INTRODUCTION:
-sur Laclos: à vous (il a connu la
France de la Royauté, celle de la Révolution (il fut jacobin) et celle de Napoléon...)
Date des LD (en bas de votre feuille).
Sachez qu'il est un admirateur émerveillé de J-J, qu'il a écrit les LD comme étant l'inverse des liaisons heureuses qu'est à ses yeux LA NOUVELLE HÉLOÏSE et qu'il a rédigé trois textes majeurs sur la condition des femmes.
-sur le passage (bien savoir qui
est qui): vous résumerez mais sachez bien ce qui suit.
Vt, le grand libertin du roman a quitté le château de sa tante Rosemonde où il passe l'été pour obéir au vœu de Tv., la
femme qu'il courtise. À Paris, il n’a pu rencontrer Mt (dont il veut enfin épouser le projet en se vengeant de Vol mère ) à laquelle il écrit et raconte une anecdote qui doit la faire
rire....le mariage d'Émilie. En effet quelques jours auparavant, après l’Opéra, il va voir des filles (entretenues) du foyer, y est acclamé et rencontre Émilie, une de ses anciennes
"maîtresses", qui doit "épouser" un Bourgmestre étranger : Vt décide de troubler les amours du gros homme (un peu comme Dom Juan avec la jeune femme qu’il veut enlever à son futur mari ( fin
d’acte I)) et, avec la collaboration de la promise (Émilie), il l’enivre copieusement. Un classique de l’époque pour faire rire des dupes. Nous sommes alors (dans la partie de lettre que ne
lisons pas) quasiment dans la farce. Il demeure alors un peu loin de Paris, avec Émilie et prend la place du bourgmestre. Après le récit de ce mariage peu catholique, il raconte à
Merteuil le contexte très particulier d'une lettre qu'il lui envoie en lui demandant de l'expédier de Paris, après l'avoir lue, cette lettre destinée à celle qu'il veut
conquérir, la présidente de Tv
[entre nous mais à bien savoir : 3 niveaux dans l’amour libertin
-le corps qui doit être satisfait: Mt et Belleroche;
-le sentiment, le cœur qu'il faut détruire;
-la tête, l’esprit qui calcule tout.)]
LECTURE de l'extrait d'un roman épistolaire.
ENJEU:mesurer la prouesse d’écriture (l'ambiguïté, l'ambivalence de
la lettre 48), sa fonction dans l’érotique libertine et son rôle dans l'analyse que fait Laclos des impensés du libertinage.
QUELLES SONT LES FONCTIONS DE LA PROUESSE LITTÉRAIRE DU LIBERTIN?
VOTRE PLAN PEUT DEVENIR :
1-LA PROUESSE : LE DISCOURS À PLUSIEURS ENTENTES (ICI LE 2)
2-FONCTION SOCIOLOGIQUE = LE 1 DE MON PLAN.
3-MON 3 EST INCHANGÉ.
ANNONCE DU PLAN de votre lecture ANALYTIQUE.
(1)DES LETTRES QUI PERMETTENT DE JETER UN REGARD rapide SUR LA VIE D’UN
LIBERTIN :
a) au centre de ce qu’il appelle le cercle, un tout
petit nombre de personnes : Vt dit ailleurs dans le roman que 20 ou 30 femmes sont prêtes à se battre pour le défendre. Ici nous avons une courtisane (Émilie), une femme de haut prestige qui
passe pour une sainte (Mt) et il est question de la famille DE Volanges (9/10). Des aristocrates mais plutôt de robe que d’épée : on ne voit jamais Versailles dans les
LD.
b) une vie que se passe en mondanités : on va au
théâtre des Italiens, dans le reste du roman, on va souvent à l’Opéra ou à la "Comédie-Française"; on se rend visite, on donne des invitations (10). On s’écrit, on médit et on raconte des
anecdotes pour faire rire. Ce que fait Vt dans les lignes qui précèdent notre extrait.
c) l’activité“amoureuse” est au cœur des
préoccupations: Vt vient de passer plusieurs jours avec Émilie; il donne un compte-rendu à la marquise (l’ex-maîtresse qu’il veut reconquérir), il veut faire naître un sentiment de jalousie
chez le chevalier (Belleroche) qui est un amant athlète mais stupide; enfin il écrit à la pure Présidente de Tv.
Un point nous retiendra plus loin : on s’écrit beaucoup.
2/UNE LETTRE À DOUBLE, TRIPLE (voire quadruple) ENTENTE :
observons qu’en principe il n’est question que d’un Je, un moi omniprésent s'adressant à un vous obsédant.
a) première
entente, en principe la seule, celle de la destinanataire officielle et réelle, la Présidente de Tourvel (lettre 48): une lettre qui cherche à dire son amour avec un vocabulaire
bien choisi etavec un raisonnement habile. Nous lirons cette lettre ici avec les yeux de Mme de Tourvel et ceux d'un lecteur connaissant bien Vt
L’énoncé global est très clair et déclaré depuis quelques jours : il l’aime de façon irrésistible et rien ne pourra
l’empêcher de le dire..Cependant elle est mariée et dévote.
•une lettre au vocabulaire significatif (relevant de la
persuasion)
*une lettre d’amour et surtout de passion
comme l’indique le lexique :
-on note à deux reprises le recours à la personnification de l’Amour (avec une majuscule qui le rehausse, le sacralise)
devenu presque une puissance concrète à laquelle on ne peut que céder.
-on relève surtout des mots éloquents :
-ardeur dévorante, puissance irrésistible; il n’a plus d’empire sur lui (7/8);
trouble 11. Volupté, plaisir, ivresse, transports sont attribués au bonheur de lui écrire.
- on a droit au serment d'amour =L 26/27
- il insiste à la fois sur son âme (il associera toujours,
dans la suite du roman, pour elle (de façon tactique) l’âme (elle est dévote) et la volupté - il sait à merveille jouer de cette ambiguïté), sur ses émotions (ce qui l'agite), il met en exergue une sensualité limitée à l'acte d'écrire L 23 et sq)
et compense le tout par un vocabulaire
religieux qui ne peut que plaire à Tv la croyante (on le voit aussi se permettre une sacralisation de l’aimée avec cet autel...)][Si on vous ennuie dites qu'en français le
vocabulaire religieux, mystique surtout (évoquez sainte Thérèse d'Avila), n'est jamais loin du lexique amoureux : transport, volupté (ou extase) sont utilisés dans les deux domaines. Valmont
joue magnifiquement de cette étonnate ambiguïté.]
-il souligne donc beaucoup sa passion :il est comme possédé et comme le dit le mot
passion, il pâtit, il souffre : il parle de tourment (15=torture), de désespoir(19).
• il raisonne aussi de façon discrète et sur plusieurs
plans:
- il se plaint pour attirer sa
pitié, le point faible de Tv : il est agité comme cette nuit orageuse (1) où il n’a pas fermé l’œil et verse parfois dans l’anéantissement de ses facultés (3/4): il passe d’une
extrême à l’autre. Elle a des rigueurs (18), est insensible et elle le livre au désespoir.
-en même temps il dialogue (quoi! 10) sur un point qui fait débat
entre eux depuis longtemps :le bonheur, GRANDE QUESTION AU 18ÈME SIÈCLE.
• d’un côté il y a la position de la Présidente
qui veut une vie sereine, tranquille, presque d’un stoïcisme chrétien (L 13/4) qu’elle défend depuis le début de leur rencontre; elle veut s’interdire la passion dont les troubles apparaissent
dans cette lettre de Vt;
• de l’autre, la sienne qui
pense qu’il faut qu’une passion soit ACTIVE : il produit un oxymore édifiant (pâtir mais en agissant) pour dire qu’il convient de saisir un bonheur qui épouse la vie et non se replie sur la
mort L 13/14 (rappel DJ, tirade du séducteur)
=>Amoureux sensible, adorateur troublé...qui se console en écrivant. Et joue de la tentation d’une passion active et
donc partagée. Passion pure, il va de soi...Telle est l’image que reçoit Tv : pure hypocrisie, prouesse rhétorique d’un libertin.
*comme il se doit Vt demande, mieux, il SUPPLIE, (prie ardemment = dimension religieuse au départ), de temps
en temps, en demandant son pardon(27) pour son empressement. Hypocrisie que nous allons mieux comprendre.
b) examinons désormais la lettre écrite avec
L’ENTENTE D’ÉMILIE ET DE MERTEUIL: en effet il ne faut pas oublier que Vt a écrit cette lettre en présence d’Émilie et l'a fait lire et envoyer par Merteuil.
Sous le vocabulaire de la passion se cache une autre lettre au sens bien différent que seuls les initiés peuvent
comprendre et dont seuls ils peuvent goûter l’ironie et la perfidie. Avec Tv il dialogue; avec Émilie, il décrit les circonstances, la scène...à deux niveaux ! Merteuil ne voit rien mais peut
facilement imaginer....
Il suffit de traduire terme à terme les étapes de sa lettre pour saisir qu’il joue sur la double entente: [faites un choix si on vous demande d'aller vite]
___nuit orageuse : orage métaphorique,/ sensuel aussi bien...
___pas fermé l’œil : pour Tv, il faut comprendre que Vt a veillé toute la nuit par angoisse amoureuse / pour nous
par exploit physique..
___ardeur dévorante ...../ pour le corps d’Émilie ;
___anéantissement de toutes mes facultés= vous avez compris ;
___puissance irrésistible de l’amour = désir purement physique dans le cas d’Émilie.
___magnifique ambiguïté de “ j’ai peine à conserver assez d’empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées ;
et déjà je prévois que je ne finirai pas cette Lettre sans être obligé de l’interrompre. Quoi ! ne puis-je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble (non pas de l’âme
platonique ou chrétienne mais bien physique) que j’éprouve en ce moment ? J’ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien (elle ne peut deviner de quoi il s'agit), vous n’y seriez
pas entièrement insensible"...Belle ironie : anticipation & pari aussi sur la sensibilité de Tourvel.
___très sarcastique évocation de la table pupitre : un autel sacré, le corps d’ÉMILIE, une partie, ce qui pourrait
aider à localiser exactement le pupitre (passons) ;
___le désordre de mes sens .../pas vraiment à cause de l'acte d'écriture
___il la quitte pour dissiper une ivresse...( non de l'âme comme il lui écrira) :allusion salace..
BLANC ÉROTIQUE
___Je reviens à vous madame. En effet. À vous: pour écrire encore dans des conditions tellement
particulières.
Nous avons donc ici, en même temps, une écriture qui évoque une passion en termes recevables, plus que décents et qui
décrit, très vite pour Émilie, ce qui se passe en le scripteur, la montée du désir : l’écriture servant le désir qui se sert de l’écriture : de façon circulaire.
=>Un tel envoi écrit significativement au présent nous permet de mieux saisir
III-LES FONCTIONS DE CETTE LETTRE (et des autres dans le
roman)
•a•POUR VALMONT, QU’EST-CE QU’ÉCRIRE PAREILLE LETTRE
?Il est aussi un peu son propre destinataire.
-passer un bon moment, faire sourire deux femmes au détriment d’une troisième. Un geste classique pour un
libertin.
-c’est surtout prouver à soi-même et à Mt :
---->qu’il est toujours le grand Valmont, égal, au moins, à lui même.. Quelques semaines à la campagne n’ont pas
entamé ses talents multiples..MT NE CESSE (et ne cessera ) DE LUI DIRE QU’IL N’EST PLUS DIGNE DE SA NOTORIÉTÉ..Il est ici l’auteur d’une prouesse et c’est la prouesse qui fait le libertin (cf
Prévan avant son échec avec Mt (il séduit trois femmes à la fois et les honore séparément dans la même nuit) ; Vt avec la vicomtesse : il la reçoit dans sa chambre pendant que dorment non loin
mari et amant ; Mt qui piège Prévan).
---->qu’il est capable de se venger, de se détacher de Tv en souillant les sentiments qui peuvent émouvoir la belle
Dévote et en la ridiculisant aux yeux des autres femmes. Le corps dicte et rien d’autre. Il est toujours un libertin : actif avec son corps et homme d’esprit incapable de céder au
sentimentalisme. Froid calculateur et concupiscent déchaîné.
---->sans le savoir (grandeur de Laclos que nous allons vérifier juste après ), qu’il se venge avec cette
scène odieuse parce qu’il a besoin de se désenvoûter de la Présidente. Ce qui prouve, par l’absurde, sa dépendance. Merteuil ne réagira jamais à cette scène et cette lettre. Elle a probablement
compris, devinant toujours les failles de son ex-amant.
•b•QU’EST-CE QU’ÉCRIRE CETTE LETTRE POUR LACLOS dans la
logique de son texte ?
Montrer:
* la prouesse incontestable de Vt, sa virtuosité (une lettre écrite en "faisant autre chose" et en pensant à deux
sens au moins inconciliables).
* sa satisfaction, sa vanité, son désir d’exhiber ses pouvoirs, MAIS
AUSSI son obsession à rendre compte avec plaisir et diligence (et soumission) à Mt.
* l’aveuglement de Vt au cœur même d’une perversité qu’il croit
souveraine. Il est menacé : il a trop besoin de se prouver, de railler, de salir par idéalisation inversée. Plus il provoque, plus il l'abaisse, plus il l'élève, à son
insu.
Suggérer:
* un trait capital chez les libertins et, en tout cas chez les libertins qui nous occupent : la passion de l’écriture.
Le libertin laclosien est un faussaire qui sait jouer de tous
les registres et de tous les vocabulaires, de tous les styles. Comme on vient de voir. Le libertin parasite tous les systèmes et parodie facilement tous les registres.
Rappelez que Mt a dit au début du roman qu’elle écrirait
bien les Mémoires de Vt.
=> Vt et Mt écrivent, Vt plus que tout autre. Notre scène
dit quelque chose de profond :
(1) écrire fait partie du plaisir de tête qui importe tellement à Mt et Vt mais on se demande si le plaisir de l’écrit
ne comble pas plus encore le désir libertin.
(2) écrire c’est un acte qui a lien à la sexualité, à l’inconscient, à la connaissance, à la méconnaissance.
Écrire et désirer, désirer et écrire, tout est lié.
Il y a du jeu (le libertinage est au sens noble et profond un JEU - mortel
parfois comme dans les LD), on rit bien dit Vt avant notre extrait mais Laclos nous prévient : toute lettre, même triomphale, est un masque, une tactique et un aveu (involontaire) qu’il
faut entendre...Une lettre peut avoir plusieurs destinataires mais aussi peut échapper partiellement à ....son destinateur.
cl : Vt est fier de son jeu, de son exploit. Il va jusqu’à faire une plaisanterie destinée à Mert : n’allez pas
mettre votre cachet ! Plus tard, elle lui dictera une lettre assassine dont il ne verra pas tout à fait la signature, "CE N’EST PAS MA FAUTE".*
Il restera toujours une énigme Laclos, l’homme sage, "parfait mari" auquel on a envie de demander :
qu’est-ce (pour vous) qu’écrire un tel livre sur le dos d’un libertin et d’une libertine, un livre à lettres ouvertes ?
Il nous reste aussi à nous demander quelle est notre situation de lecteur
voyeur dans une telle lettre dont nous sommes aussi les (seuls, après tout) destinataires..
QUESTION VICIEUSE : LACLOS APPARTIENT-IL AUX LUMIÈRES ?
LACLOS OUI, MAIS DANS UN SENS PRÉCIS ET PARADOXAL : IL EST UN DISCIPLE DE ROUSSEAU ( vous savez que JJ n'est pas un penseur strictement des Lumières dans leur vision émancipatrice de
l'Homme par la seule raison ou la technique) DONT IL S'INSPIRE QUAND IL MÉDITE SUR LE SORT DES FEMMES DANS LA SOCIÉTÉ FRANçAISE. EN MÊME TEMPS, COMME JE L'AI ÉCRIT SOUVENT, IL FAIT UN ROMAN
QUI EST L'ANTI-NOUVELLE HÉLOÏSE.
LE ROMAN quant à lui montre en rationaliste les limites du calcul froid chez les libertins, leur illusion à croire vaincre toute illusion et leur insouciance sociale: ils
vivent dans un cercle hors duquel il n'y a rien.Ce qu'un disciple de JJR ne peut admettre.