appels à plus de preuves divines....


MAIS LA QUESTION ÉPINEUSE EST ÉVIDEMMENT CELLE DE LA CROYANCE DE DJ : croit-il? Quel rapport a -t-il fondamentalement au Ciel, étant donné que Sg et sa tirade initiale passablement confuse ne nous aide pas vraiment?Ne se dérobe-t-il pas dans la dispute III,1 avec Sg?

Esquissons quelques hypothèses :


   *certains pensent que DJ est hanté par Dieu qu'il provoque sans cesse et qu'il veut justement défier : il ne nierait pas Dieu mais Dieu comme source de valeurs étouffantes, liberticides. En pariant pour la vie et pour le plaisir au présent, DJ contesterait moins Dieu que l'effet dévastateur qu'apporte aux vivants l'idée  normative de Dieu (pensez à la critique du Commandeur qui a dépensé de l'argent pour sa statue au lieu de profiter du Présent). Dans cette hypothèse il y a du prométhéisme* en Dj, un côté libérateur et on peut alors, dans ces conditions, prendre au sérieux sa surprenante déclaration "pour l'amour de l'humanité". Comme il a de justes doutes sur la médecine de son temps, il désaliénerait ceux qu'il rencontre :  il les détacherait des illusions de l'imagination (populaire par exemple (Moine-bourru etc.).

    Ses provocations seraient prosélytes* si on peut dire : il voudrait convaincre chacun non de l'inexistence de Dieu mais de son impuissance (va, va le Ciel n'est pas si exact que tu penses(V,4)...).Il fait comme si la statue n'était qu'un simulacre fait pour le tromper.

   

    * l'hypothèse athée ne voit pas la pièce ainsi :

-fort de quelques convictions, on croit  deviner qu'il est matérialiste (façon Lucrèce) d'après la compréhension qu'en aSg (sa longue réplique au 2+2 cf mon cours: à vous), rationaliste.

 Tout à ses plaisirs, DJ ne se soucie nullement de Dieu au début de l'œuvre, malgré les avertissements de Sg. Il se dit que rien ne l'arrêtera : songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. Il ne prend pas vraiment part au débat théologique avec Sg (2+2=4 pouvant aussi être une boutade et, en tout cas ,il ne tient pas à s'expliquer) et avec les épisodes du Commandeur, il cherche des explications rationnelles en  bon sceptique (un faux jour) empirique. Quand il défie le pauvre c'est pour rappeler la férocité des châtiments contre le blasphème. Il admet tardivement qu'il y a quelque chose qu'il ne comprend pas mais ne songe pas à une autre explication. À aucun moment il ne va vers la statue en V: il part et ne veut pas l'affrontement. Ce qui pourrait passer pour des signes inquiétants de punition divine (quasi-noyade, confidence  - avertissement d'Elv, mouvement de la statue), il n'en tient pas  compte.

  Dans cette optique Dj va son chemin, fait le mal mais ne cherche pas Dieu. Jusqu'au bout, il nie l'évidence, soupçonne un piège. Dieu vient à lui mais lui ne va pas à Dieu. Il ne défie Dieu que par son acceptation de la Mort & par le refus du repentir. On peut imaginer un AH 
qui serait encore de défi  (cf le cours)

     *hypothèse plus psychologique que théologique : Dj déteste les obstacles et en même temps les cherchent pour pouvoir prouver sa capacité de transgression, son pouvoir. On sait que le désir de la future jeune mariée lui est venu par JALOUSIE. Entre la femme et lui , il peut y a voir un homme, un élément sacré, une institution :entre son désir et sa jouissance il lui faut un barrage qu'il ne rêve que de renverser;Dieu devient alors le symbole de ce
tout qui fait  obstacle. Son libertinage de façade masque une perversion notoire quant à la Loi (mais là c'est la psychanalyse qui doit parler: ce n'est plus notre propos). Il a besoin de Dieu, de le provoquer, pour pouvoir se hisser avec orgueil au-dessus de tous et de rêver à d'autres mondes, comme Alexandre. D'où son goût exalté (et suspect) pour la Force, la domination.

le grand défi de DJ, ce qui en fait un baroque : LE DÉFI MÉTAPHYSIQUE.Mais dans ce cas Dieu n'est pas l'enjeu du défi.

 DJ défie la Vie. Il veut être pleinement, il souhaite être l'artiste de sa vie en épousant chaque seconde et en refusant tout désagrément. Homme de tous les instants, homme de la rupture, du départ permanent, il rêve chaque instant comme un commencement pur.

C'est peut - être le JEU qui définit le défi de DJ. Jeu pris dans un sens fondamental : jouer sa vie, la vie, vivre l'excès, la consommation avant la consumation (d'où la référence à Sardanapale). Ce qui ne va  sans cruauté et sans indifférence pour autrui....

L'originalité de Dj serait alors d'agir comme le devinait avec angoisse Sg : sans rien croire mais en faisant confiance au savoir  ( 2+2=4). La Raison naturelle se passant alors de foi.

cl: finir peut-être sur le défi de Molière qui osa une pièce qu'il lui fallut vite tronquer puis retirer de l'affiche et qu'il n'édita jamais.
Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /Oct /2008 17:48




                         DÉNOUEMENT DE DJ


INTRODUCTION:

    -GÉNÉRALE: à vous

    -particulière : Dj a révélé à Sg sa conversion de façade (tirade de l’hypocrisie) : il a dupé son père et il vient de tenter de duper Carlos (il prétend même avoir parlé à Dieu) et lui a donné ,comme à contre-cœur, un rdv aux abords d’un couvent. Dj s'éloigne alors et n’a pas du tout l’intention de se rendre au rdv de la statue quand une voix retentit (lire les deux dernières répliques de la scène V,4).

[QU’EST-CE QU’UN DÉNOUEMENT? L’action dans une pièce est dénouée quand il n’y a plus d’obstacles: il est accès à une situation stable, heureuse ou malheureuse, après des luttes de forces antagonistes qui constituent le nœud. Au XVIIème on parle aussi de catastrophe.
Dans la tradition  récente du XVIIème, un dénouement doit être nécessaire (le hasard est banni), complet (tous les sorts des personnages sont réglés) et rapide. Une des traditions communes à tous les genres consiste à rassembler le plus de personnages possible pour la fin de la pièce.Ce que font beaucoup d'auteurs mais pas M.]

LECTURE

ENJEU DE LA LECTURE : quel est l’apport de M à un dénouement faisant partie des éléments fondamentaux de l'aventure du burlador.

ANNONCE DE VOTRE PLAN

LECTURE ANALYTIQUE.


I. UNE SCÈNE ATTENDUE, TRAITÉE DE FAçON  ELLIPTIQUE :

    a) M obéit à une contrainte de réécriture inhérente à ce qui est en train de devenir un mythe: depuis Tirso, DJ meurt au cours d’un repas dans une chapelle et se voit absorbé par les flammes.
Main tendue, feu, intervention surnaturelle, disparition, telles sont les contraintes.

   Le DJ de Tirso demandait au dernier moment la grâce en assurant de son repentir  mais en vain. Ce canevas peut changer dans les détails (DJ doit se marier le soir même et il s’agit d’une statue  de don Gonzalo chez Tirso ou  d'une Ombre chez Villiers  & Dorimond)) mais pas dans son ensemble. Le XIXème et surtout le XXème l’abandonneront parfois ou la travestiront.

[ E. Rostand, celui de Cyrano, fait de DJ une victime du diable qui n'a même pas droit à l'enfer. qu'il réclame pourtant..(Rostand a la belle idée de 1003 Ombres qui se moquent de lui); chez Max Frisch, DJ est usé, reconnaît que ses provocations ne servent à rien et fait mine de disparaître selon la tradition (pétard et fumée) avant d'aller vivre avec une femme qui lui donnera un enfant) ;chez Montherlant (dans LA MORT QUI FAIT LE TROTTOIR (1958)), la statue vient manger chez DJ (tout sauf des petits pois), mais le burlador veut le tuer à nouveau, lui coupe la tête d'où sort un chef de Carnaval: tout n'était que farce : seule la mort (DJ met un masque qu'il ne pourra plus enlever) gagne.]

    Dans tous les cas Sg (Catilinon chez Tirso) est présent.


    b) M se démarque déjà par son traitement elliptique :

-il est vrai que Tirso montre une disparition de DJ  dans une scène assez rapide mais que M réduit encore.. Les DJ de Dorimond et de Villiers voient un DJ affichant son courage de révolté avec de longues tirades. L’ombre chez Villiers est très bavarde. Chez M, les personnages surnaturels parlent peu. Point de prêches, de discours moraux SINON cette phrase = CITEZ: Dom Juan, l'endurcissement au péché (en)traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l'on renvoie, ouvrent un chemin à sa foudre.

-M abandonne l’idée de repas vraiment offert et consommé comme le suggérait Tirso (ni tombeau, ni table de Guinée, ni sièges, ni pages, ni scorpions ni vipères, ni chanson  ni ragoût d’ongles noirs....). Il va à l’essentiel : on sait bien que tout est symbolique et qu’il ne s’agit pas de souper. DJ donne sa main et tout est alors fini. [C’est Mozart qui reprendra génialement des aspects anciens (repas commencé mais chez DJ) dans un autre contexte.]

-l’ellipse s’appuie aussi sur une volonté d’imprécision dans le traitement de l’espace : rien de Tirso : pas de mausolée, d’église. Un espace indéfini, presque vide, entre ville et campagne.

     M a choisi la rapidité et a refusé l’anecdotique : et pourtant il a réussi à placer un ajout, en dédoublant les personnages de ses prédécesseurs : il garde et la statue de pierre (loi à la fois 
paternelle, royale, divine) et le spectre feminin. [On sait que M ne met pas de lien de  parenté entre  Elvire et le Commandeur tué par DJ : il y a dans les autres versions une femme qui est fille du mort .]

   Il nous faut poursuivre et découvrir d’autres originalités de M. Tout en cherchant la brièveté même, il fait que  cette scène s’appuie sur une dimension visuelle de première importance. Examinons maintenant


II- Un dénouement pourtant SPECTACULAIRE qui souligne la résistance de DJ

    a) le  merveilleux chrétien rehaussé d'un certain baroque* tardif sert le spectaculaire d’une pièce à machine*.

-il prend des formes successives :

    -le spectre...>la voix
                ...>il change et devient incarnation du Temps
                 ...il s’échappe

    -la statue de pierre selon les archives  fait de 6 à 8 pieds de haut:double du mort, elle  parle et vient au devant de DJ alors qu’à l’acte III elle ne bougeait que la tête et qu’au IV elle avait peu de mots à dire au cours de la parodie de repas proposé par le burlador.


    - merveilleux encore avec la disparition de DJ (
lisez la didascalie) avec force effets visuels et sonores (signalez la curieuse répétition de grand): tonnerre, éclairs. Le lumineux l'emporte. Dj est puni de l’intérieur et de l’extérieur (par un double feu : expliquez).

Mais Molière  ne se contente pas de ce merveilleux et le dépasse largement.


    b) ce spectacle est traité en grand dramaturge :

[LAISSEZ TOMBER SI ON NE VOUS ENNUIE PAS LÀ-DESSUS:

-on note tout d'abord la variété des registres:le merveilleux (monde où tout est possible sans choquer personne) / le fantastique (monde de signes qui sont problématiques et qui inquiètent : Sg est dans le merveilleux, Dj s'affronte à un supposé fantastique qu'il prend
d'ailleurs pour comédie), le comique (Sg), le tragi-comique*, le pathétique (me semble-t-il de Sg dans ses derniers mots entendus de façon trop comique par la tradition)]

-il souligne la question du Temps: le temps presse dans un espace indéterminé (car Dj n’allait pas voir la statue) : les avertissements tombent sans cesse et l’urgence est évidente:citez

    -il reste un moment

    -s’il ne se repent ici, sa perte est résolue

    -devant tant de preuves Sg lui demande de se jeter vite dans le repentir.

-le spectaculaire est parfaitement  intégré à la logique de sa pièce : il  est le résultat de toutes les étapes et de toute la progression. Tout prend sens. À commencer par les symboles connus.

    -nous ne sommes pas surpris par l’intrusion du comique, du moins celui de la scène 5 : Sg est fidèle à lui-même: il avertit  comme tout au long de la pièce (citez après la tirade du séducteur(I,2) "les libertins ne font jamais une bonne fin") et en même temps fait rire à un moment qui ne s’y prête guère (Ah, Monsieur, c'est un spectre, je le reconnais au marcher).

    -le spectre (souvent joué/dit par l’actrice d’Elvire) symbolise toutes les femmes (il les résume toutes) et le voile renvoie à tous les tabous violés (vœux de nonne, mariage); le spectre caché affronte l’homme du masque, le comédien par excellence (qui vient d’annoncer son dernier rôle : hypocrite).

    -le spectre  change sous nos yeux : sous les yeux de celui qui changeait tout le temps ; devenu Temps, il désigne tout le désir (baroque) de DJ  qui était d’épouser le Temps, de se plier au changement permanent.

    -la pierre, froide en principe, foudroie soudain celui qui était d’une grande froideur calculatrice sous l’apparence solaire d’un amoureux qui feignait le feu de la passion.

    -le tranchant de l’épée de celui qui faisait et défaisait les nœuds s’oppose au tranchant de la faux qui annonce la mort...inéluctable sans repentir

=>    M nous offre en peu de mots, en peu de temps une magnifique rencontre autour de l’homme du mouvement: tout bouge soudain;  autour de l’homme du changement, les spectres se changent. Tout bouge sauf soudain...DJ

    -le sommet du dramatique, de la discrétion et de la profondeur est dans “ arrêtez, DJ”: l’homme de la course se voit arrêté, pour toujours. Il venait de dire ALLONS : l’homme de l’allant, de l’élan est définitivement immobilisé.


    »enfin la cohérence dramaturgique de M apparaît encore mieux avec le geste et la parole :

-le C demande la main de Dj, geste que ce dernier faisait avec tout le monde (femmes, Dimanche);

-il demande à DJ s’il tiendra parole, piège que le burlador tendait tout le temps : la parole était son piège par excellence. La statue le prend à son propre piège et lui lance un défi qui réveille l’orgueil du noble. Celui qui pervertissait le contrat oral accepte un pacte qui va devenir punitif et infernal. 
 

    => Une tension dramatique croissante aboutissant à une mort spectaculaire qui est le point de convergence de toute la pièce :
oui, mais grâce à une résistance elle aussi spectaculaire =>

   

    c) le spectacle met ainsi  en valeur la réaction de  Dj :

    Sa résistance est indéniable : DJ lutte encore à tout prix. Il n’abandonne pas. Nous sommes loin de Tirso et de son repentir. Loin aussi des DJ de Dorimond et Villiers qui montraient un affrontement violent mais bavard entre un homme inquiet chez Dorimond, athée, un révolté luciférien chez Villiers et le représentant de Dieu.

    La résistance de DJ est sur deux plans : citez V,2:convaincre mon esprit , ébranler mon âme.

        -1-la réaction intellectuelle (
convaincre mon esprit) : il résiste en  libertin  rationaliste et sceptique. DJ reste un esprit fort jusqu’au bout :l’homme de la comédie semble même suspecter une comédie.


Renvoyez au texte :
    -Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c'est. Il ne croit qu’au concret, au tangible.
    -il se sert de son épée pour éprouver comme un savant (et je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit)
    -il reconnaît cette voix : on me joue, on se joue de moi.

             -2-le refus de l’âme:

    -Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur: Dj refuse une conversion qui s’appuie sur la peur : il veut une adhésion de l’esprit. En disciple  de Lucrèce il considère que Dieu n'est que le produit de la peur des hommes. On veut le terroriser : il ne saurait céder.


    Avant d’en juger on ne peut que noter la cohérence de DJ qui  affronte la Mort en la regardant en face. Il nie sans cesse. Presque jusqu’au bout DJ dit NON, il est l’homme du NON.

-Non, non, rien n'est capable etc..
   
-Non, non, il ne sera pas dit, (on constate ici une réaction d'immense orgueil) quoiqu’il arrive que je sois capable de me REPENTIR. Il ne joue pas, il a oublié l’hypocrisie.


    => Ce qui rend encore plus mémorable son OUI et son “Où FAUT-IL ALLER ?” dit comme naturellement, comme si tout allait de soi ou dit avec la fermeté d'un défi. Pour une fois, il joue l’échange jusqu’au bout. S'il n'a jamais tenu aucune promesse, on se dit qu'ici au moins il s'engage comme dans un contrat avec lui-même.

Dj devait manger avec le Commandeur : il est avalé par la Terre et les enfers.



  => Il reste alors à interpréter  son attitude rendue de façon aussi  frappante : courage, scepticisme, aveuglement?

On va voir que cette

III) FIN  CONTRIBUE ENCORE AU MYTHE par  les lectures plurielles qu'elle provoque.

    a)une lecture chrétienne, édifiante est possible : l’ange maléfique est éliminé pour son aveuglement, son entêtement. Lire la phrase du Commandeur statufié : DJ, l'endurcissement au péché....etc.La théologie est respectée : l'endurcissement au péché est une faute gravissime alors et surtout DJ n'a tenu compte d'aucun avertissement:il n'a jamais voulu entendre les avertissements et menaces énoncés par Sg et surtout Elvire (à vous; où? INSISTEZ: MONTREZ VOTRE CONNAISSANCE DU TEXTE.); il n’a pas voulu deviner sous le naufrage, dans la rencontre du Pauvre et son refus, des indices de la présence du Ciel. Il a blasphémé en lançant son invitation au Mort. Ici même, devant le spectre, il sort l’épée. Dieu existe, il est patient et Dj était libre jusqu’au bout de choisir la bonne voie. Celle du vrai repentir.

  Il est alors inévitablement condamné pour son orgueil & son entêtement, son obstination envers le surnaturel indubitable. En restant étranger au mystère, à la Grâce, il se condamne.


    b) les chrétiens orthodoxes de l'époque n'ont pas admis cette fin, pas plus que toute la pièce :ils ont suspecté M de bien des choses et une critique très fine a circulé sous un nom d'emprunt ROCHEMONT : sa polémique s'intitulait  OBSERVATIONS SUR LA COMÉDIE DE MOLÈRE INTITULÉE LE FESTIN DE PIERRE (vous avez sûrement des extraits dans vos éditions (à la fin peut-être)).

- sur la scène, ils n'ont pas vu le pécheur insouciant de Tirso, les athées bavards et monstrueux  de Villiers et Dorimond (chez ces derniers Dj est un jouisseur brutal, un criminel endurci qui frappe et injurie son père, le fait mourir de chagrin, tue froidement le père de sa femme etc), et malgré l'incontestable NOIRCEUR du Dj moliéresque, ils  ont cru sentir une héroïsation, y compris dans ce finale. Héroïsation d'un personnage clairement exhibé comme anti-héros par les prédécesseurs, d'un personnage écrit par eux pour être détesté et blâmé.

 En effet si on peut le voir entêté, on peut aussi le voir courageux : ainsi son oui. Ils ont voulu comprendre que M grandissait le rebelle  jusqu'au moment de mourir.


-en outre cet appel au merveilleux, ces manifestations spectaculaires, presque surjouées, surthéâtralisées ressemblent plus à la foi du moine - bourru de Sg qu’à une manifestation sacrée: on a soupçonné M de pratiquer ici l’éloge paradoxal (si fréquent dans la pièce) du merveilleux chrétien. Ils l'ont accusé M de faire du merveilleux pour le rendre ridicule et peu plausible car trop voyant. Pire : les libertins pouvaient certes comprendre un allusion au stéréotype de l’enfer mais aussi au feu des bûchers dont furent victimes des esprits libres  comme Vanini par exemple*.

-mais c'est surtout  la réaction du  soi-disant "défenseur de la religion "qui a  choqué :la véritable cible des adversaires de M et sa pièce, ce fut SG : dans une oraison funèbre finale vite censurée (empruntée à une version italienne, à Cicognini :"Mes gages!Mes gages!Il faut donc que j'envoie un huissier chez le diable pour avoir mes gages."), celui qui devait faire pendant aux atrocités de l'athée (ce qu'il est aux yeux de ces censeurs orthodoxes) ne tient aucun compte de ce qu'il vient de voir : il ne s'incline pas devant l'action  de Dieu, n'est nullement  édifié par ce geste immédiat miraculeux.... mais n'a en tête que son problème d’argent. Le Ciel  élimine DJ et  Sg demeure bien terre à terre, prosaïque, incapable d'élévation d'âme... M censura ces mots répétés qui faisaient rire et se contenta de lui faire constater la satisfaction de tous sauf la sienne, puni peut-être pour l'avoir trop suivi..


c) que choisir ?

C'est très délicat et c'est une liberté aussi qui nous est laissée, même si nous sommes menacés par des anachronismes.
  
  Il évident que M, dans les circonstances qui sont les siennes (poète proche du Roi) ne peut s'en prendre à la religion en général et c'est sa carrière qui se joue. Même s'il est assez proche de libertins, comme toujours, il condamne  les extrêmes, et ici les deux extrêmes sont le faux dévot venu de Tartuffe et placé dans la tirade de l'hypocrisie ou le croyant superstitieux  du type de Sg et le libertin  fanatique qui nie même l’évidence et ne va pas au bout de sa liberté puisqu'il parasite une classe dont il se sert et puisqu'il méprise presque tout le monde ce qui ne saurait satisfaire M.


En même temps, volontairement ou pas, M a prêté tout son talent à Dj qui (malgré la noirceur indéniable qu'on constate souvent  MAIS elle est BIEN MOINDRE QUE CHEZ VILLIERS ET DORIMOND) garde une séduction qui a passé le temps et a trouvé de nouveaux échos dans des contextes différents.

    Avec un tel finale, M, beaucoup plus que d'autres de ses contemporains, ouvre bien des voies passionnantes dans lesquelles il ne se reconnaîtrait pas forcément:

-dans ses contradictions même, malgré sa cruauté,  Dj incarne un horizon de libération individuelle que les siècles suivants entendront..Refus de la norme religieuse (du repentir, de la honte), refus de la norme morale commune.

-on peut aller plus loin : il y a chez lui une recherche de l'excès qu'il parle bien à la société moderne. Il va à la mort sans crainte et c'est au défi de la vie dans toutes ses formes qu'il répondait: la mort comprise. De façon anachronique ouvertement, on en a fait un dandy baudelairien qui acceptait la mort pour trouver du nouveau (dernier mot du dernier poème des FLEURS DU MAL).

-ainsi certains metteurs en scène feront de ce AH final un ultime cri de révolte (ah de l'acteur montrant le poing) et non de punition reconnue.D'autres un AH d'extase....

  [ON VOUS DEMANDERA VOTRE AVIS. PRÉPAREZ BIEN LA DÉFENSE DE VOTRE CONCEPTION avec le cours sur les défis de DJ.

  ON POURRA AUSSI VOUS DEMANDER QUELLE SERAIT VOTRE MISE EN SCÈNE : pensez que tel metteur en scène montrait derrière et dans la statue les frères de Carlos...ou Chéreau qui fit du Commandeur un envoyé quasi-policier du Roi...]


cl: voilà bien une fin attendue, annoncée depuis le début de la pièce et qui surprend tout de même. Mélange de merveilleux chrétien et de baroque à une époque où le théâtre ne l'était plus, mélange de comique, de tragique, elle laisse le spectateur indécis et on continue à se battre sur son sens dans la critique. DJ est éliminé certes mais la fascination qu'il inspire n'a pas pour autant cessé.



Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 16:45


               
Introduction :

     -situation générale : dire à peine deux mots de l’affaire Tartuffe sur laquelle le cours qui suit revient largement.


    -SITUATION DANS LA PIÈCE:après l’acte des "visiteurs du soir"(IV) et les menaces du Commandeur, DJ décide soudain de jouer les dévots, DE DEVENIR UN FAUX DÉVOTS, semblable à ceux qui ont attaqué le TARTUFFE. Il a commencé avec son père, SG l’a cru et  il va maintenant expliquer les raisons de sa fausse conversion.

LECTURE de ce texte hautement polémique*.


MOUVEMENT DU TEXTE dans son entier :

    1-du début _______>tout ce qu’ils peuvent faire:  défense et analyse des avantages de l’hypocrisie: propos généraux.

    2-c’est sous cet abri---------> fin : DJ dessine par anticipation sa vie de faux converti.

Nous ne commenterons que la partie “théorique” (1) de l’analyse.

ENJEU DE LA LECTURE: l’éloge paradoxal de l’’hypocrisie ne figurant ni chez les prédécesseurs ni chez les successeurs de notre auteur, pourquoi Molière apporte-t-il cette inflexion originale  au mythe de DJ, étant donné qu’il s’agit de la tirade la plus longue, la plus violente de la pièce?

ANNONCE DE VOTRE PLAN en lecture méthodique.

[Rappelez que le public cultivé alors connaît par la théâtre deux conversions célèbres et véritables : le VÉRITABLE SAINT GENEST de Rotrou (1646/48) et POLYEUCTE de Corneille (1642).]







    1) UN TEXTE DE “CIRCONSTANCE” fondé sur un éloge paradoxal : L’AFFAIRE TARTUFFE ET SES SÉQUELLES.

     Un texte doublement de circonstance

    •a• dans la pièce : Dj le dit clairement : poursuivi, harcelé il va par opportunisme et sens de l’adaptation choisir un stratagème : il jouera au saint homme. Il a déjà commencé avec son père en lui faisant croire à son repentir (citez aussi la phrase de la réplique assez longue qui précède : PURE POLITIQUE, STRATAGÈME, GRIMACE...).


    •b• de la pièce : ce texte est une parabase* originale : Molière prend indirectement la parole et règle ses comptes.

    Il évoque cette affaire :

-explicitement en plusieurs lieux de la tirade : citez :tous les gens du parti; hors de notre extrait il parle de cabale;

-implicitement quand il fait allusion aux faux repentis (QUI ONT RHABILLÉ ADROITEMENT...): il vise d’anciens libertins tardivement convertis et devenus d’ardents dévots (on a pensé au prince de Conti).

    Notons l’habileté de Molière : : il concède que parmi les dévots il en est de sincères et il ne les attaque pas : simplement il montre qu’ils sont les premières dupes..(ceux ..de bonne foi...véritablement touchés...).

    •cce texte s’appuie un éloge paradoxal :

c1

-=éloge de  ce qu’on blâme à l’accoutumée.

-rappelez d’autres éloges paradoxaux dans la pièce (tabac, inconstance): éloge inversé qui donne lieu à un véritable  cours d’amoralité.

-ici comme ailleurs mais pour des raisons très personnelles, Molière prête tout son talent à DJ pour célébrer ce qui est à ses yeux le Mal absolu.


        Pour le prouver il suffit de regarder


•c2• la rigueur de l’argumentation: reconstituons son développement (citez à chaque fois le texte).

*thèse : l’hypocrisie a de merveilleux avantages. A priori une hyperbole dont il va montrer la réalité.

[allez vite, dégagez l’essentiel: on jouit comme avant mais à petit bruit et sans risque, car on commande aux autres. On a sauvé sa liberté.]

        

        -Pourquoi? Originalité : elle est inattaquable et c’est le seul vice dans ce cas. L’hypocrite continue à jouir en repos. On demeure souverain dans ses plaisirs.

        -comment (méthode)? On se crée des alliés à son image :c’est un moyen de convaincre et séduire les autres dévots et de les faire agir à notre place. [Art de la concession (vu supra)].Même les sincères nous aident en croyant à nos grimaces.

        - on peut le prouver, il y a des exemples célèbres.

        -il conclut en reprenant ce qui l’intéresse le plus, avant de passer à son cas : avec ce bouclier de la fausse croyance, tout est permis. Une comédie médiocre suffit.


c3• prouvons aussi la dimension persuasive de ce discours:

        -l’hypocrisie est personnifiée (sujet du verbe) et plus loin elle a même un corps, une main: nous sommes presque dans l’allégorie exposant le pouvoir effrayant de cette entité qui interdit toute dénonciation.

        -par le jeu sur les pronoms (surtout ils ) les hypocrites ne sont pas nommés, ils forment une sorte de société secrète qu’on n’ose presque nommer.
       
        -l’insistance sur tout complète ce point : tout le monde; tous les gens du parti; tous sur le bras ;

        -le nombre de faux dévots fait peur dans la question rhétorique de DJ à Sg. À vous.



    2) avec cet autoportrait de DJ en dévot , M nous livre UN TEXTE POLÉMIQUE qui ne vise pas seulement quelques dévots : texte au présent de vérité générale, c'est déjà beaucoup dire.

M dénonce tout d‘abord

    a) les vraies raisons de l’hypocrite, son unique but : par sa déclaration qui ne prend à témoin de son secret que  le seul Sg, (capital) DJ éclaire (et Molière avec lui) les vrais mobiles des dévots, à commencer par ceux qui ont fait “interdire” Tartuffe: le plaisir, le plaisir à faire le mal.

        -Dj devenu (faux) dévot ne change rien à ses “affaires”; simplement il les fait en secret : le faux dévot est un hédoniste qui ne dit pas son nom et se cache.

        -loin d’être altruiste, le faux dévot ne songe qu’à lui et n’a pas le sens du sacrifice du croyant sincère. L’hypocrisie permet d’être le plus méchant homme du monde.

                -après notre extrait, l’idée de vengeance s’impose (citez vite la fin avec l’effet boule de neige de la calomnie) et elle est loin de la miséricorde chrétienne.

    =>grâce à la conversion de DJ, Molière dénonce l’amoralisme fondamental des apparents moralistes rigoristes qui en font trop parce qu’ils ont trop à cacher.

M met aussi en avant 

    •b• les moyens de l’hypocrite

           •b1un art de l’apparence : l’acteur

-donnez l’étymologie du mot hypocrisie (masque d’acteur) : qui a donc à avoir directement avec le théâtre. Il parle d’art au sens de technique. Le mot JEU est là, le mot PERSONNAGE est répété.

- c’est une technique du corps, l’imitation de gestes qui sont autant de signes:

    -baissement de tête pour exprimer l’humilité;

    -un soupir mortifié : pour qu’on entende bien sa plainte d’avoir un corps qu’il doit combattre à force de mortifications.

    -des roulements d’yeux : sûrement tournés vers le Ciel pour montrer son unique préoccupation.

       =>nous croyons voir en personne son Tartuffe.

-Dj emploie des métaphores axées sur le paraître et le vêtement (rhabillé; manteau ; habit respecté)

-on n’est pas surpris de découvrir le mot grimace ( cf TLF le mot est employé pour désigner de façon dépréciative: le comportement conventionnel d'un groupe ou d'un rôle social, les attitudes affectées par une personne hypocrite ou que l'on soupçonne d'hypocrisie, les conduites manquant de naturel ou de sincérité), mot qui vient de masque: il désigne moins les contorsions du visage que la mine qu’on affecte.

    •b2un art du langage : cette tirade en est l’illustration parfaite. On a vu que sa faculté d’argumentation se réfléchit ici (mais plus encore dans la suite de la tirade):

On reconnaît sa facilité à

        -utiliser des registres de langue divers : au milieu de sa belle éloquence il peut s’abaisser au  familier (se jette sur les bras; donner dans le panneau (vocabulaire cynégétique)); il sait appuyer son discours d’adverbe très insistants (hautement, aveuglément etc.)

        -employer l’adverbe toujours en des moments décisifs.

        -filer la métaphore : théâtrale, on vient de la voir; guerrière, on y revient;
 
        -utiliser à des moments cruciaux le lexique de la connaissance, du savoir impuissants. Citez.

        -à s’approprier un vocabulaire qu’il n’est pas le sien et qui est vide de sens pour lui. Le religieux: bonne foi, touchés...

=> le langage pour lui servira encore et toujours  à séduire et à intimider voire éliminer (fin de tirade).

        

    •c• un portrait qui dépasse bien la seule affaire Tartuffe:


    Récapitulons les cibles d’attaque :

-les adversaires immédiats de M: la confrérie du Saint-Sacrement;

-les faux dévots en général et pas seulement  ceux de la compagnie du Saint - Sacrement: DJ/M montre que les naïfs en sont victimes ; inversement il montre que les lucides sont impuissants;


- en moraliste, M indique que la société soutient le vice et d’autres vices à la mode (maintenant);  l’insistance sur la mode désigne la superficialité de ce monde qui joue aussi de l’apparence, du changement.

-cependant il me semble aller plus loin: il y a dans le scénario pensé par Dj une violence (à peine) latente qui fait écho à un malaise de l'auteur.

   Devant nous et Sg,  Dj rêve d’une sorte de "guerre secrète" contre la société car les dévots ont une force d’intimidation et de répression inouïe ; on comprend mieux son emploi du vocabulaire militaire: il serait en quelque sorte un général de l’ombre avec l’hypocrisie comme  arme défensive (bouclier) et offensive (seconde partie de la tirade); avec un objectif : détenir un  pouvoir d’autant plus fort qu’il est dissimulé ; DJ a sa loi souveraine, il se met donc au-dessus du Roi...Je pense que M suggère une dimension politique que prouvera la fin de son TARTUFFE  quelques années plus tard (troisième version en 69 : Tartuffe allant dénoncer au roi Orgon et sa famille...J'ai résumé Tartuffe: il me faudra le refaire pendant les révisions).

 
Le mot religion ayant rapport à ce qui fait lien (religere), l’hypocrisie religieuse est un danger extrême car elle peut pousser à constituer une société dans la société et protéger des menées qui dépassent la religion même et touche au Pouvoir.

L’adversaire est donc de taille. Quelle peut être la parade?

À sa façon, ce discours est un vibrant éloge du THÉÂTRE.


3)UN PLAIDOYER POUR LE THÉÂTRE: pour la moralité de la comédie

    a) il faut savoir que la religion a souvent contesté l’idée même de théâtre : le débat est ancien (saint Augustin) et contemporain alors : les Jansénistes l’attaquent, dont Nicole dans un très grand texte. Molière a été victime des dévots qui le mettent  violemment en cause et dénoncent sa nuisance.

    b) Dj sur scène joue la comédie et décide de se faire personnage: contre le danger d’une société abusée par un tel homme, il faut montrer les vices, la comédie des vices. Le théâtre est le lieu de l’artifice qui manifeste la vérité.

Dans le théâtre du monde (the world is a stage de Shakespeare, vieille idée du theatrum mundi dont raffole la comédie espagnole)) les spectateurs initiés par la pièce Tartuffe et par cette conversion hypocrite deviendront lucides. Seuls la littérature (La Bruyère, plus tard) et le monde du théâtre  sont capables de rendre visibles les vices. S’en prendre à la comédie c’est avoir quelque chose à cacher..

CL= cette tirade est la dernière touche au portrait du burlador : il apparaît en condensé comme

-brillant orateur
-analyste et fin observateur de son temps (citez la fin de la tirade entière (aux vices de son siècle));
-opportuniste et stratège;
-cynique qui s’apprête à jouer la vertu;

 
Au moment de prendre le masque, Dj permet à Molière d’arracher le masque  des faux dévots et plus largement d’une certaine société.

 Le héros rebelle en sort-il indemne? À vous de répondre. En tout cas la cohérence de M est totale : il a pris TARTUFFE en amont pour expliquer comment on devient un Tartuffe....

Par J-M. R. - Publié dans : Dom Juan
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