Poètes, images de poètes

Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 17:38
Quels sont les grands courants/mouvements poétiques du XiXème siècle?

LE ROMANTISME: Lamartine, Hugo, Vigny , Musset.

LE PARNASSE: Banville(ODES FUNAMBULESQUES/RONDELS), Hérédia (LES TROPHÉES), Leconte de Lisle (POÈMES ANTIQUES/POÈMES BARBARES) - un peu à part Gautier(ÉMAUX ET CAMÉES)  :des poètes qui refusent de s'intéresser à l'Histoire, qui cherchent la Beauté pure, qui désirent une richesse et une perfection formelles. On les ridiculisent parfois et leurs successeurs ne furent pas tendre envers eux : ils ont pourtant permis des avancées certaines ( ils ont travaillé le vers et le langage de façon remarquable).
  *lié à ce mouvement et surtout à Gautier, retenez le concept majeur D'ART POUR L'ART: contre Hugo, contre l'idée d'un engagement de l'atiste dans le société et ses problèmes naît cette expression qui se veut formulation d'un culte absolu de la beauté et de l'art sans fins extérieures à lui-même.

http://www.site-magister.com/parnasse.htm

  [petits mouvements amusants  LES ZUTISTES : dont Rimbaud et Charles Cros : éphémère mouvement de contestation qui se moquait surtout  des parnassiens  cf  http://fr.wikipedia.org/wiki/Cercle etc..Au même moment vous trouvez les HYDROPATHES, LES HIRSUTES qui donneront peu à peu ceux qu'on nommera les DÉCADENTS (J.Laforgue, J.Lorrain).]

LE SYMBOLISME ( l'indéfinissable par excellence):qui en tant qu'école domina de 1885 à 1895 et se réclama de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé QUI SONT BIEN PLUS IMPORTANTS QUE LES SYMBOLISTES PROPREMENT DITS. donc
   - précurseur Baudelaire;
   -symbolistes sans le vouloir de façon déclarée (Verlaine, Rimbaud( ON PEUT VAGUEMENT RATTACHER NOTRE EXTRAIT AU SYMBOLE, À LA RECHERCHE D'UNE LANGUE QUI PARLE À TOUS LES SENS (Voyelles)),
   -symboliste par excellence mais dépassant l'étiquette réductrice, Mallarmé,
    -symbolistes se déclarant tels après le manifeste de Moréas en 1886: Maeterlinck, Verhaeren

    *un musicien allemand a joué un grand rôle dans ce domaine: Wagner.

=> on peut dire qu'il y a autant de symbolismes que de symbolistes..Globalement on reconnaît pourtant le Symbolisme à la vision religieuse et élitiste que ces poètes ont de la Poésie ( Mallarmé, le premier) et au rejet du réalisme et au naturalisme en art.
Poésie subtile, souvent jugée hermétique et artificielle tournée vers les mythes, les légendes, le rêve, elle trouve dans le symbole sa vérité : il s'agit de suggérer la part idéale, le double (interne) du monde terrestre jugé commun mais porteur de sensations, de correspondances secrètes que seul le poète est capable de faire deviner.

     *grands peintres symbolistes : G. Moreau, Puvis de Chavannes, Odilon Redon
     *musicien classé dans les symbolistes : Debussy.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /Juin /2009 17:34
HUGO EST ROMANTIQUE, UN DES GRANDS ACTEURS DU MOUVEMENT ( AU THÉÂTRE (citez HERNANI) ET DANS LA LIBÉRATION DES FORMES POÉTIQUES (EN PARTICULIER L'ALEXANDRIN).

Il vécut et écrivit bien au-delà des dates du romantisme français  (1820/1840/50) puisqu'il meurt en 1885.Les recueils de poésie de son âge à proprement parler romantique sont LES FEUILLES D'AUTOMNE, LES VOIX INTÉRIEURES ET LES RAYONS ET LES OMBRES.Ses grandes œuvres de la maturité sont LES CHÂTIMENTS (1853) et LES CONTEMPLATIONS (1856)

D'AUTRES GRANDS ROMANTIQUES : LAMARTINE, VIGNY, MUSSET.LE ROMANTISME EMBRASSE TELLEMENT DE CRÉATEURS QU'IL EST DIFFICILE DE LE DÉFINIR : LES PREMIÈRES MANIFESTATION (EN DEHORS DE ROUSSEAU, LE PRÉCURSEUR(EN TOUT)), SONT ALLEMANDES ET ANGLAISES ET POUR LE DIRE VITE LE ROMANTISME A EU UNE AMBITION DE LITTÉRATURE TOTALE QUI TOUCHAIT TOUTE L'EXPÉRIENCE HUMAINE.

BAUDELAIRE EST INCLASSABLE MAIS SI L'ON Y TIENT ON PEUT DIRE QU'IL VIENT DANS LA QUEUE DE LA COMÈTE ROMANTIQUE ET qu'IL EST LE PRÉCURSEUR DU SYMBOLISME. LE PROBLÈME AVEC LUI EST QU'IL A CLASSÉ DANS SES ÉCRITS ESTHÉTIQUES DES ARTISTES  QU'IL NOMMAIT ROMANTIQUES  TELS QUE COMME POE, FLAUBERT QUI NE LE SONT PAS. IL AVAIT UNE CONCEPTION ORIGINALE DU ROMANTISME QUI NE CORRESPOND PAS À CELLE QU'ON AVAIT ALORS. IL ADMIRAIT EN PEINTURE DELACROIX QUI EST EFFECTIVEMENT ROMANTIQUE.
IL A DÉDIÉ QUELQUES GRANDS POÈMES À HUGO QU'IL ADMIRAIT MAIS AVEC BEAUCOUP DE RÉSERVES...
DANS SA POÉSIE IL EST TRÈS ATTENTIF AU TRAVAIL DE LA FORME ET SES AUDACES SONT PLUS DANS LE SUJET (LE LAID, L'URBAIN, LE MODERNE) QUE DANS LE VERS QUI EST FINALEMENT ASSEZ CLASSIQUE.


RIMBAUD(1854/1891) EST L'INCLASSABLE PAR EXCELLENCE (AVEC ISIDORE DUCASSE, COMTE DE LAUTRÉAMONT AUTEUR DES CHANTS DE MALDOROR), MAIS IL EST VRAI QU'IL FUT AU DÉPART VAGUEMENT PARNASSIEN ET ÉCRIVIT MÊME À BANVILLE AVANT DE LUI ADRESSER UN POÈME QUI DIT BIEN QU'IL N'EST PLUS PARNASSIEN. ON LE CLASSE SOUVENT DANS LES PRÉCURSEURS DU SYMBOLISME, CE QUI RÉDUIT BEAUCOUP SON IMPORTANCE...


CORBIÈRE( révélé par Verlaine dans ses POÈTES MAUDITS) EST UN HOMME DU REFUS (DES ROMANTIQUES, (IL EST HUGOPHOBE..)), DES PARNASSIENS, IL S'EN EST MÊME PRIS À BAUDELAIRE), ET IL A CRÉE UNE POÉTIQUE ORIGINALE QUI BRISE TOUS LES CARCANS, MÊLE HUMOUR, DÉRISION, GRINCEMENT, MORBIDITÉ  ET REJETTE TOUT LYRISME : VIRTUOSE DES FORMES, IL CASSE LE VERS, MULTIPLIE LES SIGNES DE PONCTUATION. ANDRE BRETON LE CÉLÉBRA ET COMPARA LES RONDELS POUR APRÈS AUX ILLUMINATIONS DE RIMBAUD. ON LE RAPPROCHE SOUVENT D'UN POÈTE QUI VINT 10 ANS PLUS TARD, JULES LAFORGUE.
   IL PARTAGE AVEC RIMBAUD ET MALLARMÉ (QU'IL NE CONNUT PAS) UNE VOLONTÉ D'INTERROGATION SUR LA POÉSIE.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 06:57
Le romantisme (surtout allemand)  a donné au Poète une tâche immense qui ressemblait beaucoup au Sacré (par exemple la notion de voyance qui est déjà chez Hugo et après chez Rimbaud se trouve chez Novalis). Il y a un héritage du religieux chez le poète romantique ( qui n'ignore pas que les grands textes religieux sont aussi de la poésie Bible, Coran,Rig-Véda en Inde) et cette conception va hanter des poètes qui ne sont pas romantiques au sens étroit.


Dans notre corpus nous trouvons des conceptions assez opposées sur cette question.

NOUS DÉCOUVRONS chez certains UNE DIMENSION MEDIUMNIQUE, SOUVERAINE, SACRIFICIELLE ET DÉMIURGIQUE.

*mediumnique :Hugo dans UN JOUR,contemple le monde en une scène de bord d'océan : il entend une voix insituable qui lui parle et approuve sa mission : le poète en rapporte les propos.

Il est donc clairement

1-l'intermédiaire entre le "Divin," le surnaturel ,et le reste des hommes

&

2-son interprète, son traducteur , celui qui doit dire aux hommes que dans la mer, le vent , dans la nature , partout, une âme cherche à se faire entendre. La communion humaine ne peut s'accomplir  que par le poète qui est déjà chez lui prophète, voyant.Le poète est le truchement de l'Invisible et de l'Inouï.On ajoutera avec les vers 11/12 qu'il fait venir au jour, à la conscience, des choses enfouies, ignorées. Vates, il est bien devin.Rappelez que cette pensée n'est pas neuve chez lui et que dans des œuvres plus anciennes il avait écrit que le monde est une voix, un arrangement de voix, une polyphonie et avait affirmé "Sous l'être universel, vois l'éternel symbole"Pour la dimension prophétique Hugo a toujours prétendu que "

"Le poète en des temps impies/vient préparer des temps meilleurs" ( proposition impensable chez Baudelaire).

* dimension souveraine :Baudelaire avec L'ALBATROS donne une image de l'oiseau  SOUVERAIN dans son domaine : il règne en toute liberté dans les airs, ne craint pas les gouffres amers , hante les tempêtes et se rit de l'archer. Liberté donc, risque, audace, élégance qu'il faut comprendre allégoriquement : le poète est capable de tout dans son univers, il est roi de l'azur,donc du haut, du pur, prince des nuées, il prend lui aussi des risques, traverse des tempêtes physiques morales, intellectuelles, physiques mais les vainc à conditions de ne pas tomber parmi les hommes.Dans le reste de son œuvre, il apparaîtra comme


*en lectures complémentaires nous avons vu aussi un autre pouvoir : le pouvoir sacrificiel qu'on a découvert dans LE PÉLICAN  de Musset qui meurt pour les hommes et LE PIN DES LANDES  de GAUTIER qui meurt du cœur pour donner de l'or aux hommes.Dans la lettre du VOYANT on a un peu cette vision grandiose  du poète qui fait toutes les expériences, connaît toutes les tortures, risque la folie pour apporter aux hommes le feu de la Vie.


*enfin nous avons observé le pouvoir démiurgique(l'ambition démiurgique)

[Démiurge

Un démiurge est une divinité créatrice et organisatrice du monde. Nom donné par Platon (La Timée) au Dieu organisateur qui créa le monde à partir de la matière préexistante.]
 
  démiurgisme du Poète avec Rimbaud :à partir d'éléments délaissés, simples, rudimentaires il a tenté de trouver une langue universelle qui parlerait à tous de l'âme à l'âme. Il voulait être un ALCHIMISTE DU VERBE: il désirait une transmutation du monde, de nos sensations à partir des lettres qui auraient été sons, images, parfums, couleurs etc...Il y a chez lui une recherche de l'origine, d'une parole créatrice, d'une parole pleine, une parole de communcation dépassant le seul sens des mots mais engageant tous les sens...Il voulait vraiment redonner au monde d'autres dimensions et aux hommes d'autres perceptions et sensations.

Cette obsession de la TOTALITÉ sera celle de nombreux poètes qui rêveront de clore l'univers dans un Livre:

Citez Laforgue :

  "FORMULEZ TOUT !EN FUGUES SANS FIN DIRE L'HOMME !"

Évoquez la folle ambition de Mallarmé qui rêva d'un LIVRE qui aurait exprimé l'essence du monde.Il s'agissait de transformer la poésie en cérémonie quasiment religieuse.

DANS TOUS CES CAS LE POÈTE EST FORTEMENT IDÉALISÉ ET IL HÉRITE DE BIEN DES POUVOIRS ARCHAIQUES , MAGIQUES QUE L'ÂGE DE LA RAISON ET DE LA TECHNIQUE BALAYAIT ET OUBLIAIT. C'est ainsi que Rimbaud parle dans sa lettre du Voyant d'un poète voleur de feu.

Mais Corbière lui se contente de voleur d'étincelles...

_______________________
IL CONVIENT donc DE VOIR AUSSI LES DIFFICULTÉS,LESLIMITES,L'IMPOUVOIR,L'IMPUISSANCE DU POÈTE, dans une société donnée, celle du XIXème et sans doute dans toute société.

On sait que la notion de POÈTES MAUDITS baptisée par Verlaine en l'honneur de Rimbaud, Corbière, Mallarmé en dans les années 1880 est louable, généreuse mais n'est pas originale au fond: la malédiction pèse sur les poètes depuis le romantisme qui en avait déjà fait le constat.

Notre cours évoque deux cas assez différents :

-Baudelaire dans son ALBATROS, très précoce dans sa carrière poétique nous montre que le poète est

   -incompris

   -méprisé,

   -maltraité (citez les vers qui le disent)et nécessairement solitaire. Il vit parmi les hommes comme dans un exil, notion et état  que Baudelaire développera, de façon presque métaphysique (on a pu dire qu'il était très proche sur ce plan de Blaise Pascal), pour lui-même (parlez de ANYWHERE OUT OF THE WORLD) et pour les blessés de la vie (LE CYGNE).Mais jusqu'au bout Baudelaire écrira, même pour appeler au VOYAGE dans la mort,pour y trouver du nouveau..

-avec Corbière le cas est plus délicat :il prend à rebours le mythe du voleur de feu en se moquant d'un enfant qu'il fut et qu'il reste. Il dut  se contenter d'étincelles éphémères (ses poèmes) dont personne ne fut durablement éclairé, surtout celles qui lui déclarèrent de l'amour. Personne ne viendra l'honorer dans son caveau. Son art fut un échec mais on ne sait si la faute revient aux autres ou à lui-même ou les deux. Désespéré il songe à sa mort, se parle, se retrouve seul mais dépasse la négativité, le nihilisme en créant une sublime ronde. L'albatros est hué, raillé par les autres; l'enfant (de) Corbière se torture cruellement et son poème est comme un appel sans destinataire.

Chez Corbière c'est la vie aussi qui est jaune mais il a su en un recueil faire une œuvre remarquable qui fait de la critique, de la déconstruction de la poésie une œuvre poétique exceptionnelle.Il a su garder un pouvoir au...poème.


-DÉLIRES II de Rimbaud est ambivalent quant à la question du pouvoir du poète :

   -son retour autobiographique dit à la fois l'ambition qui fut la sienne (alchimie du verbe - à vous avec le cours et le commentaire sur TROUVER LA LANGUE)et son abandon: parle-t-il d'échec ou de dépassement? Il semble critique à l'égard de ses illusions mais

1-c'est oublier les poèmes extraordinaires qu'il a livrés et
2-c'est oublier que cette étape alchimique a permis de passer à celle des poèmes en prose qui seront les ILLUMINATIONS.

(Puisque Rimbaud affirme avoir connu le risque de la folie , sachez que  la folie a touché bien des poètes : le grand romantique allemand Hölderlin, Nerval l'ont connue de façon tragique.)



Notre corpus est réduit et donc notre réflexion incomplète :

SI ON VOUS DEMANDE CE QU'EST DEVENU LE POÈTE français  AU XXÈME( faites quelques promenades sur Google):(à l'étranger citez Rilke, Benn, Mandelstam, Garcia LLorca, Neruda, les poètes de la BEAT GENERATION (Ginsberg)etc.)

  dites

    -que c'est le siècle où la poésie a explosé paradoxalement : on n'a jamais vu autant de poètes et jamais aussi peu de lecteurs de poésie, en France.La popularité d'un Hugo n'a pas d'équivalent au XXème.
 
   -que le pur travail formel est revenu à quelqu'un comme Valéry (CHARMES, LA JEUNE PARQUE)

   -que la dimension magique inspirée de Rimbaud a beaucoup guidé les surréalistes comme Breton-

    -que de nombreux poètes ont choisi l'engagement ARAGON, ÉLUARD);

     -que la dimension incantatoire et presque philosophique revient à René Char; 

     -qu'un certain hermétisme a dominé ( Bonnefoy, Paul Celan) et que la poésie dite , récitée souffre beaucoup en France en comparaison avec d'autres pays (USA,Allemagne, Russie) et que si le poète a encore une place dans la mythologie moderne il n'a plus le pouvoir et le prestige d'un Hugo: il n'y a pas 100 000 personnes à l'enterrement d'un poète aujourd'hui. Mais la tombe de Baudelaire est toujours fleurie...  .

        
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /Mai /2009 08:26

En arrivant devant le prof pour parler d'une des poésies , sortez tous les textes pour l'entretien.


Bien dire tout de suite qu'il est difficile de réfléchir à partir d'un corpus aussi limité
puisque nous n'avons que brièvement la représentation romantique ( LE PÉLICAN de Musset , LA MORT DU LOUP de Vigny, LE PIN DES LANDES de Gautier (qu'on range dans les Parnasssiens) et que nous n'avons pas vu d'importantes images postérieures (le CYGNE de Mallarmé)  mais qu'on peut faire quelques remarques tout de même.....[si vous la connaisssez,vous pouvez  vous appuyer ici sur l'autre synthèse concernant le pouvoir des poètes]


on note évidemment beaucoup de symboles et d'allégories :

-Hugo apprend de la Voix qu'il doit déchiffrer le monde en voyant l'âme divine derrière tout;

-le poème de B est une allégorie qui se "traduit "au dernier quatrain;

-Corbière fait de l'enfant le symbole du poète qu'il est.


on observe que, pour être banales parfois (l'albatros reprend le pin des landes),  ces images sont très personnelles :

- Hugo parle à la première personne;Hugo se pense toujours comme prophète, guide, éclaireur, comme auditeur des faces sombres de l'homme.

-Bien que précoce l'image de l'Albatros annonce bien des déclarations de Baudelaire sur l'homme et la société ( dans MON CŒUR MIS À NU ).




-on comprend que Corbière se parle à lui-même, se persécute ;

-Rimbaud multiplie les JE dans une sorte de bilan.Dimension de rétrospection "autobiographique".

l'image est flatteuse, souvent sacralisante, mais pas toujours:

-on comprend que chez Hugo le poète est un élu, qu'il a une capacité de voyance et d'écoute de la nature animée par Dieu (panthéisme) : dév en vous appuyant sur le texte.

-de la même façon, l'oiseau baudelairien survole, domine les airs, néglige tous les dangers(citez)et donne une idée supérieure du poète.Images de ROYAUTÉ, de SUPÉRIORITÉ.

-si l'on ne tient pas compte de son bilan critique et qu'on en reste à l'idée de la voyance (lettre),Rimbaud semble vraiment un Titan, un voleur de feu, inventeur de verbe.Un alchimiste du Verbe qui veut trouver une nouvelle langue, un VERBE qui recrée la perception du monde OU QUI EN CRÉE UNE NOUVELLE(bien connaître la lettre de la Voyance.

-en revanche Corbière donne une image tragique, désenchantée : l'enfant poète ne fut qu'un voleur d'étincelles. Développez.

-de même Rimbaud paraît sévère envers l'étape sur laquelle il se penche : certains verbes ressemblent à une condamnation( citez), la critique d'une illusion. Mais il a déja franchi un cap : il a commencé et il poursuivra sa tâche immense aves les ILLUMINATIONS.

la mission, la situation  du poète sont variées selon les images:

-Hugo est à l'écoute : il a la capacité de recevoir des signes de la nature (air, eau), il est un medium , un intermédiaire entre le monde et les hommes (citez le poème).

-le poète de CB et de TC est seul : l'un est captif sur un bateau, l'autre dans un tombeau; l'un est torturé par les hommes, l'autre revit tous les abandons des femmes et des amis et en se dédoublant se maltraite ; l'albatros a du génie que ne comprend pas le reste des hommes; l'enfant avait peut-être du génie mais le poète se torture avec des sarcasmes (dans le CRAPAUD, Corbière montre encore une idée dévalorisée de lui-même mais aussi l'insensibilité de la femme qui l'accompagne ce soir-là).

-grandiose était la mission que se donnait Rimbaud (à vous : revoir tous les moyens poétiques, repenser la langue, inventer une langue). Chez lui (lettre de la Voyance),  l'entreprise est risquée et sa voyance a peu à voir avec celle de Hugo : chez Hugo,Dieu parle, le monde attend son messager, interprète; chez R il y a une expérience sur soi, un travail, une recherche.Un risque. Une possiblité de délires, de folie.

=> ce qui frappe dans l'ensemble c'est la solitude inhérente à ces représentations: Hugo se pensant comme intermédiaire est le plus proche des hommes et ses combats politiques le prouvent ( député, adversaire de Napoléon III); mais Baudelaire isole bien l'albatros, Corbière pense à son caveau oublié et Rimbaud ne parle que de lui et semble ne parler qu'à lui-même.


cl : nous avons vu quelles images quelques poètes donnaient  d'eux-mêmes. Il en est d'autres mais le XIXè est le moment (un critique l'a appelé à juste titre l'âge du sacre du poète) où l'on a vu émerger des images très fortes : moment sans doute unique d'élan, d'une certaine reconnaissance  populaire (d'une certaine angoisse aussi, certains grandissant le poète en ayant en même temps conscience d'un risque de rabaissement) que les grands poètes du XXè ne trouveront pas ou de façon plus limitée.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /Mai /2009 16:37


À BIEN SAVOIR AU CAS Où POUR L'ENTRETIEN

IL N'A PUBLIÉ LUI-MÊME QUE LA SAISON EN ENFER (1873) QUI EUT ALORS TRÈS PEU DE LECTEURS. EN 1875,IL LAISSA À VERLAINE ET GERMAIN NOUVEAU DES TEXTES ÉPARS QUI NE FURENT PUBLIÉS QUE TRÈS TARD QUAND IL AVAIT ABANDONNÉ LA POÉSIE DEPUIS LONGTEMPS (IL VOYAGEA D'ABORD BEAUCOUP EN EUROPE À PARTIR DE 1875, S'EMBARQUA POUR L'ÉGYPTE EN 1878 UNE PREMIÈRE FOIS PUIS REPART VERS L'AFRIQUE POUR COMMERCER EN PARTICULIER EN ÉTHIOPIE (LE HARAR)SANS SE SOUCIER DE POÉSIE).
VERLAINE LE FAIT CONNAÎTRE DANS SON LIVRE LES POÈTES MAUDITS ET IL FAUT ATTENDRE 1886 POUR VOIR PARAÎTRE LES ILLUMINATIONS (LE TITRE ET L'ORDRE DES TEXTES NE SONT PAS DE RIMBAUD..) ET UNE PREMIÈRE ÉDITION D'UNE SAISON EN ENFER .UNE RECUEIL(imparfait) DE SES POÉSIES SERA PUBLIÉ EN 91 ET SES ŒUVRES COMPLÈTES EN 95.





PRÉSENTATION:



SITUATION d' UNE SAISON EN ENFER:

-en OCTOBRE 1873, R fait éditer à compte d'auteur UNE SAISON EN ENFER, seule œuvre publiée par lui..Petit livre tiré à 500 exemplaires mais comme tout n'a pas été payé à l'imprimeur il en  reste beaucoup dans des caves....

Le texte, commencé en avril, est violent, difficile à comprendre, radicalement neuf sur bien des aspects. Il fait le bilan critique  d'une expérience sociale, affective et poétique. On pensa longtemps  - à tort - que c'était déjà  un adieu à la littérature parce qu'on  croyait  que les ILLUMINATIONS étaient antérieures ( IL EN ÉCRIVIT CERTAINS TEXTES AVANT PUIS APRÈS LA SAISON EN ENEFER..)

Rappelons qu'à partir de fin 71, avec bien des interruptions Rb et Verlaine ont vécu ensemble (avec des crises d'ivresse, des conflits avec madame Verlaine , des crises entre eux ) et que le 10 juillet 73 à Bruxelles V a tiré sur Rimbaud (bras) qui se rétablira vite. Les spécialistes pensent que  quelques passages de DÉLIRES datent de juin 73. Le plus grand nombre de pages de la SAISON  a été écrit dans le petit village ardennais de Roche ("un trou").

•LECTURE (insistez sur les JE)

•SITUATION DE NOTRE PASSAGE :

La SAISON contient deux passages intitulés DÉLIRES : le premier (I) VIERGE FOLLE "raconte" son aventure avec Verlaine mais rapportée par Verlaine auquel il prête sa voix..

DÉLIRES II nous concerne : le texte se présente comme un récit en prose fixant les étapes de sa récente vie poétique : entre chaque étape et comme pour illustrer telle étape Rimbaud insère des poèmes qui correspondent à ce qu'il a écrit au moment dont il parle. Nous ne verrons que la première étape : ensuite il est question d'hallucinations visuelles et verbales puis du risque de la folie. Il faut avant tout s'arrêter au titre devenu célèbre et utilisé partout, à tort et à travers.

Un mot , en fait, sur les deux titres :

•DÉLIRE : il s'agit en général de trouble mental  (souvent dominé par un verbalisme incohérent), trouble pathologique accidentel et momentané qui correspond à une abolition ou une atténuation de la conscience et de la raison. On devine que cet énoncé est déjà une forme de condamnation.


•ALCHIMIE DU VERBE

VERBE : il faut entendre parole, parole poétique.
ALCHIMIE : pratique qui fascina pendant des siècles et qui rêvait de  transmuter des matières viles  en matériaux précieux  (or) .

On doit comprendre que Rimbaud va nous livrer ce qui furent la matière et la méthode de sa création poétique alors.

 
PROBLÉMATIQUE :VOIR CE QUE RÉVÈLE AU PLAN DE LA CRÉATION POÉTIQUE RIMBALDIENNE CETTE ESPÈCE DE RETOUR AUTOBIOGRAPHIQUE

ANNONCE DU PLAN DE VOTRE LECTURE ANALYTIQUE




  Voyons pour commencer l'histoire d'une de m/ses folies (une parmi d'autres) et envisageons donc

1/SON( "mon") HISTOIRE :la dimension "autobiographique" de ce rapide mais décisif retour en arrière.Biographie seulement de sa création.

(a) Rimbaud  parle d'histoire : il reconstitue donc ici  son passé (récent) de poète & revient sur la période 1871/73 dans laquelle se situe la lettre en mai 71 à P. Demeny ( lettre théorique qu'il ne mettra en "pratique" que plusieurs mois après, à Paris) & la rédaction de grands poèmes et de ceux qu'on appelle DERNIERS VERS ou VERS NOUVEAUX ET CHANSONS. Période parisienne où il a donc pu mettre en application sa théorie de la voyance.

b) le récit elliptique  est au passé : nous avons quelques notations temporelles ( depuis longtemps, d'abord) ; l'imparfait domine avec une rupture nette pour des passés simples qui évoquent un événement qui a  plus compté, celui des VOYELLES et de la lettre à Demeny. On a le sentiment d'une accumulation de faits (depuis longtemps) qui le préparèrent au passage révolutionnaire des VOYELLES.



Pour précisions (entre nous)

 À moi.    L'histoire d'une de mes folies.

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents: je croyais à tous les enchantements.
 

Du début jusqu'à enchantements : Imparfait = valeur temporelle (évidemment : regard vers le passé) + aspect sécant, duratif ( « J'aimais » ; « Je rêvais ») ou itératif( une action dite une fois mais qui suppose une répétition) voire encore duratif  (« je me vantais »).



J'inventai la couleur des voyelles! ( pour marquer le début d’une aventure, d’une rupture)- A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. -Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rhythmes instinctifs, je me flattai (itératif= à chaque fois) d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais (inaccompli pour marquer l’opposition avec ce qui précède) la traduction.

Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable (itératif) . Je fixais des vertiges.



 
(c) même s'il ne s'agit pas d'autobiographie au sens strict LA SAISON EN ENFER et ici L'ALCHIMIE  se penchent donc sur un passé récent qu'il évoque avec lucidité ( une folie, parmi d'autres).

     -Pensons à l'incipit. À moi. Entendons :revenons à moi. Après le couple, après la voix de Verlaine ( dans Délires I), moi C'est à moi ( double sens) : je dois 1-parler. C'est (à)  mon tour ; 2  parler - de ce qui est à moi. M'appartient. Rien qu'à moi.

   -le pronom personnel à la première personne est on ne peut plus envahissant (plus d'une dizaine) : il dit l'état de ce JE  alors. Il était dynamique, énergique, allait de l'avant, ne doutait de rien.


                    - ce JE de naguère  avait  plusieurs attitudes que le poète distingue  a posteriori :

  

   * il avait  de l'enthousiasme : j'aimais, je rêvais, plus actif encore, j'inventai , je réglai..

   * il y avait des défis révélés par des associations de mots : j'écrivais des silences, des nuits +la suite à lire ( à vous).

  * enfin de façon un peu critique : je me vantais, je me flattais; je croyais à tous les enchantements..Il y avait de l'exubérance, de l'orgueil, de l'illusion.
  -dans cette histoire qui se poursuivra par de dangereuses hallucinations, et où il deviendra  lui-même œuvre d'art  ("opéra fabuleux"), nous voyons des moments complémentaires qui donneront ses poésies : ses préférences (§3), ses rêves(§4), ses invention(§5), ses études"(§6).

Le tout dominé par ce JE qui était ALORS  dans un sentiment de toute-puissance et d'invincibilité. Il pensait tout posséder et donner sa possession aux autres. L'expression posséder tous les paysages est explicite : il y a comme la manifestation d'une puissance inédite pour l'homme et même pour les peintres célèbres de l'époque.

Il convient de voir sur cette base ce qu'était


2/ SA MATIÈRE POÉTIQUE : celle qui créait  l'enchantement, celle qui servirait à son ALCHIMIE.

 a) ses refus : citez l. 2 & 3/4 . Il a toujours dit son admiration pour certains (Baudelaire, "un vrai dieu," Verlaine déjà) mais rejetait les romantiques (Musset( "Musset n'a rien su faire: il y avait des visoins derrière la gaze des rideaux: il a fermé les yeux"), Hugo,) les Parnassiens (Gautier, Leconte de Lisle, Banvile (auquel il envoya un poème génialement irrespectueux CE QU'ON DIT AU POÈTE À PROPOS DES FLEURS)): ils sont des voyants au rabais, ils sont risibles.

En peinture on peut imaginer qu'il détestait l'académisme  de Couture, de Gérôme, de Bouguereau (les peintres dits pompiers).

  Où allaient  ses préférences alors? Voyons


b) ses goûts en peinture et littérature: §3
 
lire 5 à 6:
-une longue énumération pour la peinture: qu'aime-t-il alors?

     - Il aime  le déclassé /le négligé, le délaissé, le simple, le maladroit , ce qui n'est pas considéré :

-les peintures peuvent n'avoir aucune qualité , toucher des sujets ineptes, sans noblesse reconnue ou admise (idiotes);

-elles peuvent passer inaperçues ou renvoyer à une époque très éloignée (  l'âge d'or des dessus-de-porte peints est le XVIIIe s., et la France en a donné les modèles. Les lambris sculptés étaient la spécialité de l'époque.)

-elle peuvent être faites vite, schématiques, rudimentaires comme dans les décors et toiles de saltimbanques (Comédien ou marchand ambulant dont la profession est d'amuser la foule dans les foires ou sur les places publiques, avec des acrobaties, des tours d'adresse ou de force, ou grâce à des boniments. Synon. baladin, banquiste (pop.), bateleur (vx), bouffon (vx), charlatan (vx), forain2, jongleur. ).On sait que plus tard Apollinaire chantera LES SALTIMBANQUES (nomades en quelque sorte) et que Picasso les peindra souvent.


-il aimait voir ce qu'on ne voit plus à force d'habitude:  les modestes enseignes de boutiquiers et les enluminures populaires : association de mots qui se veut surprenante dans la mesure où l'enluminure est un art savant (Wikipédions : à résumer

Les termes enluminer, enluminure et enlumineur apparaissent au XIIIe siècle et sont formés à partir du latin illuminare (éclairer, illuminer, et, au sens figuré, mettre en lumière).

Le terme "enluminure" est souvent associé à celui de "miniature". Le mot "miniature" vient du latin minium, désignant un rouge vermillion. Jadis, le terme s'appliquait, de préférence, aux lettres ornementales majuscules (lettrines) dessinées en rouge sur les manuscrits ; puis le rapprochement (sans fondement étymologique) avec les mots minimum, minuscule, s'est opéré, et la miniature a désigné les images peintes, de petite taille, comparées aux tableaux et aux peintures murales (fresques). S'appliquant à toute représentation de format réduit, le terme a donc désigné également les petites scènes peintes sur d'autres objets que les manuscrits.

On peut donc parler de manuscrits enluminés, de manuscrits à miniatures) et que Rimbaud pense sans doute aux livres de lecture de son enfance (qui ont peut-être inspiré le sonnet des VOYELLES: on donne parfois ce mot comme une des sources du mot ILLUMINATIONS, titre de la dernière œuvre de R.) : on sait l'influence qu'il eut sur les surréalistes (photos de Nadja, d'André Breton) ; pas d'art, un minimum de technique, voilà ce qu'il prise..

=>
on peut admettre que des poèmes comme ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK, RAGE DES CÉSARS, LE MAL, sortes d' images d'Épinal*grossièrement colorées appatiennent à cette esthétique.

=>     Nous sommes ici au commencement d'un mouvement qui va dominer le XXème : le regard porté sur le "primitif" comme on disait alors, le populaire et un sentiment de recul par rapport aux formes de l' art dominant. Rappelons la fréquentation du MARCHÉ AUX PUCES par les surréalistes en quête d'objets magiques..

[Songeons à un phénomène voisin au XXeme : la BD, les comics seront repris par de grands peintres ou cinéastes).


-autre énumération pour la littérature :lire 6/7/8/9:l

      -là encore des choses oubliées, lointaines , négligées (cf la question du Temps : citez démodée, aïeules, contes de l'enfance, vieux etc), depréciées, sans valeur aux yeux des "grands "poètes ou du public .Le relégué.

       -également des œuvres qui sont hétéroclites : latin d'église et livres érotiques qui vont peu ensemble,
     -et, très important, les chansons du passé ( refrains /rythmes), formes abandonnées qu'aimait Verlaine aussi, touchant

      -à l'origine (niais, naïf), à l'enfance encore, innocente et ignorante, ou savante d'un autre savoir.


Il aimait donc ce qui est déconsidéré, déclassé. et passe inaperçu. Les refrains naïfs donneront chez lui  un chef-d'œuvre, parmi d'autres,  comme CHANSON DE LA PLUS HAUT TOUR.(voir infra)


c) après ce qui relevait de la vue ( lectures, images) considérons une autre matière si on peut dire : le rêve.[on peut hésiter :comprendre qu'il rêve sur ou qu'il rêve d'entrer ou qu'il se voit entrer , acteur-spectateur, dans ces événements : événements qui ont lieu ou qu'il voudrait voir naître ]. La rêverie sur l'Histoire, des moments de l'Histoire ou l'absence d'Histoire , la rêverie sur des actions qu'il voudrait faire. L'ambition est grande:

-il y a de la violence : croisades, guerres de religions étouffées (donc de force), peut-être violence dans la transformations des  mœurs; déplacements de races qui ne peuvent se faire sans heurts;

-il y a  de l'énergie  inquiétante, étrange (déplacements de races,) ou terrible :  mouvements  de continents (On a l'impression qu''il anticipe sur la tectonique des plaques  et les grands mouvements de migrations etc);

-on note aussi, à l'opposé, le goût du secret, du tu (pas de relations, sans histoires, étouffé), de l'inédit.

Au total beaucoup de mouvements et d'introduction de mouvements dans cet univers assez chaotique. Il y a un côté démiurgique dans ces rêveries. Comme s'il commandait en maître souverain. Il touche à la représentation  classique du monde.

=>Au bout de cette appropriation de "matières" étrangement poétiques qu'il nomme ENCHANTEMENTS (avec une part immense de magie, d'ensorcèlement) il annonce une des étapes de sa /la

3/LA CRÉATION :

a) dans sa rétrospection biographique il télescope 1-le sonnet des Voyelles (dont Verlaine avait une copie en 71 aussi) et 2-la lettre du voyant de 1871 ;

-que dit-il et que fit-il, si on l'écoute ?

    -une tentative qui donna selon lui le sonnet des VOYELLES et qui correspondait à ce qu'il disait attendre du poète voyant dans sa lettre à Demeny.

-1-Les VOYELLES ont donné des centaines d'explications (abécédaire de son enfance, méditation érotique, ou alchimique) et on retient souvent la notion de synesthésie (phénomène d'échange entre les sensations : syn ( avec, ensemble), / esthésie= sensation) rendue célèbre par Baudelaire dans le poème des CORRESPONDANCES (

  Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

  Il est parfums frais comme des chairs d'enfants,
  Doux comme les hautbois, verts comme les prairies.
                                                           v8/9/10)

Le principe de la synesthésie est simple : on peut penser que les sensations s'échangent, échangent leurs qualités, leurs attributs: je vois la couleurs des notes, j'entends la musique des couleurs, je respire une couleur ou un son. Dans le Paris que fréquenta Rimbaud on parlait de ces théories déjà ancienne ( certains voyaient du bleu dans le , du vert dans le sol (sachez que l'un des plus grands musiciens du XXème, Olivier Messiaen voyait ses partitions en couleurs; sachez aussi que, plus tôt dans le siècle , le grand  peintre russe W. Kandinsky tenta une mise en équivalence entre sons et couleurs ). On pourrait comprendre que la forme du A et le son donnent lieu à une couleur sombre, à un son, une odeur que résument pour lui  les mouches...



b) Mais ici dans notre texte, R qui se souvient va encore plus loin: il affirme comme jamais avant qu'il s'attacha aussi aux consonnes ( forme ( des lettres) et mouvement musical sans doute): en outre il associe le calcul (réglai) et l'improvisation (sur des rythmes instinctifs) [Il est possible qu'il en rajoute dans l'impossible pour marquer son échec].Il était au cœur de l'alchimie du verbe, ce qu'on comprend encore mieux avec la suite :


2-avec cette tentative des VOYELLES il lie l'effet qu'il en attendait ( un verbe poétique accessible) et il reprend son ambition du voyant  telle qu'il l'exprima dans sa lettre prométhéenne à Demeny : voleur de feu, il désirait (lettre du Voyant :citez absolument le fondamental) "Trouver une langue;" souvenez -vous de la suite


-Du reste , toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra! (...)"Plus loin.

"Cette langue sera l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs (...) "(oubliez la suite: "de la pensée accrochant la pensée et tirant.").

On voit bien l'ambition (de tradition) spiritualiste que confime notre texte : par l'alchimie de son verbe, il songeait donner une langue qui serait une sorte de connecteur (le mot nest pas beau) sensible qui pourrait offir une équivalence à tous les sens. Un échangeur : son verbe ,  sans s'abolir comme verbe deviendrait musique, image, couleurs etc. Une légère différence entre les deux textes : dans la lettre du Voyant, il parlait de langage universel, donc de traductibilité permanente pour tous; ici il semble avoir voulu garder la clef, la traduction. L'époque de la langue universelle n'étant pas encore venue : il l'annonçait seulement   pour un jour ou l'autre...

c) fort de ces choix esthétiques, de ses ambitions, de ses illusions semble-t-il dire, il s'est alors lancé dans ce qu'il appelle une étude : moment initial de sa trajectoire poétique de ces années. Comme il le disait dans la lettre il est prêt à tout (ineffable torture): mais ce qui nous interesse surtout c'est ce qu'il fit selon lui au plan de l'écriture poétique.

Les deux dernières phrases sont éloquentes  avec une sorte de rythme ternaire (je/je// je mais la dernière phrase, autonome,  est tout de même mise en valeur, fortement) fondé sémantiquement sur  un grand nombre d' alliance de mots antithétiques mettant en valeur la recherche de l'impossible, de l'absolu, recherche qu'il semble avoir accomplie:

-écrire des silences : mettre en mots ce qui est sans mots, sans bruit, inaudible. Trouver des mots qui seraient eux aussi silence...Donner sans doute aussi une importance concrète aux blancs dans un texte ( ce que fit Mallarmé).

-écrire des nuits : non pas les décrire, les écrire, donner la sensation du nocturne ..

-noter l'inexprimable: nouvelle contradiction plus haute : rien du monde , sensible et spirituel ne lui échappait : il exprimait ce qui ne peut l'être ; il abolissait les contraires, la langue poétique pouvait tout.

Enfin, dans le même ordre d'idée

-fixer des vertiges : la grande ambition de l'art . Fixer un mouvement mais en donnant l'impression sensible  des deux mouvements  contraires ( Breton reprendra la figure avec explosante fixe devenue morceau de musique chez Boulez: voici le texte de Breton dans L'AMOUR FOU: "La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas." ).

  On a compris que la recherche , l'étude de R portait sur ce qui semble l'impossible à cause des limites de l'homme et de son langage.

  On comprend aussi que l'étape suivante (que nous ne commentons pas) de DÉLIRE II porte sur les hallucinations simples ( "une école de tambours faite par des anges", "un salon au fond d'un lac" ( vous tenez là une grande partie de l'art moderne(peinture et photo)) et qu'il parle en termes d'hallucinations des mots. Provoquées par des mots.

cl : cet incipit de DÉLIRES II est passionnant et instructif: R revient sur un passé récent, il définit ses rejets, son esthétique et ses ambitions poétiques. Il semble bien sceptique sur cette période.Il va  abandonner  toute poèsie versifiée : il va se livrer aux poèmes en prose qui donneront les ILLUMINATIONS . Le passage suivant de DÉLIRES II commence ainsi : LA VIELLERIE POÉTIQUE AVAIT UNE BONNE PART DANS MON ALCHIMIE . On voit combien la critique est sévère.

À la dernière lgne de DÉLIRES II, il conclut sobrement , après son sublime poème O SAISONS, Ô CHATEAUX!:

CELA S'EST PASSÉ. JE SAIS AUJOURD'HUI SALUER LA BEAUTÉ. Il lui a donc  fallu
passer les épreuves narrées dans  DÉLIRES II.



( sachez naturellement qu'il renoncera assez vite à la littérature POUR PARTIR EN ÉTHIOPIE , ENTRE AUTRES  mais que dès les brouillons de la SAISON EN ENFER  il avait écrit l'ART EST UNE SOTTISE)


SI ON VOUS DEMANDE QUELS POÈMES ILLUSTRENT CETTE ÉTUDE, CETTE PÉRIODE CITEZ UNE RÉÉCRITURE DU POÈME LARME que Rimbaud transforme et À QUATRE HEURES DU MATIN , L'ÉTÉ



VOICI LE PREMIER, que les rimbaldiens trouvent moins bon que le texte original (R a peut-être travaillé de mémoire, n'ayant pas sur lui son poème)

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Que buvais-je, à genoux dans cette bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Dans un brouillard d'après-midi tiède et vert ?


Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
— Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert ! —
Boire à ces gourdes jaunes, loin de ma case
Chérie ? Quelque liqueur d'or qui fait suer.


Je faisais une louche enseigne d'auberge.
— Un orage vint chasser le ciel. Au soir
L'eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares ;


Pleurant, je voyais de l'or — et ne pus boire.

RAPPEL


Voyelles

Arthur Rimbaud (1854-1891)

***

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
 



Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 04:19



à savoir : à placer (vite) dans la présentation du poème


LE RONDEL est un poème à forme fixe très pratiqué au 14, 15, 16ème siècles et comprenant en principe 13 vers construits sur deux rimes
et 3 strophes :un q à rimes embrassées, un quatrain à rimes croisées, un quintil formé d'un quatrain à rimes embrassées et de la reprise du premier vers du poème ; en outre les deux derniers vers du second quatrain répètent les deux premiers vers du sonnet. Les rondels de Charles d'Orléans sont célèbres ET ON PEUT VOIR QUE CORBIÈRE PREND BEAUCOUP DE LIBERTÉS AVEC CETTE FORME.

RONDEL de Charles d'Orléans :


QUAND J'AI OUY LE TABOURIN
POUR S'EN ALLER AU MAY
EN MON LIT FAIT N'EN AY EFFRAY
NE LEVÉ MON CHEF DU COISSIN

EN DISANT: IL EST TROP MATIN,
UNG PEU JE ME RENDORMIRAY,
QUAND J'AI OUY LE TABOURIN
SONNER POUR S'EN ALLER EN MAY

JEUNES GENS PARTENT LEUR BUTIN:
DE NONCHALOIR M'ACOINTERAY,
À LUI JE M'ABUTINERAY;
TROUVÉ L'AY PLUS PROCHAIN VOISIN,
QUAND J'AI OUY LE TABOURIN.


SITUATION biographique:  Corbière fut un des poètes maudits auxquels Verlaine rendit hommage dans son  livre éponyme, en 1884. [le roman À REBOURS de JK HUYSMANS FIT aussi BEAUCOUP POUR SA DÉCOUVERTe].  Vie très tôt brisée par la hantise de sa laideur( dites que nous avons lu le CORBEAU) , la maladie, originalité et excentricité (de dandy*) incomprises du commun des hommes, œuvre publiée à compte d’auteur, amours impossibles, tout est signe de malédiction dans cette existence fort brève : né en 1845, Corbière s’éteint en 1875.



•SITUATION de notre texte

    Le poème
de décasyllabes que nous allons lire est le deuxième de la dernière section des Amours jaunes [pourquoi jaune? Aimer jaune comme on rit jaune..] : «Rondels pour après» (pour après la lecture des autres poèmes) : huit textes légers, aériens, musicaux mais aussi funèbres. NOTRE POÈME EST LE SEUL À REPRENDRE COMME TITRE,  LE TITRE DE LA SECTION.

•LECTURE

• un mot sur le titre . Le choix est à lui seul remarquable : Corbière  insiste sur la forme, désuète (rappelez ce qu’est un rondel* supra),  comme si elle l’emportait sur le  fond, ou comme si elle lui préexistait : en effet, les sonorités R et EL déterminent les rimes, masculines en -ouR, et les rimes féminines en -ELles (qui rappellent Marcelle, pseudonyme d’Herminie, la femme aimée) : le poème semble jaillir du titre et partiellement aussi d'une fable de La Fontaine : L'OURS ET L'HOMME EN SON JARDIN..

•ENJEU /PROBLÉMATIQUE: ce texte paradoxal, pétri de contradictions ne peut-il se lire comme  une berceuse amère?
    
•ANNONCE DU PLAN : une berceuse, une berceuse cruelle qui révèle beaucoup sur le poète.

                     
I- UNE BERCEUSE :

1- Par son sujet:

- le destinataire est un enfant/tu , il fait noir, et dors revient 3 fois;

- on a la présence féminine attendue (en attendant venir toutes celles), tandis que la possibilité d’une venue masculine est rejetée dans le quintil. (On peut penser à la berceuse bretonne TITOUIC , dans laquelle la mère fredonne : «ton père est au loin et ta mère est ici qui  veille  son enfant chéri»).

- la parole adressée à l’enfant, avec l’impératif dors (qui rappelle les dodo l’enfant do dont Corbère fit un poème, le suivant de celui-ci), mais un impératif sans brusquerie : les points de suspension ou les deux points donnent (en apparence) un  prolongement doux à la demande.


2-  Par sa musique (il est d'ailleurs beaucoup question d'entendre dans ce poème): une berceuse repose sur le principe de répétition. Or, les répétitions sont nombreuses:

-avec le refrain citez
-les anaphores non seulement dors mais entends-tu
-les répétitions : v2+v 4 citez
-on est frappé par l'économie des moyens utilisés : ainsi nous avons peu de mots nouveaux placés en début de vers.

Surtout on est frappé par l'omniprésence du pronom personnel ou impersonnel (il- citez) qui renvoie aux nombreux elle.

II- Berceuse contrariée, cruelle:

1- un berceuse apaise les angoisses d’un petit enfant. Celle-ci les cultive au contraire.

certaines de ces angoisses sont dues au Temps  :

Il fait noir, dit la voix à l’enfant. Voilà une phrase inattendue dans une berceuse, où il s’agit de rassurer l’enfant  de la peur du noir. Le “fais dodo” devient un “il fait noir” terrifiant.

__>d’autant plus que cette nuit ne sera pas suivie d’une aube salutaire : il n’est plus de jours, il n’est plus de nuits. Nuit et jour  sont confondus  dans un temps indéterminé dont on comprendra à la troisième strophe qu’il s’agit du temps de la mort.

Mais même l’éternité se brouille: on se dit en v3 que l'attente est possible : elles vont venir . Qui? : l’antithèse celle qui disaient jamais, qui disaient toujours se résorbe dans une équivalence :celles qui disaient JAMAIS JE NE T'AIMERAI, saisies de remords ou celles qui 
promettaient un amour éternel (JAMAIS JE NE T'ABANDONNERAI & TOUJOURS JE SERAI LÀ).
 
Bref  celles qui  ont trahi leur parole ou changé d'avis  vont-elles venir? Par sa question le locuteur entretient l'espoir : mais le vers couperet tombe brutalement : citez 7.C'est irrémédiable.


         
l' univers de cette berceuse est celui de  la négation    (v. 2, v.5( entretenant une illusion), v.10) qui se dessine, bien éloigné de l’atmosphère de la berceuse. On prend mieux la mesure négatrice de la consonne N au commencement de NOIR, tellement répété.

• En réalité, on comprend peu à peu que l’enfant est mort et que la berceuse l’invite à accepter le néant, le sommeil de la mort  : il s’agit d’un texte d’une cruauté sans pareille. Ce que l’on ne pouvait que deviner dans le quatrain s’affirme au début du quintil : les caveaux étouffent les voix de l’extérieur : le faix d’immortelles (
aux couleurs or solaire, grenat, blanc) est le bouquet de fleurs dérisoire qui a été posé sur la tombe.

  Ou bien, autre hypothèse, cette cruauté est une forme de l'amertume  : le poète est l'enfant, il se projette en lui,  il se parle  comme s'il faisait le bilan d'une vie avortée, volée, à peine commencée et le caveau est l'enfermement dans la solitude..


2- Comme pour blesser plus encore l’enfant, ou lui-même, le poète  insiste sur sa solitude irréparable

•Le  texte repose sur une  gradation : à l’attente des femmes (v.3) succède la certitude que les amis ne viendront pas. A la différence de l’amateur de jardins de la fable de La Fontaine, l’enfant n’aura même pas des ours pour amis.

•Cette solitude  s’exprime aussi à travers une gradation décroissante sonore : aux voix des femmes qui disaient  fait place la perception difficile mais possible des pas (ils ne sont pas lourds) , alors que dans le quintil, même ce léger frôlement ne sera pas possible : les caveaux, personnifiés, tout-puissants, sont sourds (v.8). Et les ours ne feront pas de bruit en jetant leur pavé...

Seul bruit, le murmure d'une berceuse désenchanteresse...

                       - Solitude due  à l’amour, dont il est question à travers les figures féminines dans toutes les strophes, à travers les femmes attendues, mais traîtres à leur parole, à travers l’Amour, ailé, volage, fugitif, insaisissable,  ou encore par le truchement des demoiselles, qui suggère l’image de jeunes filles.


                      - Solitude due à l’amitié : le poète n’aura même comme le vieil homme amateur de jardins de la fable de La Fontaine, l’espoir d’avoir un ours pour ami. Sa solitude est irrémédiable.


  Ce n'est pas tout. Le poème surenchérit :

3-la berceuse chante l'impuissance & presque punition du poète (qui est l')enfant



- nous sommes évidemment frappés par voleur d'étincelles qui clôt d'ailleurs (tragiquement) le poème. Corbière a aimé cette idée et il en a fait de nombreuses et belles variations cf beau décrocheur d'étoiles; chevaucheur de rayons.

-dans tous les cas  on s’aperçoit qu’elle est fort ironique : le voleur d’étincelles rappelle en miniature le voleur de feu qu’est Prométhée, le titan qui  vola le feu aux dieux pour le donner aux hommes, qui se dressa contre le volonté de Zeus.  Mais le Titan  n’est qu’un enfant pitoyable, enfermé dans la nuit du caveau : il ne peut s’éclairer ; comment pourrait-il éclairer les hommes ? Ce ne sont qu’étincelles, faibles éclats mourant aussitôt. Éphémères comme les amours, les amitiés. Et ne servant à rien dans le noir.

On comprend encore mieux que le poète est l'enfant. A la figure grandiose du Titan s’oppose donc implicitement  la fragilité du poète-enfant, qui ne saurait servir d’intermédiaire entre  le monde des dieux et celui des hommes. Le refrain est d’ailleurs ironique par l’antithèse entre le noir et le voleur d’étincelles vite absorbées...par la nuit.

Le poète voleur d'étincelles est puni en la figure de l'enfant car son œuvre ne servit à rien. Pas d'auditrices fidèles, pas de postérité poétique.

Ici le poète s'est donc  dédoublé : la voix est double avec, si l'on peut dire,

- d'une part une voix muette dorénavant, celle de l'enfant devenu muet lui qui chantait comme un  feu d'artice que personne ne prit  au sérieux.
-l'autre celle qui écrit, dit le poème qui chante encore ce pathétique grinçant parce qu'elle s'adresse à elle-même.Voix condamnée à se parler à elle-même, à se moquer d'elle. Son inspiration ? La mort d'un poète..

L'enfant est silencieux, il avait, avant, l'initiative avec ses étincelles (ses mots) : le poète ne peut qu'ironiser sur son attente passive (il dépend du caprice des visiteuses) et sur sa parole inentendue. On entend certes des voix : seulement celles des femmes perdues, qui ne reviendront jamais.



III-  Un texte pétri par les contradictions et qui en dit long sur Corbière:

1- opposition entre la forme et le fond:

- contradiction entre la légèreté de la forme  &  sens  amer du texte : le rondel est une danse.

- contradiction même entre le sujet (enfant mort) et l’existence même du poème (on lui parle comme s’il était encore vivant).

  2-contradiction sémantique :entre le sens positif des mots et leur valeur réelle.

Ainsi demoiselle peut signifier les  jeunes filles mais aussi les mouches, surtout si l'on  poursuit le rapprochement avec la fable de La Fontaine :  Ils ne viendront pas tes amis les ours a donc deux sens :

 a- rassure-toi,  les ours ne viendront pas te casser la tête en  jetant un pavé pour chasser les mouches  :

 b- personne ne viendra chasser les mouches nécrophages qui se poseront sur toi.

Un sens est
rassurant  ;  l’autre est angoissant  ; l’un est poétique —d’autant plus qu’il rappelle un autre poème,celui de La Fontaine—, l’autre est macabre.

Mais la solitude s'accroît : tu ne seras pas vengé de tes amours malheureuses.Car dans le jet de pavé on peut aussi deviner un désir secret de talion.

3- opposition thématique : selon le motif   légèreté/ pesanteur

     Tout le texte joue de cette dualité :


    • par les rimes, où s’opposent les rimes féminines : étincelles, celles, ailes immortelles, demoiselles sont des mots aux valeurs positives, aériennes, qui s’opposent avec les rimes masculines en ours (ours, plus de jours, toujours, lourds, sourds) et qui mettent en valeur des mots exprimant pesanteur, maladresse, surdité.

   • dans le corps du texte : Corbière ne cesse d’y revenir :

-d’un côté, il insiste sur la légèreté : ils ne sont pas lourds, les pieds légers, ailes ; il pèse peu.

-d’un autre côté, au contraire, il introduit un  terme en contradiction avec les premiers, qui exprime un poids écrasant : les caveaux,

- à l'inverse ce qui devrait faire poids faix est léger (le faix d’immortelle (qui se lit comme un oxymore, l’immortelle au contraire du faix étant une fleur très légère)) et le pavé ne sera pas lancé..;.


   -la contradiction est assumée durement par le vers initial qui en refrain vient sanctionner toute illusion:

-ainsi en tercet : après le mot légers, il utilise un point d’exclamation et le tiret long, puis après ailes des points de suspension qui donnent un espoir . Le lecteur tombe de haut alors. IL fait noir.... La cassure est terrible.        

            


[4- Même dans la ponctuation : le texte  alterne points d’exclamation martelant brutalement le chant,   et  points de suspensions doux, qui créent des silences ou  qui poursuivent la parole qui vient d’être émise. On s’aperçoit que tout l’arsenal de la ponctuation est utilisé dans ce poème (montrez-le)]


=>   Même la cruauté du poète, qui s’abat sur son double régressif, feignant  de le consoler pour mieux le narguer a son envers, son contraire  : puisqu’aucun espoir n’est permis, il ne reste vraiment qu’à dormir, à accepter la mort, à laisser la conscience sombrer dans le néant, préférable aux lointains et pitoyables échos de la vie : être dans la tombe c’est redevenir enfant, retrouver un univers utérin, ce noir qu'il n'aurait jamais dû quitter....Malgré le sarcasme ce poème dit une libération-tragique.

 

cl:    En un texte très court, et très répétitif, sorte de ronde d'enfance
douloureuse, sorte d'étincelles dans la nuit , Corbière parvient à une richesse sémique remarquable (affirmations réversibles, tensions, tons contradictoires, jeu entre la forme et le fond), à une variété de tons ( douceur, ironie, cruauté , douleur dans le sujet  de l’enfant mort) et de formes (quatrain, tercet, quintil). Dans ce poème cruel et tendre à la fois, mélodieux et grinçant,  Corbière, en s’acharnant sur l’autre, s’acharne sur lui, le déjà presque mort, le pas encore résigné à son sort. Mais les sarcasmes sur l’enfant-poète auront révélé un grand écrivain, d’une musicalité extrême.

Seule immortalité possible pour Corbière,  celle des fleurs   (immortelles) aux couleurs or solaire, grenat, blanc? Non. Il a été enfin entendu.


AUTRES PROBLÉMATIQUES :

  -montrez le pathétique/le tragique/ de ce poème.

  -quelle image ce RONDEL donne-t-il du poète?



Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 05:15
     Ce poème des Fleurs du Mal ne figurait pas dans la première édition de 1857; il a été introduit dans  celle de 1861, en deuxième place, après le poème «Bénédiction». D’après les diverses sources dont on dispose, on pense qu’il s’agit d’un poème de jeunesse, écrit en 1841 ou 42,  sur le pont même du bateau qui devait emmener Baudelaire vers les Indes. Son beau-père, le commandant Aupick  estimait qu’il menait une vie trop dissipée et qu’un voyage lui serait salutaire.
        A l’origine, ce poème ne se composait que de trois strophes ; la quatrième est postérieure et aurait été ajoutée à la demande d’un ami,  Asselineau, qui éprouvait une vive admiration pour  Gautier et son «Pin des Landes».
    Ce poème rappelle aussi beaucoup un poème de jeunesse de V. Hugo, intitulé «le Génie» et dédié à Chateaubriand. Il y exalte la stature du grand homme qui, tel l’albatros, plane, inaccessible aux mesquineries humaines.

[entre nous : ayez en tête l'idée qui sera peut-être utile dans votre passage : il s'agit d'un texte de jeunesse que CB ne renie pas puisqu'il le publie en 1861. Mais il est évident que cette allégorie reprend un poncif littéraire dominant chez les Romantiques et qu'il en est conscient.]
Lecture

 NATURE DU TEXTE Ce poème a une facture simple : il se compose de quatre quatrains d’alexandrins aux rimes  croisées . Les trois premiers quatrains menent doucement au dernier qui consacre l'allégorie. On aura noté le passage des pluriels aux Q1+2 au singulier : ce voyageur ailé.

ENJEU :nous nous demanderons  en quoi ce poème est une allégorie  (explicitée) sur le poète  et ce qu'elle signifie.

ANNONCE DE VOTRE PLAN :



I- Un texte qui donne l'impression de relater une expérience personnelle mais qui prend assez vite une dimension allégorique.

1- Des faits authentifiés:

--> confirmés par d’autres témoignages : le docteur  Yann, chargé de mission en Chine, publie en 1855 la relation du voyage qui, en 1844, l’a fait relâcher à l’île de la Réunion. Après avoir quitté l’île, il voit pétrels et albatros s’abattre dans le sillage du  vaisseau.

--> bien des éléments dans le texte donnent cette  impression d'authenticité  :une sensation de chose vue, à plusieurs reprises.

- le choix du mot  brûle-gueule qui sonne comme familier ici au marin.


- les temps des verbes: c'est souvent le présent,  qui donne au texte (surtout au q3) l’allure d’un "reportage" plus que d’une allégorie, même si ce présent favorisera le glissement vers  l’allégorie dans la dernière strophe où il devient présent de vérité générale.

- le ton : ce poème qui prend  l’allure d'un petit récit dans les deux premières strophes  devient très oral dans la troisième.

2-mais c'est tout de même peu car simultanément s'impose  le sentiment d'une allégorie discrète dans les trois premières strophes:

a-- seul le dernier vers du q1 donne une dimension symbolique au texte,  mais le glissement  symbolique n’affecte pas directement les albatros mais la mer, désignée par les gouffres amers.


b--  on assiste à la personnification progressive de l’oiseau:

*à travers les multiples périphrases qui  le désignent :   compagnon de voyage peut désigner aussi bien un homme qu’un animal. Mais, dans le deuxième quatrain rois de l’azur est plus explicite : le troisième q. comporte deux périphrases, placées de façon symétrique à l’ouverture et à la fermeture de la strophe : ce voyageur ailé, et l’infirme qui volait.

*à travers des termes qui évoquent l’attitude de l’albatros :
= maladroit, honteux,  gauche, veule;

*à travers  une comparaison, qui suggère que l’oiseau est comme un homme tenant des avirons (8).

        Cette personnification se fait donc à deux niveaux, à travers l’aspect physique (infirme) et les sentiments (piteux, honteux, veule), à travers le glissement subtil du pluriel au singulier qui prépare l’analogie  finale avec le poète.

3- dans la dernière strophe,  le rapprochement est explicite:

 
*il se fait à travers une comparaison : le Poète est semblable au prince des nuées


* il se fait  également en deux temps v13+14 (les éléments glorieux) puis 15+16 ( les malheurs de l'oiseau poète):

avec une expansion de ce que ne disaient pas tout a fait les 3 q quand il est dans son élément, avant sa captivité, avant notre scène, tout le temps en principe donc, l'oiseau a des qualités extarordinaires qui lui permettent de défier l'adversité (v14). Il “hante la tempête et se rit de l’archer” :  il n’est plus seulement indolent , il a gagné une  nouvelle vigueur ; il n’est plus comique, c’est lui qui se rit de l’archer : c’est un être impavide et  que l’on ne peut atteindre, noble et libre, qui se joue des dangers naturels et humains. Il semble avoir une superbe maîtrise, qui fait de lui un être inaccessible.


•il se fait encore par le jeu de correspondances avec les autres strophes :

- sur le sol rappelle sur les planches,

- huées fait écho à comique  ;

-empêchent de marcher à infirme;


On ne sait même plus à qui se rapporte la dernière proposition, à  l’animal, ou au poète qui serait d’une certaine façon animalisé  (gardez en tête l'anacoluthe).


Vous pouvez néglige ce point
*C’est alors que l’albatros est comparé au poète que les termes qui le désignent  sont les plus valorisants :
    - prince des nuées rappelle rois de l’azur mais avec une douceur dans les mots qu’on n’avait pas auparavant, comme si l’oiseau avait retrouvé une nouvelle virginité.
     - les grandes ailes blanches sont devenues des «ailes de géant».




Il convient dès lors de comprendre ce que signifie cette allégorie:

II- Une parabole sur les hommes et le poète :

1- Sur la cruauté des hommes:

a- Cette cruauté  est dramatisée :un petit théâtre (planches) qui prend valeur de théâtre social.

      *particulièrement dans la première strophe
:

 Leur violence est mise en valeur par le rejet du verbe et de son complément qui crée un effet de surprise [ d’autant plus marqué que le verbe prennent est placé sous l’accent :     Pren/nent des albatros//].

  La cruauté de cette prise est renforcée par le fait que le verbe  prennent commande un  très long complément, [qui  se développe dans un mouvement d’ouverture spatiale, en plan large : la strophe passant ainsi du plan  rapproché (des hommes d’équipage prennent des albatros), au  plan large (qui suivent le navire), au panorama  (glissant sur les gouffres amers) : l’univers s’élargit jusqu’à l’infini, rendant l’action du début plus mesquine encore : le monde se déploie dans l’immensité tandis que les hommes se satisfont de petitesses, qu’ils réduisent les vastes oiseaux des mers (l’hypallage—ce sont les mers qui sont vastes, cet adjectif ne qualifie pas habituellement un oiseau) à cette petitesse des planches].

Au terme de la strophe nous relisons le premier vers avec amertume :  souvent indique que cette cruauté est habituelle ; pour s’amuser  témoigne d’un certain sadisme du jeu.

      Dans la deuxième strophe, c’est la notation de temps placée à l’attaque  qui dramatise l’événement :  A peine les ont-ils déposés sur les planches/ tandis que la conjonction que (v6) au début du vers elle aussi  fait comprendre que la transformation est immédiate, ce que rappelle  dans le troisième quatrain l’adverbe de temps naguère, opposé au présent du verbe être, ou l’emploi du verbe volait à l’imparfait ( de durée) (v. 12).

b- la cruauté du sort qui leur est réservé est dégagée par les nombreuses antithèses :rien que leur nombre élevé fait sens ( deux mondes qui n'ont rien en commun)

-6=rois de l’azur / maladroits et honteux ; on leur inflige une humiliation qui est renouvelée en

-9 avec voyageur ailé / gauche et veule ;


-10= si beau / qu’il est comique et laid (antithèse ici  redoublée)

autre antithèses:

-7= piteusement / leurs grandes ailes blanches,  dont la blancheur  rappelle la pureté & la nature royale ;

-12=l’infirme /qui volait .

c- Surtout, elle est de plus en  plus marquée :

Dans la troisième  strophe, où l’on découvre la nature des amusements évoqués dans le premier hémistiche du poème, elle atteint son paroxysme  : tantôt les hommes en mettant de force le brûle-gueule dans la gueule de l’animal  lui donnent une apparence humaine mais dégradante ; tantôt au contraire, ce sont eux qui  imitent les  albatros, pour les railler. Le mot brûle-gueule désigne familièrement la pipe à tuyau très court  mais suggère aussi la brûlure.


- l’emploi des pronoms alternatifs, l’un l’autre, laisse entendre une multiplicité des sévices. La fausse humanisation de l’albatros par les hommes d’équipage qui  lui  mettent une pipe à la bouche, toute dégradante, s’oppose à la personnification qu’opère le poète et qui grandit l’animal.

- les  exclamations vont dans le sens de la cruauté: on croit entendre les moqueries des marins renforcées
                     - par les allitérations en /K/ : comme, comique qu’il bec avec qui et en /g/ (gauche, naguère, agace, gueule)


                                         - par le rythme très haché des phrases : on a ici trois phrases alors que les autres strophes n’en comportent qu’une, soit deux propositions (ici cinq propositions):

                                           [ [- par le rythme des vers :
com/me il est gauche et veule

 Lui,/ naguère si beau]

On a presque l'impression que l’auteur du poème, le Poète, en est venu lui-même à s’identifier aux marins, et à partager leur mépris et leur amusement cruel.

2- L’albatros- poète:

Du poète il sera peu question  dans tout le poème : et même dans la dernière strophe, où la plupart des termes employés rappellent encore l’oiseau. Il faut donc maintenant interpréter bien des aspects

a-les attributs et les domaines de l'oiseau sont tous loués car louables :

son domaine est double et prend des valeurs symboliques : l'air qui lui confère la liberté de mouvement;  l'eau dans laquelle il sait plonger même si les gouffres sont amers (ils ne le sont que pour les hommes) tandis que l'homme est voué au sol (planches) et au feu destructeur (brûle-gueule): dans ce poème, la question de l'espace est capitale. Illimité pour l'oiseau et restreint pour les hommes. Et de plus, élevé. Des déplacements sans risque dans l'air et au sein de la mer. Une double capacité : horizontale et verticale.;

 • sa grandeur:
      =>qui apparaît entre autres avec vastes, grandes, géant :  elle donne l’impression d'aisance, de supériorité, de noblesse   (dite en plus avec les titres de roi et de prince ) accentuée


* par le maintien du /e / caduc (muet) qui donne aux mot des finales rêveuses et douces ( vastes oiseaux, grandes ailes),

* par la disposition des adjectifs de part et d’autre du mot ailes,

* avec l’assonance en  /an/ qui  équilibre les adjectifs.

•la dimension morale est omniprésente : une puissance sans violence.

* l'albatros est un être pacifique : qui vit au milieu des hommes sans leur nuire (il ne fait que les suivre, il est indolent en un premier sens : sans vitalité, lent, nonchalant (le côté rêveur du poète), sans la moindre agressivité), et sans répliquer à leur violence :  il est un compagnon indolent (deuxième sens : insensible) qui ne connaissait pas la souffrance avant d’avoir été attiré sur le bateau.

la dimenson esthétique est peu présente dans les mots (sauf beau) mais on la comprend par antithèse : maladroit 6, gauche 9, alors qu'il est naturellement, quand il est dans son élément,  élégant, harmonieux. On comprend ici la vérité de la comparaison : ce n'et pas le poète qui est beau c'est le poème qu'il donne, les œuvres qu'il offre aux hommes qui ne les entendent pas...

Bref le poète est un être souverain: il ne craint rien quand il est dans son univers : ni le tohu-bohu de la tempête (il est capable d'expérience vertigineuses (les gouffres amers ne le sont pas pour lui)), ni la flèche de l'archer que je crois assimilée à la foudre dans la tempête: il ne craint pas l'éclair de l'illumination, ses risques pour sa santé mentale.[Si on vous interrompt dites que le prof est responsable de cette interprétation exagérée...]

Mais toutes ces qualités se retournent contre lui et deviennent un handicap et en font presque un martyr:en tout cas il devient

b- Un être inadapté au monde terrestre:

  *en exil  sur le sol : son domaine est l’air, celui des nuages ( grand poème en prose de Baudelaire) et plus tard le poète donnera une image plus tragique encore avec ANYWHERE OUT OF THE WORLD (PETITS POÈMES EN PROSE) =sachez dire avec le poème en prose ANYWHERE  et LE CYGNE que l'exil pour CB est

  -ontologique: il se sentira de plus en plus exilé dans la Vie, dans le monde et ce sentiment d'exil le rendra compatissant pour toutes les victimes de cette vie (LE CYGNE - à vous de l'avoir lu). Dites qu'il en viendra à souhaiter dans LE VOYAGE, un monde, la mort où il pourrait trouver du nouveau.


  *ON A DIT LE PARADOXE :  ses ailes de géant l’empêchent de marcher, chute du poème qui dit l'essentel : c’est  son talent qui lui nuit. Ce qui par contre-coup éclaire aussi sur le reste des humains incapable de beauté et d'idéal.



 *les termes disent la passivité à laquelle on le condamne : ils font de lui un être passif : exilé, il est le COD ( complément d'objet direct, réduit à la lettre l') du verbe empêcher (ON PEUT VOUS DEMANDER DE RECONNAÎTRE UNE ANACOLUTHE). COMPRENONS LE SENS : son génie inadapté à son corps d’homme l’aliène au monde. Il a trop de choses dans son souffle, dans ses envols pour supporter un corps terrestre, condamné au milieu solide, étriqué.

c- Inadapté aux  hommes, il en est  incompris:


- au milieu des huées  : la sort du poète est celui d’une solitude absolue, d'une séparation totale auxquelles s’ajoute un sentiment de persécution. Le contraste entre  le monde aérien qui est le sien et celui des hommes se lit dans l’opposition implicite entre les hémistiches des vers internes : l’être qui se «rit de l’archer», est  désormais au «milieu des huées». Il facile de comprendre ces huées et leurs formes quand elle vise le poète : on ne l'édite pas, on le censure, on lui fait des procès (comme se sera le cas pour B lui-même), on le ridiculise dans les journaux, on moque ses allures, ses frasques.(Ainsi les dandys ont été moqués : B rêvait d'écrire un livre sur ce sujet).

- la comparaison avec l’oiseau laisse penser que la nature du poète est plus proche de celle de l’oiseau que de celle de ses véritables semblables les hommes. Il entre en correspondance avec la nature. Sa royauté est d’ailleurs [si on vous cherche des poux sur CB & la nature sachez dire que l'idéalisation de la Nature chez lui, sublime dans le poème LES CORRESPONDANCES (vos classeurs) n'a pas été continue , loin de là: il fera l'éloge de l'artifice en tout (maquillage) et surtout en art] .


cl:      Dans ce texte le jeune  Baudelaire partage avec ses maîtres en poésie (Hugo, Gautier) le goût de l’allégorie, de l’illustration du sort du poète. Comme eux, il éprouve un sentiment d’identité avec la nature, et comme dans le «Pin des Landes», illustre l’ingratitude des hommes pour le monde qu’il fait sien sans ménagement. Mais, bien plus que chez ses devanciers, la fracture s’approfondit: Hugo  se sentait en harmonie avec les arbres, les fleurs, les oiseaux, la mer, mais aussi  avec les hommes auquel il rapportait en prophète le message divin, avec les enfants, avec le mendiant, avec tout ce qui vit et souffre comme lui. Ses combats titanesques l’opposaient à des partisans de la tradition, à des réactionnaires  qui méprisaient tout leur siècle.  Désormais, avec Baudelaire, la solitude du poète est devenue irrémédiable : il se sent en rupture avec les hommes, avec sa propre nature humaine. C’est du commun des mortels qu’il se sent incompris. Aux harmonies qu’ils tisse encore avec la nature(il évoluera aussi dans ce domaine) s’oppose son inadaptation au monde matériel des hommes insensibles et stupides. Baudelaire ne se perçoit plus comme un mage, un homme inspiré de Dieu («C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent»)  mais comme un être en rupture de ban avec l’humanité.




QUESTIONS IDIOTES :

  LES MAÎTRESSES DE CB :

-la VÉNUS NOIRE, JEANNE DUVAL , la beauté exotique & sensuelle;satanique et dionysiaque
-MARIE D'AUBRUN, l'innocente perverse;
-MADAME SABATIER, LA PRÉSIDENTE, idéalisée pendant 5 années platoniques (avant une possession désastreuse).

  *À QUELLE ESTHÉTIQUE (quel mouvement) APPARTIENT CB?

-toujours commencer par dire que mettre une étiquette sur un génie honore l'étiquette mais emprisonne le génie..

-il a beaucoup tenu compte des poètes qui l'ont précédé et n'a jamais renié les beautés du "classicisme";il s'est vite démarqué du romantisme  tout en gardant le mot dans ses écrits esthétiques élogieux et en lui donnant un sens qui ne convient qu'à....lui;

-ce qui le distingue

      *c'est un refus de l'art pour l'art ( =le mouvement parnassien (théorie de TH  Gautier qu'il admira et auquel il dédia ses FDM) mais il est vrai qu'il a eu cette TENTATION en particulier pour certains cycles des FLEURS DU MAL (celui du poème LA BEAUTÉ ),

       *la passion de l'image et l'idée d'un ailleurs qu'il faut évoquer avec les mots, les figures, la musique pour créer une unité dont est incapable la vie humaine au quotidien.

=> Avec  CORRESPONDANCES et bien d'autres poèmes, il a préparé au mouvement symboliste avec Rimbaud et Mallarmé : mais aucun de ces 3 poètes ne sauraient se résumer à cette étiquette. Sachez que le courant symboliste connaîtra un MANIFESTE avec J Moréas en 1886.

cf.http://www.site-magister.com/symbolis.htm

Unique, inclassable il aura déterminé pourtant bien des mouvements ou courants.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 16:42

DEUX CONCEPTIONS DU POÈTE SONT SOUVENT OPPOSÉES :


1)LA VISION TRADITIONNELLE : selon elle, quelque chose vient d'ailleurs, d'en haut, parle directement au poète qui devient réceptacle, intermédiaire.

•Les Grecs voyaient dans l’inspiration du poète un enthousiasme, cad, selon l’étymologie, une possession de soi par le  Dieu : «lorsque le poète est installé sur le trépied de la Muse, il n’est plus maître de son esprit, mais à la façon d’une source, il laisse librement couler ce qui afflue”(Lois, IV, 719c) ou encore  à la transe des Bacchantes, possédées par Dionysos, dieu de la vigne, de l’ivresse et de la musique.

Les Grecs invoquaient aussi les 9 Muses
les neufs nuits d'amour de Zeus et Mnémosyne (mémoire). On voit l'importance de Mémoire dans les arts.

Pour plus de précisions allez voir
http://www.dicoperso.com/term/adb0aeb1acaca256,,xhtml

Nombreux sont les poètes qui reprirent cette image de l'inspiration et des Muses, Ronsard par exemple : cf le tableau de Poussin.

Ayez en tête le  premier vers du sonnet de  du Bellay et les deux idées dégagées ci-dessous:

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l’immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune
Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté
Dessus le vert tapis d’un rivage écarté
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,
Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,
Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

De la postérité je n’ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient.

Joachim du Bellay, Les Regrets

Vous voyez que les Muses sont présentes (mais elles peuvent comme pour d'autres poètes désigner des femmes bien réelles (Musset, Aragon), que cette inspiration place le poète hors du commun.

L'inspiration dont parle Hugo serait plutôt de l'ordre d'un Dieu à la fois biblique et panthéiste...Rappelez les expériences mediumniques de Hugo à Jersey...

Le grand poète chatholique Paul Claudel assimila l'inspiration à la Grâce....

Autre possibilité:

b)L'inspiration peut naître non d'une visitation divine, d'une grâce venue de l'extérieur : elle peut plutôt  venir

-de façon assez commune d'un événement, d'un être, d'une situation, d'un lieu , d'un moment biographique, de la mémoire:



   Ainsi, par exemple , Elsa Triolet inspira (en principe) Louis Aragon (fait biographique) qui l'assimila pendant la Résistance (fait biographique, historique  & politique) à la France qu'il chanta en reprenant des formes très anciennes de la poésie française ( fait poétique). 

-de façon liée, cette inspiration  suppose une sensibilité, une réceptivité riches, aiguës: un échange a lieu entre le monde de la nature par exemple et le poète romantique ; songeons à Jeanne Duval qui inspira à Baudelaire un certain type d'images (sensuelles, diaboliques) qui sont en lui sans doute mais qu'elle permet de mettre au jour. 

Baudelaire écrivit de Poe :
"Il avait certes un grand génie et plus d’inspiration que qui que ce soit, si par inspiration on entend l’énergie, l’enthousiasme intellectuel et la faculté de tenir ses facultés en éveil". Poe que nous verrons bientôt.

c) avant et avec la découverte freudienne de l'inconscient , un autre élément d'inspiration est apparu.

Commençons par la fin, si on peut dire : partons du surréalisme*( Google s'impose)

Breton découvre tôt Freud et s'enthousiasme : il voit (avec sa culture poétique, j'y reviens) l'importance de l'inconscient, de ses formes (le rêve, la condensation, l'explosion des images). Il croit à tort que l'inconscient va se livrer immédiatement. Ce qui le pousse à définir le SURRÉALISME ainsi "automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ". Avec Philippe Soupault, il aura tenté l'expérience des CHAMPS MAGNÉTIQUES  celle de l'écriture automatique qui consistait, selon différentes vitesses, à écrire sans censure et sans souci esthétique.

Plus intéressant : on note que les surréalistes ont relu les poètes du passé (surtout ceux du XIXème) avec cette loupe du travail de l'inconscient : ils ont bien vu l'importance du rêve chez les Romantiques allemands et chez Nerval et certaines déclarations ou vers de Rimbaud leur ont paru relever du psychisme le plus profond, le plus souterrain. On pense naturellement au BATEAU IVRE et aux VOYELLES  mais même dans un  poème comme LES ASSIS notre  fascination est grande pour des images comme celles des premiers quatrains :

 

 


Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;


Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !


Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.


Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.



  La Voyance rimbaldienne a beaucoup fait dans ce domaine. Vous pouvez évoquer la peinture surréaliste qui avec Dali, Masson, explora elle aussi l'inconscient.

Sachez deux choses encore : que l'écriture automatique a été abandonnée par Breton, elle était trop risquée (hallucinations) mais que le principe de la venue de phrases imprévues dans un texte a été conservées (J'y reviens avec Y.Bonnefoy): toutefois il faut bien dire que Breton a triché dans l'édition des CHAMPS MAGNÉTIQUES ( censures, corrections...)

=> comme on peut voir les tenants de l'inspiration ont beaucoup de preuves de ce phénomène même si la dernière forme (l'inconscient dictant ) a pu paraître démolir bien des formes et ne pas donner des œuvres sublimes. On a compris que l'inconscient pouvait aider amplement à la création.

Pourtant ce qui passe pour une évidence, l'inspiration, a été contesté ou du moins nuancé par de nombreux poètes.

2)AUTRE IMAGE: LE POÈTE TRAVAILLE.

ENTENDONS : le poète écrit, rature, corrige, abandonne, reprend , calcule, choisit...

a) une banalité par rapport à l'idée mythique de l'inspiration : la Muse , que dicte-t-elle réellement ? Un sonnet entier ?Un ton, un vers? Les poètes ne font-ils pas de brouillons , de corrections, de ratures? Qu'il le veuille ou non , le poète travaille.

b) plus profondément:un poète a joué un grand rôle avec une nouvelle de ses HISTOIRES GROTESQUES ET SÉRIEUSES intitulée GENÈSE D'UN POÈME (le corbeau) E. POE. La traduction par Baudelaire eut un effet rapide et immense.

Reprenons la citation complète :"Il avait certes un grand génie et plus d’inspiration que qui que ce soit, si par inspiration on entend l’énergie, l’enthousiasme intellectuel et la faculté de tenir ses facultés en éveil. Mais il aimait aussi le travail plus qu’aucun autre ; il répétait volontiers, lui, un original achevé, que l’originalité est chose d’apprentissage, ce qui ne veut pas dire une chose qui peut être transmise par l’enseignement. Le hasard et l’incompréhensible étaient ses deux grands ennemis."

Rappel : CB nous livre une petite préface pour cette histoire de Poe; il traduit ensuite en prose le poème de Poe (le poète , FATIGUÉ PAR LES LECTURES et qui a perdu son amour Lénore voit surgir dans son bureau un corbeau qui ne cesse de lui répéter NEVERMORE. Poe nous  livre à la suite ce que B nomme "la coulisse, l'atelier, le laboratoire, le mécanisme intérieur "et que le poète américain  intitula MÉTHODE DE COMPOSITION.

Poe s'en prend à la "comédie de l'inspiration "

 "Beaucoup d’écrivains, particulièrement les poëtes, aiment mieux laisser entendre qu’ils composent grâce à une espèce de frénésie subtile, ou d’intuition extatique, et ils auraient positivement le frisson s’il leur fallait autoriser le public à jeter un coup d’œil derrière la scène, et à contempler les laborieux et indécis embryons de pensée, la vraie décision prise au dernier moment, l’idée si souvent entrevue comme dans un éclair et refusant si longtemps de se laisser voir en pleine lumière, la pensée pleinement mûrie et rejetée de désespoir comme étant d’une nature intraitable, le choix prudent et les rebuts, les douloureuses ratures et les interpolations – en un mot, les rouages et les chaînes, les trucs pour les changements de décor, les échelles et les trappes – les plumes de coq, le rouge, les mouches et tout le maquillage qui, dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, constituent l’apanage et le naturel de l’histrion littéraire."

Pour infirmer cette prétendue inspiration, il raconte comment il calcula étape après étape tous les composants de son poème, en commençant par la fin (le dernier mot nevermore).

Il pose qu'il refusa tout hasard ou intuition.

Il s'interrogea sur la longueur du poème, décida qu'il ferait 100 vers , il en aura 108. Il chercha l'impression à faire sentir, la plus universelle, il pencha pour la Beauté, prit comme ton celui de la tristesse due à la mort d'une belle femme, opta pour la solution du refrain, bref et conçut que o et r seraient des  sons indispensables. Nevermore s'imposa donc. Proféré par qui? Par un humain. Puis l'idée d'un perroquet vint vite supplantée par un corbeau, oiseau de mauvais augure..Dans la suite de la nouvelle, il décline toutes les étapes de la création de son poème...

Histoire grotesque ou sérieuse? On ne sait mais l'idée fascina nombre de poètes, à commencer par Mallarmé qui traduisit THE RAVEN lui aussi et travailla ses sonnets pendant des années.


[ Cette position théorique croisa un peu le mouvement parnassien ( à vous) qui faisait de l'art pour l'art et voulait abolir le hasard dans la création.]

Mais celui qui alla le plus loin dans la contestation de l'inspiration c'est le disciple de Mallarmé, Paul Valéry, grand poète du XXème siècle.

Il a comme un rejet de cette ivresse qui révèle une passivité du poète (qui perd toute autonomie et toute responsabilité spirituelle en se disant dépendant  : c'est alors la victoire de la facilité, du lachez-tout qu'on reproche à l'écriture automatique: espèce d'ivresse aveugle."L’enthousiasme n’est pas un état d’âme d’écrivain" écrivit Valéry pour qui  le poème ne naît pas d'un abandon mais d'une conquête sur le hasard, d'une victoire de l'intelligence, d'une construction lente, savante d'une forme qu'on veut la plus parfaite possible.

V ne nie pas l'apport du hasard : c'est une suggestion qui appelle au travail. La conscience est sollicitée complètement: il va devoir se livrer à un calcul des effets poétiques.

Sans savoir d'où vient l'amorce, la chiquenaude initiale, le poète devient ensuite totalement maître. Valéry  écrit justement:« Les dieux, gracieusement, nous donnent pour rien tel premier vers ; mais c’est à nous de façonner le second, qui doit consonner avec l’autre, et ne pas être indigne de son aîné surnaturel. Ce n’est pas trop de toutes les ressources de l’expérience et de l’esprit pour le rendre comparable au vers qui fut un don ».
 
   Le poète écrit contre le hasard. Et pour Valéry l’illusion de l’inspiration est l’effet d’un malentendu : la lecture du poème prend quelques minutes, sa composition des mois, parfois des années. Ce qu'on ne sait pas assez.


On pourrait rétorquer à PV que chacune de ses décisions due au goût et à l'intelligence sont des moments d'inspiration...


c)à l'opposé de l'inspiration s'est constitué un art de la contrainte choisie :  on fonda l'OULIPO autour de Queneau , groupe d'écrivains et de poètes  qui comprit dans ses rangs le génial romancier G. Pérec.


Par exemple le poète  se donne un principe (ainsi  L+7( on prend un poème de Rimbaud et on remplace chaque mot par le septième qui le suit dans le dictionnaire ..). Le résulta est amusant mais rarement plus.

Il faut pourtant connaître le nom d'un poète (romancier) mathématicien , qui vit encore, Jacques Roubaud qui a écrit des poèmes avec des contraintes mathématiques...

cf la contrainte baobab...http://www.oulipo.net/contraintes/docs/baobab

Nous sommes bien loin de l'Inspiration...? Est-ce si sûr?

en cl on peut dire qu'il y a deux , voire trois moments dans la création : peut-être un élément déclencheur né du hasard ensuite un travail long sur la composition et des relectures qui doivent autant au travail qu'à l'inspiration. Disons que l'un n'exclut pas l'autre. C'est exactement ce que répète celui qu'on considère comme le plus important poète français vivant, Y. Bonnefoy.
Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 09:54

     
V. Hugo, les Contemplations,

•PRÉSENTATION BIOGRAPHIQUE:

  Le recueil des Contemplations a été publié en 1856 : V. Hugo a  54 ans. Il est alors un poète célèbre depuis  sa jeunesse, et sera le modèle pour d’autres poètes jusqu’à la fin de sa vie (même  des parnassiens comme Théodore de Banville se réclament de lui) ; politiquement, il a connu tous les changements politiques du siècle (son père était général d’Empire,  et il assistera aux Révolutions de 1830, 1848, et à la prise de pouvoir par Napoléon III en 1952, à l’origine de son exil ). Le recueil est marqué surtout par la mort d’une de ses filles, Léopoldine et de son fiancé en 1843 : il s’organise en deux parties, avant, après.



  Le titre, les Contemplations, au pluriel, a une dimension philosophique et religieuse (la contemplation a même souvent une dimension mystique inséparable d'un SAVOIR qui n'a rien de scientifique ou rationnel), qui rappelle Lamartine (et ses Méditations poétiques). L’œuvre se présente dès la préface comme  autobiographique,  comme la quintessence de toute une vie , comme les «Mémoires d’une âme” dans laquelle le lecteur est sûr de se reconnaître comme en un miroir.

 
    Le texte, bref,  que nous allons lire est le poème liminaire de ce long recueil. C’est dire son importance, sa valeur symbolique, son rôle préfacier au seuil de six livres, séparés en deux (AUTREFOIS, AUJOURD'HUI  distingués par la page ne contenant que la date du 4 septembre 1843): le premier livre est intitulé AURORE et le dernier, AU BORD DE L'INFINI.

•Lecture


PRÉSENTATION: Ce poème ne  relève pas d’une forme fixe : il se compose de quatre quatrains alternant alexandrins et hexasyllabes, aux rimes croisées. Il se divise en deux temps : le  récit puis le discours, dans une progression simple et pédagogique. [Daté précisément nous ne savons pas s'il s'agit de la date de l'expérience ou de la date de rédaction du poème ou les deux ensemble].

COMPOSITION : un récit très limité (Q1+2) et ensuite l'intervention d'une voix (Q3+4).

ENJEU :Nous verrons qu’il peut se lire comme une réflexion  sur le statut du poète, et comme une parabole sur l’homme dans le monde.

LECTURE LINÉAIRE.

[TITRE? vous pouvez passer ce crochet.

Dans certaines éditions, UN JOUR, est placé comme titre : au-delà de la valeur temporelle imprécise du mot on ne peut pas ne pas entendre la valeur lumineuse et symbolique du jour: poète de l'antithèse, Hugo a laissé une œuvre gigantesque qui montre le noir absolu mais sans jamais  condamner le lecteur au pessimisme. Il y a de la lumière chez Hugo. Toujours (comme à la fin de CE QUE DISAIT LA BOUCHE D'OMBRE). ]


Q1: IL EST DOMINÉ PAR une OPPOSITION : celle du STATIQUE & du DYNAMIQUE (LE je / LES ÉLÉMENTS); un JE qui laisse vite place au navire.

Le premier quatrain se présente comme l'amorce  d'un récit traditionnel avec un verbe au passé simple à valeur accomplie et ponctuelle:


Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,
    Passer, gonflant ses voiles,
Un rapide navire enveloppé de vents,
     De vagues et d'étoiles;


      -  ainsi c’est une notation de temps imprécise qui ouvre le poème. Imprécise elle le restera de même que la notation de lieu..Où est-il exactement? Localisation jugée sans intérêt.

- l'expérience est  personnelle : le texte est écrit à la première personne  avec le je qui se manifeste  très tôt, mais pour s’effacer aussitôt et laisser la place au complément dans les trois vers suivants.

- Hugo n’évoque guère que sa position, à la fois altière (debout), et intermédiaire : il est “au bord des flots mouvants”, à la limite de la terre et de la mer. ENTRE deux éléments. Cette position sera redoublée par d'autres notations dans la suite du poème.


A priori le récit rapporte un événement  d'intérêt limité  : il voit un navire, gonflant ses voiles: expérience banale, mais qui prend  vite un tour symbolique (élément qui prépare la leçon du poème) Voyons l'objet de la contemplation:

Passer, gonflant ses voiles,
Un rapide navire enveloppé de vents,
     De vagues et d'étoiles
;


 -le navire, seulement nommé au 3ème vers, semble doué d’une autonomie qui se traduit par “gonflant ses voiles” (le participe présent faisant croire à l'activité du bateau) ;

-cette valeur symbolique (que nous comprendrons mieux après la révélation de la Voix au q4) est confirmée par les compléments du participe passé :  enveloppé de vents, de vagues et d’étoiles : c’est le dernier complément (d'agent) qui entraîne la dimension métaphorique :  il donne la mesure d’un univers miniature (alors que le navire a plusieurs voiles), comme si les étoiles s’étaient rapprochées du navire.

D’un côté Hugo emploie le participe présent  “gonflant” qui fait du bateau un être actif ; de l’autre, il utilise le participe passé à la valeur passive : le bateau est libre  et soumis à des forces extérieures qui ont d'étranges pouvoirs (d'enveloppement). Quelque chose de mystérieux a lieu, à peine saisissable avant le dernier mot du vers 4.


L’aspect à peine descriptif (ni couleurs, ni formes) du récit est renforcé de son côté  par une harmonie imitative :

   -sonore, avec l’allitération en [v] et [f], qui  donne  le sentiment de la vitesse du bateau dans le vent.
 
   -versificatrice : l’alternance de vers longs et courts semble imiter le mouvement des vagues.


Avec le glissement symbolique du récit, le poète devient  visionnaire :  il voit le navire (lui aussi sans aucune précision réaliste), malgré sa course rapide et surtout, malgré la  triple enveloppe des vents, des vagues et des étoiles.



Q2


A la vue succède l’ouïe : relire la deuxième strophe.

Et j'entendis, penché sur l'abîme des cieux,
  Que l'autre abîme touche,
Me parler à l'oreille une voix dont mes yeux
     Ne voyaient pas la bouche:

Le récit se poursuit dans une certaine continuité de composition :

 -avec le lien de la conjonction de coordination (et), la présence du pronom personnel JE, le verbe au passé simple et une indication spatiale; avec aussi le même retard (syntaxique, grammaticale) dans l'apparition  de  la voix : on a vu que le navire était désigné assez loin du verbe principal JE VIS.

     -l'indication spatiale va plus loin pourtant grâce à 
penché sur l'abîme des cieux, : étonnante position tout de même:

-ou bien il regarde le ciel à l'envers et a l'impression d'un gouffre,

-ou bien, plus sûrement, il est penché sur l'onde et voit le ciel en reflet.Le motif du miroir s'insinue.

Peu importe : ce qui compte c'est l'abouchement, la proximité, le contact  des deux abîmes et la présence du poète dans le voisinage de ce contact. L'abîme, le gouffre représentant une des grandes obsessions de Hugo.

Voisinage dominé par l'audition donc:



- plusieurs termes désignent l’ouïe avec insistance:  entendre, me parler une voix, à l’oreille, comme s’il s’agissait d’accréditer un phénomène merveilleux, miraculeux : car mes yeux ne voyaient pas la bouche. Première négation du poème : l'expérience est encore plus importante.

-on observe que malgré la disproportion spatiale soulignée (deux abîmes supposent quelque chose de gigantesque voire de vertigineux), la voix sans bouche lui parle à l'oreille.

-Voix sans source  visible, décrite, non qualifiée, sans attribut.


Bien qu’il ne le nomme pas, c’est  quelque chose de sur-naturel qui  s’adresse au poète, qui  retrouve ici glorieusement sa fonction originelle, antique de vates  (le mot désigne en latin le devin, le prophète et le poète).

Qu'est-ce donc que cette voix?

•si vous voulez faire simple dites Dieu et on n'en parle plus. Dieu dans la strophe 4 qui parle de lui à la troisième personne (le Seigneur)
•plus (trop) compliqué:Elle symbolise la nature animée toujours par le SURNATUREL [ si on vous demande une précision = le surnaturel est la Nature divine, ou (même chose) le dieu panthéiste*: pour Hugo, dans le vivant, dans la nature, tout est conscience, tout parle, même la pierre) et la Voix ici parle pour Dieu (et plus bas q4 de Dieu. Tout dans la nature se dédouble (le matériel est spirituel) et peut prendre la parole].


En tant qu’inspiré par cette voix, on comprend peu à peu que  le poème (que tout poème de H) est lié à l'invisible, a une origine non seulement sonore mais sacrée, devient sacré lui-même, et rivalise  avec le texte sacré par excellence, la Bible.  Hugo  fait songer ici à Moïse à qui s’est adressé Dieu dans le buisson ardent, Dieu/Voix qui parle mais qu’on ne peut pas voir.

En peu de vers et de mots une étape a été franchie :la fin du quatrain avec le verbe placé sous la négation rappelle par inversion le début du premier quatrain : “mes yeux ne voyaient pas la bouche” fait écho à  “je vis” :  le regard  ne suffisait plus ; Hugo est passé à une dimension  supérieure,  plus spiritualisée, plus épurée, plus intériorisée, qui passe par la voix.


 Le poète est donc  proche de cette  VOIX surnaturelle (signe du divin caché en tout)  qui reste cependant invisible dans son origine. Sa position de poète  reste intermédiaire :

-entre terre et mer (v1);

-entre les deux abîmes (il est penché sur l’abîme des cieux) :il est  au centre d’un axe vertical (entre les deux abîmes) et horizontal (au bord des flots mouvants); mais aussi

-entre (le surnaturel,) le divin  et les hommes, par le truchement du poème qu'il leur adresse.






Deuxième partie du poème : du récit indéterminé au discours.

Dans les deux derniers quatrains, le poète s’efface et son poème se confond avec la voix divine. Il n’est plus seulement inspiré par disons Dieu pour aller vite, il est la voix de Dieu.

Nous lisons et entendons la Voix sans origine nommée mais venant donc de l’abîme. Nous entendons ce que le poète a entendu : poète medium, transmetteur, truchement de la Voix. Poème comme écrit sous la dictée [ sachez dire si nécessaire les séances de spiritisme, de tables tournantes cf annexe infra].

 

Q3


«Poète, tu fais bien! Poète au triste front,

        Tu rêves près des ondes,

Et tu tires des mers bien des choses qui sont

        Sous les vagues profondes!






Si le poète s’efface devant  Dieu,  en revanche, Dieu l’approuve tout de suite (tu fais bien) en le tutoyant, le met en avant, l'approuve, pour rappeler son  sacerdoce* :

-sa fonction, ses actions  : 1-tu rêves et 2- tu tires :


  -1-rêver a le sens  (vieilli, oublié aujourd’hui) de réfléchir, contempler.

[ vocabulaire : onde=modification se produisant à la surface de l'eau, consistant en une alternance de soulèvements et d'abaissements qui donnent l'illusion d'un déplacement.]

    -mais le poète n’est pas seulement un contemplatif, plongé dans son monde intérieur. Il agit en véritable Titan :=>
   -2-il tire des mers bien des choses qui sont sous les vagues profondes. Il touche au lointain, au secret, au caché, à l'inatteignable, il passe l'écorce, l'apparence des choses. On mesure la difficulté de sa tâche (qui n’est pas matérielle) :


- aux nombreux pluriels,
- à  l’importance quantitative des choses qu’il dégage, même si ici l’imprécision domine;
- à la profondeur de sa quête (sous, profondes).

=>Le poète arrache, extrait des profondeurs, drague dans l'ignoré vertigineux. Ses visions sont garanties par la Voix. Ce que doit bien retenir le lecteur au seuil du grand livre LES CONTEMPLATIONS.


Cette fonction est douloureuse, et le poète semble s’y sacrifier : son front est triste, marqué par la souffrance aux causes humaines multiples mais à la cause poétique évidente : sa tâche est infinie, interminable. Il a tellement à dire, c’est sa responsabilité.


 La gravité de son œuvre se fait ressentir à travers les rimes  front ondes sont profondes, à la tonalité grave. De même la ressemblance musicale entre triste et tire semble créer un lien de causalité entre les deux termes.


Bref on comprend que son importance ait été rappelée dans la double apostrophe : Poète, Poète au triste front (v9). Ainsi reçoit-il l’onction* divine qui le confirme dans son rôle, et par l’emploi du point d’exclamation, le seul de tout le texte (v9).




Q4




Après la célébration du poète, voici la raison de l’approbation du v 9/10 à relire :

«Poète, tu fais bien! Poète au triste front,

        Tu rêves près des ondes,



Pourquoi donc?

La dernière strophe en effet développe le 3ème quatrain tout en revenant à la première strophe  dont elle donne l’explication dans un ordre symétriquement inversé  : on mesure alors toute la portée allégorique de cette scène MODESTE AU DÉPART.

La mer, c'est le Seigneur, que, misère ou bonheur,
     Tout destin montre et nomme;
Le vent,c'est le Seigneur ; l'astre, c'est le Seigneur ;
      Le navire, c'est l'homme.»


On se souvient du Q1 et des éléments évoqués aux vers 3 et 4:

Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,
      Passer, gonflant ses voiles,
Un rapide navire enveloppé de vents,
     De vagues et d'étoiles;



L’explication est simple et la voix pose des équivalences (avec le même présentatif c’est, c’est)  dans une répétition presque biblique :  tout se ramène à Dieu, mer, vent, astre (eau, air, feu), tout est Dieu, tout est divin   ; trois vers y sont consacrés.[Retenez  certaines de ses formules panthéistes célèbres: Dieu est l'invisible évident; Dieu dilaté c'est le monde...] La Voix dit la valeur du visible qui n’est pas que visible. Dans le visible, le matériel est doublé d'éléments spirituels qu'il faut savoir entendre, lire. Dire, s'il s'agit d'un poète.


  Deux vers sont consacrés à la mer (juste prolongement de ce qui domine le Q3) avec l’image la plus difficile  du poème à cause de son ambivalence (misère ou bonheur),  et du caractère moins évident de la construction grammaticale:

-ambivalence: la mer est le cours de notre vie, fût-il tragique ou heureux: la mer houleuse ou étale donc, c’est selon. LES CONTEMPLATIONS sont fondées sur une tragédie. La dualité (tragédie/ bonheur du livre est annoncée).Mais ce n’est pas tout.

- la construction étonne : on peut parler de brachylogie (construction TRÈS elliptique). Il faut comprendre encore:la mer c’est Dieu que toute vie exprime, met en évidence (montre) et NOMME (fonction qui revient en principe au poète). Quelque chose fait sens dans une vie. Tu as raison poète d'être là,  à contempler la mer.

L’ellipse a une fonction bien particulière:elle nous pousse  (lecteur) à reconstituer la phrase intégrale en donnant un tour plus mystérieux à l’interprétation, et en  nous invitant  à lire nous aussi notre destin, à l’interpréter. Tout est signe à déchiffrer.

•Le poème s’achève sur l’homme, placé sous la protection de Dieu,  n’ayant droit qu’à un mot mais final  et semblable à un point d’orgue. Il nous renvoie à nous-même, à notre course dans le monde.


Mais en sachant une chose majeure acquise grâce  au rapprochement des quatrains extérieurs: Dieu, qui est partout et en tout,  enveloppe notre destin. Nous sommes sans doute ballotés, courant sur des abîmes mais  au milieu d'éléments appartenant ou témoignant du divin.



   Concluons : ce poème  bref  est capital : par sa position  liminaire, il prend une valeur emblématique que lui  confère aussi l’emploi des images symboliques. Nous ne serons pas surpris de lire dans les CONTEMPLATIONS, des récits et des dialogues séparés mais souvent mêlés comme ici, et, au plan thématique, des images de gouffres, de voyages, de Voix d'ombres et de lumières..

  Le poète est proche de la nature : ici il  rêve près des ondes. Il est aussi 
inspiré par  Dieu, par le surnaturel, indissociable du naturel : V. Hugo revient ici à la conception classique  de la poésie, celle de l'inspiration divine  (pour Montaigne, la poésie “la langue originelle des dieux).[à GARDER POUR LA SYNTHÈSE Les Grecs voyaient dans l’inspiration du poète un enthousiasme, cad, selon l’étymologie, une possession de soi par le  Dieu : «lorsque le poète est installé sur le trépied de la Muse, il n’est plus maître de son esprit, mais à la façon d’une source, il laisse librement couler ce qui afflue”(Lois, IV, 719c) ou encore  à la transe des Bacchantes, possédées par Dionysos, dieu de la vigne, de l’ivresse et de la musique. Mais à la différence du poète platonicien, le poète hugolien n’est pas transporté, possédé :  sa poésie fait corps avec la voix de Dieu, devient parole divine, sans que le poète perde rien de son attitude digne, de sa souffrance qui  l’élève, de sa rêverie philososphique qui fait de lui un penseur autant qu’un inspiré.] Et le dieu qui l’inspire  est panthéiste : ce qui revient à désigner sa mission: mémoire, témoin et prophète le poète se doit  dire le monde dans sa totalité


  La fonction du poète est clairement établie : il sert de lien entre Dieu et les hommes, leur apporte le "message" qui leur permet de comprendre leur place au sein de l’univers. et leur promet une angélisation...  C’est la raison pour laquelle il choisit des formes poétiques simples,  et s’exprime dans une langue accessible à tous, immédiatement compréhensible.





POUR QUESTIONS SAUVAGES :


                                            ***

• bien mettre en relation la composition des CONTEMPLATIONS : notre petit poème est une ouverture et il aura pour le gouffre un écho GIGANTESQUE avec AU BORD DE L'INFINI (partie 6) et surtout CE QUE DIT LA BOUCHE (toujours la voix, la bouche)D'OMBRE, histoire de l'humanité chantée par un spectre et allant d'Adam et sa faute à la libération de l'homme.Le dernier poème ( À CELLE QUI EST RESTÉE EN FRANCE, évoquant sa fille mort, noyée...). On comprend aussi l'importance de l'eau dans notre poème, même si le poème est antérieur à la mort de Léopoldine: en se relisant, en décdant de le classer en tête de recueil , Hugo ne pouvait pas ne pas comprendre misère et bonheur que donne la mer...

                                            ***

place de Dieu chez Hugo? Omniprésent comme on a compris. Ajoutez qu'il écrivit
Dieu,  un immense poème (posthume) qui fait partie avec La Fin de Satan et LA LÉGENDE DES SIÈCLES de ce qui était prévu comme un ensemble métaphysique.

•il connaît parfaitement la Bible mais n'est pas catholique au sens strict, il s'en faut.

•il a parlé de poème-autel. Vous avez compris que Hugo se voit aussi comme prêtre de l'espèce humaine.

• sa vision profonde: le vivant est UN, Dieu est en tout , tout est conscience,  l'univers se mire en lui-même : herbe miroir de la pierre, elle-même miroir de l'homme qui est miroir de dieu etc.
 
______________

*anecdotique : sachez que des photos prises par son fils à Jersey ont pour légendes : Hugo causant avec Dieu, regardant Dieu...

*autres points voisins : il croyait en la métempsychose, faisait tourner les tables (il dialogua avec Galilée, Mahomet, Dante etc..on a ses textes), entendait des voix spectrales dans son sommeil...


Par J-M. R. - Publié dans : Poètes, images de poètes
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