À BIEN SAVOIR AU CAS Où POUR L'ENTRETIEN
IL N'A PUBLIÉ LUI-MÊME QUE LA SAISON EN ENFER (1873) QUI EUT ALORS TRÈS PEU DE LECTEURS. EN 1875,IL LAISSA À VERLAINE ET GERMAIN NOUVEAU DES
TEXTES ÉPARS QUI NE FURENT PUBLIÉS QUE TRÈS TARD QUAND IL AVAIT ABANDONNÉ LA POÉSIE DEPUIS LONGTEMPS (IL VOYAGEA D'ABORD BEAUCOUP EN EUROPE À PARTIR DE 1875, S'EMBARQUA POUR L'ÉGYPTE EN 1878 UNE
PREMIÈRE FOIS PUIS REPART VERS L'AFRIQUE POUR COMMERCER EN PARTICULIER EN ÉTHIOPIE (LE HARAR)SANS SE SOUCIER DE POÉSIE).VERLAINE LE FAIT CONNAÎTRE DANS SON
LIVRE LES POÈTES MAUDITS ET IL FAUT ATTENDRE 1886 POUR VOIR PARAÎTRE LES ILLUMINATIONS (LE TITRE
ET L'ORDRE DES TEXTES NE SONT PAS DE RIMBAUD..) ET UNE PREMIÈRE ÉDITION D'UNE SAISON EN ENFER .UNE RECUEIL(imparfait) DE SES POÉSIES SERA PUBLIÉ
EN 91 ET SES ŒUVRES COMPLÈTES EN 95.
PRÉSENTATION:
SITUATION d' UNE SAISON EN ENFER:
-en OCTOBRE 1873, R fait éditer à compte d'auteur UNE SAISON EN ENFER, seule œuvre publiée par lui..Petit livre
tiré à 500 exemplaires mais comme tout n'a pas été payé à l'imprimeur il en reste beaucoup dans des caves....
Le texte, commencé en avril, est violent, difficile à comprendre, radicalement neuf sur bien des aspects. Il
fait le bilan critique d'une expérience sociale, affective et poétique. On pensa
longtemps - à tort - que c'était déjà un adieu à la littérature parce qu'on croyait que les ILLUMINATIONS étaient antérieures ( IL EN ÉCRIVIT CERTAINS TEXTES AVANT PUIS
APRÈS LA SAISON EN ENEFER..)
Rappelons qu'à partir de fin 71, avec bien des interruptions Rb et
Verlaine ont vécu ensemble (avec des crises d'ivresse, des conflits avec madame Verlaine , des crises entre eux ) et que le 10 juillet 73 à Bruxelles V a tiré sur Rimbaud (bras) qui se rétablira
vite. Les spécialistes pensent que quelques passages de DÉLIRES datent de juin 73. Le plus grand nombre de pages de la SAISON a été écrit dans le petit village ardennais de Roche ("un
trou").
•LECTURE (insistez sur les JE)
•SITUATION DE NOTRE PASSAGE :
La SAISON contient deux passages intitulés DÉLIRES : le premier (I) VIERGE FOLLE "raconte" son aventure avec
Verlaine mais rapportée par Verlaine auquel il prête sa voix..
DÉLIRES II nous concerne : le texte se présente comme un récit en prose fixant les étapes de sa récente vie
poétique : entre chaque étape et comme pour illustrer telle étape Rimbaud insère des poèmes qui correspondent à ce qu'il a écrit au moment dont il parle. Nous ne verrons que la première étape :
ensuite il est question d'hallucinations visuelles et verbales puis du risque de la folie. Il faut avant tout s'arrêter au titre devenu célèbre et utilisé partout, à tort et à
travers.
Un mot , en fait, sur les deux titres :
•DÉLIRE : il s'agit en général de trouble mental (souvent dominé par un verbalisme incohérent), trouble
pathologique accidentel et momentané qui correspond à une abolition ou une atténuation de la conscience et de la raison. On devine que cet énoncé est déjà une forme de
condamnation.
•ALCHIMIE DU VERBE
VERBE : il faut entendre parole, parole poétique.
ALCHIMIE : pratique qui fascina pendant des siècles et qui rêvait de transmuter des matières viles en matériaux précieux (or) .
On doit comprendre que Rimbaud va nous livrer ce qui furent la matière et la méthode de sa création poétique alors.
PROBLÉMATIQUE :VOIR CE QUE RÉVÈLE AU PLAN DE LA CRÉATION POÉTIQUE RIMBALDIENNE CETTE ESPÈCE DE RETOUR AUTOBIOGRAPHIQUE
ANNONCE DU PLAN DE VOTRE LECTURE ANALYTIQUE
Voyons pour commencer l'histoire d'une de m/ses folies (une parmi d'autres) et envisageons donc
1/SON( "mon") HISTOIRE :la dimension "autobiographique" de ce rapide
mais décisif retour en arrière.Biographie seulement de sa création.
(a) Rimbaud parle d'histoire : il reconstitue donc ici son passé (récent) de poète &
revient sur la période 1871/73 dans laquelle se situe la lettre en mai 71 à P. Demeny ( lettre théorique qu'il ne mettra en "pratique" que
plusieurs mois après, à Paris) & la rédaction de grands poèmes et de ceux qu'on appelle DERNIERS VERS ou VERS NOUVEAUX ET CHANSONS.
Période parisienne où il a donc pu mettre en application sa théorie de la voyance.
b) le récit elliptique est au passé : nous avons quelques notations temporelles ( depuis longtemps,
d'abord) ; l'imparfait domine avec une rupture nette pour des passés simples qui évoquent un événement qui a plus compté, celui des VOYELLES et de la lettre à Demeny.
On a le sentiment d'une accumulation de faits (depuis longtemps) qui le préparèrent au passage
révolutionnaire des VOYELLES.
Pour précisions (entre nous)
À moi. L'histoire d'une de mes folies.
Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de
la peinture et de la poésie moderne.
J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures
populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes
naïfs.
Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents:
je croyais à tous les enchantements.
Du début jusqu'à enchantements : Imparfait = valeur temporelle (évidemment :
regard vers le passé) + aspect sécant, duratif ( « J'aimais » ; « Je rêvais ») ou itératif( une action dite une
fois mais qui suppose une répétition) voire encore duratif (« je me vantais »).
J'inventai la couleur des voyelles! ( pour marquer le début d’une aventure,
d’une rupture)- A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. -Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rhythmes instinctifs, je me flattai (itératif= à chaque fois) d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais (inaccompli pour marquer l’opposition avec ce qui précède) la traduction.
Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable (itératif) . Je fixais des vertiges.
(c) même s'il ne s'agit pas d'autobiographie au sens strict LA SAISON EN ENFER et ici L'ALCHIMIE se penchent
donc sur un passé récent qu'il évoque avec lucidité ( une folie, parmi d'autres).
-Pensons à l'incipit. À
moi. Entendons :revenons à moi. Après le couple, après la voix de Verlaine ( dans Délires I), moi. C'est à
moi ( double sens) : je dois 1-parler. C'est (à) mon tour ; 2
parler - de ce qui est à moi. M'appartient. Rien qu'à moi.
-le pronom personnel à la première personne est on ne peut plus envahissant (plus d'une dizaine) : il
dit l'état de ce JE alors. Il était dynamique, énergique, allait de l'avant, ne doutait de rien.
- ce JE de naguère avait plusieurs attitudes que le poète distingue a posteriori :
* il avait de l'enthousiasme : j'aimais, je rêvais, plus actif encore, j'inventai
, je réglai..
* il y avait des défis révélés par des associations de mots : j'écrivais des silences, des
nuits +la suite à lire ( à vous).
* enfin de façon un peu critique : je me vantais, je me
flattais; je croyais à tous les enchantements..Il y avait de l'exubérance, de l'orgueil, de l'illusion.
-dans cette histoire qui se poursuivra par de
dangereuses hallucinations, et où il deviendra lui-même œuvre d'art ("opéra fabuleux"), nous voyons des moments complémentaires qui donneront ses poésies : ses préférences (§3), ses rêves(§4), ses invention(§5), ses études"(§6).
Le tout dominé par ce JE qui était ALORS dans un sentiment de toute-puissance et
d'invincibilité. Il pensait tout posséder et donner sa possession aux autres. L'expression posséder tous les paysages est explicite : il y a comme la manifestation d'une puissance inédite pour
l'homme et même pour les peintres célèbres de l'époque.
Il convient de voir sur cette base ce qu'était
2/ SA MATIÈRE POÉTIQUE : celle qui créait l'enchantement, celle qui servirait à son
ALCHIMIE.
a) ses refus : citez l. 2 & 3/4 . Il a
toujours dit son admiration pour certains (Baudelaire, "un vrai dieu," Verlaine déjà) mais rejetait les romantiques (Musset( "Musset n'a rien su faire: il y avait des visoins derrière la gaze
des rideaux: il a fermé les yeux"), Hugo,) les Parnassiens (Gautier, Leconte de Lisle, Banvile (auquel il envoya un poème génialement irrespectueux CE QU'ON DIT AU POÈTE À PROPOS DES FLEURS)):
ils sont des voyants au rabais, ils sont risibles.
En peinture on peut imaginer qu'il détestait l'académisme de Couture, de Gérôme, de Bouguereau (les
peintres dits pompiers).
Où allaient ses préférences alors? Voyons
b) ses goûts en peinture et littérature: §3
lire 5 à 6:
-une longue énumération pour la peinture: qu'aime-t-il
alors?
- Il aime le déclassé /le négligé, le délaissé, le simple, le maladroit , ce qui n'est
pas considéré :
-les peintures peuvent n'avoir aucune qualité , toucher des sujets
ineptes, sans noblesse reconnue ou admise (idiotes);
-elles peuvent passer inaperçues ou renvoyer à une époque très éloignée ( l'âge d'or des dessus-de-porte peints est le XVIIIe s., et la France en a donné les modèles. Les lambris sculptés
étaient la spécialité de l'époque.)
-elle peuvent être faites vite, schématiques, rudimentaires comme dans les décors et toiles de
saltimbanques (Comédien ou marchand ambulant dont la profession est d'amuser
la foule dans les foires ou sur les places publiques, avec des acrobaties, des tours d'adresse ou de force, ou grâce à des boniments. Synon. baladin, banquiste (pop.), bateleur (vx), bouffon (vx), charlatan (vx), forain2, jongleur. ).On
sait que plus tard Apollinaire chantera LES SALTIMBANQUES (nomades en quelque sorte) et que Picasso les peindra souvent.
-il aimait voir ce qu'on ne voit plus à force d'habitude: les modestes enseignes de
boutiquiers et les enluminures populaires : association de mots qui se veut
surprenante dans la mesure où l'enluminure est un art savant (Wikipédions : à résumer
Les termes enluminer, enluminure et enlumineur
apparaissent au XIIIe siècle et sont formés à partir du latin illuminare (éclairer, illuminer, et, au sens
figuré, mettre en lumière).
Le terme "enluminure" est souvent associé à celui de "miniature". Le mot
"miniature" vient du latin minium, désignant un rouge vermillion. Jadis, le terme s'appliquait, de préférence, aux
lettres ornementales majuscules (lettrines) dessinées en rouge sur les manuscrits ; puis le rapprochement (sans fondement étymologique) avec les mots minimum, minuscule, s'est opéré, et la miniature a désigné les images peintes, de
petite taille, comparées aux tableaux et aux peintures murales (fresques). S'appliquant à toute représentation de format réduit, le terme a donc désigné également les petites scènes peintes sur d'autres objets que
les manuscrits.
On peut donc parler de manuscrits enluminés, de manuscrits à miniatures) et que Rimbaud pense sans doute aux livres de lecture de son enfance (qui ont peut-être inspiré le sonnet des VOYELLES: on donne parfois
ce mot comme une des sources du mot ILLUMINATIONS, titre de la dernière œuvre de R.) : on sait l'influence qu'il eut sur les
surréalistes (photos de Nadja, d'André Breton) ; pas d'art, un minimum de technique, voilà ce qu'il prise..
=> on peut admettre que des poèmes comme ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK, RAGE DES
CÉSARS, LE MAL, sortes d' images d'Épinal*grossièrement colorées appatiennent à cette esthétique.
=> Nous sommes ici au commencement d'un mouvement qui va dominer le XXème : le regard
porté sur le "primitif" comme on disait alors, le populaire et un sentiment de recul par rapport aux formes de l' art dominant. Rappelons la fréquentation du MARCHÉ AUX PUCES par les
surréalistes en quête d'objets magiques..
[Songeons à un phénomène voisin au XXeme : la BD, les comics seront repris par de grands peintres ou cinéastes).
-autre énumération pour la littérature :lire 6/7/8/9:l
-là encore des choses oubliées, lointaines , négligées (cf la question du Temps :
citez démodée, aïeules, contes de l'enfance, vieux etc), depréciées, sans valeur aux yeux des "grands "poètes ou du public .Le relégué.
-également des œuvres qui sont hétéroclites : latin d'église et livres
érotiques qui vont peu ensemble,
-et, très important, les chansons du passé ( refrains /rythmes), formes abandonnées
qu'aimait Verlaine aussi, touchant
-à l'origine (niais, naïf), à l'enfance encore, innocente et ignorante, ou savante d'un autre savoir.
Il aimait donc ce qui est déconsidéré, déclassé. et passe inaperçu. Les refrains naïfs donneront chez lui
un chef-d'œuvre, parmi d'autres, comme CHANSON DE LA PLUS HAUT TOUR.(voir infra)
c) après ce qui relevait de la vue ( lectures, images) considérons une autre matière si on peut dire : le
rêve.[on peut hésiter :comprendre qu'il rêve sur ou qu'il rêve d'entrer ou
qu'il se voit entrer , acteur-spectateur, dans ces événements : événements qui ont lieu ou qu'il voudrait voir naître ]. La rêverie sur l'Histoire, des moments de l'Histoire ou l'absence
d'Histoire , la rêverie sur des actions qu'il voudrait faire. L'ambition est grande:
-il y a de la violence : croisades, guerres de religions
étouffées (donc de force), peut-être violence dans la transformations des mœurs; déplacements de races qui ne peuvent se faire sans heurts;
-il y a de l'énergie inquiétante, étrange
(déplacements de races,) ou terrible : mouvements de continents (On a l'impression qu''il anticipe sur la tectonique des plaques et les grands mouvements de migrations
etc);
-on note aussi, à l'opposé, le goût du secret, du tu (pas de relations, sans histoires, étouffé), de
l'inédit.
Au total beaucoup de mouvements et d'introduction de mouvements dans cet univers assez chaotique. Il y a un côté
démiurgique dans ces rêveries. Comme s'il commandait en maître souverain. Il touche à la représentation classique du monde.
=>Au bout de cette appropriation de "matières" étrangement poétiques qu'il nomme ENCHANTEMENTS (avec une part
immense de magie, d'ensorcèlement) il annonce une des étapes de sa /la
3/LA CRÉATION :
a) dans sa rétrospection biographique il télescope 1-le
sonnet des Voyelles (dont Verlaine avait une copie en 71 aussi) et
2-la lettre du voyant de 1871 ;
-que dit-il et que fit-il, si on l'écoute ?
-une tentative qui donna selon lui le sonnet des VOYELLES et qui correspondait à ce qu'il
disait attendre du poète voyant dans sa lettre à Demeny.
-1-Les VOYELLES ont donné des centaines d'explications (abécédaire de son enfance, méditation érotique, ou
alchimique) et on retient souvent la notion de synesthésie (phénomène d'échange entre les sensations : syn ( avec, ensemble), / esthésie= sensation) rendue célèbre par Baudelaire dans le poème des
CORRESPONDANCES (
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies.
v8/9/10)
Le principe de la synesthésie est simple : on peut penser que les sensations s'échangent, échangent leurs
qualités, leurs attributs: je vois la couleurs des notes, j'entends la musique des couleurs, je respire une couleur ou un son. Dans le Paris que fréquenta Rimbaud on parlait de ces théories
déjà ancienne ( certains voyaient du bleu dans le ré, du vert dans le sol (sachez que l'un des plus grands musiciens du XXème, Olivier Messiaen voyait ses partitions en
couleurs; sachez aussi que, plus tôt dans le siècle , le grand peintre russe W. Kandinsky tenta une mise en équivalence entre sons et couleurs ). On pourrait comprendre que
la forme du A et le son donnent lieu à une couleur sombre, à un son, une odeur que résument pour lui les mouches...
b) Mais ici dans notre texte, R qui se souvient va encore plus loin: il affirme comme jamais avant qu'il
s'attacha aussi aux consonnes ( forme ( des lettres) et mouvement musical sans doute): en outre il associe le calcul (réglai) et l'improvisation (sur des
rythmes instinctifs) [Il est possible qu'il en rajoute dans l'impossible pour marquer son échec].Il était au cœur de l'alchimie du verbe, ce qu'on comprend encore mieux avec la suite :
2-avec cette tentative des VOYELLES il lie l'effet qu'il en attendait ( un verbe poétique accessible) et
il reprend son ambition du voyant telle qu'il l'exprima dans sa lettre prométhéenne à Demeny : voleur de feu, il désirait (lettre du
Voyant :citez absolument le fondamental) "Trouver
une langue;" souvenez -vous de la suite
-Du reste , toute parole étant idée, le temps d’un langage
universel viendra! (...)"Plus loin.
"Cette langue sera l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons,
couleurs (...) "(oubliez la suite: "de la pensée accrochant la pensée et tirant.").
On voit bien l'ambition (de tradition) spiritualiste que confime notre texte : par l'alchimie de son
verbe, il songeait donner une langue qui serait une sorte de connecteur (le mot nest pas beau) sensible qui pourrait offir une équivalence à tous les sens. Un échangeur : son verbe ,
sans s'abolir comme verbe deviendrait musique, image, couleurs etc. Une légère différence entre les deux textes : dans la lettre du Voyant, il
parlait de langage universel, donc de traductibilité permanente pour tous; ici il semble avoir voulu garder la clef, la traduction. L'époque de la langue universelle n'étant pas encore venue :
il l'annonçait seulement pour un jour ou l'autre...
c) fort de ces choix esthétiques, de ses ambitions, de ses illusions semble-t-il dire, il s'est alors lancé dans
ce qu'il appelle une étude : moment initial de sa trajectoire poétique de ces années. Comme il le disait dans la lettre il est prêt à tout (ineffable torture): mais ce qui nous
interesse surtout c'est ce qu'il fit selon lui au plan de l'écriture poétique.
Les deux dernières phrases sont éloquentes avec une sorte de rythme ternaire (je/je// je mais la
dernière phrase, autonome, est tout de même mise en valeur, fortement) fondé sémantiquement sur un grand nombre d' alliance de
mots antithétiques mettant en valeur la recherche de l'impossible, de l'absolu, recherche qu'il semble avoir accomplie:
-écrire des silences : mettre en mots ce qui est sans mots,
sans bruit, inaudible. Trouver des mots qui seraient eux aussi silence...Donner sans doute aussi
une importance concrète aux blancs dans un texte ( ce que fit Mallarmé).
-écrire des nuits : non pas les décrire, les écrire, donner la
sensation du nocturne ..
-noter l'inexprimable: nouvelle contradiction plus haute : rien
du monde , sensible et spirituel ne lui échappait : il exprimait ce qui ne peut l'être ; il abolissait les contraires, la langue poétique pouvait tout.
Enfin, dans le même ordre d'idée
-fixer des vertiges : la grande ambition de l'art . Fixer un
mouvement mais en donnant l'impression sensible des deux mouvements contraires ( Breton reprendra la figure avec explosante
fixe devenue morceau de musique chez Boulez: voici le texte de Breton dans L'AMOUR FOU: "La beauté convulsive sera
érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas." ).
On a compris que la recherche , l'étude de R portait sur ce qui semble l'impossible à cause des limites
de l'homme et de son langage.
On comprend aussi que l'étape suivante (que nous ne commentons pas) de DÉLIRE II porte sur les
hallucinations simples ( "une école de tambours faite par des anges", "un salon au fond d'un lac" ( vous tenez là une grande partie de l'art moderne(peinture et photo)) et qu'il parle en termes
d'hallucinations des mots. Provoquées par des mots.
cl : cet incipit de DÉLIRES II est passionnant et instructif: R revient sur un passé récent, il définit ses
rejets, son esthétique et ses ambitions poétiques. Il semble bien sceptique sur cette période.Il
va abandonner toute poèsie versifiée : il va se livrer aux poèmes en prose qui donneront les ILLUMINATIONS . Le passage suivant de DÉLIRES II commence ainsi : LA VIELLERIE POÉTIQUE
AVAIT UNE BONNE PART DANS MON ALCHIMIE . On voit combien la critique est sévère.
À la dernière lgne de DÉLIRES II, il conclut sobrement , après son sublime poème O SAISONS, Ô CHATEAUX!:
CELA S'EST PASSÉ. JE SAIS AUJOURD'HUI SALUER LA BEAUTÉ. Il lui a donc fallu passer les épreuves narrées dans DÉLIRES
II.
( sachez naturellement qu'il renoncera assez vite à la littérature POUR PARTIR EN ÉTHIOPIE , ENTRE AUTRES
mais que dès les brouillons de la SAISON EN ENFER il avait écrit l'ART EST UNE SOTTISE)
SI ON VOUS DEMANDE QUELS POÈMES ILLUSTRENT CETTE ÉTUDE, CETTE PÉRIODE CITEZ UNE RÉÉCRITURE DU POÈME LARME que
Rimbaud transforme et À QUATRE HEURES DU MATIN , L'ÉTÉ
VOICI LE PREMIER, que les rimbaldiens trouvent moins bon que le texte original (R a peut-être travaillé de
mémoire, n'ayant pas sur lui son poème)
Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Que buvais-je, à genoux dans cette bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Dans un brouillard d'après-midi tiède et vert ?
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
— Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert ! —
Boire à ces gourdes jaunes, loin de ma case
Chérie ? Quelque liqueur d'or qui fait suer.
Je faisais une louche enseigne d'auberge.
— Un orage vint chasser le ciel. Au soir
L'eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares ;
Pleurant, je voyais de l'or — et ne pus boire.
RAPPEL
Voyelles
Arthur Rimbaud (1854-1891)
***
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !